‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 41 sur 288 · M LIV^Ï II. - LA «AHCÎ · texte numérisé non relu

M LIV^Ï II. - LA «AHCÎ

suit un instant le cours de la Seille dont tout le bassin supérieur au-dessus de Vio appartient à l'Allemagne, puis elle atteint la crête des Vosges au sud du Donon et la suit jusqu'au Ballon d'Alsace. Elle traverse le col de Valdieu à peu près suivant la ligne de partage des eaux et joint la frontière suisse à Test de Délie. Le pays de Porentruy, qui appartient à la Suisse, forme une saillie très-prononcée sur le terril toire français.

Au sud de Porentruy, la frontière coupe le Doubs et suit le cours de celte rivière jusqu'à la chute qu'elle forme au-dessous de Morteau ; elle se dirige ensuite vers le sud-ouest parallèlement aux cnîles du Jura, coupe la crête principale, descend sur le versant opposé où elle englobe le pays de Gex, franchit le Rhône, entoure le territoire de Genève, traverse dans sa longueur .le lac Léman jusqu'à Saint-Gingolf et de là suit un contrefort des Alpes jusqu'au mont Dolent qui appartient a la grande chaîne et qui sépare la France, la Suisse et l'Italie.

Au sud de ce point, la frontière entre la France et Tltalie suit la crête des Alpes jusqu'à la Méditerranée, en laissant toutefois à l'Italie les hautes vallées du comté de Nice, la source et l'embouchure de la Roya. C'est là une excellente frontière naturelle.

Les Pyrénées séparent la France de l'Espagne ; la frontière pourtant ne suit pas toujours la ligne de partage des eaux, à l'est la France empiète en Cerdagne sur le versant sud, au centre l'Espagne possède les sources de la Garonne-et à l'ouest presque toute la vallée de la Bidassoa. Ces empiétements n'ont aucune importance, les Pyrénées comme les Alpes constituent une frontière extrêmement forte.

Trmcé de la firontière a\'ant la g;uerre de 1870. — Avant la dernière guerre nous possédions trois départements de plus, le tracé des confins a été modifié entre Longi^y et Délie. A partir de Longwy, la frontière au lieu de se diriger vers le sud, se prolongeait vers l'est, coupait la Moselle au-dessous de Sierck, laissait à la Prusse tout le cours de la Sarre jusqu'à Sarreguemiues et suivait un instant le cours de la Blies. Elle traversait ensuite les Vosges en séparant la France de la Bavière Rhénane. Après avoir suivi la Lauter depuis Wissembourg jusqu'à son embouchure, elle remontait le thalweg du Rhin jusqu'à Bâle où elle atteignait la Suisse. Le Rhin dans cette partie de son cours séparait la France du grand duché de Bade. La limite entre la France et la Suisse suivait à l'ouest de Bàle une ligne conventionnelle jusqu'à Délie où on retrouve la Umite actuelle de la France et de la République Helvétique.

Conséquences du traité de Franefort-sup-le-lttem. — Par suite des modifications que les derniers événements ont fait subir aux limites de la France, la frontière se trouve rapprochée de Paris, l'objectif décisif de toute guerre de l'Allemagne contre la France. Il est vrai qu'elle avait déjà perdu beaucoup de sa valeur du jour où le centre de gravité de l'Allemagne se déplaçant et remontant de Vienne à Berlin, nous

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eûmes à craindre une attaque venant du nord et non de l'est. Le Rhin et les Vosges se trouvaient tournés; nous avions perdu en 1815 la ligne de la Sarre, nous avons perdu en 1870 l'obstacle de la Moselle, puissamment renforcé par Metz et Thionville, ainsi que la ligne de la Seille qu'il eût été facile d'organiser défensivement. La frontière n'est plus qu'à 60 lieues de Paris, et elle n'en est séparée par aucun obstacle naturel de quelque valeur, il n'y a plus que l'épaisseur de la Meuse entre la Prusse et la vallée de la Seine, et enfin nous sommes privés de toutes les ressources de l'Alsace et de la Lorraine. La base d'opérations des Allemands peut être reportée du Rhin sur la Mbselle, de Mayence à Metz.

