CHAPITRE IV. — ALLEMAGNE DU NORD
des Carpathes ; les hauteurs riches en mines du sud de la Silésie la dévient de sa direction primitive et la rejettent à Test; elle sert de frontière à la Silésie prussienne et à l'Autriche jusqu'au confluent de la Przemza qui coule du nord au sud et qui sert également de frontière aux deux États; elle passe à Cracovie, ancienne ville de couronnement des rois de Pologne, et marque la limite de la Pologne russe et de la Galicie jusqu'au confluent du San. Elle se dirige vers le nord, puis s'incline à l'ouest en traversant toute la plaine polonaise, où les terres argileuses couvertes dé riches moissons alternent avec les sables garnis de forêts et avec les bas-fonds marécageux. Elle arrose Ivangorod, Varsovie^ capitale de la Pologne, Modlin ou Nowo-Georgiewsk et Plock. Elle pénètre sur le territoire prussien un peu en amont de Thorti et, à partir du confluent de la Brahe, se dirige directement au nord. Elle traverse KiUm, Graudenz, laisse à droite Marienwerder et se partage bientôt en deux bras : celui de droite est la Nogat, qui passe à Marienbourg, l'ancienne résidence des grands maîtres de l'Ordre teutonique, et qui aboutit au Frische- Haff; celui de gauche, qui continue le cours du fleuve et conserve son nom, arrose Dirschau et déverse la plus grande partie de ses eaux au fond du golfe de Danzig. Des dérivations en portent une partie au Frische- Haff. Jusqu'en 1840, le bras principal coulait au pied des remparts de Danzig, et, après avoir reçu la MoUlau et la Radaune, aboutissait à la mer entre Neufahrwasser et Weichselmiinde ; à cette époque, il perça la langue de terre qui le séparait de la mer; on a depuis canalisé l'ancien lit qui sert toujours de chenal au port de Danzig. Toutes les terres basses du delta de la Yistule ont été conquises par les colons allemands, sous la direction des chevaliers teutoniques, et forment des Werders d'une incroyable fertilité ; cette région s'appelle das Werder.
La Vistule est navigable à Cracovie et même un peu en amont, au con- Régîmo fluent de la Przemza; elle n'est guéable nulle part en dessous de ce point, ^^ ^* Viaïuio. Sa largeur varie de 350 à 700 mètres dans la Pologne russe, elle est de 770 mètres à Thorn et de 1,000 mètres au point où elle se divise. Sa profondeur est de 4 à 7 mètres. Elle est sujette à des crues subites et surtout dangereuses au moment de la fonte des glaces ; tout le fleuve est pris chaque hiver, et comme le dégel commence par le cours supérieur, les eaux, ne trouvant pas d'issue, se répandent dans les campagnes environnantes ; les débâcles sont parfois terribles. En aval du coude qu'elle forme à hauteur de Bromberg, la rive droite est généralement dominante. En Prusse, il existe des ponts fixes pour chemins de fera Thorn, à Graudenz, à Dirschau sur la Vistule, et à Marimbourg sur la Nogat.
Les principaux afiluents de gauche sont : la Przemza qui descend du Affluents nord au sud des collines de Pologne, la Pilica qui servit de frontière à *^® ^^^^^^»
la Prusse et à TAutriche après le troisième partage de la Pologne, la Bznra qu'un canal réunit à la Warta, la Brahe qui passe à Bromberg et qu'un canal réunit à la Netze.
Narow. Le plus grand des affluents de droite es tla Narew, qui coule d'abord
vers le nord, puis ensuite vers le sud-ouest en empruntant la direction de la Bobra; le canal Augustowo fait communiquer ce dernier cours avec le Niémen. La Narew traverse une contrée marécageuse et boisée, elle longe le pied du plateau des Masures et reçoit de nombreuses rivières qui servent d'écoulement aux grands lacs de cette contrée. Bile passe à Lomza, à Ostrolenka, à Pultusk, localités rendues célèbres par la campagne de 1807 ; elle conflue à Siérock avec le Bug, rivière qui a sa source près de Lemberg en Galicie et qui décrit un grand arc de cercle en passant par Dubienka, Brest- Litowski et Nur. La Narew reçoit encore à droite l'Oukra, qui coule du nord au sud au milieu de fondrières ; elle se jette elle-même dans la Yistule à Modiin ou Novo-Georgiewsk. Le terrain compris entre Siérock, Modiin et Praga forme uu camp retranché naturel très remarquable où se sont plusieurs fois réfugiés les Polonais dans les luttes qu'ils ont eu à soutenir pour défendre leur indépendance. Cette position fut occupée par Napoléon en 1807. ,
Drevonz. La Drevens, qui sort du lac d'Osterode et qui communique par VOberlàndische-Canal avec le Frische-HafT, aboutit dans la Yistule un peu en amont de Thom, après avoir servi de frontière sur une grande partie de son cours à la Prusse et à la Russie ; elle est navigable.
