‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 247 sur 288 · CHAPITRE II. — ^ALGÉRIE. — HAUTS PLATEAUX ET SAHARA · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — ^ALGÉRIE. — HAUTS PLATEAUX ET SAHARA

qui les séparent du Sahara ne sont sensibles qu*en un petit nombre de points ; les principaux massifs sont ceux de TAurès dans la province de Constantine et du Djebel Amour à la limite des provinces d* Alger et d'Oran. Souvent les cuvettes des hauts plateaux ne sont limitées au sud que par des collines rocheuses ou recouvertes de sable qui n*ont que très -peu de relief.

LiM plaine des Sbakh et FAnFèa. — Tebessa et Batna. — Dans la province de Constantine, la région des hauts plateaux comprend la plaine des Sbakh, sbakh est le pluriel de sebkha, et le Hodna.

La plaine des Sbakh, située au sud de Constantine et sur le versant nord de TAurës contient, comme son nom Tindique, plusieurs lacs intérieurs aux eaux saléesy dont le principal est le lac de Tarf. Elle forme un plateau de 870 mètres d'élévation en moyenne qui peut être partout cultivé et qui Test déjà en grande partie; elle est traversée par la route de Constantine à Batna et par celle de Constantine à Tébessa ; elle se confond à l'ouest avec la plaine de Sétif . Tout ce plateau est couvert de ruines romaines, ce qui prouve qu*à cette époque il était beaucoup plus peuplé et mieux cultivé qu'il ne Test aujourd'hui. Le principal centre de population au nord du lac de Tarf est Ain-Beida (la source blanche), chef-lieu du Kaïdat des Haracta, puissante tribu indigène, jadis très-remuante et aujourd'hui fixée au sol qu'elle cultive. A l'extrémité orientale du plateau et sur la frontière tunisienne, Tébessa, Tancienne Théveste des Romains, est aujourd'hui bien déchue du degré de splendeur qu elle atteignit au troisième siècle de notre ère; elle a 2,700 habitants dont 2,300 indigènes et une assez forte garnison ; elle est à 1,088 mètres d'altitude, le climat est sain, les environs sont bien cultivés et très-boisés. Tebessa a été occupé en 1852 et on y laissa dès cette époque une garnison destinée à contenir la tribu remuante de Nememcha; c'est aujourd'hui un de nos postes avancés sur la frontière de Tunis et à la limite du Sahara.

Le plateau des Sbakh est limité et dominé au sud par le massif crétacé de TAurès. Ce pâté montagneux de forme presque carrée a de 25 à 30 lieues de côté et renferme le plus haut' sommet de l'Algérie, le Djebel Chelia qui atteint 2,312 mètres; d'autres sommets ont de 2,000 à 2,300 mètres. Ces montagnes ne dominent le plateau du nord que d'un millier de mètres, elles s'élèvent au contraire de 2,000 mètres au-dessus du Sahara, leurs pentes méridionales sont par suite très-raides et, dans les gorges profondes qui découpent ces montagnes au sud, coulent des cours d'eau qui donnent naissance aux nombreuses oasis des Ziban. Les tribus de l'Aurès sont ber* bères ou arabes, mais ces dernières se sont berbérisées au point d'oublier la langue du Koran; les habitants sont blonds et semblent être des représentants de la race Chaouia qui auraient cherché un refuge dans ces montagnes lors de la conquête du pays par les Romains, les Vandales ou les Arabes. L'Aurès fournit des bois de construction et des fruits de toute espèce. C'est dans ce massif montagneux de défense facile qu'après avoir résisté pendant 11 ans à nos armes, l'ancien bey de Constant

tine, Acbmet, trouva son dernier asile et fut cerné par le colonel Ganrobert au mois de juin 1848.

