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MAROC. 38 S

et reprennent peu à peu ce que leur enlevèrent au galop leurs brillants ennemis.

Sans l'arrivée des Français dans l'Atlas, les petits-fils des Nunaides, les Kabyles, Amazighs, Chillouks, le nom n'importe, auraient fini par prendre à la longue la place des Arabes dans toute l'Afrique Mineure. Dt^jà, qu'ils perdent ou qu'ils gardent leur langue, ou môme qu'ils l'imposent, ils ont profondément modifié de nombreuses tribus arabes, en leur prêtant le sang d'une race plus laborieuse.

Un second tiers à peu près est formé par les Arabes, purs ou mélangés de Berbères, ou teints de noir par une longue importation d'esclaves soudaniens. Le dernier tiers se compose de Maures, métis d'Arabes, de Berbères, de trafiquants et de renégats européens ; puis de Juifs provenant surtout de ceux qui furent expulsés d'Espagne en 1391 et en 1492; enfin de Noirs et d'étrangers peu nombreux fixés dans les ports. Parmi les Européens, les Espagnols forment la majorité.

Arabes et Berbères professent la religion mahomélane, les Juifs demeurent fidèles à la lettre mosaïque, les Noirs sont tantôt musulmans, tantôt païens, les étrangers presque tous catholiques. La langue arabe domine, mais nombre de tribus berbères ont conservé leur idiome en plusieurs dialectes. Presque tous les Juifs connaissent l'espagnol, que leurs pères parlaient autrefois dans la péninsule très-catholique. On commence à comprendre le français du côté de la province d'Oran.

Fez, ou Fâ,s, capitale, peuplée d'une centaine de milliers d'hommes, occupe au bas des monts, dans le bassin du Sebou, une belle vallée qu'on dirait détachée de l'Andalousie.

D'après les Arabes, la seconde capitale, Marakech (nous disons Maroc) eut, il y a quelques siècles, sept cent cinquante mille habitants. C'est à peine s'il en reste le dixième ou le quinzième à cette résidence des sultans. Maroc s'élève du sein de bois de palmiers, dans la vallée de la Tensifl, en vue des grands sommets de l'Atlas, à 430 mètres d'altitude. On dirait Grenade, si la vallée n'était si large; le mont Miltsin est sa Sierra Nevada.

Sur le rivage méditerranéen du Maroc, TEspagne possède des presidios, lieux de déportation pour les criminels, d'exil pour les condamnt's politiques : Ceuta, Penonde Vêlez, l'ile d'Alhucemas, Melilla, les Zafarines, en tout i 5,000 habitants. Non loin de la côte océanique, au sud du pays, elle règne sur les Canaries (V. îles d'Afrique).

Le Sahara sépare l'Afrique Mineure du Soudan ou pays des Noirs, commencement de la vérilable Afrique. Nulle part au monde le mot séparer ne s'applique mieux. Plus que les hautes montagnes, que franchissent toujours des cols viables, fût-ce dans l'Himalaya et dans les Andes, plus que l'Océan, bravé par les navire?, plus que les toundras polaires, raffermies tous les ans par le froid, le Grand Désert — c'est l'autre nom du Sahara — éloigne l'une de l'autre les régions entre lesquelles il déroule ses sables et ses roches sous le plus chaud soleil de la terre.

De l'Atlantique \ la mer Rouge, pardessus le ruban oasien du Nil, du pied méridional de l'Atlas au Soudan, sur cinq à six mille kilomètres de long, sur milh^ h deux mille de large, le Sahara ne fait vivre que 3 à 4 millions d'hommes, dans une aire de G30 millions d'hectares, presque égale aux deux tiers do l'Europe et à douze fois la France. Pourtant des fontaines superbes, dos puits artési(>ns, des (lots de torrents créent au nord une lisière de jardiiis de palmiers et de ksours ou villages populeux ; au sud, des pluies plus fréquentes enlèvent i\ la marge du désort une partie de sa mortelle aridité; mais, les zones circompolaircs i\ part, le cœur (le la région est l'un des pays les plus inhabités et les plus inliabitablos du globe, parce qu'il n'y pleut jamais et que la chaleur y alteiul son maximum sur la planète. L'' Sahara est le vrai sud, et les Sahariens, tiers de leur patrie, appellent lils

du bronillard les Arabes des côtes lumineuses de la Méditerranée méridionale.

