CHAPITRE VII. — NICE ET LES ALPES MARITIMES
Une division de 14,000 hommes, formant cinq brigades, fut chargée d'opérer ce mouvement tournant : une brigade, sous les ordres de Masséna, se dirigea sur le mont Tanardo^ entre les sources de la Nervia et de la Taggia; une seconde prit position au Monte-Grande entre la Taggia et TAroscia; les trois autres, sous le commandement de Bonaparte, se portèrent sur Oneille et de là, par le col de Nava^ sur Onnea dans la vallée du Tanaro. On se rendit maître de toute cette haute vallée jusqu'à Garessio et on put alors déboucher par le col de Tanarello et par le col Ardente sur Briga et San-Dalmazzo, c'est-à-dire sur la route du col de Tende, en arrière des positions de Tennemi. Le fort de Saorgio avait déjà capitulé depuis quelques jours par suite de la pusillanimité du gouverneur, que le roi de Sardaigne fit passer par les armes. La ligne, attaquée de front en même temps qu'elle était tournée, fut évacuée en toute hâte ; beaucoup de prisonniers, un grand nombre de pièces de canon tombèrent entre nos mains. Ces opérations avaient exigé un mois de luttes, du 6 avril au 8 mai 1794; elles nous avaient rendu maîtres de la crête des Alpes-Mailtimes, ce qui nous permettait de couvrir avec peu de troupes plus de la moitié de la rivière du Ponent.
Jjignen de défense & l'est de la Roya et routes a l'est du col de Tende. — A Test de la Roya, les contreforts qui se détachent au sud des Alpes Liguriennes, se prolongent jusqu'à la Méditerranée et sont susceptibles d'être défendus, soit par des troupes françaises qui en auraient pris possession, soit par des troupes italiennes pour barrer la route du littoral. Ces positions, pour les deux partis, sont tournées par le col de Tende, et cette dernière route doit être Tobjet d*une défense particulière.
Les principaux de ces contreforts sont :
l^ Celui qui part du Mont Saccarello, au nord du Col Ardente^ il contient le Mont Tanardo, le Mont Jove, et sépare la Roya de la Nervia ; cette ligne de défense se prolonge au nord en ligne droite par le col de Tanarello jusqu'à la source du Tanaro ; elle couvre donc les sentiers qui viennent du Tanaro ou de son affluent le Tanarello; elle fut occupée, en 1747, par quarante bataillons piômontais adossés à la belle vallée de Dolceacqiia.
2« Celui qui se détache du précédent au Mont Tanardo et qui vient finir à San- Remo, en séparant la Nervia de la Taggia; il contient le Mont Ceppo et le Mont Bignone ; au cas où cette ligne serait forcée dans sa partie sud, une seconde non moins bonne s'appuie à Ospitaletto, entre San-Remo et Bordighera.
3* Celui qui part du Honte-Fronte, vers la source de VAroscia^ et qui vient finir sur la mer à San-Stefano ; il sépare la Taggia de l'Aroscia et de Tlmpero; il contient la position du Honte-Grande et est traversé par des sentiers aux cols de Hezzaluna et de Pezzo, cette ligne se prolonge vers le nord jusqu*à la source du Tanaro et se confond alors avec la première.
 l'est de ces trois lignes, toutes les autres sont tournées par la haute. vallée du Géographie» 15
Tanaro; pourtant il en est une gui a été signalée par Napoléon comme très-forte, qui fut fortifiée et défendue par nous en 1795; elle est si rapprochée d'Ormia, de Garessio et du Mont-Ariol qui domine le col de Nava, qu'on peut conserver la haute vallée du Tanaro tout en l'occupant; c'est celle du Camp-des-Prètres à Borghetto; elle a une vingtaine de kilomètres de long, mais presque partout elle est inabordable ; elle s'appuie à droite à un mamelon qui domine toute la plaine de Loano^ et à gauche à un grand rocher isolé ; en arrière de la partie sud de cette ligne s'en trouve une seconde aboutissant à Albenga, elle se détache de la première à Znccarello.
Deux routes font communiquer la vallée du Tanaro avec la côte, ce sont : 1^ Celle du col de Nava (954 mètres), au pied du Mont-Âriol, qui va à'Ormea sur le Tanaro à Oneille sur la Méditerranée, elle traverse la haute vallée de VArosciay franchit encore un col appelé comme tant d'autres col de San^Bernardo^ avant de descendre dans la vallée de Flmpero qui aboutit à Oneille.
2" Celle du col de San-Bernardo qui conduit de Garessio sur le Tanaro à Al* benga, en passant en arrière, c'est-à-dire à l'ouest, de la position de Borghetto.
Un chemin provincial praticable aux voitures, mais très-mal entretenu, met en communication Callizzano sur la Bormida-de-Millésimo avec Finale^ il passe au col de Helogno qui se trouve au pied du Mont Settepani, et suit la crête d'un contrefort des Alpes presque jusqu'au-dessus de Finale; il ne se prolonge pas au nord de Callizzano et on ne peut rejoindre la grande-route de Mondovi-Millésimo^Carcare que par des chemins muletiers qui traversent de grandes forêts de châtaigniers.
Quelques sentiers traversent les collines de Saint-Jacques à l'est de Settepani et permettraient aux fantassins et aux cavaliers de se rendre directement de Millesimo ou de Carcare à Finale-Borgo ou à Finale-Marina sur la côte.
Une grande route passe au col de Cadibone (490 mètres) et conduit de Carcare sur la Bormida-de-Cairo à Savone^ c'est le prolongement de la route de Mondovi à Millésime; une bonne route descend la Bormida à partir de Carcare. Un peu au nord de Cadibone ou d'Altare, une voie ferrée, qui passe sous un tunnel de 2 kilomètres^ conduit de Savone à la station de Saint-Giuseppe, où elle se bifurque sur Céva ou sur Alexandrie,
La côte même est longée par la belle route de la Corniche, dont la constructioa fut ordonnée par Napoléon ; elle traverse un grand nombre de torrents à gué et franchit plusieurs hauteurs, elle va de Nice à Gênes et elle se prolonge le long de la rivière du Levant jusqu'à la Spezia; dans cette dernière partie, dont la construction est postérieure à la première, elle quitte la côte à partir de Sestri-di-Levente pour traverser un pays pauvre et montagneux avant de descendre à la Spezia. Elle est aujourd'hui doublée d'un chemin de fer qui, comme nous l'avons dit, traverse de nombreux tunnels.
En outre des routes que nous venons d'énumérer, on ne trouve dans ce pays que des sentiers très-difficiles à travers les contreforts ou à travers la chaîne ; la