‹ Géographie (volume 2)Chapitre 27 sur 104 · ARCHIPELS POLYNÉSIENS · texte numérisé non relu

ARCHIPELS POLYNÉSIENS

Les Maoris de la Nouvelle-Zélande ne sont pas les seuls hommes de leur race. Sur la nier immense allant de l'archipel Néo-Zélandais aux îles Sandwich et des Tonga aux derniers écueils oricnlaux des Iles lîasses, des sauvages aimables et

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ôleganls de forme, peuplent des îles sans nombre. Ces cousins germains des Maoris présentent tous à peu près le môme type physique, parlent des dialectes très-ressemblants de la même langue, ont les mêmes mœurs, les mêmes superstitions, les mêmes traditions, la même aptitude à la navigation et au commerce.llsontle bonheur d'habiter, au sud et au nord de la ligne, les plus délicieuses patries qu'on puisse rêver; leur vie est gaie, facile et sans nul souci d'avenir, sous des cieux brillants, au bord d'un océan lumineux, sur une terre qui produit sans efforts, à l'ombre des arbres à pain qui, à trois seulement, font vivre un homme tout le long de ses jours. Nous avons dit le bonheur, nous eussions pu dire aussi bien le malheur, car la beauté de leurs îles attire les Européens dans leurs archipels; ils viennent comme missionnaires, soldats, matelots, marchands, et si quelques-uns sont honnêtes, beaucoup sont sans scrupule et sans loi.

Depuis l'apparition des Européens chez eux, les Polynésiens ont en grand nombre accepté le protestantisme ou le catholicisme, ils ont adopté surtout les vices dont les aventuriers blancs se sont faits les apOlres, si tant est que l'Europe eût quelque chose à apprendre à des sauvages effroyablement corrompus d'eux-mêmes. Mais si nous n'avons pas importé dans les îles de la mer du Sud des abominations qui s'y étalaient avant nous au grand jour, si quelque-unes des maladies que nous sommes censés avoir communiquées aux Polynésiens avaient déjà fait des ravages dans leurs îles, si même nos alcools ne leur ont point fait connaître l'ivresse et son hideux cortège de misères pour le corps et l'esprit, car ils avaient leur eau-de-vie indigène, le kawa, nous les avons probablement dotés de fièvres éruptives et du plus grand des ennemis de la vie humaine, laphthisie. A partir du jour de notre arrivée dans leurs ports, ces pauvres insulaires ont diminué très-rapidement, et le soleil qui verra mourir le dernier des leurs ne tardera pas, il semble, à se lever sur les flots du l'acilique polynésien. Les maladies de poitrine, la petite vérole, la rougeole, des atVections provenant de l'usage intermittent des habits que n'exige pas un climat bénin, mais que les missionnaires les ont forcés à revêtir, et qu'ils quittent parfois, tout cela menace

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de mort Ifurs tribus, d'ailleurs peu féconrloset frt''?-porlée> à rinfunticide. Ils disparaîtront et l'lùirop(^'cn dira : » J'ui civilisé les mers du Sud!») Il n'aura pourlant rien fait pour soutenir des frùres pencliés sur la fosse. Souvent il les y aura précipités avec la joie d'un hrrilier.

Des savants prennent les Polynésiens pour une race issue d'un mélange d'anccMres blancs, jaunes et noirs, et. réellement, on retrouve des traits de cette ascendance triple dans le visage de ces bnmmes. Leur type, tout en demeurant suftisamment le m(^me sur l'espace trois fois prnnd comme VEurope qu'ils babitent, présente d'î!e à île, de caste à caste, d'homme à homme, des variations pouvant se rapporter par atavisme à l'une dos trois origines. Par l'aspect et sans doute aussi par d'anciens liens du sang, les Polynésiens se rapprochent plus des Papouas de la Nouvelle-Guinée que des Malais au tronc desquels on les a souvent rattachés. Leur chevelure frisée et leur couleur moins sombre les séparent seules des négroïdes papouans. Ils laissent, à l'occident et au nord de leurs îles, des archipels habités par leurs cousins les Microndsiens, sauvages plus noirs, parlant diverses langues, tand's qu'ils n'ont, eux, qu'un seul idiome singulic'remcnt doux, enfantin, trés-ennemi des consonnes, imagé, poétique. Fn même temps que l'unité de langue, ils ont l'unité d'idées religieuses, d'institutions, de coutumes. D'un bout à l'autre de leur monde charmant de sporades et de cyclades, les Polynésiens se sont adonnés et même s'adonnent encore çà et là k l'anlhropophrigie avec toutes ses appartenances et dépendances, guerres civiles, massacres, razzias, engraissement d'esclaves. Tous aussi pratiquent le tatouage, c'est-i\-dire qu'ils se couvrent le corps et la figure de dessins inennçables. espèce de documents de loin visibles, où sont inscrits en hiéroglyphes leur état civil, leur caste, leurs litres de noblesse, leurs actions d'éclat.

