CHAPITRE 1*»^ - ÉTUBE D'ENSEMBLE DE L'ALLEMAGNE. Ill
demi d'habitants; il les agrandit considérablement : 1** en aiTachant en 1742 la Silésie et le comté de Glatz à Marie-Thérèse et en obtenant en 1763, à la suite de la guerre de Sept ans, la cession définitive de cette province; 2*" en réunissant la principauté d'0stfrise(1744), dont le Brandebourg avait l'expectative éventuelle ; 3° en prenant part au premier partage de la Pologne (1772), ce qui lui valut la Prusse polonaise ou royale, c'est-à-dire Vévêché de Warnie et les trois palatinats de Pomérellie, de Calm et de Marienbourg, moins Dantzig et Thorn, puis les districts septentrionaux de la Grande Pologne et de la Cujavie avec Bromberg; 4** en incorporant définitivement, à Textinction de la dynastie comtale en 1779, la moitié du comté de Hansfeld dans le Harz.
A la mort de cet habile monarque, malgré la cession des territoires sans importance i'Héristhal à Tévêque de Liège et de Turnhout à TAutriche, les États prussiens comprenaient 190,000 kilomètres carrés, et plus de 5 millions et demi d'habitants; la Prusse agrandie, sortie victorieuse d'une guerre qu'elle avait soutenue presque seule contre toute l'Europe, devient dès lors une puissance militaire de premier ordre, contrebalance l'influence de l'Autriche et se pose, par la création du fameux Fùrstenbund, en protectrice de l'Allemagne. Ce rôle, après bien des vicissitudes, elle l'a conservé depuis un siècle et l'a surtout afiirmé d'une façon éclatante de nos jours.
Sous le règne de Frédéric-Guillaume II (1786-1797), neveu et succès- Frôddricseur de Frédéric II, l'abdication du dernier margrave franconien amena Guillaume il. l'incorporation à la monarchie prussienne des principautés de Culmbach- Baireuth et d'Anspach (1792), suivie bientôt, en 1796 et 1798, de l'usurpation des domaines voisins et du territoire de Nuremberg. Le deuxième partage de la Pologne, en 1793, valut à la Prusse, contre l'abandon à la Russie de la petite principauté de Tauroggen en Samogitie, les villes de Dantzig et de Thorn, la Cujavie, la Grande Pologne, des parties de la MasoïKie et de la Petite Pologne ; enfin, le troisième partage de la malheureuse république donna encore à la monarchie prussienne, en 1795, la Podlachie, le reste de la Hasovie avec Varsovie et le duché de Sievierz. La frontière prussienne suivait le Niémen, de Kowno à Grodno, puis le Bug jusqu'à son confluent avec la Narew; elle gagnait la Vistule au sud de Varsovie et remontait la Pilica.
Les guerres de la Révolution et de l'Empire furent d'abord très favo- Frédéricrables à la Prusse; elles lui valurent en effet des indemnités exorbitantes Guiiiaumeiii. pour les territoires qu'elle perdit au profit de la France sur la rive gauche du Rhin; c'étaient les anciens évéchés de Hildesheim, de Paderborn et de Munster, les territoires mayençais d'Eichsfeld et d'Erfurt, diverses abbayes et les villes libres de Goslar, de Nordhausen et de Huhlhausen
(1802); mais bientôt Textension delà puissance française menaça son indépendance, et après de longues tergiversations qui lui permirent de s'aimexer momentanément le Hanovre, elle se laissa entraîner à déclarer la guerre à Napoléon (1806). Les désastres d'iéna et d*Auerstaedt Tarrêtèrent dans son développement et réduisirent ses possessions de plus de moitié ; elle dut abandonner les pays provenant des deuxième et troisième partages de la Pologne et tous ses territoires à Touest de TElbe. La monarchie qui, à la veille d'Iéna, avec le Hanovre, avait 340,000 kilomètres carrés et 10 millions de sujets, se trouva réduite à 160,000 kilomètres carrés et 5 millions d'habitants.
Ces malheurs devaient régénérer la Prusse et en faire une vraie nation. Grâce aux efforts de quelques grands administrateurs, 5<em,Gneisenau, Schamhorstj Boyen, et à Ténergie de ses généraux, Blûcher, York, BxdoWj elle fut en état de prendre une part très active à la terrible lutte de rindépendance, où la France finit par être écrasée sous le nombre de ses ennemis. Relevée par ses victoires, la Prusse s'affermit sur le Rhin que lui abandonna TAutriche, et par suite du remanieme;it complet de TAUemagne, se trouva constituée en deux masses : Tune , à Touest, formée de départements français de la rive gauche du Rhin, de ses anciennes possessions en Weslphalie et de nombreux territoii'es allemands nouvellement annexés, forma les deux provinces de Westphalie et du Bas-Rhin ; Tautre, à Test, de beaucoup la plus considérable, se trouva constituée par les anciens pays de la couronne, auxquels vinrent s'ajouter la moitié de la Saxe royale, la Poméranie suédoise, Dantzig, Thorn et le duché de Posen. La plus grande partie du duché napoléonien de Varsovie fut laissée à la Russie. A la suite du traité de 1815, la superficie du royaume de Frédéric-Guillaume III (1797-1840) se trouva être de 278,000 kilomètres carrés, et sa population de nouveau portée à 10 millions d'habitants.
De 1815 à 1866, Taccroissement territorial de la Prusse fut à peu près nul. En 1834, le roi de Prusse acheta au duc de Saxe-Cobourg la principauté de Lichtenberg sur la Nahe avec Saint-Wendel; le mouvement Frédéric-^ révolutionnaire de 1848 fit perdre à Frédéric-Guillaume lY (1840-1861) la principauté de Neuclidtel, dont les traités de 1815 avaient fait un canton suisse à constitution monarchique; un contre-coup de cette même révolution rendit aux Hohenzollern de Brandebourg le berceau de leur race, par suite de l'abdication des deux princes de la branche aînée ou souabe de Hohenzollern-Hechingen et de HohenzoUem-Sigmaringen ; enfin, en 1854, un petit territoire oldenbourgeois des deux côtés de la Jade fut acheté par la Prusse en vue de la création d'un port militaire sur la mer du Nord. Si la superficie du royaume n'augmenta guère dans ce demi-
GuiUaumelV.