CHAPITRE lY. — COLONIES FRANÇAISES
A 80 kilomètres au sud des bouches du Mé-Eong, nous possédons un groupe de petites lies dont la principale est Poulo-Condore.
Plus au nord, sur la cote de TAnnam, les navires ne peuvent guère trouver d'abri que dans la baie de Tourane et dans le golfe du Tong-King.
L* étendue du pays soumis à la France est de 56,000 kilomètres carrés et sa population de 1,456,000 habitants dont 850 Européens seulement. Il y a en outre 4,000 hommes de troupes et 1,500 marins.
Le climat est très-malsain pour les Européens et a déjà été funeste à beaucoup de nos offlciers et de nos soldats, nous ne pouvons songer à coloniser le pays; du reste il n'est pas besoin d*une grande émigration pour assurer la domination d'un vaste empire aux Européens et pour leur permettre d*en tirer de grands profits, il n'y a guère plus de 130,000 Anglais dans l'Inde en y comprenant l'armée et l'Inde compte près de 200 millions d'habitants.
Le commerce de la Cochinchine était déjà de 150 millions en 1871, en y comprenant les importations et les exportations. Il ne peut manquer de s'étendre lorsque des débouchés plus nombreux qu autrefois auront engagé les indigènes à mettre toutes leurs terres en culture.
On avait espéré au début de l'occupation faire afiluer à Saigon par le cours du Mé-Kong tous les produits de l'intérieur de l'Indo-Chine et même ceux du centre de la Chine, il a fallu renoncer à cette illusion quand on a su que le Mé-Eong était encombré de rapides et de cataractes qui rendaient sa navigation impossible ; néanmoins Saigon restera un des quatre ports par où s'écoulera tout le commerce de la presqu'île, ces quatre ports sont : Rangun aux Anglais à l'embouchure de Vlraouody^ Bang-Kok au roi de Siam à l'embouchure du Mé-Nam, Saigon à la France qui correspond par un canal avec les bouches du Mé-Kong, enfin Ha-Noî au Tong-Eing à l'embouchure du Song-Kdi.
Des efforts ont été faits par les Anglais et les Français pour relier Vlndo^Chine avec la Chine méridionale, c'est-à-dire avec la province chinoise de Yun-Nan.
En 1866, une mission partit de Saigon pour explorer le vaste bassin du Mé-Eong, elle était commandée par le capitaine de frégate de la Grée et comprenait entre autres ofiiciers les lieutenants de vaisseau Garnier et Delaporte. Elle reconnut les obstacles à la navigation du cours de ce fleuve, atteignit les frontières de Chine, traversa, malgré la guerre civile qui la désolait, la province chinoise de Yun-Nan, atteignit le Yang-tsè'Kiang, descendit ce fleuve jusqu'à Sang-haî et rentra à Saigon par mer.
L'expédition commandée par le commandant de la Grée avait reconnu l'existence d'un grand fleuve, le Song-Koï, qui descend des montagnes de la province du Yun- Nan et qui se jette dans le golfe du Tong-King. Un commerçant français. Monsieur Dupuy, résolut de voir s'il était possible d'établir par ce fleuve des communications entre le Tong-Eing qui relève de l'empire d'Annam et la province de Yun- Nan. A la fin de 1869, il partit de Canton, parcourut le Yun-Nan et reconnut le
bassin supérieur du Song-Eoï. En 1872, il entreprit une seconde expédition et parvint avec deux canonnières à remonter le Song-Koï, en partant du Tong-King, et à gagner le Yun-Nan; il revint ensuite à Ha-^oï^ capitale du Tong-King, et chercha à y fonder un établissement commercial.
En 1873, le lieutenant de vaisseau Francis Garnier Qt une reconnaissance de la navigation du Yang-tsé-Kiang^ pendant que deux de nos camarades, les capitaines Fau et Moreau, allaient mourir tristement en Birmanie en cherchant à explorer la haute vallée de Uraouady.
A la fin de cette même année, 1873, Francis Garnier qui se préparait à explorer le Tun-Nan, fut rappelé à Saigon et chargé par le gouverneur de la Cochinchine de se rendre au Tong-King pour concilier les différents survenus entre Monsieur Dupuis et les autorités locales. Il arriva à Ha-noï où il retrouva Monsieur Dupuis, et se trouva dans cette ville en butte à une hostilité sourde de la part des mandarins. Après d'inutiles négociations il dut se décider à agir vigoureusement, il s'empara de la citadelle, se rendit maître de quatre provinces du Tong-King et rallia une grande partie de la population; malheureusement il fut tué dans une embuscade (21 décembre 73) et avec lui fut perdue cette conquête si rapide. Il fut désavoué et le pays fut évacué; une violente. réaction contre les populations qui nous avaient accueillis, suivit notre retraite ; pourtant une convention avec la cour de Hué nous assura une partie des avantages qu'on se promettait de l'ouverture du Song-Koï. C est évidemment par cette voie que 8*ouvriront un jour pour les Européens les relations commerciales avec la province de Yun-Nan, puisque le Song-Koï est navigable; si de plus on considère que le Tong-King est très- fertile, riche ^n mines, beaucoup plus salubre que la Cochinchine et très-peuplé, on voit de quelle importance il est pour nous de ne laisser aucune autre nation européenne prendre pied dans ce pays.
En 1874, l'anglais Hargary chercha dans une autre direction une communication entre l'Indo-Chine anglaise et la Chine ; il remonta le Yang-tsè-Kiang, traversa le Yun-Nan, arriva vers les sources de VIraouady et atteignit Rhâ-Mo, ville de Birmanie; il fut assassiné à la frontière de Chine en essayant de refaire le voyage en sens inverse, n semble aujourd'hui que cette voie est bien moins facile et moins praticable que celle qui, du Yun-Nan, conduit au fleuve du Tong-King.