CHAPITRE 1". — COTES DE LA MER DU NORD ET DE LA MANCHE. 26*J
Hè rarement tentées et n'ont jamais réussi dans les temps modernes. Le désastrr . des émigrés à (Juiberon en 1795, la funeste issue de l'expédition des Anglais à Flessingue en 1809, en sont des exemples.
Pour remédier aux dangers que nous venons de signaler, nos ports militaires sont fortifiés du côté de terre comme du côté de la mer. Quelques-uns de nos grands ports de commerce sont également fortifiés, d\iutres sont dépourvus de défenses du côté de la terre, et ne sont couverts du côté de la mer que par des batteries insuffisantes. Pour s opposer aux descentes, les principales baies ou anses où un débarquement est à craindre sont armées de batteries de côte, mais il faut surtout compter sur la défense mobile de terre, c'est-à-dire sur l'armée de terre promplement transportée sur le point menacé au moyen de voies ferrées. Les coi'ps de l'armée destinée à surveiller les côtes devront donc être concentrés aux principaux nœuds de voies ferrées, de manière à être rapidement transportés sur le point du littoral menacé par l'ennemi.
Quant aux rades et aux mouillages, on ne doit songer à proléger que ceux qui sont propres aux escadres de guerre; on le fait en fortifiant les passes qui y donnent accès et en les garnissant d'une nombreuse artillerie de fort calibre.
Les petits ports marchands, les anses et les refuges propres aux biltiments de pêche ou de commerce ont été jusqu'à ces derniers temps défendus par des batteries de côte isolées, ce qui a amené à en créer un très-grand nombre qu il serait difficile d'occuper et d'armer d'une façon convenable; aussi celles qui ne sont pas indispensables vont-elles être abandonnées.
Les lies voisines du continent, si nombreuses sur le littoral de l'Océan, devront rtre occupées assez fortement, pour qu'elles n'offrent pas à l'ennemi une conquête facile qui lui servirait d'appui pour ses entreprises ultérieures contre le territoire de la République. Les presqu'îles joueraient encore mieux ce rôle, et leur défense réclame une attention toute spéciale.
Tout le système de défense de nos frontières maritimes est en voie de réorganisa* lion et de transformation, car la vapeur et les perfectionnements de l'artillerie ont considérablement modifié les conditions de l'attaque et de la défense des côtes. Nos frontières maritimes sont trop étendues (2,700 kilomètres environ) pour qu'on puisse en protéger tous les points vulnérables; d'après les idées nouvelles, on tend à organiser solidement la défense sur quelques points principaux au lieu de l'éparpiller comme elle Tétait sur tout le littoral. On abandonne une grande quantité de petites batteries dont nos côtes étaient criblées; on remplace par des batteries hautes plus faciles à organiser, plus difficiles à atteindre par les projectiles tirés des vaisseaux, les batteries trop rasantes qui défendent les principaux points de nos côtes. Quand les batteries sont à une certaine hauteur au-dessus du niveau de la mer, on a plus de chance d'atteindre le pont qui est la partie faible des vaisseaux cuirassés; mais il ne faut pas que l'élévation soit trop grande, car alors les chances d'atteindre sellaient notablement diminuées.
210 LIVRE lîl. — FRONTIÈRES MARITIMES.
Certaines balLerics basses, surtout celles qui défendent les passes, sont maintenues et sont armées de canons de très-fort calibre. Quelques anciennes batteries destinées à être plus tard remplacées par des batteries hautes sont provisoirement conservées; d'autres qui ne seront pas armées en permanence sont destinées à appuyer la défense mobile. En France, le service des batteries de côte est confié à rartilleric de terre, tandis que, d'après une décision récente, la défense des ports militaires a été concédée sur tout son périmètre h Tarmée de mer.
En somme on fait en ce moment quelques travaux neufs, mais surtout des travaux d'amélioration, consistant : 1** à remplacer des pièces de faible calibre par un nombre réduit de pièces de gros calibre; 2*^ à augmenter la force des parapets; 3* à mieux organiser la défense des ouvrages mêmes par la construction de traverses et d'abris.
La protection du cabotage, c est-à-dire de la navigation d'un port à Tautre le long des côtes, sera confiée aux bAliments légers delà flotte de guerre; les bâtiments de commerce trouveront du reste un refuge dans les mouillages qui seront couverts par des batteries de côte. Ces ports de refuge serviront aussi à abriter tempoi-airemcnt les navires de guerre chargés de la défense mobile de mer ou les bâtiments désemparés après un combat.
Côtes de la mer du IVopcl de la frontière de Belgique au cap Grlii- Nez. — Dunkerque, Graveline» et Calais. — La côte française de la mer du Nord est le prolongement de la côte belge; elle forme en avant d'un sol d'alluvions une longue ligne de sables percée rà et là par les canaux et les embouchures des petits cours d'eau oh se trouvent les ports. L'entrée de ces ports est protégée par des jetées et des digues en charpente qui ont une grande longueur. En Belgique se trouvent les ports de Dlankcnbcrguc^ (ÏOstcnde et de Meuport; en France ceux de Diinherquey de Gravclines, de Calais, La plage complètement plate de la mer du Nord était autrefois recouverte par les eaux; le golfe qu'elles formaient pénétrait jusqu'à Bruges, Dixmude, Bergues, Wall,en et même, après avoir franchi un étroit chenal, s'étalait en une large nappe au bord de laquelle se trouvait le port de Saint-Omer. Un bourrelet de dunes apporté par les flots et les vents et percé de distance en dislance séparait cet estuaire de la mer; il fut peu à peu comblé par les alluvions apportées par l'xVa et ses aflluents; c'est sur la digue de sable qui séparait ces marais de la mer que des pécheurs établirent des hameaux qui devinrent les villes de Calais, Gravelines, Dunkerque, Nieuport, Ostende. Les Romains firent à travers les marais des chaussées pour communiquer avec ces uouveaux ports. Plus tard, grâce à d'admirables travaux de dessèchement, c^tte vaste contrée, connue sous le nom générique de WatcrifujucSj fut conquise à la culture; elle est sillonnée d'un très-grand nombre de rigoles appelées tcatergand^y qui servent après les grandes pluies à vider l'eau qui recouvre la plaine, par les écluses de Calais, de Gravelines et de Dunkerque, et qu'on remplit pendant les sécheresses, en y déversant les eaux de TAa, pour éviter les miasmes malsains et dangereux qui s'échap-