CHAPITRE YI. — LE DANEMARK
La limite du Schleswig et du Jutland suit en partie UKongeaa, rivière qui n'a d'importance qu'aux points de vue historique et politique.
Le Lauenbourg, le Holstein et la partie méridionale du Schleswig sont des pays de langue allemande; la partie du Schleswig qui est au nord d'une ligne allant de Tondern à Flensbourg est habitée par des populations purement danoises ; les deux langues se parlent dans la partie comprise entre Flensbourg, la Schlei et l'Eider.
Races.
Voies de communication. — Les communications entre les villes du Danemark se font facilement par eau, à travers les détroits et les bras de mer, grâce aux fjords qui découpent profondément la côte. Les ports sont aussi mis en relation entre eux et avec les villes de l'intérieur par de bonnes routes. De plus, les voies ferrées ont pris une assez grande extension; quatre chemins de fer rayonnent de Copenhague (Kjobenhawn) vers les principaux ports de Séeland ; la communication la plus directe de la capitale avec le Jutland est celle de Copenhague, Korsor, Nyborg, Odensée, Strab, Frédéricia. Deux voies ferrées traversent le Jutland du sud au nord, elles sont réunies par deux lignes transversales; celle de l'est, qui dessert les principaux ports du Kattégat, forme le prolongement de la voie ferrée qui traverse du nord au sud le Holstein et le Schleswig. Neumunster est le nœud des chemins de fer du Holstein.
Histoire succincte. — Le Danemark est l'un des trois pays Scandinaves. Pendant longtemps, ces trois États furent séparés et hostiles l'un à l'autre. En 1397, grâce aux efforts d'une grande princesse, la reine Marguérite, ils furent réunis sous l'autorité d'un seul roi, Èrtk de Poméranie, par la convention de Ealmar. La communauté d'origine^ de mœurs, d'usages et de langues, paraissait devoir unir éternellement les Danois, les Norwégiens, les Suédois, et en former une unité politique; mais l'Union Scandinave ne fut jamais ce que sa grande fondatrice avait espéré ; elle augmenta au contraire les haines, les divisions et les discordes entre les États et finit dans le sang au bout d'un peu plus d'un siècle. A la suite des cruautés exercées à Stockholm par Christian II, la Suède se souleva à l'appel de Gustave Wasa, en 1523, et l'Union fut rompue. Le Danemark, sous Frédéric !•', conserva les trois provinces de Scanie, de HcUland et de Bleking, qu'il possédait déjà avant l'Union, mais il les perdit lors des conquêtes suédoises au dix-septième siècle (paix de Copenhague, 1660). La Norwège resta unie au Danemark jusqu'au commencement de ce siècle (1815).
Pendant la guerre d'Amériqpie, pendant les luttes de la Révolution et
Convonlîon de Kalmar.
Séparation de la Suède.
tio
Neutralité urmëe.
de l'Empire, le Danemark voulut faire respecter ses navires de commerce par l'Angleterre et forma à plusieurs reprises, avec la Russie et la Suède, une ligue de neutralité armée. C'est pour le punir de ses prétentions qu'à deux différentes reprises l'Angleterre envoya ses flottes bombarder Copenhague. La première fois, en avril 1801, une escadre anglaise, conduite par les amiraux Parker et Nelson, força le passage du Sund et vint attaquer la flotte danoise dans la rade de Copenhagtte; après une lutte acharnée de trois heures, les Anglais, fort maltraités, allaient abandonner la partie, lorsque le prince de la couronne souscrivit un armistice qui fut, peu après, suivi d'un traité de paix. La seconde fois, après la paix de Tilsitt, l'Angleterre, craignant de voir le Danemark lui fermer ses ports et lui déclarer la guerre à l'instigation de la France et de la Russie, envoya une escadre et une armée de débarquement de 30,000 hommes réclamer la remise de la flotte danoise ; cette exigence révoltante ayant été repoussée, les Anglais débarquèrent sans trouver grande résistance, investirent Copenhague par terre et par mer et la bombardèrent pendant trois jours; la ville étant à moitié détruite, une capitulation fut signée, qui leur livra un riche butin consistant en 18 vaisseaux de ligne, 17 frégates, 8 bricks et 35 petits bâtiments.
Victime de ce crime contre le droit des gens et ne pouVant rester neutre en présence des menaces de Napoléon, le Danemark se décida à déclarer la guerre à l'Angleterre et à la Suède; il fut, pendant les années suivantes, occupé par les armées françaises, puis attaqué par les alliés. Le Paix do Kiei. 14 janvier 1814, la paix de Eiel imposa au Danemark de durs sacrifices : la Norwège fut cédée à la Suède ; l'île d'Helgoland fut donnée à l'Angleterre ; la Poméranie suédoise et VUe de Rugen, remises comme compensation par la Suède au Danemark, furent échangées plus tard à la Prusse contre le Lauenbourg et une somme d'argent.
Le Danemark conservait alors le Schleswig et les duchés de l'Elbe, qu'il a perdus depuis ; ces riches provinces formaient à peu près le tiers de son territoire; c ce sont ses deux meilleures vaches à lait », avait dit Frédéric II. Le Holstein et le Lauenbourg ont une population allemande ; le Schleswig est une terre danoise envahie au sud par des colons allemands et surtout par la noblesse allemande. C'est de la divergence des intérêts Scandinaves et allemands et de l'hostilité des deux races qu'est née la question danoise, l'une des plus complexes que la diplomatie ait eu à résoudre; celle-ci ayant été impuissante, c'est à la force que la Prusse demanda une solution, d'abord en 1848, puis en 1864.
Le Schleswig, fief danois, et le Holstein, flef d'Empire, ne iirent jamais partie intégrante de la monarchie danoise; les États des deux pays, en choisissant en 1460 comme duc de Schleswig et comte de
Question danoise.