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CHAPITRE PREMIER

FORMATION DU TSWITOIRE. — TRACÉ DES FRONTIÈRES, -^ GRANDES UGNES DINVASION.

Sommaire t Modifications successives des frontières de la France. -* Tracé de la frontlèie de la France avant et après la guerre do 1870. — Conséquences de ces dernières modifications. — Lignes d'invasion les plus probables ; 1° en supposant les neutralités respectées; 2« en les i supposant violées r

Nous avons dans les chapitres précédents étudié d'ensemble et à divers points de vue la géographie de l'Europe, il nous faut maintenant aborder Tétude de la géographie militaire des divers États et examiner les propriétés que présentent les grands accidents du sol au point de vue de TofTensive et de la défensive. Nous nous occuperons d'abord de la France.

Avant d'examiner le tracé actuel de nos frontières, rappelons rapidement la manière dont s'est formé le territoire et voyons quels ont été les résultats des grands traités qui ont successivement modifié les limites de notre pays.

Modifications snccessiTes des firontières de la France. — Dès la fin

du quinzième siècle, tous les domaines seigneuriaux avaient fait retour à la couronne. Le royaume avait les 7/9 de sa superficie actuelle et plus de 10 millions d*habitants. Ce n'est plus alors les grands qu*on chasse de leurs terres usurpées ; on fait la guerre pour atteindre les frontières de Tancienne Gaule ou pour étendre Tiufluence de la France au dehors.

Sous Henri II, les trois évechés, Metz^ Tout et Verdun, les clefs de la Lorraine, furent réunis à la France.

Henri IV, en outre de ses doniaines propres : le Béarn^ la Navarre^ le eomti de FoiXy YAIbretf le Limousin, \e comté de Vendôme^ qu'il apporta au domaine royal eu

5a LIVRE II. — LA FRANGE.

montant sur le trône, conquit sur le duc de Savoie la Bresse y le Bugey, le pays de Gex et le Yalromey.

Le traité de Wesphalie (1648) valut à la France Y Alsace moins Strasbourg^ Landau^ Philippsbourg et ?ignerol\ et Tannée suivante le traité des Pyrénées nous donnait le Roussillon^ la Cerdagne^ V Artois, Gravelines en Flandre ; le Quesnoy^ LandrecieSy Avesnes, Philippeville et Marienboiirg en Hainaut; Thionmlle et Montmédy en Luxembourg. Lsl principauté de Sedan avait été arrachée au duc de Bouillon.

Louis XIV racheta Dunkerque au roi d'Angleterre et continua l'œuvre d'agrandissement aux dépens de la maison d'Autriche : La Flandre française fut réunie par le traité d'Aix-la-Chapelle ; le Cambrésis^ la Franche-Comté^ Yieux-Brisach et Fribourg à la paix dé Nimégue. Puis sous prétexte de compléter le règlement des places frontières de Vauban et de Chamblay, les Chambres de Réunion décrétèrent l'annexion de nombreuses villes. La trêve de Ratisbonne sanctionna un instant ces accaparements et nous laissa Luxembourg ; mais de nouvelles fautes soulevèrent l'Europe contre nous en même temps que 1^ révocation de l'Édit de Nantes ruinait notre commerce et notre industrie. La ligue d'Augsbourg se forma et le traité de Ryswick nous enleva Charleroiy Ath, Courtrai, Mont-Royal, Luxembourg, la tête de pont d'Huningue, Fribourg, Vieux-Brisach, Kehl, Philippsbourg, Casai et Pignerol^ c'est-à-dire tout ce que nous possédions encore au-delà du Rhin et des Alpes. De toutes les villes qui nous avaient été données par les Chambres de Réunion, nous ne gardions que Strasbourg, Huningue, Sarrelouis et Givet.

Enfin après la terrible guerre de la succession d'Espagne, le traité d'Utrecht nous enleva les places de Menin, Ypes, Dixmulde et Tournay^ que les alliés avaient prises et que nous ne pûmes reconquérir. Nous gardions la vallée de Barcelonnette au prix d'Exilles et de Fenestrelles.

