AMERIQUE. — NOUVELLE-ECOSSE
avec dédain au spectacle de l'activité et de la prospérité des Visages Pâles,
La NOUVELLE-ECOSSE s'appelait Acadie au temps de la domination française. Avec son annexe, l'île de Cap-Breton, elle couvre cinq millions d'hcclares et entretient 379,000 habitants.
La Nouvelle-Ecosse est une presqu'île attachée au continent par l'isthme étroit de Mémérancook ou de Beau Séjour, que bat au nord l'eau du golfe du Saint-Laurent, au sud la baie de Fundy. Des ports admirables dans des golfes où la marée atteint d'énormes hauteurs (21 môtres dans les criques les plus reculées de la baie de Fundy), de puissantes mines de houille, des forôls de bois de construction lui promettent dans l'avenir une importance hors de proporlion avec la faible étendue du territoire, et même, c'est déjà le pays, non-seulement de l'Amérique, mais du monde, qui possède le plus de navires comparativement à sa population. La prospérité agricole sera moindre, car un partie notable de la Nouvclle-Kcosse n'est que roche et sol ingrat sous un ciel brumeux. A des latitudes aussi méridionales que celles de l'Aquitaine, la température moyenne de l'année (o° à G") n'est pas supérieure à celle du Jutland, situé à douze degrés plus au nord, et le climat, dans son ensemble, a de l'analogie avec le climat de l'Ecosse septentrionale. La majorité des Néo-Écossais étant, en outre, de descendance écossaise, la Nouvelle-Ecosse est mieux nommée qu'une foule de pays que rien ne rapproche des contrées dont le nom leur fut imposépar les découvreurs. En quoi la Nouvelle-Calédonie, île tropicale, ressemble-t-ellc à la Calédonie d'Europe, terre brumeuse du nord ? Comment les Nouvelles-Galles, rivage lumineux, ont-elles mérité de s'appeler comme le pays de Galleg anglais, semblable à notre grise Bretagne par la rudesse, les cieux ternes, les sites tristes et les monuments informes? Qu'a de commun la Nouvelle-Zélande, baignée de soleil, montagneuse et volcanique, avec la Zélande plate, humide, marécageuse et sablonneuse d'Europe? Et les Nouvelles-niM)rides, entre le Tropique et l'Equateur, devraient-elles avoir b; mOme
^7« GÉOGUAriiir.
nom qu'un archipel semé dans la mer qui va de l'Ecosse à l'Irlande î- Lt la Nouvelic-Écossc du Transvaal, dans l'Afrique Australe ? Lit tant d'autres ?
Parmi les 379,000 habitants du recensement de 1871, il y a vingt et quelques mille Acadiens formant trois groupes ; l'un au sud de la .Nouvelle-Ecosse, l'autre sur le détroit entre la Nouvelle-Écossc et l'île de Cap-Breton, le troisiùme à Chéticamp, sur le rivage occidental de Cap-Breton, côte stérile et rocheuse où hurle une méchante mer.
Quand le traité d'I'trccht céda l'Acadie à l'Angleterre, celte presqu'île contenait quelques milliers de colons français, paysans laborieux qui descendaient d'une poignée d'aventuriers, originaires peut-être pour la plupart de Cap-Breton, port des Landes alois florissant. Ces aventuriers avaient renouvelé dans les parages du nord les exploits des conquistadores espagnol?, portugais et mamaliicos dans l'Amérique centrale et méridionale; ils s'étaient plus ou moins associés au sang indien et avaient fini par faire souche de grands pécheurs et d'agriculteurs trùs-habiles à arracher des terres à la mer, à endiguer, à creuser, à canaliser.
La colonie, ne se recrutant point en France, ne s'accroissait que de son funds, mais avec une rapidité dont il n'y a pas d'exemples. Par une atrocité dont les Anglais garderont la honte, les Acadiens furent tout à coup cernés, enchaînés, égorgés, disséminés une première fois. Quelques années plus lard, le petit peuple, qui s'était reformé, fut encore traqué, massacré et disperse. Pc ces familles arrachées à leur patrie, les unes réussirent à regagner la France, où elles se fixèrent: à Belle-Isle et sur le plateau poitevin, au sud de Châtelleraull, entre la Vienne et la Cartempe. D'autres furent vendues comme esclaves aux protestants des Ftats-lnis ; quelques-unes allèrent former le fonds de la population agricole française de la Louisiane (district des Nachiitoches). 11 y en eut qui cinglèrent vers les Malouines (lies Falkland) avec BougainNille ; plusieurs se sauvèrent à lla'ili, en Cuyane, l)eaucoup [ilus dans le Canada où les attiraient la communauté de religion et de langue et la fraternité d'origine. Le plus grand nombre se cacha dans les forêts, et quand le premier effarement fut passé, regagna
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à travers bois, marais et riviùrcs, le sol de sa cIrtc Acadie, et y jeta les fondements d'une nation que sa fécondité fait indestructible.
