‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 110 sur 288 · CHAPITRE VI. - LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DCRANGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. - LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DCRANGE

le Bandouillet et le fort d* Anjou et mène d'un côté à cette dernière position de campement, de l'autre au fort de Tlnfernet. Au sud de la vallée de Cervières, on élève le fort de la Croix-de-Bretagne, avec chemin d'accès par Villard-Saint-Pancrace, ce fort flanque le précédent, il voit la vallée de la Cerveyrette et le sentier du col des Ayes. En avant de llnfernet se trouve la cime du Gondran où on ne projette qu'un ouvrage semi-permanent complété par un chemin couvert longeant toute la crête entre le Mont-Janus et TAlp d'en Haut; trois chemins conduiront les troupes à celte position. On ne construit rien du côté de la vallée de la Clairée, mais, le jour où le tunnel du pas de TEchelle sera percé, il faudra établir une redoute au hocher des Olives pour eu dominer l'entrée.

Vallée du Guil. — De la vallée du Guil partent un grand nombre de chemins xnuletiers qui franchissent la chaîne des Alpes et qui peuvent être utilisés par de petites colonnes ou même par des armées entières, comme on en a des exemples. Les principaux de ces passages sont :

1® Celui du col d'Abriès (2,700 mètres) où passe un sentier qui aboutit à Perosa dans la vallée de la Chisonc^ en empruntant la vallée de la Germanasca, séparée de la vallée de Pragalas par le haut massif de YAlbcrgian,

2^ Celui du col de la Croix qui met en relation la vallée du Guil et la plaine de Pignerol par la vallée du Pellice^ c'est le plus court chemin pour aller des Alpes à la plaine du Piémont et il prend à revers les défenses de Fénestrelles; l'Italie a cx)ncédê un chemin de fer qui suit cette vallée du Pellice et qui peut-être un jour se joindra à la voie ferrée de la Durance en passant sous le col de la Croix.

3"^ Celui du col du Mont-Viso ou de la Traversette qui mène dans la haute vallée du Pô et à Saluées^ en passant à une altitude de 3,051 mètres; au col se trouve une galerie souterraine.

4'' Ceux du col de Valente et du col d'Agnello (2,700 mètres environ) au sud du montViso, qui aboutissent à Castel-Delfino sur la Yraïta.

Ce dernier col est resté célèbre depuis le passage de François P' avant la bataille deMarignan; le roi, trouvant le col du Mout-Cenis et celui du Mont-Genèvre fortement occupés par les Suisses qui l'avaient devancé, partagea son armée en trois corps, tout en laissant des détachements au Mont-Cenis et au Mont-Genèvre. Celui du centre partit de Queyras et franchit au milieu des plus grandes difficultés le mauvais sentier du col d'Agnello avec les 72 pièces de canon qui suivaient l'armée; celui de droite passa par la vallée de Barcelon nette et le col de l'Argentière ; celui de gauche composé pi'esqu'entièrement de cavalerie gagna par des passages fort difficiles le col de Sestrières et se porta sur Villafranca, où il surprit et fit prisonnier le général Colonna qui commandait l'armée suisse ; la concentration de l'armée française se fit à Saluées et les Suisses durent abandonner tous les passages des Alpes pour se retirer au delà de Milan.

C*est encore par le col d'Âgnello qu en 1743 passa une armée fmnco-espagnole commandée par le duc de Mina.

Tous ces chemins muletiers sont surveillés par le fort de Queyras, très-propre à servir d'appui à des partisans, mais incapable de résister à l'artillerie ; en arrière, au débouché de la vallée du Guil sur la Durance se trouve Hont-Dauphin où aboutit aussi la route du col de Vars qui vient do la vallée de l'Ubaye et qui forme le prolongement de la grande route du col de rArgentière. C'est par là que passaient les armées aux siècles passés, car la vallée de Barcelonnette était encore au commencement de ce siècle impraticable aux voitures même les plus légères.

Hont-Dauphin est une bonne place, qui occupe une position avantageuse , bien que secondaire comme toutes celles qui ne se trouvent pas sur les voies qui conduisent aux objectifs principaux. Elle est située sur le relèvement de Textrémitê du contrefort qui sépare le Guil de la Durance, et l'enceinte sur les trois quarts de son développement couronne des rochers taillés à pic.

Vallée de l'Ubaye. — De la vallée de l'Ubaye, qui n'appartient à la France que depuis 1715, partent plusieurs sentiers qui la mettent en relation avec les vallées de la Yraïla et de la J/aïra, et une bonne route qui descend sur la Stura. Ces trois vallées italiennes ne sont pas isolées, elles communiquent au pied même des Alpes par un sentier qui part de Caslel-Delfino sur la Vraïta^ traverse la haute vallée de la Maira, franchit le pas de la Hule et descend à Yinadio sur la Stura, Ce sentier, qui pourrait être rendu facilement praticable à l'artillerie, établit une liaison entre les troupes qui opèrent dans ces trois vallées; il permet de menacer en flanc la ligne d'opérations de la Stura. Le col de la Mule, qui se trouve à la naissance de quatre petites vallées piémontaises, est un point stratégique fort important qui domine toute la contrée; jadis il était couronné par des ouvrages de fortification que les Italiens ont l'intention de relever aujourd'hui.

Vers les sources de l'Ubaye, le col de Longet et le col de l'Autaret sont traversés par des sentiers muletiers qui descendent à Castel-Delûno sur la Vraïta.

Du col de l'Autaret part un second sentier qui traverse un contrefort des Alpes au col des Traversettes et descend dans la vallée de la Maïra, où aboutissent également plusieurs sentiers qui ont franchi la crête principale, entre autres celui du col de Sautron.

La route du col de l'Argentière ou de la Madeleine, ainsi que plusieurs sentiers, descend dans la vallée de la Stura et conduit à Coni, où elle se joint à la grande route du col de Tende. Ces deux grandes routes, qui viennent déboucher dans la vallée de la Stura, et les nombreux passages secondaires qui la font communiquer avec la Tinèc et avec la VésubiCj donnent à cette vallée une très-grande importance stratégique. Aussi a-t-elle été suivie plusieurs fois par les armées qui ont tenté de pénétrer en Italie. C'est par le col de l'Argentière qu'en 1746 passa le prince de Conti lors de sa funeste expédition contre Coni.

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