‹ Géographie (volume 2)Chapitre 28 sur 104 · ARCHIPEL DES NEGRES OU MELANESIE · texte numérisé non relu

ARCHIPEL DES NEGRES OU MELANESIE

Les archipels peuplés de nègres australiens ou mélanésiens tantôt mêlés, parfois intacts, sont la JNouvelle-Calédonie, les îles Viti ou Fidji, les Nouvelles-Hébrides, les îles Salomon, la Louisiade, Birara et ïombara.

Pour la NOUVELLE-CALÉDONIE et ses dépendances, voir la France : Colonies océanienne?.

ILES VITI OU FIDJI.— Ce bel archipel aura le sort des lies Sandwich, f.a population indigène n'y diminue point aussi vite qu'à Hawaii, mais le nombre de colons planteurs de coton et trafiquants qui s'y établissent, venant de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, des îles Britanniques, des Fiat-Unis est tel que le pays se fait peu à peu anglais. Les nùgres fidjiens je sentent men.'icés, et pour é\iler que cette crainle ne mette aux sauvages les armes à la main, les Blancs demandent l'annexion à l'Angleterre, et, sur le refus de celle-ci, ils se tournent, les uns vers Sidncy ou Melbourne, d'autres vers les États- Unis.

Le groupe des Fidji, entre le 20*= et le lo° degré de latitude aui-trale, coin[)rend environ deux cents petites îles, généralement élevées et deux grandes îles. Le tiers seulement des petites îles Bit habité. Les deux grandes îles s'appellent Viti- Lévou et Vanoua-Lévou,

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Viti-Lévou (la Grande Vili) a 1 iO à liiO kilomètres de l'est à l'ouest, avec 40 à lOii du nord au sud, et 1,100,000 hectares. Une lisière de terres ù coton et ;i canne à sucre, large vers le sud-est, très-6troi(e partout ailleurs, y fait le tour de montagnes volcaniques do t,uuu à I,o00 mètres de haut. Vanoua-Lévou (la (irande Terre), au nord-est de Viti-I.6vou, est un peu plus longue, mais généralement deux fois moins largo, et n'a pas o;)0,0(>0 hectares. Volcanique elle aussi, clic ne parait pas lancer dans les nuages de pics aussi élevés que l'île sœur. iClle renferme 25 à 30,000 flmes, Viti-Lévou iO à .•)0,000, l'arciiipel entier 130,000, sur une surface totale de plus de lî millions d'hectares. Les Blancs sont au nombre de .{000, dont 'i.'iOO .\nghiis, et le reste presque exclusivement Américain.

La brise des mers, les montagnes, l'abondance des rivières rafraîchissent beaucoup le climat de ces îles . La moyenne annuelle sur la côte varie entre 2.") et 27 degrés.

I*arfois mélangés sur le rivage avec le sang des Polynésiens tle Tonga et de ^VaIlis, les Fidjiens sont des Pnpouas ;\ l'énorme chevelure formant boule; de loin, on dirait qu'ils portent de hauts turbans noirs. Ils pratiquaient en grand l'anthropopliagie, avec un dédain dissimulé pour notre chair civilisée : « la <:hair des Planes, disaient-ils, est immangeable à force d'iMrc amère. » (le cannibalisme avait sa source dans la gourmandise, et non son excuse dans la nécessité, comme chez les sauvages des archipels indigents. Les chefs, lors du « bon temps w, y engraissaient des esclaves pour les manger; ils préféraient les cadavres faisandés ou mOmiî en putrescencc.

Les missionnaires leur ont à peu près fait perdre Ihabiludc des banquets de chair humaine et ils ont converli beaucoup de sauvages au christianisme. Néanmoins la majorité des Fidjiens est restée païenne. Les néophytes ont adopté le vêlement européen, et ils n'y ont pas gagné : de nus et propres, les voici sales et couverts de vermine?.

. La langue fidjienne, d'abord purement i»apouane, a été si fort inlluencee i)ar le pohnésien des colitns qui ont modilié la race du littoral qu'elle a changé de caractère, et se rapproche maintenant de la langue des Tonga.

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Les Européens et les Américains des îles Fidji commercent et exploitent le sol, non par eux-mômes, mais par les bras des indigènes ou à l'aide de travailleurs à gages qu'ils vont chercher dans les Nouvelles-Hébrides, principalement à Tanna, et dans les îles Kingsmill. Le colon chinois ne tardera pas à paraître.

