DE SAINT-MICHEL
Sommaire : — Considérations générales sur la défense des côtes. — Côtes de la mer du Nord de la frontière belge au cap Gris-Nez; Dunkerque. Gravelihes, Calais.— Le Pas-de-Calais, — Côtes delà Manche jusqu'à l'embouchure de la Somme; Boulogne. — Côtes du pays de Caux; Dieppe et Fécamp. — L'embouchure de la Seine; Rouen, le Havre, Honfleur. — Côtes de la Basse-Normandie: Caen. — Côtes du Cotentin: la Hougue, Cherbourg, Granville. — Les îles anglo-normandes.
Considérations n^énérales sur la défense des côtes. — Les agressions que peuvent avoir à subir les côtes d'un grand pays sont de plusieurs sortes et sont plus ou moins dangereuses; ce sont : 1® les bombardements lentes sur nos ports de guerre ou de commerce avec la grosse artillerie qui arme aujourd'hui les vaisseaux cuirassés : canons de 16, 19, 24, 27 et 32 centimètres; 2° les débarquements de troupes plus ou moins nombreuses suivant leur but.
Les moyens de défense dont on dispose sont : l^les flottes de guerre puissamment armées qui sont chargées sur mer d'un rôle analogue à celui des grandes armées sur terre; en outre des gros cuirassés, il e.xiste des vaisseaux déplus faible tonnage, garde-côtes cuirassés, navires torpilles, croiseurs rapides pour éclairer la côte, chaloupes canonnières et batteries flottantes, qui peuvent être plus spécialement chargés de la surveillance et de la défense mobile des côtes ; 2'' les batteries de côte armées de canons de fort calibre (16 à 32 centimètres), chargées de la défense fixe, et devant lutter avec larlillerie des vaisseaux cuirassés; 3** les barrages, les estacades, les torpilles qu on organise au moment du besoin et qui sont destinés, comme les défenses accessoires sur terre, à retenir les vaisseaux sous le feu des batteries Géographie, 18
qui défendent les passes; 4® la défense mobile de terre comprenant les troupes de Tarmée active ou territoriale amenées aussi rapidement que possible sur le point menacé et pouvant utiliser les épaulements conservés des nombreuses batteries aujourd'hui déclassées, en les armant de canons de campagne.
Nos cinq ports de guerre : Cherbourg, Brest, Toulon, Lorient, Rochefort, sont assez bien protégés contre un bombardement, soit par la difliculté naturelle des passes qu'on doit franchir pour y pénétrer, soit par les ouvrages de fortification qu'on y a accumulés; cependant Cherbourg peut être bombardé de la pleine mer, et les difficultés qu'on rencontre pour pénétrer dans les rades de Brest et de Toulon sont moins grandes que celles qui protègent plusieurs des grands ports militaires de TAllemagno ou de l'Angleterre : Kiel, Wilhelmshafen , Portsmouth. Lorient el Rochefort sont plus enfoncés dans les terres, mais ces deux derniers ports sont bien moins importants et renferment de bien moins grandes richesses que les trois premiers.
Nos ports de commerce : Marseille, Le Havre, Boulogne, Saint-Nazaire, sont aussi beaucoup plus exposés aux bombardements que ceux de l'Allemagne; ce mode d'attaque aurait pour but de ruiner notre commerce en même temps que d'enrichir l'ennemi par les contributions qu'il ne manquerait pas d'imposer à nos villes; pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg et pendant la guerre de sept ans, les Anglais bombardèrent Dieppe, le Havre, Saint-Malo, et brûlèrent les navires et les marchandises qui se trouvaient dans ces ports. Les ports de l'Allemagne : Brème, Hambourg, Stettin, Dantzig, sont situés à une certaine distance de la mer et sur de grands fleuves dont les passes sont étroites et bien défendues, ce qui n'a lieu chez nous que pour Bordeaux et Nantes.
Les débarquements peuvent avoir des buts différents. Dans les petits débarquements, l'ennemi n'a eu vue que de ruiner des établissements commerciaux, de mettre à contribution une certaine étendue de territoire, puis il se rembarque sans chercher à prendre pied dans le pays ; de pareilles expéditions ont souvent réussi; telle fut la conduite des Anglais pendant la guerre de sept ans sur plusieurs points de nos côtes et particulièrement en 1758, lorsqu'ils s'emparèrent de Cherbourg et ravagèrent toutes les campagnes voisines. Leur entreprise contre Saint-Malo, à la un de la même année, eut moins de succès et se termina par le désastre de Saint-Cast. Cette dernière opération est un exemple de la facilité des petits débarquements et du danger des rembarquements; les uns s'opèrent presque toujours par surprise sans trouver de résistance organisée, les autres peuvent devenir très-périlleux et môme impossibles si la défense mobile de terre intervient à temps et parvient à couper la retraite à l'ennemi ; en tous cas, ils ne peuvent éviter le moment critique où les forces divisées sont partie à bord et partie à terre.
Les grands débarquements ont pour but de conquérir ou de dévaster une partie notable de territoire ou d'accomplir toute autre grande opération de guerre; ces opérations peuvent être isolées ou se lier avec une invasion tentée sur une de nos frontières de terre. Ces grandes descentes sont peu à redouter sur nos côtes, elles ont