‹ Géographie (volume 2)Chapitre 58 sur 104 · AMERIQUE ANGLAISE DU NORD · texte numérisé non relu

AMERIQUE ANGLAISE DU NORD

Au nord des États-Unis, l'Angleterre possède encore au moins 900 millions d'hectares. C'est l'étendue de l'Europe, et plus que rEuro[)e si l'on y ajoute les îles polaires qui se pressent entre l'euibouchure du Muckensie et le Groenland. Ce domaine se divise en trois régions : le Canada, bassin lacustre et fluvial du Saint-Laurent, îles et presqu'îles de sonembouciiurc; les grandes plaines du nord; la Colombie britannique avec l'îîo de Vancouver, rulitiqucmcnl, on y distingue le Has Canada, le Haut-Canada, le Nouveau-HrunsNvick, la Nouvelle-Ecosse et Cap-Breton, l'Ile du Prince-Edouard, Terre-Neuve, la llivii^rc Rouge ou Manitoba, la Colombie anglaise, l'île de Van((nner, pays dont la plupart se sont lédérés sous le nom de DomiuioD, qui veut dire en anglais l'État, la Puissance.

Le Canada, l'un des beaux pays du monde et laplusimportanlo possession anglaise sur le conlinent, sélend du ft»nd du lac Supérieur à l'océan Atlantique, de la frontière des États-Unis aux Laurenlides. Derrière celles-ci, qui sont des montagnes rudes et boisées, m;iis de petite élévation, un froid presque éternel glace les vallées des abondantes rivières du Labrador cl du bassin méridional de la baie d lludson.

Ainsi limilé, le Canada se partage en deux régions inégales, tout à fait (lifl'érentes parleur population : le Has-Canada Iran-

çais, le Haut-Canada anglais, le premier trois fois plus vaste que le second. A eux deux, les Canada ont environ 8o millions d'hectares, avec 2,850,000 habitants, chiffre que l'excédant des naissances sur les morts augmenterait trôs-considérablemcnt chaque année, sans une émigration colossale vers les États-Unis.

Les meilleures terres du Canada suivent le cours du Saint- Laurent ou bordent les lacs dont ce superbe fleuve est le déversoir. La branche originaire du Saint-Laurent est le Nipigon, rivière qui soit, abondante et pure, du grand lac Nipigon, et va se perdre dans le lac Supérieur, le plus grand des bassins d'eau douce. Le lac Supérieur, le Kitchigami des Indiens, a 8,580,000 hectares. Ses profondeurs maximum dcpassen un peu 300 mètres; sa hauteur au-dessus du niveau de la mer est de 200 mètres à peine. Des roches sauvages, des monts ferrugineux, des murs de granit encaissent ses flots parfois impatients comme ceux de la mer. 80 torrents se mêlent à sa froide eau de cristal, mais ne l'empêchent pas de diminuer insensiblement. 11 paraît avoir baissé de 10 X 12 mètres.

Ce qui était entré sous 80 noms par 80 branches, ressort rivière une et puissante, Bosphore tantôt placide, tantôt impétueux, que les anciens explorateurs de ces lacs nommèrent la Sainte-Marie. Ln aval des rapides retentissants du Saut Sainte-iMarie, le cours d'eau, clair et vert, débouche dans le lac Huron (0,125,000 hcct.), qui ne fait qu'un avec le lac Michigan. Situé à 10 mètres seulement au-dessous du miroir du lac Supérieur, le Huron a 145 mètres de plus grande profondeur. H renferme la grande île Manitouline, célèbre dans les légendes indiennes: d'après les Peaux-Rouges de la rt'gion, Id Grand-r>sprit y séjourne dans un lac à la ceinture boisée. Manitouline a 400,000 hectares, des forêts avec des ours, des fontaines de pétrole. Le lac Michigan, embrassé de tous côtés par les Ltats-Unis, s'enfonce directement au sud jusqu'à une faible distance du bassin du Mississipi, dont nul relief élevé ne k; sépare ; il a la même altitude et à peu près la même étendue que le Huron, et une profondeur maxima presque double.

