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CHAPITRE VI. - LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANCE

la facilité du passage et a reporté vers la Maurienne les efforts de l'attaque ou de la défense.

La vallée de la Durance en elle-même n'ofifre aucun moyen d'entretenir la guerre et de faire vivre les armées, elle est souvent resserrée, toujours aride et dénudée, elle est séparée de l'Isère par l'énorme massif de rochers et de glaces du Pelvoux^ de la Méditerranée par toute l'épaisseur des Alpes de Provence. Elle présente du reste de nombreuses positions défensives et est barrée par plusieurs places fortes.

Le cours de la Durance est en grande partie parallèle à la chaîne des Alpes, en sorte que ses premiers affluents de gauche, le Guil eiVUbaije^ prennent naissance dans la grande chaîne et ouvrent entre la France et l'Italie des passages plus ou moins bons. Plus bas les autres affluents, la Bléone et le Verdon^ descendent des Alpes de Provence et sont séparés de la grande chaîne des Alpes par les vallées du Var et de la Tinée.

A l'ouest du massif du Pelvoux, plusieurs routes mettent la vallée de la Durance en relation avec l'Isère : c'est d'abord la route de Gap à Grenoble qui franchit le col du Noyer et suit à peu près le cours du Drac, puis la route de Sisteron à Grenoble par le col de la Croix-Haute. Sisteron et Gap communiquent aussi avec Die sur la Drôme par une bonne route qui passe au col de Cabre.

Haute vallée de la Durance et Briançôn. — C'est un peu au nord des sources de la Durance que vient déboucher la route du Hont-Genôvre, c'est le meilleur passage des Alpes et le plus ouvert, il est praticable en toutes saisons, et au col même (1,854 mètres) se trouve un village, celui de Mont-Genèvre. C'est cette voie que suivait César pour se rendre de Rome à Genève, et il mettait 8 jours à faire ce trajet. La route fait sur le versant italien entre Clavières et Césanne un lacet, dit lacet des Bar- Hcades^ où elle pourrait facilement être interceptée ; arrivée sur la Doire Ripuaire à Césanne^ elle se bifurque, et, tandis que d'un côté elle descend la Doire jusqu'à Oulx où elle coupe la voie ferrée du col de Fréjus et jusqu'à Suse où elle rejoint la route du Mont-Cenis, de l'autre une seconde branche franchit à sa naissance le contrefort de l Assiette au col de Sestrières et conduit à Pignerol par la vallée de Pragalas, Sur la première direction se trouve le fort d'Ezilles, sur la seconde la forteresse de Fénestrelles.

Nos armées pénétrèrent souvent en Italie par le col du Mont-Genèvre à cause de la facilité du passage et parce qu'anciennement la Savoie» le comté de Nice et la vallée de Barcelonnette n'appartenaient pas à la France. Cette roule fut suivie par Charles VIII ; c'est par là qu'en mars 1629 Richelieu et Louis XIII descendirent dans la vallée d'Oulx; ils imposèrent la paix au duc de Savoie en enlevant les barricades de Suse formées de trois lignes successives de retranchements, qui barraient la vallée de la Doire. Cette route fut encore utilisée : sous Louis XV par le Maréchal de Belle- Isle lors de son expédition malheureuse sur Exilles où il trouva la mort, sous Napoléon premier par plusieurs de nos colonnes descendant en Italie, puis en 1859 par la

division Bourbaki. Elle esl défendue du côté de la France par l'imporlante place de Briançon, puis en arrière par Hont-Dauphin et Embrun.

Briançon est la clef du bassin de la Durance et le pivot de la défense des Alpes, puisque de cette place on est à même de se porter soit vers la Savoie, soit vers le Var. C'était, comme nous le verrons, le centre de la ligue occupée par le maréchal de Berwick qui y fit élever plusieurs redoutes.

La valeur de cette place, déjà très-grande au point de vue de roffènsive, sera encore augmentée, lorsqu'elle sera desservie par une voie ferrée ; elle doit cette action offensive à sa proximité de la frontière et des deux vallées d'OuIx et de Pragalas. Il est vrai que ces deux vallées sont barrées par deux forteresses italiennes, ce qui pouvait encore dans ces derniers temps faire préférer la route du MontCenia à celle du Mont-Genèvre, mais les Italiens établissent actuellement des fortifications au col du Mont'Cenis en sorte que les obstacles artificiels à vaincre seront au moins aussi sérieux dans la première direction que dans la seconde.

Au point de vue purement défensif, Briançon barre la route du Mont-Genèvre et le débouché des nombreux sentiers qui conduisent dltalie dans la vallée de la Clairée entre le col de TÉchelle et le Mont-Genèvre. Son action s*étend sur tonte la route du Lautaret et jusqu*à celle du Galibier ; elle surveille les sentiers difficiles qui conduisent de la Clairée à la vallée de la Guisane. Au sud du Mont-Genèvre se trouvent les cols de Gimont et de Bousson où passent des sentiers qui seraient facilement rendus praticables à Tartillerio de campagne, puis à partir de ces cols des pâturages s*élèvent jusqu'à la cime du Gondran qui domine toutes les défenses de Briançon. C'est pour s opposer à Tattaque venant dans cette direction, qu on élève de nouveaux forts autour de la place. De lautre côté, c'est-à-dire au sud de la vallée de la Cerveyreiie, deux cols font communiquer Briançon avec la vallée du Guil : l'un, où passe un assez bon chemin, est le ool d'Jzouard ; l'autre, le cal des Ayes^ n'est suivi que par un sentier de mulets.

Les fortifications de Briançon, étudiées par Vaul)an, ne datent que du milieu du siècle dernier; on fut dès cette époque amené à adopter un système très-étendu, encore augmenté depuis, pour occuper les hauteurs qui dominent la place.

La ville, située sur un mamelon sur la rive droite de la Durance, est entourée d'une enceinte qui couronne souvent des escarpements à pic ; du côté du col du Mont-Genèvre se trouve la redoute des SaletteSy puis de l'autre côté de la Durance le fort Dauphin, le fort des Trois-Têtes qui est la véritable citadelle de la place, le fort du Randouillet et le fort d'Anjou qui commandent l'entiée de la vallée de Cervières. Pour empêcher l'attaque du côlé de l'est, on construit aujourd'hui un grand fort à T/nfernet sur l'emplacement d'une ancienne redoute ruinée du maréchal de Berwick, ce fort enfile la vallée de la Clairée, voit deux points de la route du Mont-Genèvre et au sud-est le chemin du col d'Izouard. Un peu au nord de l'Infernet, se troute un petit plateau où naissent des sources et qui serait favorable au campement d*une division. La route qui traverse la Durance entre la ville et le fort des Têtes, contourne

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