‹ Géographie militaireChapitre 90 sur 217 · CHAPITRE 1". — ÉTUDE D'ÊiNSEMBLÊ DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1". — ÉTUDE D'ÊiNSEMBLÊ DE L'ALLEMAGNE

L'unité de langage et les tendances du peuple devaient amener Tunité individuuiiiës politique ; toutefois, on observe encore de notables différences dans le P''®^'"^'^ ®^caractère des habitants, de môme que dans la structure géographique des divers pays. Voici comment Elisée Reclus, dans son grand ouvrage, caractérise les anciennes individualités provinciales de l'Allemagne : les Autrichiens sont doux et simples, ce sont les plus aimables des Allemands ; les Bavarois des pluteaux passent pour rustauds et laids, ce sont des hommes grands et forts, aux muscles développés 5 cmx de la Basse- Bavière^ de Ratisbonne à Passau, ont une physionomie intelligente et de la présence d'esprit, mais ils sont violents et batailleurs ; les Souabes sont d'une nature songeuse et réfléchie, ils sont tenaces, naïfs, poétiques et religieux jusqu'à la superstition ; les Franconiens se distinguent par l'agilité, la souplesse, l'élégance du corps aussi bien que par l'élan et la gaieté ; les Thuringeois ont également beaucoup d'entrain, ils sont connus par leur amour de la musique et de la danse ; c^est en Thuringe et en Franconie que les lettres ont été cultivées plus que partout ailleurs en Allemagne 5 les Hessois, subtils et tenaces, contrastent avec les précédents par leur air misérable et triste, ce qui tient à Tâpreté et à la froidure de leur pays ainsi qu'au mauvais gouvernement qui les a toujours régis ; les Saxons, sérieux, intelligents et disciplinés, ont toujours exercé une active influence sur le corps germanique, ils ont donné leur langue à l'Allemagne et sont souvent considérés comme les représentants de la nation entière ; les Frisons sont fiers de leur antique indépendance \ les Prussiens proprement dits, ceux de la Vieille Prusse, sont un peuple aryen non germanique ; ils n'existent plus à l'état de peuple distinct, mais ils ont donné leur nom à la nation qui dirige aujourd'hui l'Allemagne ; les habitants de Berlin et du Brandebourg proviennent du mélange d'éléments divers : Saxons, Français chassés de leur pays après la révocation de l'édit de Nantes, protestants de l'Allemagne du sud et de l'Autriche venus à diverses époques ; ce sont les représentants officiels du nouvel empire d'Allemagne.

La nation allemande, considérée dans son ensemble, a été trop exaltée Nation par ses propres écrivains et trop décriée par d'autres : « Si on prend aiiemanao. « comme types du caractère national, dit Reclus, les hommes qui savent « échapper à la médiocrité du milieu pour développer leur force native « et révéler en eux les vertus restées latentes chez leurs voisins, on doit € accorder au peuple allemand un sens profond de la nature, un rare « instinct poétique, une grande force de volonté, une singulière persé- € vérance, un dévouement naïf et sincère à la cause embrassée •, mais il « se laisse facilement entraîner vers les extrêmes : son amour peut se « changer en mysticisme, le sentiment devenir chez lui sensiblerie, la

« politesse se transformer chez lui en règles d^étiquette, la joie de vivre « dégénérer en arrogance, la colère s*amasser en fureur, le ressentiment « se perpétuer en rancune. Avec toute sa volonté, sa ténacité, sa force, « l'Allemand a moins de personnalité que le Français, Tltalien ou l'An- « glais; il se laisse plus facilement influencer par les mouvements « d'opinion et les alternatives des événements ; il aime à se mouvoir par « grandes masses, il se plaît à suivre la méthode, même dans les folies, « et la discipline lui est facile. En aucun pays du monde le devoir n'est « aussi fréquemment confondu avec la consigne. »

Période Histoiro succincte de TEmplre germanique \ — Les Ger-

mains, qui peuplaient déjà le centre de l'Europe à l'époque de la conquête des Gaules par Jules César, arrêtèrent l'expansion de la civilisation romaine au delà du Rhin et du Danube. Ces deux fleuves formaient la limite de l'empire au commencement de notre ère ; ils ne furent dépassés qu'en deux endroits : les Champs décumates furent colonisés dès le milieu du premier siècle et protégés par le fameux retranchement rhéno-danubien qui partait de Coblenz sur le Rhin, passait par Aschaffenbourg, gagnait la source de la Eocher et atteignait le Danube au-dessus de Ratisbonne ; en second lieu, la Dacie fut conquise par Trajan (105) et défendue également par des retranchements qui s'étendaient de la Theiss à la mer Noire.

Dès la Un du troisième siècle, les Gbamps décumates étaient occupés par les Allemans, et la Dacie, sous Aurélien, était abandonnée aux L'Invasion. Goths. Au Commencement du cinquième siècle, les diverses peuplades de la Germanie franchissaient le Rhin et le Danube et se ruaient sur l'Empire romain 5 elles furent suivies par des hordes dévastatrices venues d'Asie qui traversèrent et ravagèrent l'Europe sans s'y implanter.

Les Germains fondèrent d'abord des empires qui n'eurent qu'une durée éphémère ; mais bientôt les Vandales, les Visigoths, les Ostrogoths, les Angles et les Saxons s'établirent à poste fixe en Afrique, en Espagne, en Italie et en Grande-Bretagne ; les Burgondes, fixés primitivement sur la rive gauche du Rhin au-dessus de Mayence, puis dans le bassin du Rhône, Empire frank. arrêtèrent, conjointement avec les Franks, les invasions nouvelles. Ces derniers devinrent prépondérants dans les Gaules, en Allemagne et en Italie avec Glovis, qui soumit à son autorité les Allemans, les Frisons, les Bavai'ois et les Thuringiens. Cet empire mérovingien, fondé par Clovis, sembla devoir se dissoudre sous les rois fainéants et par suite de discordes intérieures ; mais une nouvelle dynastie, celle des Carlovingiens^ reconstitua l'empire franc et le porta à un haut degré de puissance. Charlemagne conquit l'Italie sur les Lombards, soumit et convertit au christianisme la

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