‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 111 sur 288 · CHAPITRE VI. — LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — LA SAVOIE ET LA VALLÉE DE LA DURANCE

Dans la campagne de 1692, qu'on peut prendre comme exemple de la manière barbare dont on faisait la guerre à cette époque et du peu de résultat qu'on en tirait, le prince Pîugène et le duc de Savoie Victor-Amédée entrèrent en France par le col de TArgentière et le col de Vars. Après avoir pris Guillestre et Embrun, ils vinrent assiéger Gap, qui était alors fortifiée, s'en emparèrent et la brûlèrent complètement ; ils se répandirent dans toute la contrée, qui fut écrasée de contributions et complètement ravagée. Le duc de Savoie étant tombée malade à Embrun, l'armée ennemie ne poursuivit pas sa marche sur Grenoble et retourna sur ses pas pour rentrer en Italie par le même chemin qu'elle avait pris pour venir. Les manœuvres assez médiocres de Catinat n'avaient pu ni arrêter l'ennemi, ni empêcher le pays d'être mis à feu et à sang ; il est vrai qu'il n'avait que 10,000 hommes à opposer à plus de 40,000 ennemis ; il n'avait engagé aucune action importante, car nous ne perdîmes que 100 hommes dans toute la campagne.

L'offensive d'une armée française par la vallée de la Stura se ferait dans des conditions assez favorables malgré la longueur du défilé que suit cette rivière, parce que <3es passages secondaires faciles et nombreux permettent de menacer en flanc les lignes de défense que l'ennemi peut occuper, et parce que de plus on peut l'altacjuer sur ses deux fronts par les routes de TArgentière et de Tende; c'est du reste l'inconvénient de la défense do presque toutes les vallées parallèles aux crêtes. Coni aujourd'hui n'est plus fortiûé , aucun ouvrage n'intercepte la route du col de Tende ; mais les Italiens ont l'intention d'élever un fort auprès du village de Tende, sur la haute Roya; le fort de Vinadio, sur la route de l'Argentière, a remplacé les anciens ouvrages de Démonte, qui étaient un peu plus bas; il est moins bien situé que ces derniers , il n'a aucune action sur les sentiers qui viennent de la Tinée et peut être tourné par les passages qui viennent du comté de Nice. Anciennement les Piémonlais avaient aussi établi à un défilé, dans le haut de la vallée de la Stura, des retranchements qui étaient connus sous le nom de Barricades et qui se liaient à ceux de la haute vallée de la Maïra.

La vallée de l'Ubaye communique au nord, comme nous l'avons déjà dit, par le col de Vars avec Guillestre dans la vallée du Guil. Au sud une bonne route qui passe au col d'Allos et suit la haute vallée du Verdon, fait communiquer Barcelonnette avec la Provence par Cobnars, Castellanc et Draguignan; une autre route partant du Fort Saint-Vincent^ au débouché de la vallée, franchit les monts de la Blanche, passe au col de Labouret entre Seyne et Digne, puis se dirige de là soit sur la Durance, soit sur Castellane, où elle rejoint la précédente. Ces deux routes sont en outre réunies par un chemin qui franchit les montagnes du Cheval-Blanc entre le Verdoii et la Bléone.

La vallée de Barcelonnette communique avec le Var et avec la Tinée par des chemins muletiers et par une grande route : à la source du Yar se trouve le col de la Caillole, à la source de la Tinée le col de Fours, où passe la grande route de

Barcelonnette à Nice ; puis, sur le versant occidental de Timportant massif de TEnchastraye, le col du Lauzannier.

La route de TArgenlière et tous les sentiers qui descendent la vallée de l'Ubaye sont commandés par le petit fort de Tonrnouz, construit dans ces dernières années sur remplacement d'un des camps du maréchal Berwick; c'est un ouvrage fort important qui serait très-utile dans le cas oil on tenterait de petites entreprises de ce côlé, malheureusement il est un peu petit, il est dominé et il voit mal la route qu'il est destiné à battre.

Au débouché de la vallée se trouve le fort Saint- Vincent, construit à l'époque où la vallée de Barcelonnette appartenait au Piémont, pour s'opposer aux incursions de l'ennemi. Il n'a plus aucune importance, bien qu'on Tait conservé pour barrer la route de Digne. I/'ancienne place de Seyne, qui jadis devait barrer cette même route de Saint-Vincent à Digue, ce qu'elle ne faisait qu'imparfaitement, n'avait plus aucun objet et a été déclassée avec raison.

Plus au sud les petites places de Colmars et d'Entrevauz, destinées à faciliter les communications entre le corps chargé de la défense de la vallée de la Durance et celui qui serait posté sur le Var, ont été conservées malgré leur mauvais état et leur peu de valeur. La première, située sur le Verdon, commande le col d'Allos; la seconde, située sur le Var, sert d'appui aux troupes chargées de surveiller les nombreux chemins muletiers qui donnent accès sur le haut Var.

Plus bas, sur la Durance, se trouve Sisteron, très-bien placé à une cluse qui ferme complètement la vallée. Cette forteresse interdit le passage à toute armée gui, maltresse de la vallée de la Durance et s'étant avancée jusqu'à Gap, voudrait se diriger vers la Provence pour se joindre à une armée ayant pénétré par le comté de Nice et par le littoral ; inversement elle barre la route à une armée venant de la Provence vers le Dauphiné. Sa citadelle, à cheval sur une arête rocheuse qui coupe transversalement toute la vallée, ne peut être évitée.

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