Sous Louis XV, la guerre de la Succession de Pologne nous valut la Lorraine; malgré les victoires du maréchal de Saxe, la guerre de la Succession d'Autriche ne fut suivie d'aucun agrandissement de territoire. Après les désastres et les hontes de la guerre de sept ans, le traité de Paris nous priva de la plupart de nos colonies. Ces pertes ne furent pas compensées par l'acquisition de la Corse due à Choiseul, qui l'arracha aux Anglais.

La Révolution porta notre frontière sur le Rhin, l'Empire l'étendit bien au-delà. Tout l'édifice éphémère créé par vingt années de campagnes devait être détruit par le traité de Paris en 1814, qui annula les glorieux traités de CampO'Formio, de Lunéville, d'Amiens, de Presbourg, de ïilsitt et de Vienne. La France revenait aux. limites de 1789, alors que toutes les autres puissances recevaient des agrandissements. Tout cela devait encore être aggravé par les traités de 1815.

Les frontières actuelles de la France sont constituées par quatre instruments diplomatiques qui sont les traités de 1814 et 1815, le traité de Turin en 1860 et le traité de Francfort en 1871.

CHAPITRE I«^ — FORBiATlON DU TERRITOIRE. — FRONTIÈRES. — LIGNES D'INVASION. 51

En 1814, on nous laissait en plus des possessions de 1789 quelques cantons en Belgique, afin que Philippeville et Marienbourg ne fussent plus isolés, une partie du Luxembourg belge, Sarrebrûck et Arneval, le territoire entre la Lauter et la Queich, les territoires d'Annecy et de Chambéry en Savoie. Les traités de 1815 nous firent perdre encore Marienbourg et Philippeville^ le duché de Bouillon^ Sarrelouis^ Sarrebrûck et le riche bassin houiller de la Sa7Tey Landau, la partie de la Savoie restée française et le protectorat de Monaco,

De tant de brillantes conquêtes, acquises au prix de lant de sang, il ne nous restait que le Comtat Yenaissin avec Avignon^ Montbéliardy Mulhouse et quelques enclaves en Alsace,

En 1859, après la guerre dltalie, nous acquérions la Savoie et le comté de Nice qui nous donnaient à peu près au midi notre frontière naturelle, mais ces acquisitions furent amplement compensées par la cession faite à F Allemagne en 1871 de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine,

Tracé de la fk*ontière actuelle. — La France a une étendue de 528,000 kilomètres carrés y compris la Corse; elle a perdu 15,000 kilomètres carrés en 1871 par la cession à TEmpire d'Allemagne de TAlsace-Lorraine. C'est le cinquième État de l'Europe pour l'étendue ; ceux qui ont un territoire plus grand' sont la Russie qui est près de dix fois plus vaste, les États Scandinaves, l'Autriche- Hongrie, l'Empire d'Allemagne.

La France politique actuelle occupe sur le continent européen une notable portion de la région dite française, c'est-à-dire de l'ensemble des contrées qui composèrent l'ancienne Gaule. Cette région française est limitée au nord par la mer du Nord, à l'est par le Rhin et les Alpes, au sud par la Méditerranée et les Pyrénées, à l'ouest par l'Océan Atlantique et par la Manche. Ces limites au nordest ne sont plus celles de notre pays.

La frontière de la France part de la mer du Nord entre Fumes et Dunkerque et est formée par une ligne assez sinueuse, traversant les Flandres et le Hainaut, coupant l'Escaut et ses affluents et ne correspondant à aucun obstacle naturel. Entre la Sambre et la Meuse, vers la source de l'Oise, la frontière atteint les immenses forets des Ardennes qu'elle traverse suivant une ligne conventionnelle, faisant d'abord une saillie très-prononcée jusqu'à Givet, puis se tenant à peu près à égale distance entre la Semoy et le Chiers qu'elle coupe au-dessus de Longwy. Dans toute cette partie elle sépare la France de la Belgique. Un peu à l'est de Longwy, elle atteint le grand duché de Luxembourg qui nous borne encore pendant quelques kilomètres.

C'est à partir de ce point que la frontière a été modifiée par le traité de Francfort; elle se dirige vers le sud parallèlement à la Moselle, coupe les champs de batailles du 16 et du 18 août 1870, laissant Mars-la- Tour à la France, tandis qu'Amanvilliers et Gravelotte appartiennent à TAlIemagne. Elle coupe la Moselle à Pagny,

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