Aujourd'liui, il y a cent mille Acadiens, toujours catlioliques, parlant toujours français; ils sont pêcheurs, marins et colons. La majorité relative se trouve dans le iNouveau-Tkunswick; le reste forme de petites nations dans la Nouvellc-l:]cosse, dans l'île de Cap-Breton, dans celle du Prince-Edouard, aux îles de la Madeleine, à Terre-Neuve, dans le Labrador bas-canadien et dans la presqu'île de Gaspé, qui fait partie du Bas-Canada. Bien qu'ils perdent beaucoup par la voracité de la mer sur laquelle ils pèchent et naviguent, quoiqu'ils émigrent aux Étals-Unis et qu'ils aillent en grand nombre renforcer la nation franco-canadienne, ils croissent très-vite sur place. Les Acadiens sont probablement le premier peuple du monde pour le chiffre proportionnel des naissances.
Les autres habitants de la Nouvelle-Ecosse parlent anglais et se partagent entre le catholicisme, religion des irlandais, et les branches du protestantisme. L'immigration n'a pas beaucoup d'activité dans cette colonie.
La capitale, Halifax, port de la côte orientale, a grandi rapidement. Elle compte o7,000 habitants, et son port magnifique, toute l'année libre de glace, pourra bien, les chemiiis de fer achevés, devenir le plus actif de la Dominion.
Au nord d'un détroit gêné d'écueils, l'Ile du Cap-Breton prend un peu plus d'un million d'hectares à une mer habituée à broyer des vaisseaux sur des rochers dissimulés par la brume. Cnp-Brelon fut, après la perte de l'Acadic, la citadelle de la France à reml)ouchure du Saint-Laurent; les fortifications de la capitale d'alors, Louisbourg, nous coûtèrent trente millions de francs. Trente mille colons jetés dans le môme espace de temps sur le Canada auraient mieux assuré notre domination K)r la moitié de l'Amérique du Nord.
Sidney, la capitale actuelle, touche li des mines de houille.
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L'île du Priïice-Édouard, dans le golfe du Saint-Laurent, regarde le Nouveau-Brunswick. Sur 5*)0,000 hectares , le recensement de 1861 y a reconnu 81,000 habitants, dont dix à douze mille sonldes Acadiens qui contribuent, depuis quelques années, à la colonisation de la péninsule canadienne de daspé. Los autres résidents de l'île descendent en grande partie d'Highlanders écossais. Toute la population se livre à la culture et à la poche : rien n'entrave celle-ci, mais celle-li est arrtîtée dans son développement par le régime des terres, qui appartiennent à de grands propriétaires non résidents et ne peuvent Cire que louées.
La .capitale s'appelle Charlottetown.
Dans le golfe du Siint-La'.irent, ;\ rgalo distance de quatre grandes îles, Anticosti, Terre-Neuve, l'île du Caii-Hreton et l'île du Prince-l'Mouard, les petites fies de la Madeleine reçurent, i la fin du siùcle dernier, quelques pauvres familles de pCcheurs acadiens. Ces familles se sont tant multipliées qu'elles ont rempli l'archipel et que maintenant les îles de la Madeleine sont un foyer d'émigration. C'est de là surtout que se peuple insensiblement la côte du Labrador canadien.
Le territoire immense que l'Angleterre possède au nord des deux Canada et au nord-ouest du lac Supérieur se partage en deux région-: inégales : la région polaire et le Grand-Ouest canadien.
La RÉGION POLAIRE comprend d'abord les îles au milieu (lesquelles des marins anglais et améric lins, des héros, Parry, Uoss, Mackcnzie, Franklin, Kane, Mac-Clure, Ilayes, ont cherché un i)a?sage entre l'Atlantique et le Pat'ilique ou tenté d'arriver au Pôle. Le passage a élé trouve, mais le Pôle ne connaît pas encore les navires de l'homme. Malgré leur vaste étendue, ces îles gelées en toute saison ne valent pas le moindre canton de la zone tempérée. Comment lutter contre un pareil