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CHAPITRE VII. — NICE ET LES ALPES MARITIMES

marche y est surtout pénible dans la partie occidentale, vers le comté de Kice, où les montagnes ont un plus grand relief. Les sentiers des vallées de la Taggia^ de la Nervia, du haut TanarOy ne sont souvent que de longs escaliers taillés dans le roc au-dessus de profonds précipices; ce sont ces affreux chemins que suivirent nos colonnes en 1794, pour aborder le col Ardente et le col de Tanarello. Ces étroites vallées, comme toutes celles de la Ligurie, sont rendues impraticables par une pluie de une ou deux heures, les torrents grossissent et coupent les chemins qui les franchissent à gué ou qui suivent leurs cours.

Offensive et défensive sur la IVontière dn eouté de Nice. — Les

deux routes qui partent de Nice et qui pourraient nous permettre de prendre Tofiensive, sont celles du col de Tende et de la Corniche, Cette dernière, comme Ugne d'opérations, a rinconvénient de se dérouler en un long ruban, dans un défilé continu et à proximité des hautes vallées du Tanaro et des Bormida d'où on peut la prendre en flanc et couper en deux les corps qui la suivent. Aussi dans les guerres de la Révolution, n'avons-nous pu nous étendre le long de la Rivière et atteindre Savone qu'après nous être rendus maîtres de la crête des Alpes et de ces hautes vallées, de manière à assurer nos flancs et nos derrières.

Un corps pénétrant par le col de l'Argentière peut combiner ses opérations avec des troupes qui forceraient le col de Tende et attaqueraient de front la haute vallée du Tanaro; la route de la Corniche donnerait alors une entrée des plus commodes dans la plaine du Piémont au moyen des nombreuses routes qui traversent les Alpes Liguriennes entre le col de Tende et celui de Cadibone ; ces passages se trouvant tournés, ne pourraient plus être défendus de front avec grande vigueur et nous rendraient bientôt maîtres de Montferrat.

Pour Toffensive comme pour la défensive, le point capital est Nice; cette grande ville de plus de 50,000 âmes n'est plus fortifiée, son ancien château a été miné au siècle dernier, le fort Montalban qui subsiste encore sur une colline entre Nice et Villefrànche n'a plus aucune valeur. Des considérations financières ou politiques ont sans doute empêché de créer de nouveaux forts autour de cette place si importante, excellente base pour nos opérations en Ligurie et en Montferrat; Nice est entourée de collines, et la position se prêterait assez bien à l'établissement d'un camp retranché. En tous cas, l'occupation des positions de la Turbie et de Saorgio permettrait de barrer les deux seules routes carrossables qui convergent sur Nice.

Villefrànche, à l'est de Nice et au fond d'une baie profonde où les vaisseaux peu' Tcnt trouver un excellent mouillage, n'est pas fortifiée, elle n'a qu'un antique château qui n'a aucune action sur la route de la Corniche.

Antibes et Saint-Tropez sont dominés et peu utiles du côté de terre. Antibes bien que situé sur la seule route carrossable qui puisse servir de ligne d'opérations à Tennemi, ne peut être considéré comme intei^ceptant rigoureusement le passage, puisqu'il est très-facile de tourner cette place en pratiquant un chemin plus au nord

hors de la portée de son canon. Du reste Tennemi pourra facilement la bombarder et la bloquer puisqu'elle ne se rattache au continent que par un isthme étroit et que son enceinte est dominée et enfilée ; le fort Carré situé sur une hauteur de Tautre côté du port, en face de la ville, est sans consistance et n'a pas plus de valeur que le fort Montalban auprès de Nice.

Un peu à Touest d'Ântibes se trouvent les excellents mouillages du golfe Jotian et du golfe de Napoule^ qui sont protégés par les batteries des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat. C'est de la presqu'île qui sépare Antibes du golfe Jouan que les Anglais, en 1766, bombardèrent cette place.

Toulon est d'abord une grande place maritime, puis la base de la défense de la Provence et la protection la plus efficace de Marseille. La ville et l'arsenal sont situés au fond d'une rade naturelle magnifique, qui est formée de deux parties : 1** la petite rade fermée par le promontoire du Caire ou presqu'île du Balaguier\ 2^ la grande rade séparée de la mer par la presqu'île des Sahlettes ou presqu'île Cepet. En avant de Toulon s'élève le Faron, montagne isolée qui est presque inaccessible du côté de la campagne, où la raideur des escarpements et les retranchements qui la couronnent, la rendent inexpugnable. L'attaque ne peut donc se faire que par la droite ou par la gauche entre le Faron et la mer. En 1793, l'attaque se fit par Touest, Tarmëe assiégeante ayant débouché des gorges d'Ollioules\ c'est en s'emparant du fort Mulgrave^ appelé Petit Gibraltar et dénommé aujourd'hui fort Napoléon^ que Bonaparte parvint à bloquer Toulon par mer, à couvrir de projectiles les deux rades et à déterminer l'évacuation de la ville. Aujourd'hui le front d'attaque serait sans doute à l'est entre le Faron et le fort Lamalgue,car la place serait attaquée par une armée italienne et non pas par une armée française. Si donc Tennemi voulait attaquer par l'ouest, il lui faudrait contourner la place, abandonner ses communications dont il serait séparé par des montagnes arides et ne recevoir ses approvisionnements que par une flotte stationnée dans la baie de Saint-Nazaire.

L'enceinte de la ville est neuve, en avant se trouvent un grand nombre d'ouvrages détachés, disposés de manière à empocher un bombardement.

Sur le Faron, se trouvent deux casernes, des parapets pour les tirailleurs et plusieurs forts : Tour de Beaumont, fort de la Croix Faron, fort Faron.

A l'est, la ligne de ceinture est fermée par les anciens forts d'Artigues, Sainte-^a^ therine, Lamalgue, par le fort du cap Brun situé plus en avant sur une colline qui domine toute la campagne environnante; de plus quatre batteries de côte protègent la grande rade. On construit de nouveaux forts sur la hauteur de Coudon au nord-est du Faron pour éloigner les attaques de ce côté.

A l'ouest, le fort de Malbousquet est relié à Tûnceinte, puis viennent une série d'anciens forts sans grande valeur : le fort Saint-Antoine, le fort Rouge, le retranche^ ment de PHubac, la redoute Saint-André, le fort de Pomets ; ces derniers sont dominés par la hauteur du Cap Gros qui n'est pas fortifiée.

Le fort Napoléon, les forts de f Aiguillette et Balaguier ferment la petite rade ces

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