Les voyageurs venant des plaines du Soudan ou des vallons de l'Atlantide nous avaient exagéré l'horreur du Grand Désert, et le Sahara n'est plus pour nous ce qu'il était pour nos pères, une arène aussi unie que la mer, habituée à engloutir les caravanes comme l'Océan noie les équipages. Le simoun, typhon de ses satjies, ne dévore pas tout ce qu'il touche; c'est un vent violent, chaud, aveuglant et étouffant, mais il tue moins qu'il n'oppresse et les caravanes ensevelies dans ses tourbillons sont rares. Quand la catastrophe arrive, elle laisse derrière elle de funèbres témoins : à la longue le voyageur, le chameau, le cheval se déshabillent de leur chair, leurs os blanchissent, le sable cache leur squelette, le vent le découvre, et iis gardent longtemps l'attitude de leur agonie.

Les Arabes, négociants, brigands ou prosélytes, qui traversèrent les premiers le Sahara lui donnèrent quatre noms caractéristiques par lesquels on le désigne encore : Blad-el- Ateuch, Pays de la Soif, Blad-el- Khouf, Pays de la Peur, Bahrbe!a-Ma, Mer sans Eau, Blad-el-Mkhallaj Pays du Fusil (car il faut s'y défendre à coups de feu contre les pirates des sables, les Touaregs, qui ^larcourent le désert au trot allongé de leurs méharis pour prélever la part du lion sur la fortune des caravanes).

L'homme ne manque au Grand Désert que parce que la plante et l'animal y font défaut. Des chardons, des artémises, des buissons épineux, dans les endroits les plus humides quelques herbes nourries par la rosée, le Sahara, hors des oasis, ne produit pas autre chose. Le fameux « lion du désort » est un mythe ; le lion aime la fraîcheur, les sources, les bois, les prés, les bœufs; il peut habiter la frontière du Sahara, mais il ne s'y enfonce point, non plus que l'autruche et la gazelle. Le scorpion, de grands et de petits lézards, la vipère à corne, la fourmi, c'est à quoi se borne la faune du pays saharien. Plus on s'avance vers l'est, moins il y a de sable?, plus il y p d'eau et d'espace cultivable; plus on marche vers l'ouest, moins il y a de puits, de fontaines, d'oasis; de ce Côté s'étend le vrai Sahara, le Sahel (rivage) des Arabes, qui

se termine sur la rive atlantique par les dunes les plus élevées des deux mondes (180 mcMres prùs du cap Bojador). Ces dunes longent une mer exlrùmemcnt salée par suile de l'évaporalion et du manque d'embouchures de fleuves. De leurs crûtes descendent des sables qui cheminent vers l'orient sur les routes du Sahara central; à l'occident elles se relient aux arènes qui vont former sous les premiùres eaux de l'Océan des bancs redoutés des navires : tel que le banc d'Arguin. De ces parages maritimes souffle le brûlant harmattan.

Au sud de l'Algérie et de la Tunisie, de vastes dépressions s'effaceraient sous les flots si la mer perçait les sables de la côte, mais ce fait est exceptionnel et l'altitude moyenne du Sahara approche de oOO mtMrcs. Sur cette prétendue plaine unie de sables, des monts de grés ou de granit, jaunes, noirs ou rougis par du minerai de fer, s'élùvent sans ordre, à des hauteurs de mille à plus de deux mille métrés; le Djebel Iloggar a trois mois de neige tous les ans et des torrents qui coulent ; on ne s'y croira jamais dans les Alpes, mais on y trouve des eaux bien vives pour le « Pays de la Soif ».

