CHAPITRE m. — ALLEMAGNE DU SUD
8ur la rive droite du Danube et de ses affluents dans la partie supérieure de leurs cours.
A Tépoque où Vienne était la capitale de l'Empire d'Allemagne, le importance premier bassin du Danube avait une grande importance militaire et a été pendant près de deux siècles le théâtre de nos luttes contre la maison d'Autriche. Aujourd'hui les conditions politiques de l'Europe centrale sont bien changées ; le centre de gravité de l'Allemagne s'est transporté du sud au nord ; Berlin est devenu le siège du gouvernement du nouvel empire et serait l'objectif des armées d'invasion. La plaine bavaroise n'est donc plus un des grands échiquiers stratégiques de l'Eui'ope actuelle, et l'étude des événements militaires qui s'y sont passés n'a d'intérêt qu'au point de vue historique. Dans le cas d'ime guerre offensive de la France contre l'Allemagne, les lignes d'opérations principales passeraient au nord de la Bavière par la vallée du Main et par l'Allemagne centrale. En supposant môme l'Autriche alliée de l'Allemagne, la Bavière ne serait que le théâtre d'opérations secondaires. La neutralité de la Suisse nous interdit du reste la grande porte méridionale du bassin du Danube, plusieurs fois franchie pendant les guerres de la Révolution ; mais, en dehors de cette considération décisive, nous n'aurions pas d'intérêt à opérer de ce côté pour remonter ensuite vers le nord en traversant toute l'Allemagne ; les routes qui partent de la Lorraine et du Palatinat sont plus directes et moins difficiles.
D'autre part, si une guerre bien invraisemblable éclatait entre l'Allemagne et l'Autriche, elle ne viendrait certes pas se dénouer en Bavière.
Cours du Danube. — Le Danube (Donau) a ses sources dans la partie méridionale du Schwarzwald ; il est formé par la réunion à Donaueschingen de la Brigach et de la Breg ; il traverse les terrains jurassiques au fond d'une cluse étroite de Donaueschingen à Sigmaringen et arrose dans cette partie TuUlingen, nœud de routes. Jusqu'à Ulm, ses berges sont assez marquées, surtout celles de la rive gauche ; audessus de cette ville, il est traversé par plus de trente ponts. Au-dessous dHUlm, sa vallée s'élargit et on trouve des marais sur ses deux rives : le Donau-Hoos, au nord de Gunzbourg, et le Donau-Ried, au sud de Dillingen, HHochstedt et de Donauwôrth. A partir d'Hochstedt, les berges de la rive gauche se rapprochent beaucoup du fleuve. Au sud de Neuhowrg et AUngolstadt s'étendent des marais appelés encore Donau-Hoos. Depuis le confluent de l'Abens jusqu'à Ratisbonne, le fleuve coule au fond d'un déQlé sauvage entre les dernières falaises du plateau de Rohr et les escarpements jurassiques de la rive septentrionale; au delà, vers Straubing^ sa vallée est plus ouverte ; les dernières pentes du Bayrischer-Wald
Campagne do 1809.
atteignent souvent le fleuve, en particulier vers Deggendorf. De VUshofen à Passau, sa vallée se resserre de nouveau.
KatisboDoe. Ratisbonne (Regensburg) , au coude supérieur du Danube , est un nœud de communications et un point stratégique de premier ordre ; la Regen, la Naab, la Schwarz-Laber y convergent. Au sud, le plateau de Rohr, qui resserre le Danube au défilé i'Abach et qui est arrosé par VAbens, la Grande et la Petite Laber, a été le théâtre des premières opérations de la campagne de 1809.
Au début de cette guerre, Tarchiduc Charles, voulant profiter de la dispersion de nos corps d'armée, franchit Tlnn et Tlsar et se porta sur Kelheim et sur Abensberg, de manière à isoler du reste de Tannée Davoust qui s'était concentré à Ratisbonne. Heureusement l'empereur arriva et rapprocha aussitôt ses deux ailes du centre en arrière de T Abens. Davoust dut, pour se dégager, faire en présence de l'archiduc une marche de flanc de Ratisbonne à Abensberg et s'ouvrir le passage de vive force. L'armée étant concentrée, l'empereur prit l'offensive et voulut couper l'aile gauche ennemie commandée par Hiller ; il lança Masséna sur la rive droite de l'Isar, battit complètement Hiller à Abensberg (20 avril) et le poursuivit jusqu'au delà de Landshut (21 avril). Pendant ce temps, Ratisbonne avait ouvert ses portes à l'archiduc, qui avait pu tirer des renforts de sa droite et qui voulut alors dégager Hiller. Davoust l'arrêta à EckmûM pendant toute une journée (21 avril) ; le lendemain, l'arrivée de l'empereur décida la victoire. L'armée ennemie s'enfuit pêle-mêle sur Ratisbonne et eût été détruite si le pont de cette ville eût été encore en notre pouvoir. L'archiduc, après avoir défilé, fit rompre le pont et se retira en Bohême sans être inquiété.
Le Danube porte déjà de grosses barques à Donaueschingen ; depuis Donauwôrth, il est parcouru par des bateaux à vapeur. Chaque hiver il charrie de grands glaçons et la navigation est interrompue pendant plusieurs mois. Une première crue se produit au printemps et une seconde a généralement lieu vers la fin de juin. Le fleuve a 50 mètres de largeur à Ulm, 300 à Ratisbonne, 240 à Passau, 400 après avoir reçu rinn. Sa vitesse est assez faible aux eaux moyennes, car la pente du plateau bavarois est relativement faible ; Donaueschingen est à la cote 677, Ulm à 469, Passau à 277. Pendant les guerres de l'empire, il a été le charroyeur des munitions, des gros équipages et des vivres de l'armée.
Ponts. Au-dessous d'Ulm, jusqu'à ces dernières années, il n'existait sur le
Danube que des ponts en bois sur pilotis ; Ratisbonne possédait le seul pont en pierre qu'il y eût sur le fleuve. L'ouverture des voies ferrées a amené la construction d'un grand nombre de ponts métalliques qui
Navigation, régime,
largeur du fleuve.