CHAPITRE VI. — DÉFENSE DE L^EMPIRE D'ALLEMAGNE
Pai'mi les populations hétérogènes de Tempire austro-hongrois, celles des provinces de l'Europe centrale sont allemandes et très sympathiques au nouvel empire d'Allemagne; les revers de la France en 1870 ont fait oublier à T Autriche-Hongrie l'humiliation subie en 1866, et, par la force môme des choses, elle s'est trouvée entraînée à resserrer les liens anciens qui l'unissaient à l'Allemagne, seulement elle a cédé le rôle prépondérant à la Prusse. Le traité conclu par le prince de Bismarck à Vienne en 1879 oblige chacune des deux puissances contractantes à prêter à l'autre son appui armé dans le cas où celle-ci aurait affaire aune coalition de deux autres États; ainsi l'Autriche doit intervenir dans le cas où l'Allemagne aurait à se défendre contre une attaque simultanée de la France et de la Russie ; mais, si la guerre.est localisée sur une seule frontière d'un des États, l'autre n'est pas forcé de le soutenir.
Ces considérations géographiques et politiques font voir que l'Allemagne n'a guère à craindre d'attaque sur sa frontière méridionale, aussi ne s'eslelle pas préoccupée de s'y créer un système de places fortes complet comme sur ses autres frontières. Elle s'est contentée de conserver ce qu'elle avait en Silésie, en Saxe et en Bavière ; pour donner satisfaction à ce dernier pays et pour protéger les établissements militaires qui lui sont particuliers» elle s'est laissée aller à créer le grand camp retranché d'Ingolstadt.
Considérations politiques.
Frontière de Bavière et d'Autriche. — Au sud du plateau bavarois, la chaîne des Alpes calcaires qui sépare la Bavière duTyrol, ne présente que peu de dépressions ; il existe deux routes conduisant du Rheinthal dans la vallée de l'IUer, quatre entre l'Innthal et la Haute- Bavière, une ou deux au défilé de Kufstein, et enfin trois ou quatre à travers les Alpes de Salzhourg.
L'Autriche empiète sur le versant septentrional des montagnes et possède tous les cols et tous les débouchés ; des forces massées en Tyrol pourraient donc tourner les lignes de défense du plateau bavarois formées par les afiluents de droite du Danube. La Bavière entretenait jadis quelques ouvrages à Fussen sur le Lech et à Bosenheim sur l'Inn, mais ils n'existent plus.
Le long de la Salzach et de Vlnn, le tracé de la frontière n'avantage aucune des deux puissances limitrophes ; pourtant la rive droite de ces cours d'eau est généralement dominante et le passage de droite à gauche semble plus facile qu'en sens inverse.
Au nord du Danube, la frontière suit à peu près la crête du Bôhmer- Wald et ne peut être franchie que par des défilés longs et difficiles.
La principale ligne stratégique de l'échiquier bavarois est le Danube ; sur ses rives, on rencontre Ingolstadt, Ratisbonne et Passau.
Tracé de la fronliôre.
Raiisbonne. Ratisbonne (Regensburg), au coude supérieur du fleuve, est un nœud de routes et un point de passage fort important dont la possession permet les manœuvres sur les deux rives ; c'était le centre de la puissance romaine sur le Danube ; elle devint au moyen âge une grande ville de commerce et fut plus tard le siège de la diète d'Empire. La Bavière eût désiré relever ses fortifications, la Prusse s'y opposa, dit-on, par crainte de l'esprit de particularisme des Bavarois et parce que cette place aurait eu autant d'action sur les routes qui viennent de Saxe par le Franken-Wald ou le Fichtel-Gebirge que sur celles qui viennent d'Autriche.
Abords (lo la pince.
Ingol8tadt\ — Ingolstadt est le centre de défense de la Bavière et de l'Allemagne du Sud ; la ville, qui compte près de 15,000 habitants, est située sur la rive gauche du Danube, au milieu d'une plaine unie et au débouché des routes qui viennent de l'Altmùhl. Elle est reliée à la rive droite par un pont sur pilotis ; un peu en aval existe un pont de chemin de fer en tôle, d'une seule arche. Les bras morts du fleuve entoui*ent en amont et en aval de grandes îles boisées. Au sud-ouest, les terrains marécageux du Donau-Moos recouvi'ent encore une vaste surface. Au nord, de longues ondulations séparent les uns des autres quelques ruisseaux qui aboutissent au Danube un peu plus bas.
ForiiQcations. lugolstadt est fortifiée depuis le moyen âge ; Gustave- Adolphe l'assiégea en vain en 1632 ; Louis de Bade la prit en 1704. Une des conditions de l'armistice de Parnsdorf en 1800 fut sa remise aux Français qui en rasèrent les fortifications. Une forteresse fédérale y a été élevée de 1828 à 1844; les fortifications construites à cette époque consistent en une enceinte de 7 fronts polygonaux autour de la ville et en une tête de pont, dite fort Tilly, sur la rive droite du Danube. Cette dernière a ses fossés pleins d'eau; à une distance de 2 à 3 kilomètres en avant existe une ligne de redoutes.
Au début de la guerre de 1866, les Bavarois construisirent sur la rive gauche, à 2 kilomètres environ de l'enceinte, 7 redoutes en terre à fort relief. Trois de ces ouvrages ont été transformés en forts permanents et conservés, ce sont les Vorwerke de Feldkirchen, Maximilien-Emmanuel et Ilastang. Ils sont reliés par quelques lunettes et batteries.
Ces ouvrages ont été jugés insuffisants pour protéger la ville, qui renferme des arsenaux et des manufactures d'armes analogues à ceux que l'Allemagne du Nord possède à Spandau, et une fabrique de conserves semblable à celle de Mayence. Depuis 1875, on a construit sur les deux rives du Danube une première ceinture de forts à 6 kilomètres environ de la ville. Il y a neuf forts sur la rive gauche et trois sur la rive droite.
l. Consulter la cartR 38.
Nouveaux foris.