CHAPITRE IV. — COTES DE LA MÉDITERRANÉE, LA CORSE. ad
par les contreforts des Alpes d'abord, des Apennins ensuite, elle décrit, du cap Mêle à la pointe gui ferme le golfe de la Spezia, un arc de cercle au fond duquel est située Gènes, c*est le golfe de Gènes. Ses principaux ports sont San-Remo^ Porto^ MauriziOy Vado, Savone^ Voltri, Gênes, Rapallo, Sesti'i^ etc. La côte de la rivière du Panent, à l'ouest de Gênes, est bordée partout de villages magnifiquement situés, de riches cités et d'immenses chantiers de construction de la côte; la rivière du Levant^ à l'est de Gênes, beaucoup plus sauvage et plus sombre, est bien plus escarpée et plus abrupte; les villages y sont moins serrés et moins peuplés que sur la rive occidentale.
Ile de Corse $ description g^énérale, Saint-Florent, Bastia, AJacoio*
— La Corse, vendue à la France vers le milieu du siècle dernier par les Génois qui désespéraient de soumettre ses habitants révoltés, puis conquise par nos armes sur ces mêmes patriotes qui ne voulaient pas reconnaître Tautorité de la France plus que celle de Gênes, est une île qui tient à l'Italie par sa situation, son histoire et sa langue. Elle est séparée de la côte de Provence par des abîmes de plus de 1,000 mètres de profondeur, tandis qu'un plateau sous-marin et plusieurs îles la relient au littoral de la Toscane.
L'île est couverte de montagnes; elle est traversée du nord au sud par une chaîne où les dépressions sont rares et dont le versant occidental est plus raide que le versant oriental. Le pays à l'ouest de la chaîne, presqu'entièrement formé de terrains primitifs, est désigné sous le nom iï Au-delà des Mo7Us, et le pays situé à Test avec sous-sol de craie et de serpentine, sous celui (ÏEn deçà des Monts; dénominations qui se rapportent à leur situation par rapport à l'Italie centrale.
Les sommets de la presfjuîle scplcatrionale du cap Corse ont déjà 1,300 mètres de hauteur; au sud du col de Teghime (5il mètres), qui relie Bastia h Saint-Florent, lo massif du Monte Asto, au nord de la vallée du Goloj atteint 1,533 mètres; puis, entre la fertile plaine de la Balagne sur la côte occidentale et les vallées du Golo et du Tavignano qui sont les deux plus grandes de l'île, s'élève un massif imposant, sorte 4e citadelle naturelle qui plusieurs fois a servi de refuge aux Corses dans les guerres d'indépendance; il contient les sommets les plus élevés de l'île : Monte Cinto (2,710 mètres). Monte Rotondo (*2,G25 mètres), Monte d'Oro (2,390 mètres). Entre les parties basses des vallées du Golo et du Tavignano existe un groupe de montagnes qui atteint 1,722 mètres au Monte San Pictro; il domine au nord là plaine d'Aléria formée en partie d'alluvions, très-fertile, mais mal cultivée et très-malsaine par suite des nombreux étangs qui bordent la côte ; son nom lui vient de l'ancienne ville romaine d'Aléria, à l'embouchure du Tavignano, qui fut au moyen-dge la capitale de l'Ile et qui n'est plus qu'un modeste village. C'est à Porte Nuovo, dans la vallée du Golo, que l'armée nationale fut défaite par les Français, après des prodiges de valeur, le 9 mai 1769, l'année môme de la naissance de Bonaparte. Dans la haute vallée du Tavignano, au haut d'un rocher escarpé se trouve la place forte de Corte, le réduit Géographie. 24
central de rilc et rancienne capitale de Paoli pendant la lutte quil soutint à la tête du parti national. Corte est un nœud de route important au milieu des montagnes les plus élevées de File, en outre de la route qui descend la vallée du Tavignano jusqu'à la cote orientale, une route conduit au nord à Bastia ou à Calvi après avoir franchi le col San Quilico (657 mètres), et une autre se dirige au sud vers Ajaccio par le col de Vizzanova (!,162 mètres) où se trouve un petit fortin qui est encore classé comme poste fortifié. Cette grande artère de l'Ile, la ligne routière Bastia-Ajaccio, permet aux défenseurs d*aceourir sur tous les points menacés; la région qui entoure Corte est le centre de rayonnement de ces manœuvres. Au sud de la dépression du col de Vizzanova, la crête se relève à 2,357 mètres au Monte Renoso, puis s'abaisse con. tinuellement jusqu^à Porto Vecchio et jusqu'à Bonifacio,
Par suite de la grande altitude des montagnes qui s'élèvent brusquement au-dessus de la mer, la Corse présente d'une façon très-nette Tétagement des diverses zones de climat et de culture. Sur le littoral et jusqu'à l'altitude de 500 mètres environ, la température est analogue à celle de l'Espagne méridionale, de la Sicile ou des côtes de TAlgérie, la végétation y est la même que dans ces pays; le Campo l'Oro^ autour d'Ajaccioest l'un des plus riches jardins des bords de la Méditerranée; les plaines de la côte sont d'une admirable fertilité, mais la paresse des habitants ne sait pas faire sortir des richesses de ce sol privilégié; chaque année dix ou vingt mille Lucquois viennent pendant six mois faire les gros travaux de Tagriculture, puis s'en retournent avec un faible pécule dans leur pays. La région moyenne de 500 à 1,500 mètres a les températures et les cultures de la France centrale ; elle était jadis recouverte d'immenses forêts vierges et de magnifiques châtaigneraies dans la partie la moins élevée; ces forêts ont été en partie incendiées par les bergers et les bandits, ce sont maintenant des maquis recouverts de taillis impénétrables; il en subsiste pourtant encore plusieurs groupes oCi les arbres, chêne, hêtre, pin, larix, atteignent des dimensions vraiment extraordinaires. La région supérieure des montagnes renferme des pâturages, et au-dessus de 1 ,800 ou 2,000 mètres elle est tout à fait inhabitable.
I^ côte occidentale de l'île est très-découpée, souvent rocheuse et escarpée; plusieurs de ses baies profondes offrent de bons abris et de bons mouillages aux navires. La pointe septentrionale de l'île est le cap Corse qui s'avance de 35 kilomètres au nord de Bastia et qui est signalé au large par le phare de Yîle de la Giraglia dont la portée est de 45 kilomètres.
A la naissance de ce promontoire sur la côte occidentale se trouve Bastia, place forte de deuxième classe, et la ville la plus peuplée de l'île (18,000 âmes); le port de Bastia, l'un des moins sûrs de l'île, n'est qu'une crique étroite et peu profonde, cependant il fait un con^merce plus important que tous les autres ports de la Corse; l'industrie a pris dans la ville ou dans les environs un assez grand développement; il y existe des forges, dos chantiers de construction pour les navires, des fabriques diverses.