‹ Géographie (volume 2)Chapitre 59 sur 104 · AMERIQUE. — LABRADOR · texte numérisé non relu

AMERIQUE. — LABRADOR

est une cité jeune. Celte ville se trouve dans le Haut-Canada, mais les maisons bilties sur la rive gauche de la rivière s'élèvent dans le Canada français, qui est constamment séparé de la province anglaise par le cours de l'Outaouais. <;Za capitale du Bas-Canada, Québec (00,000 Iiab.), la vieille ville française de 1608, s'enorgueillit d'une des plus belles situations connues. Elle occupe les pentes du cap Diamant, promontoire qui domine de plus de cent mùtres le Saint Laurent dont les eaux profondes porteraient ici toutes les tlottes de guerre de l'Europe. On l'a comparée à la charmante Aiigoulème, mais la claire Charente n'est pas un grand tleuve et le pays qui fait l'eau-de-vie de Cognac ne peut ressembler à iTipre contrée où se plaît le sapin du nord. La moyenne annuelle de Québec (-1-4'') est la môme que celle de Trondhjem, ville norvégienne située à seize degrés plus au nord.

Montréal (107,000 hab.), dans une île du Saint-Laurent, renferme proportionnellement beaucoup plus d'Anglais que Québec ; elle est aussi plus commerçante. Le pont de-cinq kilomètres qui y franchit le fleuve n'a pas de rivaux dans le monde pour la longueur,

Toronto (56,000 habitants), au bord du lac Ontario, l'emporte sur les autres villes du llaui-Canada.

A Test du Canada, le LABRADOR est une terre de granit et de gneiss. 11 se prolonge le long du golfe du Saint-Laureni jusqu'au détroit de Belle-lsle, qui ?épare Terre-Neuve du continent, et où la côte tourne vers le nord-ouest, pour faire de loin vis-à-vis au Groenland. Le Labrador a de grandes rivières à cascades, des lacs qu'un long hiver entrave il leur déversoir, des marais, des étangs, des plateaux de mousse, des pins, des mélèzes et des bouleaux, de grandeur convenable s'ils sont abrités des vents de glace, nains quand la roche ne les protège pas.

La rive qui longe le Saint-Laurent oR're sur ses rivières et ses lacs de \aslcs étendues à peu près cultivables. Les Acadiens et b* Bas-Canadiens en sont les seuls habilanls, à part

quelques cenlaincs de sauvages Moulagnais. Leurs colonies, vouées i la pCchc plus qu'au défricliemeut d'un sol difficile, sous un climal hostile au\ plantes, continuent de ce côté la nationalité française du nas-<]anada.

Sur la c6(e du Nord-Ouest, les seuls Rlancs sont des raissiounaires moraves. Le long de 7.10 kilomôlrcs de rivage, on trouve environ 1,500 Esquimaux, chasseurs dtj rennes \ivant, en compagnie de chiens très-forts, qui n'obéissent qu'à la terreur. Ces chiens remplacent les bœufs et les chevaux, et traînent les attelages.

TERRE-NEUVE fut française comme le Canada, et ainsi que lui elle devint anglîlisc. Elle regarde de loin l'Irlande, par delà des flots où nul gouflre n'a 0,000 mi'Ires de j^rofondeur, et contemple de très-près le Labrador, par-dessus les eaux du détroit de. Belle-lsle. En qualité de terre insulaire, à portée de l'influence du courant du Golfe, elle n'a pas la rudesse du continent voisin, et ses douze millions d'hectares peuvent se coloniser à demi. On accuse à tort Terre-Neuve d'être une roche stérile, assiégée débrouillards; des brumes opaques reposent sur ses mers, mais rilc elle-même est moins assujettie à la brume et à la pluie fine et froide que beaucoup d'autres pays d'Amérique, le Nuuvoau-Hrunswick, ou la Nouvelle-Ecosse par exemple. La température s'y maintient généralement audessus de zéro, mais dépasse rarement ï.'i degrés.

Ses rivages sont bien découpés, au grand avantage des pOciieuis américains, anglais et français qui viennent tous les ans péchei- la morue sur le fameux banc de Terre-Neuve. Le banc de Terre-Neuve, qr.i s'étend i\ l'est et au sud-est de l'Ile, sur sept à huit degrés de latitude, doit, à n'en pas douter, son existence au courant Polaire ; celui-ci entraîne dans la direction du sud, depuis les rives du (îroenland et des archipels arctiques, dén(»rmes glaçons cimentant des rocs et des pierres. Dans les parages où le courant du Pôle se choque an courant du Golfe, les glaçons fondent et abandonnent leurs graviers. De la sorle s'est formé, avec le secours des jVjes,

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dans une mer de 8,000 à 10,000 mètres do fond, un banc qui occupe plus de deux et peul-ûlre trois fois l'étendue de la France.

Les Anglais de la métropole et des colonies américaines prennent la plus grande part à la pêche au banc, puis les marins des États Unis. Les Français arrivent les derniers, et pourtant nos ports de la Manche et de TOcéan envoient au banc de Terre-Neuve dix à quinze mille matelots par an sur des centaines de vaisseaux: c'est dire quelle importance a cette pOche, source de richesse pour la nation qui arme les navires, excellente école pour ses hommes de mer. Saint-Pierre, Miquelon, Langley, îles insignifiantes que la France a gardées au sud de Terre-Neuve, à la porte d'un fleuve qui nous ouvrait un monde, ont une très-grande valeurpour nous, précisément à cause de la poche et de la préparation de cette même morue^ Sur la côle occidentale de Terre-Neuve, à la baie Saint- Georges, dix mille individus de langue française, des Français, des Canadiens, des Acadiens, ont fondé des établissements dont la naissance vint de la morue, et qui ne durent que par la morue.

Toute la population, 125,000 personnes en 1801, lyO,00O aujourd'hui, se presse sur la côte. L'intérieur, encore Ibrt peu connu, est une terre rocheuse, un demi- Labrador où les lacs s'entremêlent aux forêts, aux végétations arborescentes, aux bruyères, aux vallées rebelles, où le sol enferme de la houille et du cuivre, où les loups et les daims vagabondent, où le castor bfitit des chaussées et fait des bras morts et des étangs. La culture n'y fixera jamais une population dense, mais l'élèvcdes bestiaux pourra appeler à la longue un certain nombre de centaines de milliers d'habitants sur ce territoire aussi grand que vingt départements français.

^Les deux tiers de ces insulaires appartiennent à l'origine anglaise, l'autre tiers à l'origine irlandaise; un peu moins de la moitié professe le catholicisme, le reste adhère à la religion anglicane ou aux sectes dissidentes. Les Lsquiinaux ont entièrement di-paru de Terre-Neuve : le dernier d'entre eux mourut dans l'hiver de 1830, ou du moins nul de leur race ne s'est montré depuis.

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