Mbau, sur le rivage oriental de Viti-Lévou, a été jusqu'à Tarrivée des Européens « l'Athènes et la Rome des îles Fidji ».

NOUVELLES-HÉBRIDES. —Au nord-ouest des Fidji, au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Hébrides vont du 20® au 10*^ degré de latitude.

Dans ces îles à la fois paludéennes et montueuses, fertiles, sous un climat chaud tempéré par l'air marin, vivent des Papouas à la tête laineuse, à la barbe forte, au caractère doux, excepté dans la guerre, que terminent souvent des festins de cannibales. Les Européens de (jueensland , des îles Fidji et de la Nouvelle-Calédonie commencent à utiliser ces sauvages vigoureux dans leurs plantations.

Du sud au nord on trouve Tanna, qui entoure un volcan, Erromango (5,000 hab.), qui héberge des anthropophages et produit en masse le bois de Santal; Vaté, ou Sandwich (10,000 hab.) ; Mallicolo, qui a des forôts, de l'eau, une terre généreuse, des insulaires d'une laideur parfaite ; Espirita- Santo, la plus grande île de cet archipel auquel on attribue 1,480,000 hectares et 150,000 habitants.

ILES SALOMON. — Les îles Salomon et les îles de Sainte-Croix font ensemble plus de 3,300,000 hectares.

Les Papouas des îles Salomon, sauvages de beaucoup de force et d'agilité, d'une vue perçante et d'un odorat prc^sque canin, sont d'admirables conducteurs de pirogues, de trèsgrands amis du tatouage et des os ou des anneaux passés dans la cloison du nez et dans le gras de l'oreille. L'archipel va du

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12" au 5« degré de laliludc australe; ses îles monlagneuses ont le pins souvent une origine volcanique. Des récifs madré [toriques en défendent les abords.

Du sud au nord on rencontre dans ce groupe, que la fraîcheur de la mer et la liauleur des munlagnes préserve en partie des ardeurs équatoriales :

San-Christoval, avec un pic de 1,250 méires ; Malayta; Guadalcanar, où le pic de Lammas s'élùve à 2,4oU mètres; Isabelle, la plus vaste de toutes; Choiseul; Bougainville.

Dans l'arcliipel de Sainte-Croix, qui s'.ippcllerail mieux Archipel de la lY'FOUse, il y a Vauikoro et Nitendi, celle-ci la plus grande. Vanikoro, dont les écueils brisèrent les deux vaisseaux de la I*érouse, porte i prés de 1,000 mètres de haut sa montagne de Kapogo.

LOUISI ADE. — La Louisiade, vraie dépendance de laNouvelle-GuiuLe, sous le 12*^ degré de latitude, se compose d'îles monlueiises dont les Papouas, anlhropophages nus, ressemblent beaucoup i ceux des îles Salomon par leurs tatouages, leurs coutumes, leur habileté à mener les pirogues. Cet archipel est presque inconnu.

BIRARA ET TOMBARA. — Birara, ?ans le détroit de Dampier, serait une pre^qu ile monUigueuse de la Nouvclle- (iuinée. Coupée par le o° degré de latitude sud, elle ne peut qu'avoir le climat et la végétation équatoriales, au moins sur la côte. La chaîne de l'intérieur s'élève assez pour que l'air soit froid sur les sommets supérieurs.

Uirara, ou la Nouvelle-nretagne, a près de deux fois et demie l'étendue do Tombara, ou la Mouvelle-irlande. Cette dernière, à son tour, ne serait que la continuation de Birara sans le canal de «icorge. Llle se rapproche de 11 quatcur plus que Birara; comme Birara, elle se relève, à l'intérieur, en hautes moniagncs boisées portant sur leurs lianes des forêts où croit l'incorruptible bois de tek.

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A elles deux, et avec leurs dépendances, ces îles font plus de 4 millions d'hectares; leurs Papouas sont supérieurs à ceux de la grande île voisine.

ARCHIPELS MICRONESIENS.

Ces archipels n'occupent pas la millième partie de la mer qu'ils émaillent, et qui a vingt-cinq fois l'étendue de la France. Ils émergent du Grand Océan Pacifique, entre les archipels polynésiens, les archipels des Nùgres, les Philippines et le Japon.