Pour remédier à ces nombreux désavantages, il nous faut nous créer une fi'onlière de toutes pièces; aussi travaille- t-on aujourd'hui k la renforcer par de nombreuses défenses artificielles : forts et places fortes.

Grandes li^pnes d'invasion. — Cet examen rapide de nos frontières nous en montre les points faibles et les points forts. Nous avons vu quels étaient lès voisins qui nous entouraient ; de ces voisins, le plus redoutable, le plus puissant, c'est l'Allemagne unifiée et, malgré ses incroyables succès, toujours jalouse de nous. Mais il ne faudrait pas considérer l'Allemagne comme la seule nation dont la France ait à s'inquiéter.

Un mouvement d'unification analogue a celui d'où est sortie l'Allemagne nouvelle a élevé l'Italie au rang de grande puissance. Ces deux^nations, autrefois morcelées, faibles, hostiles l'une à l'autre, sont aujourd'hui compactes, fortes, et peuvent im jour ou l'autre s'unir contre nous. C'est là un changement capital dans l'é^juilibre de l'Europe, et on doit en tenir compte dans Torganisation de la défense.

Il est vrai que l'Italie n'a aucun intérêt à nous faire la guerre, et qu'on n'a pas à craindre pour le moment de la voir s'exposer à l'ébranlement qui résulterait pour elle d'un choc contre la France ; mais, quand on s'occupe de la défense d'un pays, ce n'est pas les hypothèses les plus probables qu'il faut examiner, mais les plus dangereuses.

L'Espagne, aujourd'hui du moins, déchirée comme elle l'est parla guerre civile, ruinée pour longtemps sans doute, est hors de cause et nous donne toute sécurité du côté des Pyrénées.

En nous plaçant dans l'hypothèse la plus défavorable, celle d'une alliance, peu probable il est vrai, de l'Italie et de l'Allemagne, nous devons supposer 800,000 Allemands envahissant la France par l'est, pendant que 400,000 Italiens entrent par le sud. Du reste, ce plan n'est pas hypothétique, c'est celui qui avait été combiné par les coalisés en 1709, pendant la guerre de la Succession d'Espagne, et qui fut déjoué par la défaite du comte de Mercy dans la Haute-Alsace et par la résistance du maréchal de Berwick dans les Alpes ; c'est aussi celui que suivirent les alliés en 1815.

liifl^es d^invasion les plus probables en supposant les neutralités

respectées. — On voit donc, d'après cela, que les lignes d'invasion les plus probables, en supposant les neutralités de la Belgique, du Luxembourg et de la Suisse respectées, sont les suivantes :

Trois de ces lignes partent de la frontière d'Allemagne :

1** La première se dirige de Thionville et de Metz directement sur Paris, en franchissant la Meuse, traversant ou contournant TArgonne, et arrivant sur la capitale par le secteur entre la Marne et TOise.

2° La deuxième, au sud de Metz, part du haut plateau de la Lorraine et de la Basse-Alsace, elle se dirige, soit sur Paris par le secteur ei^re la Marne et la Seine, soit sur la Loire à Orléans pour couper la France en deux et isoler le grand camp retranché de Paris.

3° La troisième part de la Haute-Alsace, par la trouée de Belfort, et se dirige, cette place ayant été masquée, soit sur Paris par le plateau de Langres et la vallée de la Seine, soit sur la Loire moyenne par Dijon, soit encore sur Besançon et Lyon par la vallée de la Saône.

Deux grandes lignes d'invasion partent de la frontière des Alpes :

1° L'une pénètre en France par le Mont-Cenis avec Lyon comme objectif, ou bien elle se dirige sur Paris par la vallée de la Saône, où elle peut se joindre à une armée allemande ayant pénétré par le col de Valdieu.

2** L'autre suit le littoral de la rivière de Gônes ou franchit les Alpes-Maritimes au col de Tende; elle aboutit à Toulon et à Marseille, nos deux grands ports de guerre et de commerce sur la Méditerranée.

Deux lignes dlnvasion partent de la frontière des Pyrénées :

1*> L'une, traversant les nombreuses dépressions des Pyrénées-Orientales, a pour premier objectif Perpignan, et de là se dirige, soit sur Lyon par la vallée du Rhône pour y donner la main à une armée italienne ou allemande, soit sur Toulouse pour s'y réunir à une armée ayant pénétré par les Basses-Pyrénées.