Le lac Huron verse de son urne inépuisable la majestueuse rivière Saint-Clair : celle-ci tombe dans le lac Saint-Clair (200j0u0 hectares), dont elle sort sous le nom de Détroit. A son

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tour, le Détroit finit dans un lac, le lac trié (2,?J0n^0r)0 hectares); l'Érié est encore à 172 mùtres d'altitude; il a IGO mcMres de plus grande profondeur, et il s'écoule par le Niagara. Cette rivière, roulant en moyenne 2,500 mùtres par seconde, a 100 mètres de pente pour 55 à 60 kilon^iètres de cours: c'est que, sins parler de ses rapides, elle s'afTaisse d'un seul coup de 45 i\ 49 mètres par la cliute du Niagara, trombe d'eau qui s'abîme dans un défilé tourmenté de remous et de tourbillons. Le beau nom de Niagara veut dire dans une langue indienne Tonnerre des Kaux, nom mérité s'il en est au monde. On dit que le IVacas de la chute s'entend quelquefois à Toronto, à 75 kilomètres de l'avalanche. La cascade du Niagara tombe en deuxbras séparés par une île et formant un fer à cheval : un do ces bras a GOO mètres, l'autre 270 métros de largeur, et la tranche d'eau n'a pas moins de 6 à 10 mètres d'épaisseur. La chute recule len'emcnt vers le lac Lrié par l'érosion de la roche calcaire d'où elle se précipite. Peut-être quelque grand torrent des Rocheuses, des Andes, de l'Afrique, de l'Asie centrale réserve-t-il à nos neveux ou à nous-mêmes la surprise d'un cataclysme plus grandiose, mais jusqu';\ présent la tombée du iNiagara est le plus terrassant spectacle que nous od'rent les rivières de la planète.

Le lac Ontario (2 millions d'hectares, 100 mètres de profondeur, 72 d'altitude) reçoit le Niagara et verse le (^ataraqui. Jusqu'à Montréal, l'eau claire du tleuve, qui deux fois s'épand en lac (lac Saint-rranç')is cl lac Saint-Louis), des milliers d'îles, des rives cultivées ou boisées, désertes quelquefois et quelquefois très-peuplées, forment un tableau magique. Au-dessous des rapides de Saint-Louis, sans lesquels les vaisseaux de (iOO tonnes remonteraient jusqu'aux grands lacs, le puissant Outaouais colore en brun le flot bleu du fleuve, qui s'appelle maiuteunni Saint-Laurent et qui entoure l'île de Montréal.

L'Oulaouais sort d'un archi[)el de locs sévères, dans le haut septentrion, au sein de forêts que le bûclieron épargne encore. Tantôt il s'élargit en bassins assez larges pour s'appeler lacs, tantôt ses deux rives se rapprochent au point d'cnténébrer à demi le miroir de ses eaux. Il court ainsi de dormants en rapides; les vapeurs remontent ses couranlsles plus violents,

mais re pouvent triompher des cascades. Le sifflet de la locomotive remplace alors celui du bateau; des chemins de fer contournent l'obstacle, à travers des solitudes qu'animent à peine quelques cabanes et des camps d'abatleurs de bois. A ceux-ci, presque tous Canadiens-Français, hommes rudes au froid, à la fatigue, à l'indigence, reviendra le triste honneur d'avoir couché par terre en deux ou trois générations, l'une des plus profondes forêts du \ord : forêt que des plateaux rocheux et des vallons marâtres défendront aux colons de remplacer par les moissons merveilleuses des terres vierges plus favorisées. Les troncs jetés à bas par le bûcheron s'assemblent en radeaux qui descendent majestueusement les courants lents de la rivière, mais qu'on détruit au-dessus des rapides pour abandonner chaque poutre aux secousses des flots forcenés. En aval, on refait le radeau qui finit par atteindre le Saint-Laurent.

Au-dessous de Montréal, le fleuve reçoit le Richelieu, venu du ravissant lac Ciiamplain; il forme, par une troisi'^^me expansion, le lac Saint-Pierre, se grossit du Saint-Maurice, qui s'est jeté de plus haut que le Niagara, avec une masse d'eau énorme, à la cascade de Chaouinigan, baigne le fier promontoire de Québec, s'élargit en estuaire et absorbe le Saguenay. Celui-ci coule au fond d'une fissure extraordinaire, dans un lit de 1 ,000 à 3,000 mètres de largeur. Ses eaux sont dominées, souvent presque surplombées, par des mornes de granit et de gneiss de 300 mùtres de haut, terribles d'austérité et d'aridité. Uu sommet de ces mornes à la nappe du Saguenay, il n'y a pas plus rrélévalion qu'il y a de profondeur dans la rivière, car en certains endroits, la sonde ne s'arrête qu'à 2.-)0-300 mètres de corde. Le Saguenay est le déversoir du lac Saint-Jean.