Les 200,000 habitants des 600 îles et écueils de la Micronésie sont les plus aimables des insulaires. Aussi loin de l'impudeur de Taïti que du cannibalisme des Polynésiens de la Nouvelle-Zélande et des Papouas des archipels Xùgres, ils ont frappé par l'excellence de leur nature les missionnaires euxmêmes, toujours disposés à chercher dans l'homme ce qu'ils appellent les misérables suites du péché originel. Ils sont fins et bien faits plutôt que grands et robustes, plus bruns que les Polynésiens, avec lesquels ils ont fusionné dans les archipels du sud-est; ils ont une barbe longue, mais peu fournie, de beaux cheveux noirs, et l'on rencontre chez eux de nobles visages. Ils se tatouent. La mer ne leur fait pas peur; dans leurs îles si petites, ils vivent face à face avec l'Océan et se familiarisent dès leurs jeunes ans avec sa colùrc. Ils manœuvrent leurs pirogues, supérieurement construites, avec une intrépidité, un coup d'œil, une sûreté de mouvements •extraordinaires. Leurs idiomes, influencés par le polynésien dans les groupes orientaux, ont moins de mollesse que les dialectes de ce dernier langage, et ils ne manquent pas de consonnes dures et du sifflantes. Les missionnaires ont converti beaucoup de Micronésiens à leurs diverses sectes chrétiennes.

Les Iles EUice (44,000 hectares, 1,700 hab.) s'égrènent à

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portée des îles Fidji et des îles Samoa, du 10' au 0<' degré de latitude antarctique.

[/Archipel des Mulgrave (0-2,000 hab.), aussi nommé Iles Gilbert ou îles Kingsmill, est coupé par l'iiqualeur. 11 comprend 06,000 hectares, en 17 îles. Toute cette population descend des insulaires de Tara-wa^ l'une des terres les plus considérables de l'archipel. ïaiaNva, elle-mOmo, a\ait été peuplée par le mélange d'immigrants Carolins avec des femmes des Samoa.

L'Archipel de Marshall (10,000 hab.), îles Ralik et lies Radak, se groupe au nord et au sud du 10*^ degré de latitude; boréale. Il fournit, ainsi que les Kingsmill, des travailleurs à gage aux planteurs anglais de Qncensland et des îles Fidji. Son aire totale est d'un peu moins de 200,000 hectares.

Les îles Carolines et Palaos, toutes réclamées par l'Espagne, mais ncjn toutes soumises, parsèment la mer sur une grande longueur, entre le 0*= et le 10* degré au nord de la ligne équaloriale. De la première à l'ouest jusqu'à la dernière à l'est, il y a près de 2,500 kilomètres. Klles sont de deux sortes : les unes montagneuses, les autres plates et reposant sur le corail. Malgré la latitude, les 24,000 habitants qui peuplent les 22ii,000 hectares des Carolines vivent sous un climat supportable, tant la terre ici est petite, tant la mer est grande. Ce sont les premiers canotiers du monde. Le type polynésien, le type nègre, le type jaune moditié apparaissent également dans les (".arolincs, qui forment une des trente-cinq provinces du gouvernement des Philippines.

Les lies Marianes, ou des Larrons (HO, Ono hectares), appartiennent aussi aux Kspagnols depuis lilOO. Le gouverneur ré.'-ide sur la plus grande, Guam. Ce groupe, montueux et volcanique, s'allonge du lu- au 20« degré boréal, sous un climat qui n'accable point. Ses r>,000 habitants (100,000, Inr^ de la découverte par M.igellan en l;i2l : 44,Ooo d'après d'autres) descendent du croisement des familles indigènes épargnf'os par les conquérants avec des Espagnols du Mexique et des Philippines.

L'Afrique tient à l'Asie et à la masse de rancien continent par une langue de terre de 110 à 120 kilomùtres de large, l'islhme sablonneux de Suez, qui va des alluvions du Nil inférieur aux dunes et aux rochers de l'Arabie.

L'isthme de Suez est traversé du nord au sud par un canal de grande navigation qui a fait, à la rigueur, de l'Afrique une îie nouvelle, et sur lequel se croisent, de la Méditerranée à la mer Rouge, les vaisseaux trafiquant entre l'Europe et la mer des Indes. A l'extrémité opposée de la mer Houge, l'Afrique touche presque une seconde fois l'Arabie, dont la sépare seulement un chenal étroit, le canal de Rab-cl-Mandeb, commandé par l'î'e de Perim, forteresse anglaise. Par Périm, qui fait la loi sur l'entrée de la mer Uouge, par le rucher britannique de Gibraltar, qui fait la loi sur l'entrée de la Méditerranée, les Anpjlais tiennent donc sous leur canon tous les navires se dirigeant vers le plus beau lac intérieur du monde ou voulant en sortir.

