CHAPITRE II. — L'ALGÉRIE. — HAUTS PLATEAUX ET SAHARA
transformé en oasis au moyen de puits et de retenues d*eau. Le sol y est souvent accidenté, mamelonné et coupé de ravins.
Le pays est sain presque partout; cependant, pendant la saison chaude, certaines oasis sont mortelles pour les blancs; ainsi les Mzabitcs qui pourtant sont des Sahariens ne peuvent vivre Tété à Ouargla, les noirs seuls y résistent. L'hiver il fait souvent froid dans le Mzab et sur les terres élevées qui forment le prolongement du Djebel Amour vers le sud, il y gèle quelquefois pendant la nuit. L* altitude 4e la partie du Sahara qui borde les hauts plateaux est assez considérable surtout dans Touest et au centre : 850 mètres à Brézina, 784 à Laghouat; elle n*est que de 125 mètres à Biskra et plus au sud le lac Mel-righ est à 28 mètres au-dessous du niveau de la mer. Au sud de la province d*Oran, la pente est du nord au sud et les cours d*eau vont se perdre dans les sables qui séparent les oasis des Ouled-Sidi-Cheikh du TouaL A Test du plateau qui prolonge au sud le Djebel Amour, la pente est vers Test; plus loin, dans la province de Constantine, elle est du sud au nord. Les eaux qui descendent de ce plateau où se trouvent les oasi^ des Beni-Mzab^ Metlili et El-Goléa, aboutissent à YOued Mia rivière qui vient du Touat et qui se jette dans le Chott Mel-righ après s'être réuni à YIgharghar ; ce dernier cours d'eau descend du Djebel Ahaggar^ haut plateau qui s*élève, dit-on, à 3,000 mètres sous le tropique au centre du Sahara. Ces deux rivières VOued Mia et YIgharghar^ courent du sud au nord. Elles n'existent, comme toutes celles du Sahara, qu'après les orages qui, à certaines époques de Tannée, fondent avec violence sur cette contrée; le plus souvent Teau coule audessous du sol ou se perd tout-à-fait dans les sables. Les bassins naturels formés par le fond des rivières et les fonds où s'amassent les eaux pluviales gardent toujours une certaine humidité et constituent des ghedir où les plantes fourragères, dUs^ alfa, drin, armoise^ se multiplient plus qu'ailleurs. Les dayas sont des dépressions de terrain abondamment pourvues d'eau, où il se forme des ilois de verdure et où croissent de grands arbres, surtout des pistachiers sauvages, les bélhoums des Arabes 11 a fallu des siècles à ces arbres pour atteindre leur développement et, quand ils n'étaient qu'arbrisseaux, ils ont dû être préservés de la dent des chameaux par des buissons épineux ; une fois arbres ils abritent souvent de riches végétations qu'ils préservent de la chaleur de Tété et des rigueurs de l'hiver.
Partout où apparaissent les fleuves souterrains, où se trouvent des sources, où on a creusé des puits, le sol irrigué est devenu propre à la culture et une population sédentaire s'est groupée dans des villages fortifiés, construits en mottes de terre séchées au soleil, qu'on appelle des ksour ( pluriel de ksar ). Les terrains irrigués couverts de palmiers et d'autres cultures qui entourent les ksour, constituent les oasis. Les fortifications des ksour consistent en une muraille épaisse construite en terre séchée au soleil ou même en pierre et capable de résister aux canons de campagne; les oasis elles-mêmes sont généralement entourées de murs et protégées par des tours crénelées; elles sont coupées de fossés ou séguia qui servent à distribuer les eaux.
Le Sahara de même que les hauts plateaux est le domaine naturel des nomades ou arabes pasteurs ; les tribus qui y vivent s'y déplacent avec une certaine régularité provenant de la nécessité de faire vivre leurs nombreux troupeaux. Ces nomades ont des terres de parcours très-étendues dont ils épuisent successivement les pâturages; ils font aussi un certain commerce avec les tribus voisines ou môme avec le Tell, ainsi ils vont chercher dans les oasis les dattes ou autres produits qu'ils échangent contre la laine de leurs troupeaux et contre les grains qui viennent du Tell. Un certain nombre d'individus de ces tribus nomades demeure et est fixé dans les ksour, veillant sur les jardins et sur les maisons de leurs frères qui errent et font paître les troupeaux. Ces maisons servent de magasins où sont déposés les grains et les réserves de provisions ; chaque tribu a souvent ainsi à sa disposition plusieurs magasins dans des lieux différents. Les nomades se rapprochent des oasis à deux époques de Tannée : au moment de la tonte des moutons et à l'époque de la récolte des dattes.
Les oasis forment un certain nombre de groupes distincts :
!• A l'est, au sud de la province de Constantine, les oasis des Ziban^ du Souf^ de rOued Righ et Ouargla.
2® Au centre, les oasis des Ksour ^ celles des Benl-Mzab et des Chambaa.
3* A Fouest, dans le Sahara oranais, les oasis des Ouled-Sidi-Chiehh.
Saharm au sud de la province de Constantine. — Projet de mer intérieiùpe. — Le Sahara au sud de la province de Constantine forme un bassin intérieur où se réunissent les eaux qui viennent de l'ouest, du sud et du nord.
Le principal cours d*eau de cette contrée est TOued Djedi qui, dans son cours supérieur, $*appelle Oued Hzi; il prend sa source au Djebel Amour, et aboutit, lorsqu'il ne se perd pas dans les sables, au Chott Hel-righ qui est à plusieurs mètres au-dessous du niveau de la Méditen^anée, 27 mètres environ.
A ce lac vient aboutir la dépression du sud au nord qui termine à Test la terrasse du Sahara algérien. Cette dépression est suivie par TOued Hia et par llgharghar. Du temps des Romains, ces fleuves étaient presque toute Tannée à la surface du sol, et les oasis qui les bordent étaient beaucoup plus habitées qu'elles ne le sont aujourd'hui.
A l'est du chott Mel-righ, les fondrières se prolongent par d'aulrea chotts jusqu'en Tunisie et jusqu'au golfe de Gabôs. On a proposé de percer le cordon du littoral qui sépare les chotts de la mer et les seuils qui les séparent entre eux, de manière à permettre aux eaux de la Méditerranée de se répandre dans les chotts et dans toutes les dépressions qui les entourent. L'étude de ces percements était le but de l'expédition du capitaine d'état-major Roudaire qui croit, d'après les traditions locales et d'après les textes anciens, pouvoir identifier la succession des chotts avec le golfe Triton des géographes de l'antiquité, de Ptolémée entre autres. Le rétablissement de cette mer intérieure, si jamais elle a existé dans les temps historiques, serait fort