ILES TONGA OU DES AMIS. — Cent cinquante lies, presque toutes basses et montant rarement à plus de 50 mê-

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Ires de hauteur, forment cet archipel, semé entre le 18 elle 22^ degré de latilude sudéquatoriale. Il y en a de toute grandeur, depuis le simple écueil de corail jusqu'à l'atoll et de l'atoll à l'île. Le groupe entier peut avoir 100, ooo hectares et 20,000 habitants, dont 8,000 à Tongatabou. Une fraction de la population se compose de tua, esclaves descendant d'un parti de guerriers vaincus. L'archipel, qui a peut-Otre reçu des îles Viti ses tribus légèrement mélangées avec les négroïdes fid- Jiens, a contribué par plusieurs essaimages à la colonisation du reste de la Polynésie.

Tongatabou (la Sainte, en langue polynésienne) est la terre la plus importante de l'archipel ; elle a 3'^, 000 hectares, le tiers du groupe. Vavao a peuplé iNouka-Hiva et les autres Marquises septentrionales. Tufoa se range autour d'un volcan peu élevé, mais dangereux. Late renferme le pic culminant des Tonga.

ILES SAMOA OU DES NAVIGATEURS. — On a proposé d'appeler ce groupe archipel de Bougainville, du nom du fameux navigateur français qui les visita le premier en détail (1708). Quoique cet archipel et Tongatabou soient les seules îles polynésiennes où la langue ait une sifflante, il vaudrait peut-être mieux dire Hamoa que Samoa. Quant au nom d'îles des Navigateurs, qui d'ailleurs traduirait exactement le terme polynésien d'IIamoa, il n'a aucune valeur, presque tous les insulaires des archipels océaniens étant également d'une iiabileté consommée dans la conduite des pirogues.

L'archipel de Samoa (300,000 hectares) est avec les Tonga, et à un degré supérieur, la métropole de la Polynésie. La comparaison des traditions, des généalogies, des chants populaires des tribus disséminées sur ces flots mettent ce fait presque hors de doute. Les Samoans, comme les Tongans qui s'étaient arrêlés un moment aux îles Fidji, venaient du nord-ouest, peut-OIre de Bonrou, l'une dci- grandes Moluques. Quand louis familles eurent rempli les Samoa, elles se portèrent au dehors tur des flottilles de canots admirablement construits. De la sorte elles

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peuplèrent Tiiïti, qui devint métropole à son tour, les Marquises méridionales, probablement la Nouvelle-Zélande, et envoyèrent aussi des émigrants jusqu'aux Kingsmill, qui font partie de la Micronésie. Celle expansion du même peuple donne suffisamment la raison de l'unité presque parfaite de type et de langage qui persiste sur la vasle étendue des mers polynésiennes.

La population indigène augmente aux Samoa, d'après les missionnaires : le cas serait rare, et digne d'être signalé. D'autres prétendent qu'il y a diminulion lente. On suppose que Lapérouse exagérait quand il donnait i\ l'arciiipel 80,000 liabilanls; un recensement récent, soigneusement fait, lui attribue :VJ,0(»0 liommes,dont 27,0(iO proleslanls et :i,000 catholiques. Les naturels de Samoa se distinguent par une haute taille, d'heureuses proportions, une force athlétique.

Opoulo, île >i gracieuse qu'on peut la préférer à la merveilleuse Taïti, porte des montagnes aux formes douces, boisées et ne dépassant pas 800 mètres. Li\ s'élève Apia, ville semieuropéennequelAllcmagne se propose, dit-on, d'annexer avec tout l'archipel. Sewai, plus i^rande et plus haute qu'Opoulo, avec une importance moindre, dispute ;\ l'ilawaii des îles Sandwich l'honneur d'être la llawaïki d'où les traditions font venir la flottille de canols (jiii mena lt>s Maoris en Nouvelle- Zélande. Opoulo, Séwai,Tutuita, Manomo, Manoua, toutes les îles du groupe s'abritent derrière des ceintures de coraux. L'archipel est situé sous le quatorzième degré sudéqualorial.

ILES HARVEY OU ARCHIPEL DE COOK. — Cet archipel, sous le Ninglièine degré au sud de Tl-quateur, a pour île la plus connue Rarotonga, terre élevée. Mauaia ou Mangia est plus étendue. Dans ces petites îles, protestantes maintenant, l'anthnipophagie faisait rage. L'élendue de l'archipel est de 80,000 hectares, sa population de 1 1,000 à 12,000 ànics.

PourTAITI, l'archipel de TOUBOUAI, les îles TUA-

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MOTOU, les îles GA.MBIER, les MARQUISES, voir la France : Possessions océaniennes.