Ainsi, au nord la mer Méditerranée, vis-à-vis des plus charmants rivages de l'Europe^au nord, est la mer Rouge,ea face des monts pelés d'Arabie. A l'est, la mer des Indes, avec sa grande lie de Madagascar. A l'ouest, du cap de Ronne-Kspérance au détroit de Gibraltar, l'Océan Allanlique,bordé sur la rive opposée par les deux Amérique.

Du cap Bon, d'où l'on voit la Sicile en temps clair, ou du cap Blanc au cap de Bonne-Espérance, qui regarde vers le pôle Austral, l'Afrique a une longueur de plus de 8,000 kilomùtres. Du cap Vert, tourné du cOlé de l'Amérique, au cap Guardafui, tourné \eis la plage indoue de Bombay, il y a 7,50o kilomètres. Le pourtour du rivage approche de 27,000 kilomètres, moins que l'Europe, bien que l'Europe soit plus de trois fois moindre.

î.a surface de la masse cnlitre, îles comprises, fait cinquanlccinq fois l'aire de la France, environ (rois milliards d'hectares, dont trois cent trente -cinq millions sont encore absolument inconnus.

La population réelle n'est connue de personne. Et comment le ser;iit-elle, puisque nul voyageur, nul savant, nul trafiquant d'Europe n'a parcouru la partie centrale, vraisemblablement terre haute, salubre, fertile et grandement habitée ? Ceux qui n'accordeni pas à l'Afrique plus de cent, ou mi^me de cinquante millions d'habitants, se laissent tromper par l'immensité des déserts du nord et l'aridité des plateaux du Cap. D'autre part, la densité de population dans le Soudan, dans la Guinée, dans certaines zones cAtières, sur certains bords de fleuves, et surtout l'énorme déperdition que l'Afrique a soulTcrte sans épuisement pendant les trois siùcles de la traite des Noirs, ont porté d'autres géographes à s'exagérer le nombre des Africains. Souvent, et en Afrique comme ailleurs, derrière des campagnes grasses commencent des fonds maii^Tcs adisst's à des parois sôches et nues, à des croupes sans habilants, à des plateaux sans pluie et sans verdure. Quanta la perte infligée par l'exportation des esclaves, la nature recomble vite par les naissances ce que la mort avait désempli. C'est princijiaK'ment en matière de vie humaine que l'on peut dire que la nature a horreur du vide, témoin l'Europe : les p.iys qui émiprent le plus sont ceux où la population monte le plus rapidement. Los livres dedotha, qui font autorité, donnent ;\ l'Afrique fs8 millions d'habitants, 5 fois la France.

L'Afrique est missive. Les îles, l's fortes presqu'îles, les golfes pénétrants lui manquent. Les grands fleuves navigables lui manquent aussi; or, ces fleuves sont comme golfes infiniment allongés et rétrécis, continuant les estuaires salés et mettant le centre des continents en C'tmniunicnlidn avec la mer. A ces traits d'or^^anisation grossiér(^, elle a le malheur d'en ajouter deux autres plus funestes: elle est traversée d'outre en outre, de l'Atlanliqiie ;\ la mer Hiuge, par le p'us torride et le plus vaste désert diî la terre, et elle e^l assise sur l'Equateur donr s'éloignent A peu prés également Alg('r, la maîtresse^ ville du Nord, et le Cap, la miîtresse ville du Sud. l'ar lin-

fluence de cet immense désert, le Sahara, que coupe vers le 20« degré l'équatcur thermique de la terre, et par la situation de sa masse principale entre les Tropiques, l'Afrique est la partie du monde la plus chaude et la plus réfractaire aux Européens, sans lesquels il n'y a guère qu'indolence et barbarie dans les pays du soleil.

En tout supérieure à l'Australie, par l'étendue, par la proportion des terres tempérées et fécondes, par la hauteur des montagnes et la puissance des fleuves, l'Afrique cède le pas à l'Europe, à l'Amérique, à l'Asie, mais elle a sur cette dernière un avantage énorme : les hauts plateaux sans eau, à fonds aréneux ou salés, tour à tour gelés ou brûlants, enlèvent en Asie d'immenses espaces à la culture; le « Toît du Monde » est à la fois stérile comme le Sahara et répulsif comme la Sibérie sur de très-vastes étendues. En Afrique, au contraire, le « Toît du Continent », les plateaux qui couvrent plus de la moitié de l'aire totale forment un ensemble de régions la plupart tempérées et fertiles. Ce n'est pas là que la végétation tropicale remplit les forêts et les marais de merveilles, mais l'homme y trouve un srjour commode et sain, sous un soleil plus déb.onnaire. Les hautes plaines, qui sont l'embarras de l'Aiie, font la force et la valeur de l'Afrique.

