CHAPITRE IV. — THÉÀtHE D'OPÉRATIONS DU BASSIN DU RHONE
Rhône depuis Lyon jusqu'en face de Montélimart et de là se diriger sur Bessèges, A iais et Nîmes, Ce chemin de fer rendra de grands services à la défense, en activant la concentration des troupes, et de plus, étant tracé sur la rive droite du Hhône, il sera à Tabri des entreprises que Tennemi pourrait tenter, sll était déjà maître de la rive gauche.
Actuellement, au point de vue du rôle que doivent jouer les chemins de fer dans la défense de la frontière, les Italiens sont dans de bien meilleures conditions que nous, car ils disposent de l'autre côté des Alpes d'une excellente ligne de roccade formée par la voie ferrée Ivrée, Turin, Savone, d'où se détachent des embranchements qui aboutissent aux principaux débouchés des montagnes : Suse, Pignerol^ Saluces^ Coni^ Mondovi^ et qui permettent d'y porter rapidement les forces nécessaires. Toutes ces lignes semblent rayonner de Turin, en sorte que de ce point l'armée italienne surveille et menace tous les cols ; mais la concentration de cette armée à Turin est difficile à cause de la configuration de l'Italie et parce que tous les chemins de fer dé ce pays sont à une seule voie.
On a beaucoup discuté la question de savoir si le tracé de la frontière et la configuration de la chaîne des Alpes étaient plus favorables à la France ou à l'Italie au point de vue de la défense ou de l'attaque, et il semble résulter de ces études que les avantages se balancent de part et d'autre et que cette frontière est également bonne pour les deux pays. Depuis que la France ne possède plus là route du Simplon, elle n'occupe plus une position enveloppante, et il lui faut aborder la frontière de front. L'Italie, comme la France , a eu recours à la fortification pour barrer les principales routes ; comme nous venons de le voir, elle occupe une position centrale extrêmement favorable, et ses vallées, par suite de leur peu de longueur, communiquent facilement de l'une à l'autre par la plaine. Mais la chute d'un seul point fait tomber toute la ligne, car si une armée française est maîtresse d'un col et peut culbuter les forces qui le défendent, elle débouche aussitôt en plaine et peut même menacer les communications de l'ennemi. Si au contraire une armée italienne envahissait notre territoire, une fois maîtressed'un col, elle aurait encore à traverser de longues vallées semées d'obstacles, dénuées de ressources, où la défense pourrait l'arrêter longtemps. Il est vrai que de notre côté nous aurions à surveiller un périmètre considérable, que les communications de vallée à vallée seraient très-difilciles et que nos réserves devraient être tenues très-loin en arrière.
En cas de guerre, l'avantage restera à celui qui le premier occupera les cols, les points de passage et les positions dominantes ; à ce point de vue l'Italie qui possède déjà les principaux passages est peut-être plus favorisée que nous. La frontière des deux pays ne suit pas toujours exactement la crête, elle descend de quelques centaines de mètres sur le versant français au Petit-SainUBcrnard ; le plateau du Moni- Cenis a été laissé tout entiçr à l'Italie qui y fait construire un fort, le col du Mont-- Genevre seul appartient à la France, et en ce point la limite descend sur le versant piémontais; enfin dans les Alpes Maritimes toutes les hautes vallées à partir du Colla
n6 LIVRE II. — LA FRANCE.
Lunga^ et en particulier le bassin de TendCj sont restées italiennes. Presque tous les passages des Mpes forment des plaines ou plateaux doucement inclinés vers l'Italie, eu sorte qu'en prenant pour limite la ligne de partage des eaux, ils restent tous à cette dernière puissance.
En somme, à forces égales, loffensive sera plus avantageuse que la défensive au point de vue stratégique, parce qu elle menace tout et qu*elle tient l'adversaire dans l'incertitude du point qui sera attaqué.