Devenant alors golfe, le Saint-Laurent reçoit des rivières coni>idérables, venues en cascades du Labrador glacé. A l'embouchure, s'élève l'île d'Anticosti, ainsi nommée par corruption du mot Natiscotec).Anticosli, longue de lO.i kilom., grande de 800,000 hectares, loge encore plus d'ours, de renards et do martes que d'hommes; au jilus renferme-t-ellc une centaine de Blancs, quoique 400,000 hectares y soient cultivables, que la poche soit abondante sur les côtes, que la rive se prête à l'établissement de marais salants et que le pin et le bouleau abon-

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denl dans l'intérieur. La côte, bordée au sud pai une immense plaine de tourbe, se termine ailleurs par de superbes falaises calcaires, et par des forOts de pins nains aux branches noueuses tellement entrelacées, qu'on peut faire de longues promenades de tête à tête d'arbre. La dislance de Québec à Anlicosli dépasse 700 kilomètres.

A quelques lieues en aval de Québec, la largeur de l'estuaire est de 3."i kilomètres; elle est de ooO au travers d'Anticosti. Du bout de l'estuaire à la source la plus reculée qui prenne le chemin du lac Supérieur, on compte, détours compris, prés de 3,500 kilomètres. La surface du bassin s'élève à cent millions d'hectares.

Ce fleuve solennel, ces lacs grands comme des mers, les canaux qui rachètent les chutes et les rapides et rattachent la voie fluviale à la nappe lacustre, assurent au double Canada un avenir commercial immense, avenir que la prospérité de Montréal et celle de Chicago, devenue le premier entrepôt de céréales du monde, font dé'yX pressentir. La richesse agricole ne sera pas moindre. Sans doute le Canada perd des millions et des millions d'hectares par les roches, par les sols incapables de produire, soit d'eux-mêmes, soit du fait du climat. D'immenses espaces ne vaudront jamais plus qu'ils valent aujourd'hui par leurs bois du nord, leurs bois feuillus, les mêmes que les nôtres, leur^: épinettes rouges ou tamaracs presque incorruptibles. Mais aussi des millions et des millions d'hectares de terres fécondes accompagnent le Saint-Laurent, ses grands affluents et les affluents de ses affluents; des ceintures d'alluvions appellent la charrue sur le bord d'innombrables lacs amoindris par les Hges, et *dun bout à l'autre de la contrée, des villages par centaines y sortent de l'ombre de la foret.

Fil climat très-rigoureux, bien que les latitudes de? terres habitables oscillent entre celles de Lille cl de Rome, garantira toujours de la paresse les fils des liuropécns qui ont choisi ce salubre séjour. Dans le Has-Canada, la neige, la glace, le temps du traîneau durent cinq mois par an : dcuv mois seulement dans le Haut-Canada, qui est situé plus loin de la mer, mais mieux protégé du nord et Irès-influencé par l'aire d'eaux douces de ses cinq lacs.

Le Canada fut notre plus belle colonie, et quand la France le perdit ce fut le plus grand désastre qui pût nous atteindre Iiors du territoire national. Malgré plus de cent années de séparation, la double rive du bas Saint-Laurent est encore la région extra-européenne qui nourrit le plus de Français, et comme telle, elle a droit à nos sympathies à travers la mer.

A l'arrivée des Européens, les pays du Saint-Laurent portaient îenomd'Hochelaga.En 1535, un Breton de Saint-Malo, Jacques < Cartier, planta le drapeau de la France sur ces rivages, découverts une première fois, dit-on, par les Scandinaves du Groenland. Hochelaga quitta son nom sauvage pour celui de Nouvelle- France. Les guerres de religion portèrent un retard fatal à £on peuplement; Colbert vint et doubla notre force maritime' et notre élan colonisateur : des Percherons, des Poitevins, des Normands, des Bretons, des Saintongeais se portèrent sur le grand fleuve. Québec et Montréal furent fondées et la langue de la patrie pénétra jusqu'aux solitudes des lacs polaires. On l'y parle encore; ni les Indiens, ni les métis Bois-Brûlés ne l'ont oubliée. Les îles de Terre-Neuve et du Cap-Breton, l'Acadie (Nouvelle-Fcosse) commencèrent à se défricher. En même temps, des explorateurs descendaient vers le sud : dans leur course aventureuse, ils reconnaissaient l'Ohio et le Mississipi, fondaient le Fort-Duquesne, aujourd'hui Piltsburg, et Saint-Louis, et le long du fleuve aux grandes eaux, ils descendaient jusqu'aux comptoirs français de la Nouvelle-Orléans. Les Anglais ne possédaient, eux, que les côtes brumeuses de la Nouvelle-Angleterre. La guerre de Sept ans nous enleva le Canada et notre part de prépondérance sur l'Amérique du Nord.