2** L'autre suit la grande route de Madrid à Paris, elle pénètre par Bayonne et se dirige sur Paris par Bordeaux, ou sur Toulouse pour s'y joindre à Farméo des Pyrénées-Orientales.

On voit que toutes ces grandes lignes dlnvasion n'ont pas un objectif commun, et c'est là un grand avantage de la France au point de vue géographique et stratégique. Toutes les attaques ne convergent pas vers un même point, parce que le territoire est divisé par plusieurs grands bassins qui ne rayonnent pas vers le centre du pays. Ainsi, Lyon, en 1814, attira à lui une partie des forces alliées; et si la défense avait pu se prolonger, si nous n'avions pas été à bout de ressources, cette ville aurait joué un rôle très-important en détournant plusieurs corps d'armée de l'objectif décisif. D'autres pays sont moins favorisés : ainsi l'Autriche, dont la puissance est assise sur un seul bassin, celui du Danube, ne présente aux agressions ennemies qu'un seul objectif, sur lequel viennent converger toutes les lignes d'invasion. Les routes venant du Rhin, de l'Italie et de la Bohême, se réunissent à

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Vienne. Les campagnes de 1796, 1800, 1803, 1809, 1866, ont montré comment les ennemis de l'Autriche pouvaient tirer parti de cette situation.

Liigne» d'invasion en supposant les neutralités violées. — Si on

suppose les neutralités violées, il faut ajouter aux lignes d*invasîon énumérées précédemment, trois directions partant de la Belgique et du Luxembourg vers Paris, et trois autres partant de la Suisse.

Des trois lignes traversant la frontière belge :

La première apour diïectrice la voie ferrée, Lille, Arras, Amiens, Paris; elle ne rencontre comme obstacle naturel que la vallée marécageuse de la Somme ;

La seconde, partant de Bruxelles et de Mons, passe à l'ouest des forêts des Ardennes et pénètre en France par la vallée de l'Oise; c'est en suivant cette direction que les Impériaux, aux seizième et dix-septième siècles, ont si souvent cherché à arriver jusqu'à Paris;

La troisième, partant de Trêves et de Luxembourg, au sud des forêts des Ardennes, se dirige sur Paris en franchissant la Meuse et TArgonne, elle se confond avec la ligne partant de Thionville et de Metz dont nous avons déjà parlé.

Des trois lignes traversant la frontière suisse :

La première, partant de Baie, se confond avec celle qui pénètre en France de la llaute-Alsace par la trouée de Belfort; c'est cette route que suivit l'armée de Bohême, en 1814, après avoir tourné par la Suisse notre barrière du Rhin;

La deuxième est formée par les routes qui, partant de Neuchàtel et du lac de Genève, franchissent la chaîne du Jura vers son milieu et aboutissent à la vallée de la Saône; de là, une armée peut marcher soit sur Lyon, soit sur Paris;

Enfin, la troisième, partant de Genève, se dirige sur Lyon par Nantua; elle fut suivie, en 1814, par une division de Tarmée alliée.

Le nombre des points menacés se trouve donc ainsi augmente, mais si les neutralités ne sont pas respectées par nos ennemis, il faut espérer que nous saurons en profiter. Sur la frontière belge, nous n'attendrons pas Tinvasion derrière nos places; les nombreux chemins de fer auront vite transporté nos troupes sur la Meuse, et c'est derrière cette barrière que nous aurons à défendre nos frontières. De même, si la neutralité helvétique était violée, ou si la Suisse ne pouvait la défendre, il faudrait se porter en avant pour s* emparer du point important de Bâle, pour s'assurer du cours du Rhin au-dessus de cette ville, des positions avantageuses de TAar et de la Limmat, qui sont autant de lignes de défense du plateau suisse, il faudrait occuper Genève, qui peut être rapidement protégée par la fortification passagère et qui couvre Lyon.

Dans l'état actuel de nos frontières, les Allemands n'ont pas intérêt à violer les neutralités de la Belgique et de la Suisse ; il est donc probable qu'ils no commettront pas cette faute qui, au cas où nous pourrions reprendre Toffensive, nous donnerait de si grands avantages.

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