Sur le versant nord de TÂurès, se trouve Lambèse célèbre par ses ruines romaines et comme lieu de déportation après 1850 ; un peu plus à l'ouest, Batna, ville de 4,000 habitants avec une garnison de 2,000 hommes et chef-lieu d*une subdivision militaire, à 1,021 mètres d'altitude, est située sur la route de Constantine à Biskra à Tentrôe d'une vaste plaine très-bien arrosée, elle fut fondée en 1844 et ce fut d'abord un camp destiné à protéger la route du Tell au Sahara et à dominer les montagnes de l'Âurès.

lie Hodna. — Hsila et Bon-Saada. — Au sud de la Medjana, sur le ver-* sant méridional du Djebel Boutaleb et du Djebel Maadhid, naissent de nombreux cours d'eau qui arrosent le plateau du Hodna et qui aboutissent tous, de même que VOued Chellah qui vient du Djebel Dira près d*Aumale, au lac intérieur appelé Sebkha-el-Hodna ou Chott-ès-Saïda. Le plateau du Hodna est en partie couvert d^alfa et en partie cultivé surtout le long des cours d'eau de la partie orientale, il est limité au sud et séparé de la région saharienne par des crêtes montagneuses qui se relient à l'ouest au Djebel Sahari et au Djebel Bou Kahil^ montagnes de 1 2 à 1 ,300 mètres qui appartiennent en partie à la province d* Alger. De nombreux cours d'eau descendent de ces montagnes et se rendent à la Sebka-el-Hodna. Hsila et Bou-Saada sont les principaux centres du Hodna, ce sont d'anciennes villes arabes à Taspect saharien ; Bou-Saada n'est qu'à une faible altitude, 578 mètres, ce qui permet d'y cultiver le palmier en outre des autres arbres fruitiers. Une route joint Bou-Saada à Hsila et s'embranche à Bordj-bou-Aréridj sur la route d'Alger à Sétif et à Constantine. Bou- Saada était jadis un marché important pour les caravanes et l'ouverture de débouchés sur le littoral lui rendra peut-être une partie de son importance passée.

Hante Plateaux à. Verni du Chélif. — làWLom Zaltres. — Djelte. — Djebel Amour. — Dans la province d'Alger, la région des hauts plateaux commence à Boghar et, sur ces steppes brûlées, le phénomène du mirage n'est pas rare. Ces hauts plateaux sont traversés du nord au sud parla route d'Alger à Laghouat^ route qui, le plus souvent, consiste en une piste à peine marquée et jalonnée par les poteaux télégraphiques ; du reste le pays est plat et on s'est contenté de faire quelques travaux d'art aux passages difficiles, tels que des ponts sur les ruisseaux souvent gonflés par les pluies et des chaussées en fascines dans les sables mouvants. La route est praticable à l'artillerie et un service régulier de voitures se fait tous les quatre jours entre Médéa et Laghouat. Le seul centre habité qu'on rencontre entre Boghar et Laghouat sur une longueur de 310 kilomètres est Djelfa. Des caravansérails établis au plus à une journée démarche les uns des autresjalonnent la route; ces caravansérails consistent en ime vaste cour contenant un puits et des logements pour les voyageurs et entourée d'un mur crénelé avec tourelles carrées aux angles pour le flanque*

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ment; autour de ces auberges existent souvent des jardins, des champs cultivés et quelquefois des bâtiments qui servent de ferme. Au premier caravansérail, à Bour- Guezoul, on, rencontre les terrains bourbeux et marécageux de la Daya-Kahala. Plus au sud après avoir traversé des steppes couvertes de maigres touffes d'alfa, on rencontre des sables entre les deux nappes de la Sebkha Zahrez de TEst et de la Sebkha Zahrei de TOuest. Ces lacs sont salés et occupent une grande étendue, mais ils sont à sec pendant la plus grande partie de Tannée. La première de ces Sbakh ne reçoit que des cours d'eau sans importance ; la dernière reçoit TOued Helah, rivière salée comme beaucoup de celles de TAlgérie; elle prend naissance dans le Djebel Senelba, montagne couverte de bois, ce qui est rare dans ce pays ; elle passe à JDjclfa etfait au-dessous de ce poste marcher des moulins où on moud du blé pour toute la contrée. Près de cette rivière et sur sa rive droite, se trouve le Rang-el-Helah appelé aussi Rocherde-Sel ; c'est une masse de sel gemme de plus de 4 kilomètres de tour et de 200 mètres de hauteur qui termine la crête montagneuse de Djebel Sahari; elle a été formée par une éruption de boues argilo-gypseuses et de sel gemme à travers les couches des terrains crétacés inférieurs et tertiaires moyens ; elle est exploitée par les indigènes et par Tadministration ; le sel qu'on en tire sert aux besoins de la population des steppes et du Sahara. Il existe du reste d'autres gîtes semblables de sel en Algérie : il y en a un dans la province d'Oran, près d'Aïn-Témouchen, et un autre au nord-ouest de Biskra dans la province de Constantine.