En 1750, à l'origine de la guerre de Sept ans, le Canada renfermait quelques milliers de Français déplus qu'en 1763, année de la signature du traite de Paris. Beaucoup de colons, les uns disent dix mille, d'autres vingt mille, étaient morts en défendant à la fois leur ancienne et leur nouvelle patrie. 00 à 05,000 Français restèrent sur le Saint-Laurent pour représenter une métropole qui avait eu peu souci d'eux, livrée qu'elle était aux intrigues des courtisans et des prostituées, et n'ayant d'autre idéal politique que des conquêtes sur le Hhin, et, selon les temps, la rupture ou la défense de l'équilibre européen.

Ces 65,000 Français n'ont point voulu disparaître avec leur langue, leur religion catholique, leurs coutunaes. Ils se sont roidis contre la langue anglaise, les mœurs d'Angleterre, le protestantisme. Hace rustique, préférant au commerce la culture, le défrichement, le bùcheronage, ils ont augmenté d'une façon merveilleuse, étendant leurs champs, abattant leurs forêts et ne laissant que leurs deux grandes villes de commerce, Québec et Montréal, à renvahissement de la nation conquérante. En vain l'Angleterre a-t-elle, à deux ou trois reprises, ébauché un plan de résistance à l'extension de la petite nationalité et semé de colonies anglaises, irlandaises, écossaises le pourtour des districts colonisés de Québec et de Montréal. Ces établissements ont été noyés dans le ilôt montant de l'expansion franco-canadienne ; beaucoup ont disparu, d'autres se maintiennent i\ demi et deviennent de plus en plus une minorité parmi les FraïK^ais, dans des contrées où jadis il n'y avait pas de Français. C'est ainsi que les lils des premiers pionniers du Saint-I.aurent reconquièrent sur l'ennemi ce vaste pays, enlevé par leurs pères à l'empire de la solitude plutôt qu'à la dominalion de peuplades indicMmes disséminées. Les districts qu'on réunit sous le nom de Cantons de l'Fst, au sud du fleuve, en iirant sur la frontière des Ltats-L'nis, étaient exclusivement anglais il y a une demi-vie d'homme; aujourd'hui, les Franco- Canadiens dominent dans presque tous ces cantons, et dans les autres, ils équilibrent de plus en plus le nombre des colons de langue anglaise. De même, la rive gauche de l'Outaouais commence à passer depuis quinze ou >ingt ans daas les mains des Canadiens-Français.

Dien plus, la race vaincue filtre sans repos dans les contrées anglaises voisines, et en certains lieux, y prend insensiblement la place : par exemple, dans les comtés de Russcll et de l'rcscott (Haut-Canada), sur les bords du lac Champlaiu (Flats de New-Voik et de Vermont) et sur le haut du fleuve Saint-Jean (État du Maine et Nouveau'lh-unswick). Vraiment, on ne sait ce qui serait advenu du continent si, lors du traité de Paris, en face des 1,200,000 Anglo-Irlandais et Allemands de la Nouvelle- Angleterre, les colons du Saint-Laurent s'étaient comptés par centaines cl non par dizaines de mille.

C'est malgré bien des obstacles que leur nationalité a perçislé de la sorte. Le Bas-Canada ne reçoit, en fait de Français, qu'un insignifiant contingent annuel de Jersayais, Normands à demi anglifiés. Au contraire, il voit arriver tous les ans de nombreuses familles d'Angleterre et d'Irlande; enfin, il perd continuellement par une émigration très-forte vers les États- Unis, pays de plus de soleil et de salaires plus élevés : il se draine annuellement de quelques milliers d'individus au profit des grandes villes de la République, de ses fabriques et de ses campagnes. On trouve aux Étals-Unis plus de 500,000 Franco-Canadiens; ils pénétrent partout, de Nevsr-Yorkà Omaha et au Pacifique, de Chicago à Saint-Louis et à la Nouvelle- Orléans. Récemment, 30,000 Canadiens-Français sont morts dans les rangs de l'armée du Nord, et l'armée du Sud en avait aussi dans ses régiments.

