CHAPITRE III. — FRONTIÈRE DU NORD-EST OU D'ALLEMAGNE
Emploi des chemins de fer pour la concentration de Farniée sur la frontière. — Le tracé de ces voies ferrées commande aujourd'hui remplacement des places fortes ou du moins a une grande influence sur la position qu on leur assigne; nous verrons tout à l'heure le rôle de celles-ci dans la défense du territoire et dans la protection des lignes de chemins de fer, qui toutes sont barrées par des défenses artificielles.
Pour le moment et avant de quitter celte question des chemins de fer, il nous reste à montrer comment notre réseau de voies ferrées déjà si serré pourrait se prêter à la concentration de nos forces sur cette frontière d'Allemagne qui est évidemment la plus menacée.
Le territoire de la France est partagé en dix-huit régions de corps d'armée, une dix-neuvième est formée par l'Algérie. Le nombre des corps d'armée constitués en temps de paLx: correspond à la formation de guerre et chacun d'eux a dans l'intérieur de sa région toutes ses troupes actives et de réserve, tous les approvisionnements et tout le matériel nécessaires au passage du pied de paix au pied de guerre. Les seules troupes qui ne se trouvent pas dans leurs régions de mobilisation sont: une division de chacun des 2% 3% 4* et 5° corps, une brigade des 9% 10% il* et 12*" corps, qui forment la garnison de Paris ; puis une division du 13* corps, une brigade de chacun des ?• et 8* corps qui forment la garnison de Lyon. Dans chaque région 88 trouvent huit chefs-lieux de subdivisions à chacun desquels fonctionne un bureau de recrutement pour l'administration des disponibles, des réservistes et de Tannée territoriale.
Les chemins de fer ont un premier rôle à jouer dans la mobilisation, c'est de transporter les réservistes et on général tous les hommes qui sont dans leurs foyers à leurs corps, puis de réunir les divers détachements que les régiments peuvent fournir en temps de paix. Ceci fait, il faut procéder au développement stratégique de nos forces et affecter les diverses lignes dont nous disposons au transport des corps d'armée à la frontière dans la zone comprise entre MézièrcSj Touly Èpinal et Bel fort ou en arrière de cette zone. Ces lignes de concentration devront autant que possible être affectées spécialement aux corps d'armée qu'elles doivent transporter; elles ne pourront être confondues avec les lignes de mobilisation que pendant les premiers jours; mais, dès que le mouvement des corps d'armée vers la frontière Commencera, on ne pourra plus affecter au transport des réservistes ou des hommes de l'armée territoriale que les chemins de fer d'intérêt loc^l, les petits tronçons ou les lignes transversales.
Quant au temps nécessaire à ce transport, on le calculera en se rappelant qu'il faut environ 95 trains de 50 voitures pour le transport d'un corps d'armée au complet et 80 trains, s'il ne marche qu'avec son train de combat et son petit train, que les trains militaires marchent à une vitesse de 26 kilomètres à l'heure et qu'on peut lancer de 30 à 40 trains par 2i heures sur une ligne à deux voies et 15 au plus sur
une ligne à une seule voie. On connaîtra du reste la distance du point de départ au point d'arrivée.
Le tableau suivant montre la ligne qui pourrait être affectée à chaque corps d* armée pour ce transport, en supposant que les troupes aient été concentrées au chef-lieu de la région, et indique la dislance de ce chef-lieu au point d'arrivée supposé.