CHAPITRE IV. — COLONIES FRANÇAISES
d'Adran, monseigneur Pigneau de Behaine, et à Tappui de quelques officiers français. Pendant longtemps, les Français restèrent tout puissants dans les conseils du prince, mais ses successeurs se montrèrent moins bien disposés. Dès 1820, les officiers français furent éloignés, le pays se ferma de nouveau pour tous les*Européens et les persécutions contre les missionnaires et les chrétiens recommencèrent.
En 1847, deux de nos vaisseaux de guerre furent envoyés dans la baie de TouranCy au sud d'Hué, pour protéger nos nationaux ; on dut employer la force pour appuyer nos réclamations : plusieurs forts furent enlevés, 1 ,000 annamites périrent et cinq de leurs navires furent coulés.
En 1857, le commerce dans les mers de Chine prenant chaque année plus d*im« portance, nous voulûmes renouer des relations avec la cour de Hué ; nos plénipitentiaires furent éconduits et les rigueurs contre les chrétiens redoublèrent. A la suite de l'exécution de monseigneur Diaz, missionnaire espagnol (20 juillet 1857), Texpédition de Cochinchine fut résolue et le commandement en fut confié à Tamiral Rigault de Genouilly. Le 31 août 1858, notre fiotte renforcée d*un vaisseau espagnol arrivait dans la baie de Tourane; le lendemain nous nous emparions de Tourane et nous nous établissions dans la presqu'île entre la baie et la mer ; tous les efforts des annamites furent impuissants à nous en déloger. On avait d'abord Tintention de marcher sur Huéj mais on craignit de s'engager avec de trop faibles forces à l'intérieur du pays ; l'amiral Rigault se résolut à se porter vers Vembouchure du Mé^Kong et à s'emparer du débouché de ce grand fleuve.
Le 9 février 1859, la flotte française se présentait à l'embouchure de- la rivière de Saigon et, le 17 du même mois, après avoir enlevé tous les retranchements qui dé* fendaient les passes, nous entrions dans Saigon. Après avoir mis une garnison dans cette ville, la flotte retourna à Tourane, on avait encore l'intention de marcher sur Hué.
En 1860, une expédition anglo-française dut être dirigée sur la Chine pour faire respecter le traité de Tien-Tsin conclu deux ans auparavant et audacieusement violé par les Chinois. Les forces françaises de Cochinchine durent rejoindre le corps expéditionnaire du général Cousin Montauban; Tourane fut évacué et on ne laissa à Saigon qu'une faible garnison qui bientôt se trouva bloquée par toute l'armée annamite.
L'expédition de Chine terminée, les troupes de marine qui y avaient pris part revinrent à Saïgon et on put immédiatement prendre l'offensive (février 1861]. L'armée annamite fut battue à Ki-Hoa, en avant de Saïgon; puis le 12 avril on s'empara de Mjrtho qui commande la principale branche du Aîé-Eong. La saison des pluies d'aviil à octobre nous empêcha de poursuivre ces avantages et donna à l'ennemi le temps de se réorganiser.
Au mois de décembre 1861, on entreprit une expédition dans le but de s'emparer de la province de Bien-Hoa, située au nord-est de Saïgon et trop près de cette ville pour qu'on pût y tolérer la présence de l'ennemi. Le 19 décembre, nous entrions
dans Bien-Hoa après nous être emparés de tous les ouvrages élevés par les Annamites ; Tarmée de Tu-Duc battue en janvier 1862 dut évacuer définitivement la province; En mars, on s'emparait encore de Vinh-Long, ville située au centre des bouches du Mé-Kong. La cour de Hué dut se décider à demander la paix; le 5 juin 1862, fut signé un traité qui nous cédait les trois provinces de la Basse Cochinchine situées sur la rive gauche du Mé-Kong, c'est à dire les provinces de Mjrtho, de Saigon et de Bien-Hoa, nous rendions Yinh-Long ; on devait nous payer 20 millions d'indemnité de guerre, mais cette clause ne fut jamais remplie.
Les provinces delà Basse Cochinchine laissées aux Annamites servaient de refuge à des bandes de pillards qui inquiétaient sans cesse notre nouvelle colonie, il fut bientôt évident qu'on cherchait à intimider les populations qui nous étaient soumises et à faire le vide autour de nous; la prospérité, l'existence même de notre établissement, étaient en jeu; il fallut mettre un terme à ces entreprises audacieuses du parti des mandarins. Au mois de juin 1867, une expédition se présenta devant Vinh-Long et nous primes possession sans grande difficulté des trois provinces de Vinh-Long, de Chau-Doc et de Hatten. Toute la Basse Cochinchine était définitivement soumise; sa possession ne nous en fut reconnue que par le traité signé le 15 mars 1874 à Hué qui plaça en quelque sorte l'Annam sous notre protectorat.
Déjà en 1865, nous avions établi notre protectorat sur le royaume du Cambodge, jadis si puissant sous le nom d'Empire de Khmer. Depuis longtemps l'empire annamite et le royaume de Siam se disputaient le protectorat de ce petit pays qui compte un million d'habitants ; nos droits se trouvant substitués à ceux des Annamites, nous les fîmes valoir et nous pûmes ainsi empêcher le roi de Siam de devenir maître du cours du Mé-Kong. En 1867, une insurrection ayant pour but de détrôner le roi de Cambodge troubla ce pays, nous envoyâmes des troupes à Pnum-Penk pour protéger cette capitale et les rebelles furent bientôt réduits et dispersés.
Les six provinces de la Basse Cochinchine comprennent tout le delta alluvionnaire du Mé-Eong, c'est une plaine basse en grande partie recouverte d'eau dans la saison des pluies; le sol ne se relève un peu qu'au nord et à l'ouest sur les bords de l'ancien golfe comblé par les dépôts apportés par le fleuve; au Cambodge il y a des sommets qui atteignent 1,000 et 1,200 mètres. Le riz est la principale culture de la plaine, on en exporte dans le royaume d'Annam et au Tong-Kiug; la canne à sucre se plaît sur les terres plus élevées. Le palétuvier croît dans ces marais le long des rives du Mé-Kong et le long des canaux qui sillonnent tout le pays. .
La côte est basse et sans profondeur aussi bien sur le golfe de Siam que sur la mer de Chine; plus au nord, la cote de l'Annam est dangereuse, exposée aux vents régnants, et n'ofTre que peu d'abris. Une des branches du Mé-Kong, celle de Mythe, peut être remontée par des navires calant 5 mètres; la rivière de Saigon a 10 mètres d'eau jusqu'à cette ville. Le port de Saigon prend chaque année plus de développement et forme un excellent point d'appui pour nos escadres de la mer de Chine.