‹ Géographie militaire (volume 2)Chapitre 44 sur 288 · CHAPITRE U. — SYSTÈME DÉTENSIF DE LA FkANCE. — FRONTIÈRE DU NORD · texte numérisé non relu

CHAPITRE U. — SYSTÈME DÉTENSIF DE LA FkANCE. — FRONTIÈRE DU NORD

trémité du terrain tertiaire au centre duquel est assis Paris, et qui borde à l'est le plateau de la Bric, est beaucoup plus marquée que la précédente et fournît un obstacle plus sérieux. Elle s'appuie au sud et à la Seine, à la forci de Fontainebleau, elle longe la rive droite de ce fleuve entre Montereau et Nogent, puis se relève vers le nord par Sczannc et Vertus; elle est coupée par la Marne à Épernay, par TiVisne au noi'd-ouest de Reims ; elle se dirige ensuite à l'ouest vers Laon et vient s'appuyer à rOisc vers La Fère.

C'est la dernière position militaire que rencontre l'ennemi avant d'arriver devant le grand camp retranché de Paris, et elle ne peut guère être tournée à cause de son étendue. En avant, l'ennemi ne trouverait pas de bien grandes ressources dans les plaines crayeuses de la Champagne, plaines assez pauvres où les villages sont très-clair semés. Qimni à la position elle-même, les sommets dominent la plaine d'une centaine de mitres; l'extrémité du plateau est presque partout couverte de forets, au bas des pentes se trouvent en certains points de grands marais; elle est donc généralement forte; mais, par suite de son grand développement, il serait bien dilïlcile d'en empocher partout l'accès à l'ennemi, surtout si on considère que les routes et les chemins qui la travei'sent, sont extrêmement nombreux et qu'en bien des points les pentes sont praticables à toutes les armes. En somme, il n'y a pas là un obstacle naturel assez puissant pour qu'un faible corps de surveillance puisse arrêter l'ennemi bien longtemps et permettre à la défense de se servir des lignes intérieures pour masser toutes ses forces en temps utile sur le point menacé. Néanmoins comme la dernière guerre nous a privés de nos meilleures défenses, on cherche aujourd'hui à utiliser cette ligne de collines et on va la renforcer au moyen de forts et de batteries établis aux points les plus importants.

Les parties les plus fortes semblent être : d'abord celle comprise entre Moret, Montereau et Nogcnt, où l'obstacle est doublé par le cours de la Seine, qui forme un véritable fossé en avant; puis celle qui est comprise entre les marais de Saint-Gond aux sources du Petit-Morin et les forêts de la montagne de Reims. On pourrait facilement tendre une vaste inondation au moyen d*un barrage établi à Saint-Prix, au défilé que franchit le Petit-Morin ; plus au nord se trouvent les immenses forêts de Vertus^ d'Épernay, de Reims ; les pentes dans cette partie sont raides et continues ; en avant du plateau, un certain nombre de pics isolés sont détachés comme autant de sentinelles. Ces collines s'abaissent beaucoup depuis Berry-auSac , sur l'Aisne, jusqu'à rOise; cependant elles ont une certaine valeur comme obstacle, car elles sont encore lx)isées.

Les principaux débouchés sont, eu partant de la Seine :

La route de Paris à Pi^ovins, qui se prolonge sur Nogent ou sur Villenauxe;

La route de Paris à Vitry, par Cézanne ;

La route d^ Paris à Cluilons, par Montmirail et Champaubert, qui débouche à Étoges;

La route de la vallée de la ilarnc^ passant à Epcrnay;

Les routes de Soissons à Reims et de Soissons à Laoïu

Toutes ces roules, ainsi que celles qui les relient, ont joué un rôle très-important dans la campagne de 1814.

Une voie ferrée longe la ligne des collines à l'extérieur de Tare de cercle qu'elles décrivent, tantôt se tenant au pied même des pentes, tantôt s'en éloignant, et cette situation la rend inutile aussi bien à la défense quà l'attaque; elle piisse par Mon^ tcreau^ Flamboin, Nogent, Cézanne, Fère-Cliantpenoisr, Épeniay, ficims, Laon et La Fève, Les voies ferrées qui traversent la ligne des hauteurs de la Brie, suivent les vallées de la Seine, de la Marne, de la Vesle, de Y Oise: la ligne de Mulhouse passe un l)eu au-dessous de Provins; les collines sont» encore franchies au nord par la ligne de Paris à Soissons, Laon, Hirson. Les principaux nœuds de routes et de chemins de fer sur celte ligne ou à proximité sont Morct, Monlereau, Ilomilly, Épernay, Rcitns, Soissons, Laon et Terynicr, ^

lies Ardennes. -^ li^Eifel. — Au nord de toutes ces crêtes que nous venons d'énumérer, la nature du sous-sol change comi)létement, on rencontre les schistes argileux, le calcaire carbonifère, et au terrain de transition correspondent les Ardennes, qui forment un vaste iJateau tout boisé, souvent marécageux [fagncs, fanges), élevé de 2 à 300 mètres au-dessus des plaines voisines et profondément raviné par les rivières qui y ont creusé leur lit. Elles constituent un puissant obstacle à la marche des armées et couvrent parfaitement toute la partie de notre frontière qu'elles longent.

. Les Ardennes orientales, c'est-à-dire à Test de la Meuse, s'étendent au noi*d du Chiers et de la Semoy sur tout le Luxembourg jusqu'à TAmblève et jusqu'à la Sûre; elles sont traversées par les voies ferrées de Luxembourg à Namur et à Liège, qui y franchissent un grand nombre d'ouvrages d'art. Le bas Luxembourg .vers Arlon et la source de la Semoy a un climat bien plus doux que les Ardennes, les arbres fruitiers y sont abondants; c'est la petite Provence,

Au-delà de TOur et de la Sûre, on trouve encore le terrain de transition, mais il est semé d'ilôts de terrain volcanique ; cette partie prend le nom d'Eifel, vaste contrée montagneuse qui, delà rive gauche de la Moselle, s'étend jusqu'au Rhin qu'elle resserre contre le Westenrald et qui, vers le nord, va en s'abaissant jusque vers Diiren et Bonn. Tout ce plateau est encore plus déchiré, plus raviné, que les Ardennes et les moindres vallées sont ramifiées en tous sens, plusieurs sommets sont d'anciens volcans et sont taillés en forme de cônes. Le climat y est rude; le sol friable y devient peu praticable après les pluies ; le pays est pauvre, on n'y cultive que le seigle, l'avoine, les jjommes de terre ; les villages sont rares et construits en pisé et en bois. Les plateaux forment de bonnes x)Ositions défensives, l'une des meilleures au centre du massif est celle de fi/a;itoî//c/?)/, vers la source de l'Ahr, elle couvre contre les attaques venant du nord-est la voie ferrée de laKyll.

La partie la plus élevée se trouve vers les sources de l'Our et de la Kyll, entre

Page 1