CHAPITRE VI. — LE DANEMARK. III
Holstein, Christian d'Oldenbourg, déjà roi de Danemark, de Norwège et de Suède, avaient eu soin de garantir Tunion perpétuelle et Tautonomie des deux provinces; de plus, ils s'étaient réservé le droit de choisir le successeur éventuel du duc-roi Christian I". Les duchés de Schleswig et de Holstein furent d'abord gouvernés en conunun, puis partiellement partagés par les fils et petits-fils de Christian P'; les deux siècles qui suivirent furent remplis par les querelles des deux lignes corégnantes de Holsteiri'Glûckstadt ou ligne royale et de Holstein-Gottorp ou ligne ducale. Cette dernière, s'appuyant sur la Suède, se fit à plusieurs reprises restituer les territoires contestés ; mais, après la chute de Charles XII, toute la partie schleswigoise des possessions gottorpiennes fut attribuée au Danemark (1720). En 1762, le duc Pierre de Holstein-Gottorp, étant monté sur le trône de Russie, voulait faire valoir ses droits héréditaires, quand il fut assassiné ; peu après, en 1767, Catherine II, agissant au nom du grand-duc Paul, son fils, abandonna toutes ses prétentions sur le Schleswig et le Holstein, et reçut en échange le comté d'Oldenbourg.
A la flln du dix-huitième siècle, les deux duchés se trouvaient donc réunis entre les mains des rois danois, mais le Holstein faisait toujours partie du Saint-Empire. En 1806, lors de l'abdication de François II, il fat réuni aux autres possessions de la monarchie ; mais, en 1815, le roi de Danemark entra dans la Confédération germanique pour ses provinces qui étaient anciennement terres d'Empire : le Holstein et le Lauenbourg.
Les conséqpiences de cette incorporation furent désastreuses. La question de l'union indissoluble et de l'autonomie du Schleswig et du Holstein ne tarda pas à être soulevée à propos de l'extinction de la descendance mâle des rois de Danemark, et à cette question déjà si grave, vint se mêler celle des nationalités. Christian VIII qui avait succédé à Frédéric VI en 1839, n'avait qu'un fils, lequel était sans enfant des deux femmes qu'il avait successivement répudiées. Il était donc probable (ju'à sa mort la couronne reviendrait, en vertu de la loi qui permettait sa transmission par les fenmies, à la sœur du roi ou aux enfants de cette dernière. Mais alors le duc Christian d'Augustenborg revendiquait le Holstein, comme pays allemand soumis à la loi salique, et le Schleswig, comme pays lié d'une manière indissoluble au Holstein. Ces prétentions étaient appuyées par le peuple entier du Holstein, par la noblesse allemande des deux pays et par toute l'Allemagne.
En 1846, des lettres patentes de Christian VIII, qui affirmaient l'union indissoluble et héréditaire du Schleswig et de la majeure partie du Holstein à la monarchie danoise, vinrent anéantir les espérances du parti séparatiste schleswig-holsteinois et les prétentions des Augusten-
' InsurreclioQ de 1848.
Traité de Berlin.
Traité de LoDdres.
borg ; Texaspération fut grande^ au sud de la Kongeaa et dans la presse allemande, toutefois les choses auraient pu traîner en longueur si les événements de 1848 n'étaient venus mettre le feu aux poudres.
La lex regia du 14 novembre 1665, qui avait mis fin au gouvernement aristocratique et avait conféré au roi le pouvoir absolu, était restée loi organique jusqu'en 1834 ; à cette époque, Frédéric VI avait établi quatre assemblées provinciales avec voix consultative, pour les Iles, le Jutland, le Schleswig et le Holstein ; ce changement avait déjà agité les populations allemandes de ces deux derniers pays. En 1848, le nouveau roi Frédéric VII, qui venait de succéder à Christian VIII, inaugura son règne en octroyant à ses peuples une constitution libérale ; mais les États et la noblesse des duchés ne voulurent pas reconnaître cette constitution unitaire ; la révolte fut fomentée dans des réunions politiques, elle éclata à Kiel où fut établi un gouvernement provisoire, en mars 1848, alors que toute l'Europe était déjà bouleversée à la nouvelle et à la suite de la révolution de Février à Paris.
L'armée danoise eut bientôt étouffé l'insurrection, mais la Prusse fit entrer son armée en Holstein dès le commencement d'avril, et bientôt les Danois eurent affaire à des forces considérables. Grâce à leur courage et à la confiance qu'ils avaient dans la justice de leur cause, ils purent se tirer heureusement de cette épreuve et battre en plusieurs rencontres l'armée insurrectionnelle et l'armée prussienne. Dans cette lutte inégale, la mauvaise foi prussienne fut tout aussi révoltante que l'avait été celle des Anglais pendant les guerres du commencement du siècle ; elle se montra sous toutes les formes : attaques sans déclaration de guerre, violation d'armistice, secours par-dessous main aux insurgés, etc. Enfin, en 1850, la paix fut conclue à Berlin sous la médiation de l'Angleterre, et l'armée insurrectionnelle, livrée à peu près à ses seules ressources, fut définitivement battue à Idstedt (24 et 25 juillet 1850).
Le traité de Londres, du 8 mai 1852, signé par les cinq grandes puissances de l'Europe, maintint l'unité et l'intégrité de la monarchie danoise, régla l'ordre de succession au trône et assura la couronne au prince Christian de Glucksbourg, le roi actuel, mari de la princesse Louise, nièce de Christian VII. Les affaires communes des provinces danoises et des duchés furent gérées par une Chambre unique; le Schleswig et le Holstein eurent chacun une assemblée spéciale pour leurs affaires particulières ; le Danemark proprement dit conserva la constitution libérale qui lui avait été donnée en 1849 et qui, révisée, le régit encore aujourd'hui.
On eût pu croire que la décision de la conférence de Londres mettrait fin aux dissentiments soulevés par la question des duchés de l'Elbe ;