Rivières de la Prusse orientale et Niémen. — La Prusse orientale ou Vieille-Prusse est une province essentiellement allemande où la colonisation germanique s'est dès le moyen âge complètement substituée à l'élément slave; au sud, les Hazoviens ou Masures sont les Slaves polonais les plus pauvres et les moins civilisés.
Les deux seuls cours d'eau de cette contrée sont la Passarge et le Prégel, qui aboutissent au Frische-Haff .
Passarge. La Passargc n'est qu'un petit cours d'eau célèbre par les cantonnements qu'y prit l'armée française dans l'hiver de 1806 à 1807, avant et après la bataille d'Eylau.
Prégel. Le Prégel sert d'écoulement à plusieurs grands lacs ; il est formé par
la réunion, auprès d^Inster bourg, de trois rivières, VInster, la Pissa et VAngerapp; il devient aussitôt navigable. Sa largeur est de 40 mètres à Insterbourg et de 250 à Kœnigsberg; il est guéable en plusieurs points; on y trouve cinq localités où il y a des ponts permanents pour voitures ou pour chemins de fer : Insterbourg, Taplaken, Wehlau, Tapiau et Kœnigsberg. Cette dernière ville est la capitale de la province et le chef-lieu du
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1" corps d'armée ; elle compte 125,000 habitants et est située à 7 kilomètres de Tembouchure du Prégel dans le Frische-Haff; c'est une place forte et le centre de défense de toute la contrée.
Le principal afluent du Prégel est TAlle qui passe à Allenstein, à Heilsberg et à Friedland; Eylau est situé à Touest de Friedland, sur la grande route de Kœnlgsberg.
Le Prégel communique avec le Kurische - Haff par le canal de la Deime qui ferme le Samland ; ce canal a 17 mètres de largeur et 18 kilomètres de longueur de Tapiau à Labiau, il se prolonge par le Fossé Frédéric jusqu'à la Gilge, bras méridional du Niémen.
Le Niémen ou Memel est un fleuve russe qui n'appartient à la Prusse Niémen. que par la partie inférieure de son cours. Il a une largeur de 340 mètres à TilsiU, où il est franchi par un pont de bateaux et par un pont de chemin de fer; c'est en ce point, sur un radeau au milieu du courant, que fut signé le traité du 9 juillet 1807. En aval de Tilsitt, le Niémen se divise en plusieurs bras qui forment un delta assez vaste avant d'aboutir au Kurische-HafT; le bras septentrional, le plus important, s'appelle la Ross. Le canal du Roi-Guillaume relie la Mingcy afQuent de droite de la Russ, à la passe de Memel, par où le Kurische-Haff communique avec la Baltique.
La Vieille-Prusse et la Pologne forment des plaines presque complè- Situation tement unies qui ne sont séparées que par le plateau des Masures; vioiiie-Pruss© l'armée qui s'engage au nord de ce dernier plateau court le risque de j ®'j^® se voir coupée ou tout au moins d'avoir ses communications menacées par une armée ennemie maîtresse de la plaine du sud et inversement. Les événements de la campagne de 1807 mettent en lumière ce danger, que rend encore plus évident de nos jours le tracé de la frontière russoprussienne.
Campagne de 1807 ^ — Â la suite de la bataille d'Iéna et de l'anéantissement complet de l'armée prussienne, l'empereur occupa successivement les lignes de l'Elbe et de l'Oder et pénétra dans les provinces polonaises. Il aborda la ligne de la Vistule à Thorn et fut d'abord repoussé par Lestocq ; il concentra alors ses troupes sur sa droite et, à la suite d'un engagement avec les avant-gardes russes, entra à Varsovie le 28 novembre 1806. Benningsen renonça à défendre la longue ligne qui s'étend de Thorn à Varsovie et se replia en arrière pour faire sa jonction avec Buxhœwden; il entraîna Lestocq dans sa retraite.
L'empereur franchit alors la Vistule sur plusieurs points et se proposa de séparer le corps de Lestocq de l'armée russe, tout en accablant cette