‹ Géographie (volume 2)Chapitre 34 sur 104 · ABYSSINIE · texte numérisé non relu

ABYSSINIE

1/Abyssinie se divise, pour le climat et les productions, comme les républiques espagnoles élagées sur les Andes et les monts de l'Amérique centrale et du Mexique. Elle a ses tierras caienteSj ses tierras iempladas^ ses tierras frias, autrement dit ses terres chaudes, ses terres tempérées, ses terres froides. . Les Abyssiniens appellent Kollas ou Kouallas les terres chaudes que leur faible altitude livre aux chaleurs violentes. L'excès de soleil et d'humidité y crée une végétation très-forte, que l'astre grille après un printemps de peu de jours. C'est une région de grandes forôts peuplées par les quadrupèdes monstrueux propres à l'Afrique brûlante, un pays de coton, une fournaise à fièvres. Les Kouallas s'étagentà peu près entre 1,000 et 1,800 mètres de hauteur.

De 1,800 à 2,500 ou 3,000 mètres, les Ouaîna-Bégas, les terres tempérées, ondulent sous un climat aussi doux et aussi gai en moyenne que celui de la Provence et de l'Algérie : des céréales à la vigne et à l'oranger, elles peuvent donner à la fois la vie aux plantes de la France et à celles des Algarves; les bœufs et les chevaux y foisonnent.

Plus haut régnent les Degas, les terres froides. Leur climat ressemble à celui de l'Europe centrale et favorise les graines et les arbres du nord. Des troupeaux de bèlcs à cornes et de bfrtes ovines y broulent des pâturages profusément arrosés. Si les Ounïna-Dégas sont une aima mUrix, les Degas sont la ynagna parens du paysan et de l'homme d'armes. Au-dessus de 4,000 à 4,500 mètres l'empire est aux frimas. Le plus élevé de tous les grands plateaux se nomme Samen (3,000 à 3,500 mètres) ; la zone la plus basse, le Samhara, plage étouffante, borde la. mer Ronge, vis-A-vis du rivage arabe. Les Turcs en sont les maîtres officiels.

Sur 35 millions d'hectares, près de 60 départements français, l'Abyssinie entretient au plus 4 millions d'hommes.

Les Abyssiniens se donnent le nom d'Itiopavan (Ethiopiens); le mot : abyssinien est la corruption de l'arabe habesc/ij terme offensant qui signifie à peu près race abjecte et mêlée. Mêlée, on n'en peut douter. Elle a dû se former par l'union avec des Noirs laineux, d'immigrants foncés, à noble visage, arrivi'^s on ne sait d'où, peut-être de la presqu'île du Gange. Au peuple

fait de ces deux éléments s'ajoutùrent plus tard des Grecs nilotiques et surtout beaucoup d'Arabes. Le nord du pays, le Tigré, tire positivement sa race et sa langue de l'Yémen, province de l'Arabie méridionale, l'idiome du Tigré descend du gheez, langage sémitique, avec autant d'évidence que le français sort du latin. Au sud du Takazzé, l'amharique, parlé par plus d'Abyssiniens que de Tigréens, n'a point de rapport intime avec lui ; il se tient à part, de m^me que i'agaou, dont* se servent des populations peut-être autochlhones.

Ayant à la source de leur sang des jets divers, les Abyssiniens n'oflrent pas un type uniforme, et du bronze au grand noir, on trouve chez eux toutes les couleurs de la peau. Kn général, même sous le noir luisant, leur visage est ennobli par des traits dus aux premiers envahisseurs foncés, puis aux Grecs et aux Arabes. Au milieu de peuples et de tribus relevant de l'islamisme, ou ayant conservé le fétichisme païen, les Abyssiniens professent un christianisme grossier, pures pratiques, jeûnes persistants, la lettre qui tue sans l'esprit qui vivifie ; leur grand pontife prend le nom d'abouna (notre père). Presque tous habitent les hauts plateaux, peu descendent dans les kollas.

Les Gallas — ils s'appellent eux-mOmes Orma — assiègent depuis des sicVlcs, du côté du midi, l'acropole abyssinienne. Voici bientôt 3oO ans qu'ils battent la campagne au pifd des monts du sud, vivant de la guerre et de réli''ve de troupeaux immenses, dans plusieurs pays de noms dill'érents, tels que l'Enarea et le KatTa, d'où le café serait originaire, et non pas d'Arabie. Beaux de corps et de figure comme les Abyssinien?, guerroyeurs comme eux, ils sont comme eux de toutes nuances et ne s'en distinguent gui're que par la religion, le paganisme et l'islamisme se partageant leurs tribus républicaines ou féodalemenl gouvernées. L'ilmorma, leur langue, semble procé ier du même tronc que l'amliarique et les autres idiomes abyssiniens nutochthones par rapport au gheez et au lign'en. Par les enfafits que beaucoup de seigneurs vendent aux acheteurs d'esclaves, cette race contribue k la population de l'Egypte, de la Nubie et sans doute aussi de l'Arabie.

L'empire d'Abyssinie obéissait i\ un ncgus tiegusse, ou roi des

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