Que d'Alger un voyageur tire sur l'Afrique centrale, il passera par les mêmes alternatives que celui qui, débarquant à Smyrne, se dirige vers le plateau central d'Asie. 11 parcourra d'abord un pays de montagnes, la Berbérie, semblable par son relief, son climat, sa nature, aux terres hautes de l'Asie Mineure. De la Berbérie, il descendra dans le Sahara, dessert de sables, de roches, de lacs salés qu'un ciel de feu pompe incci^samment, mais il n'en verse point les eaux en pluies sur les bassins altérés des torrents. Ce Sahara d'Afrique se retrouve au pied de l'Asie Mineure, dans les sables syro-arabiqucs, et, toute altitude à part, dans le triste plateau d'Iran. Au delà du S.ihara, après une zone exubérante, les terres se bombent, et le plateau central commence, comme en Asie le « Toît du monde » s'élève au-dessus dess'iperbes vallées du Sir et de l'Amon. • Entre la belle Méditerranée, bleue et l'ède au nord et le Sahara, jaune, rouge, blanc, sec et cndaiumi; au bud, s'allonge,

sur le dos de l'Atlas, une région plulùt fécondée que flétrie par le soleil, la Berbérie, plateau séparé du plateau plus petit de Barkali par les vagues de sable que projette le Grand Désert à la rencontre du flot marin. Ce fut une île quand le Sahara logeait une mer dans'sa conque. C'est une île encore par son isolement du reste des terres habitables du continent auquel de nos jours elle se rattache. Son nom de Berbérie lui vient des Berbères ou Kabyles, race connue pour l'avoir habitée de tout temps depuis le commencement de l'ère historique; refoulée par les Arabes, cette race peuple encore la montagne et reconquiert par le travail la plaine et la vallée. On appelle aussi la Berbérie, Atlantide, soit en souvenir de la grande terre inconnue dont a parlé Platon, soit parce que sa grande et unique chaîne est l'Atlas. Bien ne s'opposerait à ce qu'on la nommfit l'Afrique Mineure, par analogie avec l'Asie Mineure. C'est, d'ailleurs, A un district de cette région que s'appliqua d'abord le nom d'Afrique, nom qui de proche en proche gagna tout le continent. Récemment, aux Berbères et aux: Arabes de la région se sont ajoutés des colons français, dans l'Algérie, centre de l'Afrique Mineure. Après quarante ans d'épreuve, leur race, solidement implantée, grandit d'ellc-mOme et semble destinée à se répandre aussi sur l'ouest et l'est de la contrée, sur le Maroc et la Tunisie, peut-être même à commander à tout le nord du continent. Mais il faudra beaucoup de temps, d'esprit de suite et d'énergie.

L'Atlas paï;>ait chez les anciens pour la montagne la plus sublime de l'univers, et, d'après les poètes, il soutenait sur ses épaules la voûte de cristal du ciel. Aujourd'hui déchu de sa mythologique hauteur, il n'en reste pas moins une chaîne, ou plutôt un ensemble de massifs fort important ; les plateaux qu'il forme compensent par leur élévation leur latitude méridionale ; ils sont parleur climat, leur flore, leur aspect, par toute leur nature sèche plus qu'aride, un appcMulice transmaritime de ri'urope du Sud, et cela jusqu'à la dernière arête des monts du midi, au delà desquels tout change sous l'influence du foyer de chaleur du Sahara. Seulement, il faut bien le dire, l'Atlas ne s'élève pas assez haut pour protéger absc'ument la Berbérie des vents incandescents du sud. L'Algérie, (e Maroc,

Tunis, reçoivent de la fournaise saharienne le sirocco qui brûle et les sauterelles qui dévorent : d'où les fanaines qu' déciment, et dont la colonisation française finira par triompher en boisant la montagne et le plateau et en emmagasinant à l'issue des gorges l'eau des torrents derrière des barrages-réservoirs. Le pic culminant connu de l'Atlas, le Miltsin (3,500 mètres), au sud de Maroc, est à peine plus haut que la Maladetta des Pyrénées.