Ainsi, tantôt des bas-fonds humides, tantôt des lits de sable, tantôt des plateaux rocheux, tantôt de vraies montagnes; ci et là des sols bas imprégnés de sel, produisant les lierbes el les arbustes habituels aux terres salines et donnant de blanches couciies exploitées avec avidité par les Soud.iniens — le sel est si rare au Soudan qu'il s'y échange, dit-on, à poids égal contre la poudre d'or ; des oasis où l'écran des palmiers abrite les têtes fleuries des plus beaux arbres fruitiers du midi, et ceuxci, à leur tour, le mai-s les céréales et les plantes fourragères de l'Kurope ; d'uiu; oasis à l'autre, ou d'une rive à l'autre de la « Mer sans Kau », des caravanes assez puissantes pourn'étre pas à la merci des écumeurs des sables; des chameaux vivant de faim et de soif, des méliaris ou chameaux de course qui font 120 kilomètres par jour et ne se fatiguent pas ; sur l'immensité nue el sur l'oasis, un ciel de feu avec des chaleurs de 45 à iiC degrés à l'ombre, de 68 au soleil ; des nuks froides où le Ihennomètre descend à 5 et 7 degrés au-dessus de zéro; des rosées abondantes ; grAce X l'absence d'humidité, malgré la fournaise de la journée et la fraîcheur des heures obscures, un

climat trùs-sam en dehors des oasis mal entretenues où croupit l'eau des irrigations ; dans ces oasis, des ksours eiïondrés à moitié ; dans ces ksours, des Arabes, des Berbères, des Noirs ou des Métis plus ou moins accentués des trois races : ainsi se présente le Sahara dans toute son originalité. Jadis on en faisait un autre tableau : le Grand Désert vaut mieux que sa vieille renommée, et les puits artésiens, les réservoirs barrant les torrents d'averse, les plantations peuvent y appeler plus de pluie, plus d'arbres, plus de vie.

Les Arabes habitent surtout l'ouest, près des dunes de l'Atlantique ; l'est en tirant sur le Nil ; le sud, sous le nom de Trarzas, de Braknas, de Douiches, dans les sables qui bordent le fleuve Sénégal. Au pied de l'Atlas, ils sont moins nombreux que les Berbères, ou mélangés avec eux. Toujours les mêmes, ils se dislinguent par leur amour de l'existence nomade; ils se trouvent à l'aise dans le Grand Désert, et leurs poètes le chantent avec enthousiasme. Il y a là ce qu'ils aiment : le soleil et l'espace. Ardents, passionnés, beaux, mais de bonne heure secs comme des momies, ce sont des prosélytes ardents; par leurs missionnaires ils gagnent sans relâche des néophytes au Coran dans l'Afrique centrale, à la suite des armées des Foulahs.

Les Berbères, plus sédentaires que les Arabes, ont aussi leurs nomades, les Touaregs ou Imochars, qui sillonnent l'archipel des sables entre le Fezzan et Tombouctou, montés sur des méharis et armés d'une lance de dix pieds de long et d'un sabre recourbé aux blessures dangereuses. Le voile qui couvre leur visage ne laisse paraître que deux yeux de feu. Ces flibustiers qui guettent les avenues du désert ont mieux conservé que le reste des Berbères la langue, les traditions, l'antique originalité de la race. Le commerce des caravanes est à leur bon plaisir. La France, qu'ils redoutent, a conclu avec eux un traité, resté sans etfet, pour la protection de ses caravanes algériennes.

f.es Noirs, qui ont influé par les femmes sur presque toutes les tribus nomades et sédentaires du Sahara, sont presque purs dans certaines oasis riveraines du Soudan. Mêlés au sang berbère, ils occupent, sous le nom de Tibbous, la grande oasis d'Aïr ou d'Asben, ensemble de hauts monts et de vallées où

les pluies tombent de temps en temps; de là plus de fraîcheur et de culture : on y pressent le Noi^inage de la terre fertile des Noirs, qu'annoncent déjà le type et la couleur de l'homme.

Après l'Aïr, après le Fezzan, dépendant de Tripoli, après les admirables jardins de palmiers de la province de Conslantine, agrandis tous les jours par la sonde des foreurs français, après Tafilalet qui relève du Maroc, l'oasis la plus importante par son étendue, sa richesse, sa situation est le Touat, sporades de massifs de dattiers à mi-chemin d'Alger àTombouctou(i,tOO à 1,200 kilomètres de l'une et de l'autre). Nominalement soumis au Maroc, le Touat craint la France, et par sa position, il doit faire avant longtemps partie du Sahara algérien. Dans sa confédération de ksours arabo-berbères domi[ient les \illes d'Aïn-Salah et de Timimoun. Dans lAïr, Aghadès aurait 7,000 habitants et en aurait eu sept lois plus.

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