‹ Géographie (volume 2)Chapitre 41 sur 104 · MAROC · texte numérisé non relu

MAROC

Atec de vastes oasis sahariennes, dont la possession est nominale, avec le territoire de tribus berbères du sud, en réalité indépendantes du pouvoir central, l'empire marocain couvre environ la moitié de la Berbérie, 60 à 75 millions d'hectares, et son Tell vaut ceux de Tunis et de l'Algérie réunis.

Le Maroc est un des pays les plus inconnus du monde, bien qu'il commence à quelques kilomètres seulement de l'Espagne, qui est encore l'Europe. Les Européens sont écartés de ce beau pays par le fanatisme religieux et par une barbarie indigne de ceux qui se glorifient de descendre des Maures de Cordoue et de Grenade.

En deux points le Maroc vaut mieux quele reste de la région : ses quinze à dix-huit cents kilomètres de côtes font front sur deux mers au lieu d'une, l'Atlantique et la Méditerranée, et avec l'Espagne, le Moghreb-el-Aksa commande le détroit de Gibraltar par des roches de 350 à 900 mètres de haut. En second lieu, l'Atlas est plus élevé au Maroc qu'en Algérie et en Tunisie; le mont qui passe pour le monarque des cimes berbères, le Miltsin — il trône à l'horizon de la capitale, — monte à 3,465 mètres, 61 mètres de plus qu^ le pic culminant des Pyrénées. La neige abandonne rarement plusieurs massifs, et le Maroc possède plus d'eau courante que les deux autres Moghrebs. Le Rif, mal famé pour ses corsaires, longe la Méditerranée, sur 330 kilomètres, avec des cimes d'environ 1,000 mètres.

En un point il est inférieur au reste de la Berbérie : l'Algérie et une bonne partie de Tunis s'ouvrent au vent du nord, tandis qu'au Maroc, le versant de l'Atlantique, étendue majeure de l'empire, s'incline vers l'ouest. Par l'exposition et par la latitude, le Maroc, dans ses basses plaines, est la Berbérie torride. 11 n'y a probablement pas dans les domaines du sultan de Fez et Marakcch une région de grande étendue aussi élevée en moyenne, aussi fraîche, aussi bien douée, aussi bien faite pour la demeure de l'Européen que les plateaux de la province de Conslantinc, la Numidie, si florissante sous les Romains.

En admettant 68 millions d'hectares pour l'aire du Maroc, vingt millions d'hectares environ, un tiers ou un quart de plus qu'en Algérie, reviendraient au Tell, six à sept millions, moins

qu'en Algérie, feraient la part des plateaux de pâture, et quarante millions relèveraient du Sahara, que zèbrent de trèsvastes et très-belles oasis.

L'Atlas marocain dépèche vers la Méditerranée et vers rOcéan des fleuves de oOO à 700 kilomètres, diluviens en hiver, bus en été par les arrosements, les infiltrations, l'évaporation. Ainsi laMalouïa, limite historique de l'Algérie du côté du Moghreb-el-Aksa : de limite naturelle il n'y en a guère entre les deux contrées, tant la Berbérie est homogène. Ce fleuve tombe dans la Méditerranée près des Zafarines, archipel d'îlots formant un bon mouillage. Quand la France y voulut planter son drapeau, en 18i7, elle y trouva les Espagnols établis depuis quinze jours. Les cours d'eau du Maroc se fraient d'abord péniblement un passage dans los défilés de la montagne, puis leurs gorges s'élargissent en plaines superbes, capables de tout produire à l'aide des pluies ou des irrigations. Aur mains des Européens, les grandes vallées marocaines se transformeront en vega'i andalouses; dans les mains des Arabes, faute de canaux d'arrosage, elles sont encore des désorts secs, bordant de leurs champs nus et de leurs herbes flétries des lits de rivière où les bancs de sable, les fonds d'alluvions et d'argile, les seuils de gravier alternent avec des flaques d'eau corrompue. Le Sebou et l'Oum-er-Rebiab, les deux fleuves les plus abondanls, rouleraient près de 70 mètres cubes par seconde; le Oousegrag, le Lucos et le Tensift, près de 30?

On n'a pas manqué d'attribuer à l'empire huit et mémo douze millions d'hommes, mais les pays barbares trompent. 11 n'en renferme que trois à quatre millions, si, comme on doit le croire, la population n'est pas plus dense au Maroc qu'en Algérie. Et peul-elle croître, même ne diminue-t-eiio pas dam une contrée appauvrie par la paresse de ses habitants, ruinée par les exactions des seigneurs, épuisée par des guerres civiles sans trOve.

Plus du tiers des Marocains appartiennent à la race berbère, aux Amaziglis dans le Uif et en général dans les montagnes du nord, aux Chillouks dans les chaînes du sud. Comme partout, les Kabyles du Maroc se retranchèrent dans les monts à la venue des hordes arabes; ils en redescendent aujourd'hui

Page 1