Cette contrée a pris quelque part à l'histoire du monde. Sous leprète-nom de Cartliage, dont ils étaient les mercenaires, les Berbères promenèrent au loin une civilisation commerciale et utilitaire; leur bravoure, appuyée sur le génie d'Annibal, faillit vaincre Rome. Soumis plus tard aux Romains, ils firent des plateaux de leur Atlas le grenier de l'Italie. Sous les Arabes, dont ils adoptèrent la religion, tout en gardant leur langue et leurs traditions, ils concoururent aux conquêtes de risLim; peut-être y avait-il plus d'Africains du xNorJ que d'Arabes dans les armées qui domptèrent l'Espagne et allèrent se faire écraser par les Francs sur la marche du Poitou et de la Touraine. Du côlé du nord, la civilisation de Tolède, de (lordoue, de Sôville, de Grenade, fut due tout entière à des fils de l'Afrique Mineure, Arabes ou Berbères; du côlé du sud, par leurs migrations demi-armées, demi-pacifiques, le Mahométisme a pris pied, au delà du Sahara, dans le scptcnlrion du Pays des Noirs, au Sénégal et au Soudan, d'où il menace de conquérir l'Afrique.

Au midi de l'Afrique Mineure et du plateau de Barkah, le Sahara déroule de l'Atlanlique à la mer Rouge, de l'Allas au Soudan, ses déserts longs de a, 000 kilomètres, larges de 1 ,000 à ti.OOO, vastes comme les deux tiers de l'Europe. Des oasis, tantôt isolées, tantôt alignées ou groupées en archipels -tians les dépressions humides, permettent de franchir le Pays de la lUjur ; ainsi l'ont nommé les Arabes, tant par terreur du Sahara lui-même, de son soleil, deson simoun, de ses fonls laris, que par crainte des bandits touaregs épiant la marche des voyageurs. Malgré leur poétique renom, les oasis, sou\cnl mal arrosées par des sources noyées dans le sable, ont rarement la beauté que leur prêtent les chantres do rOrienl, et

quanrl les eaux d'irrigation y abondent, elles y deviennent peslilcnlielles. Néanmoins ces jardins du désert jlairont toujours par le contraste de leur fraîcheur avec la sécheresse de l'aire brûlée qui les environne, par l'éventail de leurs fortîls de palmiers, par la silhouette de leurs ksonrs à moitié ruinés, blanchis à la chaux, et souvent par le prcjlil étrange des rochers qui les abritent, i)hares indicateurs sur cette vague étendue. Quand un pic ne guide pas la caravane, elle se dirige comme elle peut, par le soleil, les étoiles, une certaine prescience du terrain et aussi par les amas d'os blancs, jadis hommes ou chameaux, qui sont comme les bornes kilométriques de ce grand cliemin du .Midi, l'ne terre pareille n'a jamais regorgé d'habitants; dans les oasis de 1 ouest et du centre vivent des Arabes et des lîerbércs, purs ou mêlés entre eu\ ; dos Touaregs, Berbères aussi, courent de source à source sur leurs méharis, chameaux rapides; à l'est habitent des tribus noires à demi ti'ausfoimées par le sang berbère.

A l'orient du Sahara, la vallée du Nil forme un accident d'eau et de fraîcheur sur cette immensité désolante. Cette vallée, l'l'>gypt(', ma'^nitique par elle-même cl par l'horreur de ce qui l'entoure, fut dans l'antiquité le siège d'une ci\ilisation puirsante, point de départ des étapes connues de l'humanité. Ce fut en même temps — elle le redevient — la route de l'Afrique centrale et l'un des pays où les races blanches se mêlaient aux races noires.

Le Sahara et le Soudan, ou Terre des Nègres, se rencontrent en général vers le dix-septième degré de latitude, sur la ligne séparant la zone des pluies tropicales de la zone où il pleut trèspeu. De Saint-!, ouisdu Sénégal;\lamer llouge, pendant îi.OOOkilomètres, la richesse côtoie l'indigence. Au nord un brasier, au sud une région humide et chaude, qui est à la fois forêt, pâturage, canijiague et parterre, le Soudan, où se pressent de populeuses riations noires ou très-bronzées, modiliées par quelque mélange de sang arabe et par l'adoption de l'Islam. Un large fleuve, le .Niger ; un bassin sans profondeur, le lac Tchad, tantôt lac, tantôt lagune, tantôt marais, reçoivent les rivières de celle vaste contrée.

