AMERIQUE. — REGION POLAIRE
climat, et qu'obtenir d'un sol qu'on n'atteint qu'en perçant des neiges et des glaces rebelles ù tous les jours de soleil de l'année?
Les terres polaires groupées en ovale autour de la baie d'Hudson n'ont guère plus de valeur, excepté au midi de ce golfe de 125 millions d'hectares, miroir de glace pendant neuf mois, mer en fusion pendant trois autres, et couverte alors de brouillards comme une chaudière à vapeur. La baie de James termine, au sud, cette mer intérieure dont les glaces presque éternelles se portent ainsi jusqu'au cinquante-deuxième degré boréal, c'est-à-dire jusque sous la latitude d'Amsterdam. Les grandes rivières qui se versent dans la baie de James traversent dans tout leur cours une contrée soumise à l'horreur du climat polaire, et pourtant leurs sources se trouvent vers le quarante-huitième degré, à peu près à la hauteur de Paris. Nulle part, mCme en Sibérie, les frimats du nord n'empiètent autant sur le midi.
Les fleuves qui affluent à la baie d'Hudson et ceux qui courent à la mer Glaciale sillonnent une région unique au monde par la multiplicité des lacs : la seule Finlande en possède proportionnellement autant. C'est enmOme temps le pays des lacs douteux, incertains dans leurs pentes, coulant souvent vers deux bassins opposés, quelquefois vers les quatre points de l'horizon, parfois n'ayant dans les basses eaux qu'un écoulement, en ayant plusieurs et vers plusieurs bassins quand ils ont reçu beaucoup de pluie. C'est par excellence la région des eaux bifurquées. Dans des plaines ('tendues à fatiguer l'œil, interrompues seulement par le poli des lacs, l'escarpement des roches et le rideau des forêts, se reproduit en nombre infini ce qui n'arrive guère qu'une fois dans les plaines de l'Amérique du Sud, par la Cassiquiarc et le Rio Negro. Avec un climat meilleur, ces communications naturelles eussent fait de celte fraction de l'empire colonial anglais une des contrées les plus avantagée,' du globe, le siège d'une société Irès-active, car il y aurait eu entre les terres et les terres, les terres et les eaux la plus intime union possible. Sous le climat du Pôle, tout cela devient néant. Ces fleuves élargis en lac, ces lacs allongés en fleuve, ces eaux superbes ne connaissant que la barque du
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sauvage et du trappeur, rameurs vigoureux dont le canot ?e perd dorri(^re un détour de la rive, un bouquet de bois, un voile de brume, pour laisser le lleuve à son silence, traînant vers des mers sai)s commerce un flot inutile à l'Amérique. •■ Souvent, les baj^sins des fleuves ne communiquent pas tout à lait, leurs sources provenant de lacs, de marais, de fontaines indépendantes les unes des autres; mais, dans ce cas même, le plus défavorable en ce pays amphibie, la na\igation ne s'interrompt que pour quelques minutes, pour quelques heures. Ces lacs, ces sources sont à quelques pas, rarement à plus de deux lieues de distance réciproque. Arrivés au confin des eaux navigables, les Indiens charj^ent le canot sur leurs épaules et le portent à la prochaine voie fluviale ou lacustre. Cet espace compris entre deux eaux accessibles aux barques s'appellent poilage dans toute l'Amérique du Nord : ce nom proNient des Canadiens français, hommes d'aventures qui furont, dés l'aurore de leur nation, les amis des grands voyages et des longues cliasscs dans les solitudes du ISord. Beaucoup plus que les Anglais, les Canadiens ont canoté et couru en tous sens dans l'Amérique anglaise, apprenant le français aux Indiens, avec lesquels ils s'alliaient pour former les métis Uois-Hrûlés. Avec quelques portages, on va du lac Supérieur A l'océan Glacial, de l'océan Clacial à la baie d'Hudson. Tel trappeur francocanadien a f.iit maintes fuis le voyage du Montréal au fort Cbippcouais, sur le lac Athapasca.
Les cours d'eau de l'Amérique polaire anglaise sont ridés par des rapides que llndien descend avec la rapidité de la flèche, debout dans son canot comme un conducteur de cbars aux jeux olympiques. Parfois de vrai(^s chutes néccssilcnt des portages.
l'iusieurs de ces fleuves roulent des masses d'eau énormes. Tous sont magniliques, tantôt comme un Amazone septentrional, limpide cl froid, tantôt comme un torrent de Norvège. I.e plus considérable, le Mac kenzie (iiOO kilom.), descend des montagnes Hoc lieuses sous le n(un indien d'Alhapasca, sous le nom français de Hiviére de la Biche, donné par les Tranco- Canadiens ; le petit lac d'où il s'échappe avoisinc la base du mont BroNvn (;i,300 met.) et du mont Hooker (;>,V30 met.). H