ETUDE DE LA FRONTIERE DU NORD
Les confins entre la France et la Belgique ont de Dunkerque à Longwy une longueur de 80 lieues. Cette frontière ne correspond à aucun obstacle naturel iml)ortanl; le pays est complètement plat jusqu'à Douai; à partir de ce point on remarque quelques collines et de vastes forets, ce sont celles de Raismes^dé Mormal,de Trèlon^ puis Timmense forêt des Ardcnncs qui se prolonge le long de la frontière jusqu àMontmédy. En arrière ne se trouvent ^e des collines de peu de valeur au point de vue de la défense.
Nous allons d'abord étudier la zone de terrain comprise entre Paris et la frontière et au-delà de cette frontièi*e aux points de vue orographique et hydrographique, puis ensuite nous nous occuperons des places fortes, des obstacles artificiels destinés à renforcer ou à suppléer les obstacles naturels, nous décrirons les nombreuses voies de communication qui sillonnent ce pays et nous rappellerons les princil)aux événements militaires dont il a été le théâtre.
DESCRIPTION DU TERRAIN. — OROGRAPHIE. — Au nord du grand arc de cercle formé par les falaises qui dominent la Saône et qui prennent successivement les noms de Faucilles, de plateau de Langres, de monts de la Côte d*Or, plusieurs bourrelets de collines concentriques forment six crêtes distinctes et présentent vers Test des pentes beaucoup plus raides que celles qui sont tournées vers rouest. Ce sont les terminaisons des couches géologiques des terrains jurassique^, . crétacés et tertiaires ; ces arêtes ont été usées inégalement par le temps et par les eaux, suivant le degré de dureté de la roche qui les constituoi et présentent par suite des obstacles plus ou moins sérieux.
Au centre de ce bassin géologique se trouve Paris l'objectif décisif de toutes les guerres contre la France.
Collineis de la Moselle* — Le premier de ces bourrelets est formé par léâ Collines de la Moselle qui, partant des Faucilles vers les sources do la Meuse, décrivent une ligne brisée dont le saillant enveloppe Nancy ; cette ligne est coupée deux fois parla Moselle et se dirige ensuite au nord jusque dans le Luxembourg où elle rejoint les Ardennes. La crête plus ou moins élevée suivant les points, mais ne dépassant pas 450 mètres, correspond à l'extrémité orientale de l'étage inférieur du système oolitique ; elle domine les collines situées plus à Test qui sont formées par le calcaire à gryphées arquées.
La gi*andc forteresse de Mclz est située précisément au point où la Moselle coupe la ligne de séparation de ces deux terrains. Au nord et au sud de cette ville, ces collines dont les pentes orientales tombent brusquement sur la rivière, forment une ligue
continue qui renforce Tobslacle opposé par la Moselle à la marche d'une armée venant de Test. Les hauteurs boisées qui, au sud de Metz, se trouvent sur la rive droite de la Moselle, rive dominante depuis Frouard jusqu à Jouy-aux-Arches, et qui séparent la Seille de la Moselle, sont des témoins laissés par les eaux à Test de la plaine qu'elles ont nivelée. Le Saint-Biaise forme au nord l'extrémité de cette ligne de collines qui terminent le plateau de Mousson.
Le plateau de Haye, situé sur la rive droite entre Toul et Nancy, appartient au même terrain ; il est boisé et forme une position militaire très-importante pour la défense de la Lorraine.
A l'ouest, le versant des collines de la rive gauche de la Moselle est à peine marqué, il se confond avec l'immense plateau qu'elles terminent et où rien n'arrête la vue, car il n'est coupé que par les lits que s'y sont creusés les quelques a/fluents de la rive gauche de la Moselle; ce pays au nord du Rupt-de-Mad s'appelle 12l plaine de Voevre.
La crête des collines de la Moselle est encore boisée sur plusieurs points, le versant oriental est souvent planté de vignes, la plaine de l'ouest qui s'étend jusqu'au brusque relèvement formé par les collines de la Meuse, est bien cultivée et renferme d'immenses champs de blés et de belles prairies.
