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terre nubienne habitable. De mCme qu'en Egypte, c'est une féconde oasis allongée, mais généralement plus étroite, car les sables s'avancent par endroits à une portée de fusil du fleuve.
Ainsi que l'ont appris les explorations récentes de Snekeet Grant et de Baker, voyageurs anglais, la branche mère du Nil, le Balir-el-Abiad ou fleuve Blanc, prend vraisemblablement son origine au sud de l'Equateur, peut-Ctre dans le massif du Kilimandjaro. On ne connaît pas le torrent initial, mais Speke a vu le bassin qui reçoit, puis déverse le Père de Ti^gypte,» comme le Léman reçoit, puis déverse le Rhône.
Ce bassin est le lac Ukerewe ou Victoria-Nyanza, sous l'Equateur môme, à 1,082 mètres d'altitude. Le Victoria-Nyanza, aux eaux peu profondes, peut avoir 300 à 400 kilomètres de diamètre. Le Nil forme, au déversoir, la chute de Ripon; plus bas, il s'abîme par la splendide cascade de Murchison et tombe dans le Mvoutan-Nzigé ou Louta-Nzigé, naturellement appelé par les Anglais Albert-Nyanza.
L'Albert-Nyanza, plus long que le Victoria-Nyanza, serait pour la grandeur le premier lac d'Afrique, et pour la beauté de ses montagnes altières il craindrait peu de comparaisons. Il se trouve à 631 mètres d'altitude. Le fleuve en ressort plus gros qu'il n'y est entré. Ainsi le Nil s'épure, se régularise et se conserve pour l'étiage dans deux lacs près desquels le Bodensee du Rhin et le Léman du Rhône étonnent par leur petitesse.
Le Nil coule ensuite dans des plaines qui sont tantôt forêts, tantôt marais, tantôt savanes, et que l'Egypte tente, en ce moment mcme, de s'approprier par une expédition moitié guerrière, moitié commerciale, que commande Baker, le dé- 'ouvreur du Louta-Nzigé.
A Gondokoro, station de trafic importante et point àe départ de beaucoup d'explorateurs du haut Nil, le fleuve est encore ;.\ COO mètres environ d'altitude. Pénétrant ensuite dans les possessions égyptiennes, il serpente au milieu des grandes herbes du Sennaar et du Kordofan, entre des rives marécageuses. A Khartoum (410 mètres), il rencontre le Bahr-el-Azrak, on fleuve l$leu. Ainsi que le liliône et l'Arve au-dessous de (ienèvt», les deux rivières gardent longtemps, chacune sur son bord du
lit commun, la nuance de ses eaux supérieures : le Nil Blanc conserve la couleur mate donnée par l'argile des plaines; l'autre Nil, le bleu pur des eaux froides clarifiées dans les hauts lacs de l'Abyssinie.
La portion du Sennaar comprise entre le Nil Blanc et la basse vallée tropicale du Nil Bleu s'effile en une péninsule que les Arabes appellent l'Ile des îles, et qui se termine à Khartoum, à la pointe des deux grandes rivières. A une petite distance en aval de cette ville, le fleuve se heurte aux monts Gherri et s'y taille un passage par une première cataracte. Ce défilé, la porte Nubienne, précède une dizaine d'autres chutes ou rapides qui ^'espacent en Nubie jusqu'à la cataracte d'Assouan. La cataracte d'Ouadi-Ilalfa, bouillonnement de flots et traînée d'écume de plus de 20 kilomètres de longueur, est le plus violent de ces sauts, où la lame d'eau, habituellement large de 500 à t,000 mètre?, s'amincit à 60 mètres. Borde, à partir de la porte Nubienne, par les grands monuments de l'architecture pharaonique, le Nil arrive enfin c\ la porte Égyptienne, à la cataracte d'Assouan : désormais il est calme et coule silencieusement dans les jardins des fellahs, le long des ruines de grès, de granit, de marbre du vieux temps et des villages de boue contemporains.
(irains, coton, indigo, la Nubie pioduit ce que produit l'Egypte. U ne faut qu'arroser dans ce pays sans pluie, et la vie végétale pullule sous ce climat tel que la chaleur y atteint 50 degrés ù l'ouibre ; — de la porte l'i^'ypticnne à la porte Nubienne on peut cuire les aliments dans le sable sans autre feu que les rayons du ciel. — Dans le Sennaar et le Kordofan, la scène change : là régnent les pluies tropicales, qui sontsi favorables à la plante, si funestes à l'homme ; la végétation y devient fougueuse dès qu'elle a ses racines dans un sol suRisamment humide ; d'immenses pilturaj^es nourrissent des troupeaux de bœufs ;\ bosse ; le lion, le rhinocéros, l'éléphant sont les hôtes du bois et de la savane, le crocodile et l'hippopotame s'enfouissent dans la vase des marais.
