CHAPITRE IV. — COTES DE LA MÉDITERRANÉE, LA CORSE
A 10 kilomètres seulement de Bastia, sur la côte occidentale s'avance dans les terres la baie de Saint-Florent, qui est dans une situation des plus heureuses, visà-vis de Toulon et de Marseille; la rade est magnifique et les attôrages très-sûrs ; Napoléon avait eu le projet d'en faire une station navale très-importante; mais l'air pestilentiel des étangs voisins fait do la petite ville de Saint-Florent un des points les plus malsains de Tile, elle est eu pleine décadence. Cette ville a toujours été le point de départ des opérations oifensives dirigées contre la Corse, aussi a-t-on Tintention de renforcer les batteries qui la défendent ainsi que celles de Bastia; entre ces deux points on construirait au col de Teghime un fort qui servirait de l'édiiit à la défense.
Le petit port de l'ile Rousse, situé en face de Tlle granitique de ce nom, au fond d'une petite baie, est le principal marché des riches campagnes de la BalagnCj en particulier de Tliuile qu elles produisent; cette ville fut fondée en 1758 par Paoli pour ruiner le commerce de Calvi qui était favorable à la domination génoise; ce résultat fut en partie atteint malgré la belle situation de Calvi et son excellent port, car cette dernière ville est très-malsaine et souvent dévastée par la malaria. Calvi est une place forte de deuxième classe.
Le golfe de Porto offre un bon abri aux navires, mais il ne contient pas de ports, parce que sa côte est escarpée et qu'elle ne borde pas une contrée fertile; le pays avoisinant est désigné sous le nom de Balagne déserte.
Le golfe de Sagone au fond duquel vient se jeter le Liamone^ borde un littoral malsain ; sur la rive septentrionale de la baie, la petite ville de Cargèse est une colonie de Grecs venus au XVIP siècle sous la conduite d'un descendant des Comnènes.
Au fond d'un golfe magnifique environné de montagnes de granit, se trouve la jolie ville d'Ajaccio, la plus agréable de la Corse ; elle possède un bon port qui fait un commerce chaque année plus considérable, elle est défendue par une citadelle dont les fronts de mer battent la rade.
Au sud du cap Muro, le golfe de Valinco forme la dernière grande échancrure de cette côte; le port de Propriano est le lieu de i^ndez-vous des pêcheurs napolitains qui viennent exploiter les bancs de corail de la baie, il sert aussi de marine à la petite ville de Sartèîic.
A l'extrémité méridionale de l'île, Bonifacio possède un bon port assez fréquenté d'où ou exporte beaucoup d'huile pour les fabriques de savon de Marseille ; le voisinage de rile de Sardaigne et du dangereux détroit appelé Bouches-de-Bonifacio qui sépare les deux îles, lui donne une certaine importance. La ville est défendue par une citadelle qui sert en même temps de batterie de côte.
Sur la côte orientale, on trouve au sud les deux profondes échancrures des golfes de Santa-Manza et de Porto-Vecchio,.ce dernier est une rade magnifique qui pourrait abriter toute une flotte, il no possède qu'un port de cabotage. Au nord de Porto- Vecchio et jusqu'à Bastia la côte est droite, basse, marécageuse et très-malsaine; elle
est garantie, par toutes les hautes montagnes de Tile, des vents du sud-ouest et du mistral, en sorte que les miasmes qui s'échappent des marais ne sont pas entraînés et rendent le pays inhabitable pendant la saison chaude. Il n'y a, en fait de port, sur cette côte que des marines sans importance et on ne trouve ni ville, ni village sur le littoral même. Les plaines d'alluvions ou de terrain tertiaire qui s*étendent jusqu au pied des montagnes, sont aujourd'hui inhabitées ; elles attendent que le pays soit assaini par le drainage, le colmatage et les eucalyptus pour rendre les riches moissons qu'elles ont produites jadis.
Tel est l'ensemble de TUe de Corse, habitée par une population à part, dont les mœurs et le caractère ont longtemps différé de ceux des peuples voisins. Les habitants y sont du reste très-clair-semés; on n*en compte que 260,000 répandus sur 8,748 kilomètres carrés ce qui fait 30 habitants par kilomètre. L'île renferme des richesses minérales qui ne sont pas mieux exploitées que ses excellentes terres ; ses eaux minérales commencent à être fréquentées ou exportées, celles i'Orezza sont les plus œnnues; la douceur du climat d'Âjaccio y attire quelques étrangers. Il n*existe pas encore de chemin de fer en Corse surtout à cause du relief des montagnes qui la couvrent partout; on en a projeté un d'Âjaccio à Bastia, mais la difficulté du tracé en a fait ajourner Texécution. Pour tirer de ce sol toutes les richesses qu'il renferme, il faudrait des routes, des bras, des capitaux; trois choses qui manquent pour le moment.