Kntre la mer Atlatitique et les montagnes où puise le haut

Niger et que le bns Niger évenlrc avant d'aller s'en-eNelir dans les marécages de son delta, la Senégambieet la Guinée, terres des NoirSj^bien arrosées, ensoleillées, très-fécondes, grandement peuplées, renferment d'immenses élémeùls de prospérité; mais, pour leur malheur, elles étalent leurs vallées grasses et les alluvions de leurs côtes sous un climat où le Blanc se réduit à rien et meurt, tandis que le Nègre s'y trouve à l'aise et s'y multiplie.

Hors la lisière riveraine de l'Atlantique et de la mer des Indes, le reste de l'Afiique constitue un plateau, le Plateau Équatorial. 11 se nomme ainsi de ce que la masse de ses terres gravite autour de l'Equateur, près duquel naissent sans doute, mains le Niger, tous les grands fleuves africains, le Nil, l'Ogowai, le Congo, le Zambèze.

Les supports du plateau, monts étages de 2,000, 3,000, 4,000 mètres et plus de hauteur, nous sont inconnus sur presque tout le pourtour. Totalement ignorés au nord, ils le sont moins à l'ouest et à Test, derrière les comptoirs portugais, et surloul dans le sud, colonist'- dopuis longtemps par des Hollandais, des réfugiés de l'I^dit do Nantes et des Anglais. Nun loin de la côte orientale, les rayons équatoriaux font luire les casques de neige du Kénia, volcan actif, et du Kilimandjaro, sources possibles du Nil. Le Kiliu)andjciro, que fouette presque tous les jours la pluie pendant dix mois, monte à 6,1 1(> mètres. Sauf découvertes ultérieures, c'est le géant africain. Les monts où il surémine pourront ravir à l'Abyssinie son surnom de Suisse d'Afrique ; mais, par ses btauCés naturelles, par ses pics volcaniques, ses lacs, anciens cratères, ses torrents bleus, l'Abyssiniii rester.i toujours une contrée admirable. Située audessus de la porte de la mer Rouge, en face de l'Ar ible, elle entretient sur ses froi.ls plateaux un peuple mêlé, au teint noir, mais aux traits nobles.

Par sa forme triangulaire, le plateau équatorial d'Afrique ressemble à riniiO méridionale, au plateau du Décan. Comme leUécau, il tombe au nord sur des !)asses terres, le Sundan central, analogue aux valléos de l'Indus et du Gange. l'Ius vaste que riiurope. le plateau d'Afrique se conipose de |)l.iin('s élc" vues de 900 à 1,oOO mètres, et sillonnées de collities et de mon-

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tagnes. Peut-<!5tro les découverles ù faire changeront-elles quelques traits du tableau. Ces plaines, jusqu'à préseni, semblent Olre plus généralement fertiles, pluvieuses et densémenl habitées que stériles, sans pluies et sans hommes. Elles sont marécageuses et mauvaises aux Hlancs le long des rivières et semées de grands lacs dont les explorations de Hebman, de Livingslone, de Burton, de Speke, de drant et de Rakernous ont fait entrevoir les premiers linéaments. Il y coule de gros fleuves, amaigris tous les ans par sept mois de sécheresse, renforcés par cinq mois de rafales; le plus puissant t^'appelle Zumbéze: sa cascade de Mosioatounya, la « fumée tonnante », a détrôné le Niagara par sa hauteur, sa largeur, son originalité inouïe.

Dans les dislricls arrosés de l'Afrique "lorridc, le long des eaux surtout, la vie végélale et la vie animale acquièrent une intensité et une force qu'elles ont rarement ailleurs ; là se forme avec les siècles le baobab, le plus massif des abres ; là, dans les fourrés où glisse le boa, le plus allongé des serpents, passent en faisant onduler les hautes herbes, en courbant et en cassant les branches, l'éléphant et le rhinocéros, géants des quadrupèdes, l'hippopotame, géant des am[»hibies; là rugissent des lions plus forts que ceux de l'Asie ; là se vautre le crocodile, plus grand que l'alligator d'Amérique ; là pullule le Nègre, race athlétique, résistante et féconde. Dans l'Afrique tropicale, patrie des gazelles et des giraiïes, le beau et Inid prennent des proportions également colossales.