Au nord, les collines s'éloignent de la Moselle à partir de Thionville et viennent se perdre dans les montagnes du Luxembourg à l'est de la trouée de Tiercelet qui se trouve à la source de l'Alzette.
Monts de la Mense* — Les Monts de la Meuse, hauts de 3 à 400 mètres, bordent la rive droite de cette rivière depuis Neufchâteau jusqu'à Mouzon; ils forment l'extrémité de l'étage oolitique moyen et leurs crêtes dominent à l'est d'une centaine de mètres toute la plaine du lias. Ils créent entre Toul, Verdun et Dun-sur- Meuse, un obstacle continu de grande valeur empruntant sa force autant à la nature des cultures qu'aux accidents du sol; au pied du versant oriental se trouvent des prairies, puis les pentes sont cultivées en vignes auxquelles succèdent des bois ou des champs de seigle, la crête est elle-même partout couverte d'épaisses forêts. Presque partout les troupes ne pourront se mouvoir que sur les routes. On travaille aujourd'hui à augmenter la force défensive de cette position en y construisant sur plusieurs points des ouvrages de fortiflcation ; en avant se trouvent de vastes forêts {forêt de la Reine) et des marais qui en couvrent les abords. Cette Hgne de collines est traversée par le chemin de fer de Paris à Strasbourg sous le tmmel de Foug à hauteur de Toul et par la ligne de Verdun à Metz sous le tunnel de Tavanne. Ce dernier est dominé par un des forts détachés de Verdun, le premier passage est couvert par la place de Toul et ses nombreux forts, mais il peut être tourné au sud par les routes qui passent aux dépressions de Bknod et de Ilousselmont et qui viennent aboutir à Vaucoulcurs.
CHAPITRE II. — SYSTÈME DÉFENSIF DE LA FRANCE. — FRONTIÈRE BIT NORD. (S5
Ou désigne ces collines dans le pays sous le nom de Crêtes ou de Hauts cU la Meuse.
Elles s cfiFacenL presque au nord de Dun et se perdent dans la plaine qui longe les forets des Ardennes. Au sud, cette ligne de collines couj^e la Meuse à Neufchûtcaa pour se diriger sur Cliaumont ; à la séparation des terrains correspond la dépression de Lifl'ol que suit le chemin de fer de Chaumont à Neufchâteau. Dans cette partie ces hauteurs s*appellent Monts du Bassigny.
Près de la source de la Meuse et jusque près de Bourmont, la rive droite est lx>rdée par des hauteurs qui séparent le terrain oolitique inférieur du calcaii^e à gryphées arquées; on trouve d'abord le plateau de Montigny qui prolonge au nord la position défensive formée par Textrémilé orientale du plateau de Langres du Cognelot à Dampierre, puis ensuite deux crêtes distinctes dont la première est dominée i)ar les hauteurs de la rive droite et dont la seconde plus marquée se trouve à 4 ou 5 kilomètres du fleuve et se prolonge jusqu'à Neufchâteau. Les collines de la rive droite sont coupées par les premiers affluents de la Meuse : le Mouzon^ le Vaire^ et forment le long de ces cours d eau des positions assez fortes.
Sur la rive gauche de la Meuse, il n y a plus dans la partie moyenne de son coui*s que des hauteurs beaucoup moins accentuées que celles de la rive droite. Klles sont formées par les berges assez douces de la rivière, puis par l'extrémité de Tétage oolitique supérieur. Elles coupent la Marne au-dessus de Joinville et TOrnâin à Gondrecourt; elles forment entre ces deux rivières une crête continue de 425 mètres d'élévation. Le canal de la Marne au Rhin les coupe entre TOrnain et la MéhoUc affluent de la Meuse, au tunnel de If^zi/ra^/e qui a 4,890 mètres de longueur. Dans cette partie, entre Gommercy et Bar-le-Duc, on les désigne sous le nom de Monts du Barrois. Aux sources de TAire qu'elles coupent à Pierrefitte, ce sont les collines de la rive gauche de la Meuse qu'on confond souvent avec TArgonne.
