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CHAPITRE VI. - LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA BURANCE. IM

de Grenoble et de iorcer rennemi à évacuer toute la Savoie, eu menaçant ses lignes de retraite.

Au pied des pentes des Bauges sur Tlsère et au débouché du bassin de Chambéry, se trouve, sur une butte isolée, Tantique forteresse de Montmélian, jadis considérée comme une des plus fortes de l'Europe. Elle barrait la vallée de ilsère et commandait les routes venant du Grésivaudan et de Chambéry. Ce fort, dont on voit à peine les ruines aujourd'hui, subit plusieurs sièges mémorables : en 1599, Sully Tassiégea et s'en empara en présence de Henri IV ; en 1691, Catinat ne put le faire capituler qu'après dix-neuf mois de blocus et trente-cinq jours de tranchée ouverte ; rendu au duc de Savoie, il fut encore repris en 1705 à la suite d'un blocus et rasé sur l'ordre de Louis XIV. La difficulté pour le Piémont de secourir ce fort et la nécessité de l'abandonner à lui même pendant tonte la mauvaise saison, furent cause que les ducs de Savoie ne relevèrent pas ses remparts malgré la force et Timportànce de la position.

Massif de la Grande-ChartreasG. — Nous avons déjà décrit plus haut ce massif qui, prolongé par la montagne de TÉpine et le Mont-du-Chat, barre toutes les routes de Savoie à Lyon et couvre tout le terrain situé entre l'Isère et le Rhône; les pentes fort raides qui le terminent sur la vallée du Grésivaudan, ne sont franchies par aucun chemin. Â l'ouest se trouve la dépression de Voiron où passent les routes de Chambéry et de Grenoble à Lyon.

C*est sur un plateau qui se détache des pentes nord-est de ces montagnes et qui s'avance vers l'Isère que s'élève le fort Barrauz. Il a été construit pour faire face à Montmélian, et servait d*appui à l'aile gauche de la ligne occupée par le maréchal de Bei-virick pour défendre la frontière des Alpes. Il menaçait le tlanc de l'armée austro-sarde qui s'avançait vers le Rhône et empêchait l'ennemi de franchir ce fleuve. Aujourd'hui, il est dominé et a perdu beaucoup de son importance; il ne barre pas par lui-même l'entrée de la vallée du Grésivaudan qui est fort large, mais il a été conservé, parce que le plateau o;i il est construit peut servir d'assiette à un camp, et que, en y joignant quelques ouvrages de fortification passagère établis en face à Pontcharra^ on aurait une ligne assez forte susceptible d'une action de flanc efficace et dont l'ennemi aurait à se préoccuper.

Grenoble, au sud de cette même vallée du Grésivaudan et du massif de la Grande-Chartreuse, occupe une position intermédiaire entre la ligne d'invasion du Mont-Cenis et celle de la vallée de la Durance. Cette place se trouve au débouché de la route du Lautaret qui relie Briançon à la vallée Je l'Isère, et commande la grande route et la voie ferrée qui suivent cette rivière et conduisent à Lyon par Voreppe. Elle peut être évitée en suivant les routes qui sont au nord du massif de la Grande-Chartreuse ou tournée par les Échelles et Saint- Laurent-du- Pont, Elle a perdu beaucoup de son importance depuis que la Savoie a été réunie à la France et depuis l'ouverture de la route du Mont-Cenis et du tunnel des Alpes.

Néanmoins elle occupe une bonne position; elle peut servir de dépôt secondaire aux armées agissant soit vers la Savoie, soit vers la Durance; elle favorise les actions de flanc sur ces deux théâtres d'opérations qu'elle relie. Aujourd'hui, comme nous le verrons plus loin, on en augmente les défenses, on la transforme en grand camp retranché, et, bien qu'elle ne barre pas une grande ligne d*invasion, elle aura une action si rapprochée sur celle du Mont-Cenis que l'ennemi ne pourra pas la négliger.

Défense de la Savoie par le Piémont. — La description que nous venons de faire des principaux accidents du sol et des routes de la Savoie, nous montre que le Piémont ne pouvait pas défendre celte province, et que, lors d'une déclaration de guerre, ses garnisons disséminées se trouvaient à la merci des colonnes françaises plus fortes et plus promptement rassemblées; elles devaient donc effectuer des retraites désastreuses sur la menace de voir leurs communications avec l'Italie coupées.

La possession de la Savoie ne pouvait être avantageuse pour le Piémont que dans le cas d'une offensive décidée et immédiate, parce qu'elle lui donnait deux des principaux passages des Alpes et tout un massif montagneux très-difficile à traverser.

Depuis le commencement du siècle dernier, le Piémont ne possédait plus de forteresse à Montmélian; comme jadis la mobilisation des armées était très-lente, comme il y avait une très-grande disproportion entre les forces que la France pouvait immédiatement mettre en ligne et celles que le Piémont entretenait normalement en Savoie, il ne pouvait pas espérer se maintenir dans l'importante position des Baugts jusqu'à l'arrivée d'une armée capable de tenir la campagne. Il ne pouvait donc dans tous les cas garder que les hautes vallées en occupant le fort de Lesseillon^ le défilé d'Aiguebelle^ Conflans et Ugines, et encore la mauvaise saison eût-elle empêché souvent ces garnisons d'être secourues; et rendu leur tâche extrêmement difficile.

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