La nationalité, la langue, la religion arabes dominent jusqu'au sud de Dongola, d.ms la Nubie moyenne. D'une porte à l'autre, mais surtout dans le midi, vivent les anciens maîtres
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delà vallée, les Nouba ou Nop, Négroïdes aux cheveux longs ayant une langue originale. Au sud du confluent des deux Nils se mêlent les Abyssiniens chrétiens, les Négroïdes, les Arabes musulnaans ou idolâtres, nomades ou sédentaires. do Khartoum (30,000 hab.), capitale, est admirablement placée à l'embranchement des deux Nils, entre la Nubie, le Sennaar et le Kordofan. Des Arabes, des Turcs, des Européens y font de grandes affaires en ivoire et en « bois d'ébène » ; de Khartoum partent des caravanes de commerce qui ne sont au fond que des chasses à Tesclave.
ABYSSmiE.
Entre le littoral de la mer Rouge, les déserts et les pâturages des vallt5es torrides dirigées vers les deux Nils ou vers la mer des Indes, l'Abyssinie, citadelle montagneuse, envoie ses eaux à ces vallées, à ces plaines, à ces déserts ; elle en reçoit ou en combat les émigrations et se trouve ainsi en relations constantes avec la lisière des (erres basses dont elle jaillit,
L'Abyssinie, à 10 à 15 degrés seulement de l'Equateur africain, devrait être un pays tropical. Loin de là, elle se présente en masse comme une région fraîche où l'homme ne peut s'amollir, parce qu'il lutte incessamment contre le vent, les journées piquantes, les nuits glacées, les neiges de la montagne, les claires eaux froides des torrents et des lacs.
Les monts quisoutiennentses plateaux vont se rattacher sans doute vers le sud aux vieux monts fameux de la Lune, puis au Kenia et au Kilimandjaro. Ils sont fort élevés dans ces Alpes africaines, plus peut-être que dans les Alpes d'Iuirope : on donne 5,060 mêlres au mont Wosko, dans le Kaffa, 4^600 au mont neljem, dans le Samen, et dans le midi du pays, de nombreux pics montent, dit-on, au-dessus de la ligne des neiges persistantes. On porte la hauteur moyenne de la n'-gion à 2,200 mètres, et même à 3,000 mètres (?) ; une ville du pays
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d'Agnmé, Alsbi, a son site à 1,700 mètres d'alliludc, Condar à 2,200 mùtrcs. A de pareilles élévations, la salubrité de l'air ne laisse rien ù désirer, mOnie pendant la saison des pluies, de mai à septembre. Les fièvres intermittentes ne sévissent plus au-dessus de 2/JOO mètres.
Si l'oïsature de l'Auvergne consistait principalement en grè?, et si SCS montagnes s'élançaient à une plus grande élévation au-dessus des plateaux, l'Abyssinie ressemblerait fort à cette province volcanique de la France centrale. Comme l'Auvergne, l'Abyssinie a vu ses roches remuées par des forces souterraines ; de même que les Dômes, les Dores et le Cantal, elle n'ofTre parmi des ambas, ou monts à sommets aplatis, que pics et dômes de soulèvement, aiguilles et orgues ou colonnades de basalte, plateaux de pûtnrage où se lèvent des pitons qui furent des volcans — six, paraît-il, fument encore, — lacs ovales ou circulaires emplissant d'eau bleue des cratères que comblaient des laves.
La plus vaste de ces nappes d'eau, et aussi lapins belle, le lac Tzana, ou Dembea, étale son miroir à 1,^50 mèlres d'altitude, sur une étendue supérieure à 200,000 hectares. Lncadrc au loin par des pyramides volcaniques, il donne l'Otre à la maîtresse rivière abyssinienne, l'Abaï, gros torrent limpide qui devient le Bahr-el-Azrak ou Nil Bleu, quand, à l'issue des gplendides gorges tempérées du haut pays, il entre dans des terres basses où le soleil attise de terribles chaleurs. L'autre grande rivière, le Takazzé, va chercher au loin le Ml nubien, dans le plat pays, sous le nom d'Atbara, et elle ne l'atteint pas ; clic est hue par le soleil, le sable, les infiltrations. Le Takazzé partage l'Abyssinie en deux régions dont les mœurs et les langues diiïèrenl : au nord c'est le nu et morose Tigré, véritable Abyssinie du midi par la gaieté gasconne de ses habitants; au midi c'est rAmhara,vérilablc Abyssinie du nord par lahauteur (les montagnes, la fraîcheur du climat et le caractère des hommei.Lespcrges au fond desquelles se déchaîne le Takazzé, entre ces deux Abyssinies, effraient par leur sauvagerie et leur profondeur. S )uvent il y a 700 mètres du front des rochersà l'eau du torrent; quelquefois 1,200 mètres, comme sur la Djedda et le Bachilo, dans le bassin du Nil Bleu.