Entre les îles Samoa, Taïti, les Marquises et les îles Sandwich, il n'y a, sur une vaste mer, que des terres sans importance, très-faiblemcnl peuplées, moins des îles que des îlots. I.oin du groupe des archipels français et aussi prùs de l'Amérique du Sud (3,000 kilom.) que de Taïti, seule sur les flots dont on ne voit pas la fin, Vaihou, ou Rapa-Nui, appelée encore l'Ile de Pâques , a conservé les cratères de ses volcans. Elle ne renferme plus que 900 Polynésiens, diminués tous les ans par des razzias systématiques : les Péruviens y engagent de force les sauvages, puis les mènent comme travailleurs dans les îles à guano. Vaihou est la seule île polynésienne où les sauvages ne se tatouent pas.

ILES HAW^AII OU ILES SAND^VICH.— Les îles Sandwich, grandes ensemhle de presque deux millions d'hectares, se trouvent fort loin des autres îles de la nation polynésienne, dans rhcmisphère nordéqualorial, sous le 20® degré et sous le Tropique du Cancer, sur la route de la Californie à la Chine, à l'archipel indo-chinois et à l'Inde.

Au midi du groupe s'élève la plus grande île, Hawaï, d'où l'archipel a pris un de ses deux noms. Le mot s'élève porte juste, car Hawaï entoure de son littoral frangé deux des volcans les plus puissants de la terre, le Mauna-Loa (4,194 mètres) et leMauna-Kea(i,160 mètres). Sur le versant oriental du Mauna- Loa, le cratère de Kilauea « est sans aucun doute, la source de laves la plus remarquable qui existe sur notre planète;» il s'ouvre à i,'200 mètres d'altitude, par une ellipse de 5 kilomètres de large, de H kilomètres de tour; au fond du cratère se boursoufle, monte ou descend un lac en fusion. Quand le cratère se vide pour laisser échapper, comme en 1S40, un torrent de laves de 60 kilomètres de long sur 40 de large, sa profondeur est de 450 mètres jusqu'au soupirail où commence

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i'aljîine inconnu. Hawaï. que plusieurs preiinonl pour l'Hawaïki légendaire, métropole dos .Maoris néo-zéiandiiis, llawaï aurait autrefois reçu ses liabilanls de Taïti, qui elle-niOme tenait sa population des Samoa.

l/île Maoui, la seconde en grandeur, volcanique aussi, et !rès-moMtagneuse, contient le pic de Ilaléa-Ivala (.^,100 métrés). Kadulavé, Lanaï, Molokaï sont de même très-accidentées et volcaniques. Oahu, quatrième en grandeur, ressemble au\ îles sœurs et reiilermc la capitale du royaume, Honoloulou, ville de 14,000 habitants, avec le meilleur port de l'archipel. F..a moyenne annuelle y est élevée (24°), mais l'archipel jouit d'un climat sain malgré la présence de beauioup de marais. Kaouai, mont de l',000 mètres de haut, l'emporte peut-Olrc sur le reste du groupe pour l'agrément du climat, l'harmonie des paysages, la fécondité d'un sol couvert de cannes à sucre.

Lorsque CmoIv découvrit l'archipel, en 1778, il lui attribua 400,000 habitants, chill're probablement exngéré.Ce qui n'admet pas de doute, c'est la rapidité avec laquelle diminue la population indigène. Les îles Sandwich avaient 142,000 Ames en 1823, 84,000 en ISiiO, "3,000 en 18;i3, 70,000 en tSGO, 03,000 au recensenh nt de 1800. Voilà l'en'et de la syphilis, de la petite vérole, de l'avorlement en grand. L'adoption du protestantisme ou du catholicisme, des vêtements des blancs, de beaucoup de coutumes d'i^irope et d'Amérique, la dilTiision de l'instruction, celle de la langue anglaise, fort parlée dans rarchi[»el, rien de toute celte civilisation plus apparente que réelle n'a pu arrêter le mouvement dcscensionnel de la population polynésienne des Sandwich. De I8G0 i\ 1800, elle a diminué de neuf mille persornies, tinidis que les étrangers, Américains, Anglais, marins de toutes nations, pécheurs de baleines, Chinois, s'accroissent tous les jours. Les lies Sandwich paraissent destinées \ tomber dans les mains desKtats-Lnis et à devenir avant longtemps un pays anglais. Les Mormons du plateau d'Ilah méditaient, prétend-on, de s'y porter en masse pour mettre la religion des «< Saitits du Dernier Jour » hors de la portée de- « ficnlils ».

C'est aux îles Sandwich, à l'exlrémité du domaine des Polynésiens, que la langue puérile et musicale de cette branche de

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l'humanité réduit au plus pelit nombre le chiffre de ses consonnes. Il n'y a que t^ept consonnes dans le dialede hawaiien ; il y en a dix chez les Maoris de la Nouvelle-Zélande et à Taïti, quinze dans les îles Tonga.

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