A l'exception du Cap, de la Cafrerie, de Natal et des républiques hollandaises d'Orange et de Transvaal, à part aussi les quelques Portu^^ais des rivages d'Angola, de Benguela, de Solala, du Mczambiciue, l'Afrique, au sud d'une ligne tracée de Saint-I.ouis du Sénégal à la mer Kouge, est habitée par des Nègres et des Négroïdes ou Cuivrés, hommes puérils qui naissent et qui passent, qui errent et qui chassent, et n'ont pas d'histoire. Les CuiNrés, qu'on peut réunir en partie sous le nom de Cafree, \ivent surtout dans l'Afrique équatoriale ; en tout ils sont t^upérieurs aux Nègres. Ces derniers font la majorité dans le Soudan, le Sénégal et la Cuinée, régions où se trouvent aussi des Négroïdes, tels que les Foulahs, qui dominent sur les populations noires qui les environnent.

Les marais, la fiôvre, l'ardeur du soleil, les bois fourrés, le? monts inviables défendent en vain l'Afrique des Noirs. Ses peuples enfantins luttent pour l'existence conire deux pouvoirs plus grands que le leur, le prosélytisme musulman et la colonisation européenne.

Le prosélytisme musulman ne fait point de mal par luimême à l'Afrique sauvage. L'Islam dépasse autant le féticliisme nègre que la beauté du visage arabe l'emporte sur la laideur du véritable homme d'ébône. Le Noir gagne à devenir mahométan et à mêler son sang à celui de ses convertisseurs bronzeclair. Par malheur, les faiseurs de razzias, les trafiquants de chair couleur de suie, les acheteurs et voleurs d'enfants, les entrepreneurs en eynuques accompagnent les prédicanls et les guerriers arabes. Presque tous sont Arabes ou Turcs; beaucoup sont des chrétiens d'Abyssinie. Peu, mais encore trop, sont des enfants de l'Europe, de toutes nationalités : des Maltais surtout, gens à vrai dire presque Arabes par le langage.

Le mal que ces pourvoyeurs de l'esclavage, de l'émasculalion, du harem et de la mort font à l'inoffensive Afrique noire passe toute croyance. Le seul empire égyptien, que l.i France se vantait d'avoir plus que tout autre peuple d'Europe amené à ce que nous appelons civilisation, importe annuellement 70,000 Noirs, le quart de ce qui a été arraché aux pays de provenance : les blessures dans la razzia, les trailements barbares, la faligue et la fiùvre enlèvent les trois autres quarts des victimes. Une partie de l'Afrique centrale perd donc par le fait d'un seul pays prétendu policé, et avec l'aide des a civilisateurs européens » dont nous avons la voix pleine, environ 350,000 de ses fils tous les ans. Avec ce que consomment l'Arabie, la Berbérie, le Sahara, les traitants d'Europe encore i l'affût dans l'écheveau des deltas au compte des planteurs européens de l'Amérique, combien les Nègres et les Cuivrés payent-ils au Minolaure? Il est vrai que les Musulmans ont besoin de femmes, d'esclaves, de portefaix, de soldais et d'eunuques, et les Européens des tropiques réclament des bras pour le coton, la canne à sucre, le café, les métiers «lurs où répugnants, la domesticité et les mines.

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La colonisation européenne ne peut prétendre à s'emparer de l'Afrique noire en entier; tout au plus doit-elle espérer de couvrir les hauts plateaux. Parleur climat terrible, par leurs flévres mortelles, les ri\ages et les grandes plaines basses lui échapperont toujours. Les Nùgrcs et les Nt^groïdes ne disparaîtront pas comme d'autres races devant l'Européen.

Pourvu qu'ils ne périssent pas de leurs propres excès. Ils se détruisent d'eux-mOmes. Guerres, massacres, l'impassibilité dans le mal,renf.inlillage et la cruauté, tel fut ici le passé, tel est le présent dont l'Lurope devrait réparer les plaies. Le siècle dernier vit un roitelet riverain du Niger b/ltir les murs de Ségo dans un fossé plein du sa[ig de 00,<iOO esclaves, égorgés pour obéir à une prophétie ténébreuse. De nos jours encore le monarque du Dahomey, et d'autres avec lui, ont pour premier article de leur charte : « Le roi naît, vit et meurt dans le sang de ses sujets. » Le mépris de la vie de l'homme et le bourreau à la place de la loi dominent toute l'histoire de l'Afrique Irans-saharienne.

Puisque l'Européen ne peut lutter contre le climat du pays des Noirs, ni prendre violemment la place du Nègre par des injustices pareilles à celles qui lui ont valu l'Amérique, l'Australie et les lies de la mer du Sud, il lui reste à relever les Africains, si jamais ils furent supérieurs à ce qu'ils sont, à les élever si leur nature s'y prOle, à les fondre dans son sang, si un courant de sympathie physique s'établit entre les deux races.

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