Cette formidable saignée date des premiers temps de la colonisation. Les Canadiens-Français, à la fois débonnaires, amis de leur repos et de leur clocher, et portés ù l'aventure et aux lointains voyages, se sont de tout tnmps perdus en partie dans les chasses du Grand-Ouest canadien et dans la masse humaine des États-Unis. Sans cette déperdition constante, ils seraient quinze à dix-huit cent mille, tandis qu'ils ne sont pas encore un million dans leur pays. Au recensement décennal de 1861, le Ras Canada renfermait 1,11 1,000 habitants, dont 8o0,000 <]anadiens-Français, plus des trois quarts, d'un seul tenant: il n'y avait d'Anglais en corps de nation que dans les deux grandes villes, dans les cantons de l'Fst, la péninsule de Gaspé cl sur les rives do l'Outaouais. Achaque recensement, la fraction de Français augmente et tend à se rapprocher des quatre cinquièmes. Sur les 1,390,000 habitants du Haut-Canada, 40,000 à peine, d'après le même recensemonl, étaient des Français, presque tous fixés sur le lac et la rivièn; Saint-Clair, sur la rivière Dilroit et sur la rive droite du Bas-Outaouais, qu'ils étaient en Irain d'annexer pacifiquement au bas-(^anada, par une transformation de population. Ainsi le Haut-Canada, beaucoup plus petit que le Hius, mais plus fertile et plus tempéré, est sensible ment plus peuplé ; d'ailleurs, les immigrants d'Europe y arrivent en bien plus grand nombre.

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Le recensement décennal de 1871,dont on ne possède pas encore le détail, donne au Bas-Canada t,i90,b0b habitants, soit 80,000 de plus que dix ans auparavant, et au Haut-Canada, 1,620,842 habitants, soit un gain de •-i-io,000. Dans l'un comme dans l'autre i)ays, cet accroissement est au-dessous de celui qu'eût procuré pendant la décade le seul excédant des naissances sur les morts. Il faut que l'émigration vers les États- Unis soit énorme, car au bénéfice naturel des familles, le double Canada joint celui d'une immigration très-considérable. Chaque année, des dizaines de milliers d'Anglais, d'Écossais, d'Irlandais, de Scandinaves, d'Allemands débarquent dans les ports du Saint-Laurent. Presque tous se portent sur le Canada anglais, mais les résultats du dernier recensement prouvent qu'il en reste très-peu dans ce pays et que les Étals-Unis absorbent presque tous les Luropéens arrivas par mer à (Juébec. à Montréal et à Toronto.

En ce moment même, se dessine un grand mouvement d'immigration belge et française vers le Bas-Canada. Le courant interrompu pendant plus de cent ans vient de reprendre. Devint-il fort, \iolent même, il trouvera longtemps à s'étendre sur les terres vierges de la « Nouvelle- France. »

Les anciens miiîtres, les Indiens ont presque tous disparu. Iroquois, Hurons, Algonquins, Abénaquis, Chippéouais, Oulaouais, Montagnais, etc., peut-être sont-ils en tout quirizc mille. Les Iroquois do Saint-Hégis et les Hurons de la Jeune-Lorellc (Bas- Canada) s'occupent de culture ; les Iroquois de Caugnawaga, sur le saut Saint-Louis (Bas-Canada), sont mariniers; le reste, plus Jidèle aux instincts nomades, ^itde chasse et de pèche. L'Indien du Canada disparaît peu ;\ peu : il est tué par la civilisation, qui abolit les faibles et énerve les forts.

Au recensement de I^OtjOn comptait onze ;\ douze mille Nègres, la plupart anciens esclaves écliappés des États-Unis.

La capitale des deux Canada, Outaouais ou Ottawa, sur rOutaouais, au ronfluent de la Càlineau, près de la magnifique chute de la Chaudière, possède le parlement qui administre toutes les allaires communes de la Dominion, c'est-Adire des pays anglais confédérés de l'Amérique du Nord. La population n'en est encore que de 22,000 habitants, car Oulaouais

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