Ap^^onne. — L'Argonne proprement dite est ce massif boisé et marécageux situé entre TAire et l'Aisne et se prolongeant jusqu'au nord de Rethel; c'est Textrémité du terrain de grès vert, le sous-sol est un calcaire marneux. La longueur de cette chaîne est de 15 lieues, et sa plus grande épaisseur au sud est de 9 lieues entre CLermont et Sainte-Menehould^ c est aussi la partie la plus âpre, celle oft Targile est le plus abondant. Les versants du cùté de TAire sont plus marqués que ceux de l'ouest; mais ces collines sont loin de présenter une ligne aussi continue, aussi étendue, aussi forte que celle que dessinent les hauteurs de la rive droite de la Meuse. Jadis l'Argonne ne pouvait être franchie qu'à cinq défilés qui, en partant du sud, sont :
Le défile des Islettes^ entre Clermont et Sainte^Menehould, où passe le chemin de fer qui va de Metz à GhAlons et à Reims.
Le défile de Ui Chaladc. de Varcnnes à Vicuuc- la- Ville ou à Viennc-lc-Château- G'Jofjraphiv, 5
66 Livre il — la feange.
Le défilé de Orand-Pré^ ùii passe la rivière de l'Aire avant d'aller se jeter dans TAisne, ainsi que la route de Varcnnes à Vouziers.
Le défilé de la Croix-aux-Bois^ entre Busancy et Vouziers, qui fut forcé en 1792 par les Prussiens.
Le défilé du Chêne-Populeux ^ où passent le canal des Ardennes et la route de Mouzon ou de Sedan à Vouziers.
Au sud de la grande forêt de l'Argonne, entre cette forêt et celle de Belval, se trouve encore un défilé facile à défendre, celui de Brizeaux et de Villers-cn-Argonne^ où se trouve une bonne route ; plus au sud on rencontre les nombreux chemins des vallées de TOrnain et de la Marne, mais entre ces vallées et jusqu'aux monts de la Côte-d'Or il existe une ligne presque continue de grandes forêts : forils de Trois-- Fontaines^ du Val, du Der, de BUnfclx, de ClairvauXy etc.
La ligne défensive de l'Argonne, regardée à la fin du siècle dernier comme les Thermopyles de la France, fut pourtant forcée à cette époque comme nous venons de le dire, mais elle avait retardé la marche de l'ennemi et permis à nos troupes de se réunir. Aujourd'hui elle a perdu beaucoup de sa valeur par suite des déboisements et des dessèchements inconsidérés qui y ont été faits, par suite du grand nombre de chemins forestiers qu'on y a laissé ouvrir et qui la sillonnent en tous sens, en sorte que les points de passage sont bien plus nombreux. Du reste, elle ne barrait pas complètement toutes les routes d'invasion et elle pouvait être tournée soit par le nord, soit par le sud. C'est encore aujourd'hui son principal inconvénient et c'est pour cela qu'on ne la renforce pas par la fortification.
Charles-Quint n'avait pas commis la faute où tombèrent les Prussiens en 1792 en venant se heurter inutilement à cet obstacle; il l'avait évité en prenant plus au sud et il ne fut arrêté que par la résistance héroïque que lui opposa Saint-Dizier. Le temps perdu sous laB murs de cette ville l'empêcha de pousser plus loin sa marche vers Paris; aussi, pour se venger, fit-il raser de fond en comble cette malheureuse place après s'en être emparé.
Dans laguerre de 1870, c'est encore par le sud que l'armée du prince royal tournait les forêts et les chemins toujours boueux de l'Argonne. Les colonnes de la IIP armée atteignaient Vassy et Saint-Dizier, le 24 août, quand on fut informé du mouvement de l'armée française vers Sedan et Montmédy. Les troupes allemandes firent alors un changement de front et eurent à traverser l'Argonne dans toute sa longueur; cette marche par des chemins détrempés et défoncés par les pluies de la fin du mois d'août 1870 fut extrêmement pénible, et ce n'est qu'au prix des plus grands efforts que ces troupes arrivèrent à temps pour nous enfermer dans le cercle de fer de Sedan.
En arrière, la cinquième crête est formée par la moulure peu accentuée qui termine le terrain crétacé des plaines de la Champagne pouilleuse.
Falaise tcrliaii^e de la Bric. ^ La sixième crêtc^ qui correspoud à Tex-