La région qui s'étend au sud des lacs Zahrez entre les oasis du Ziban, Bou-Saada et le Djebel Amour, est habitée par les tribus des Oulad-Naïl, qui cultivent un peu de céréales, qui possèdent de nombreux troupeaux et qui sont en relations commerciales avec le Sahara. Ces nomades ont huit villages dans le Djebel Sahari qui leur servent de dépôt. Djelfa est la résidence de leur Bach- Agha. Ce poste de Djelfa est de création toute récente ; le bordj remonte à 1852 et le village à 1861 ; il sert d'intermédiaire entre Boghar et Laghouat, il est à l'altitude considérable de 1 , 1 67 mètres au-dessus de la mer, aussi y fait-il très-froid en hiver et le vent y règne-t-il dix mois de l'année soulevant des flots de poussière et de gravier. Il s'y tient un marché important. Entre Djelfa et Laghouat le pays est plus accidenté qu'au nord; on traverse les crêtes montagneuses qui séparent les hauts plateaux de la région des oasis. En partant de Test, on trouve d'abord le Djebel bou Eahil (1 ,370 mètres) sur la limite de la province de Constantine, puis les longues crêtes rocheuses d'El-Atosch et enfin l'important massif du Djebel Amour sur la limite de la province d'Oran. Ces dernières montagnes sont assez peuplées, il existe dans leurs gorges de nombreux Esour habités par des berbères ou par des arabes. Nous avons déjà signalé leur importance au point de vue orographique et hydrographique, nous avons dit qu'elles formaient la partie culminante d'un relèvement du sol qui divise les hauts plateaux et qui se prolonge dans le Sahara en rejetant les eaux vers l'est. Du Djebel Amour les eaux se dirigent vers le nord par VOued Taguin, une des branches duChélif; vers l'est par YOxHd Mxi ou Oued Djedi qui est la ligne d'eau la plus marquée de cette partie

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du Sahara ; vers le sud par plusieurs cours d*eau gui se perdent dans les sables du désert.

Plateau du Serson. — Au sud du massif de TOuaransenis, entre le Nar- Ouassel et TOued Taguin s'étend le vaste plateau du Sersou, il est limité au sud par les montagnes du Nador^ il fait partie de la région des hauts plateaux par son altitude, mais il est en grande partie conquis à la culture.

Réfl^ion des Chotts. — Djebel Ksaii. — Dans la province d'Oran, la région des hauts plateaux o£Ere un aspect encore plus désolé que dans la province d'Alger; les eaux y font absolument défaut. Le Chott-el-Chergui ou lac de Test et le Chottp el-6harbi ou lac de Touest n*ont d*eau qu'après la saison des pluies. Le principal poste que nous possédons dans cette contrée est Géryville situé à 1,300 mètres d'altitude à la limite du Sahara; il a été fondé en 1853 et doit son nom au colonel Gréry qui le premier parut dans ce pays à la tête de nos colonnes en 1845.

Sur la frontière du Maroc, entre Sebdou et le Chott-el-Charbi, se trouve le poste important d*El-Aricha de création récente; il surveille cette partie de la frontière; plus au sud, au poste d'Aîn-ben-Ehelil, existent des puits. C'est là qu'au commencement de 1870 le général de Wimpfen concentra ses troupes et c'est de là qu'il partit pour châtier la tribu marocaine des Douï-Ménia qui, jointe avec certains partis des Ouled-Sidi-Cheikh, avait fait des razias sur notre territoire.

Une route rejoint Sebdou à El-Aricha et à Aîn-ben-Khélil et se prolonge jusqu'à Thiout chez les Ouled-Sidi-Cheikh ; deux routes rejoignent Géryville à Frendah et à Saîda; ces routes de même que celle de Laghouat sont à peine tracées.

Le Djebel Ksan sur la frontière du Maroc sépare les hauts plateaux de la région saharienne, c'est dans les gorges de ces montagnes que se trouvent plusieurs des oasis des Ouled-Sidi-Cheikh.

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