NOUVELLE-GRENADE
Suma-Paz, qui a juste la haulcur du mont Blanc (i,810 met.); la sierra Nevada de Cocui ou de Chita darde à r;,08i-mèt. ses pics blancs de nevds et de glaces. Sept seulement des douze volcans des cordillères grenadines se réveillent encore quelquefois de leur sommeil.
Absolument isolée des chaînes andines par une demi-ceinture d'alluvions, bordée ailleurs par la mer des Antilles, la sierra Nevada de Santa-Marla ne couvre môme pas l'étendue d'un département français moyen, et cependant ses aiguilles glacées montent presque à G, 000 mètres, et peut-être dépassent cette hauteur formidable. -Nul massif du globe n'est si élevé proportionnellement à la surface de son piédestal, nul n'est aussi grandiose vu de la base.
Les vents de l'Atlantique soufflent des pluies abondantes sur les versants des cordillères de la Nouvelle-Grenade. Sur certaines sierras touchant à la mer, dans la province du Choco, par exemple, il tombe du ciel presque autant d'eau que sur l'Himalaya oriental. Aussi ia République abonde en torrents. Le Magdalena, sa grande artère, est le quatrième fleuve de l'Amérique méridionale. 11 est navigable à partir des rapides de Honda, situés à 110 kilomètres de la capitale : L'i, à 1,000 kilomètres de la mer, par 210 mètres seulenient d'altitude, le puissant fleuve bouillonnant descend de quatorze mètres, sur une longueur de quatorze cents. Le Cauca, tributaire du Magdalena, est une rivière très-considérable, mais des rapides gênent son cours inférieur. L'Atrato, moins long que la Seine, est le déversoir d'une région tellement frappée par les pluies qu'il roule en moyenne 4,800 (?) mètres cubes d'eau par seconde, cent neuf fois le débit du fleuve parisien à Paris dans les basses eaux exceptionnelles. Or le bassin de l'Atrato n'embrasse que trois à quatre millions d'hectares, environ la moitié du bassin de la Seine. L'Atrato se perd dans le golfe de Darien, environné de plages très-malsaines. Il a été question de faire passer le grand canal interocéanique de l'Amérique centrale parle golfe de Darien et la vallée du tranquille Atrato.
La masse des territoires de la Nouvelle-Grenade se tenant à une telle hauteur qu'ils sont tierras templadas et tionas frias, 3e climat, dans presque toute la République, favorise l'installa-
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lion des Européens et le développement de leurs familles. Les centaines de milliers d'hommes qui fuient tous les ans l'Europe sans esprit de retour, trouveraient malaisément une patrie si belle, si féconde, si avenante et si salubre, mais l'impulsion de début a manqué, et l'immigration ne connaît pas encore la roule des hauts plateaux colombiens.
Selon l'altitude, la température moyenne des plaines de l'intérieur est de 20 degrés, de 15, et mOmc de 10, c'est-à-dire aussi fraîche que celle de Paris. Elle monte à 27 degrés et plus sur la côte et dans les vallées peu élevées, où régnent en beaucoup d'endroits les fièvres paludéennes.
l^armi les trois millions de Néo-Grenadins, 120,000 Indiens Bravos et 200,000 Indiens soumis de race pure sont tout le reste des huit millions d'indigènes que trouvèrent, dit-on, les Conquistadores. Ces autochlhones relevaient de diverses races; les plus policés de tous, les Cliibchas, habitaient les hautes plaines qui font aujourd'hui partie des États de (>undinamarca et de Boyaca. De leurs propres forces, ces Indiens s'étaient élevés à un certain degré de civilisation, toutefois ils avaient monté moins haut que les nations du Mexique, de l'Amérique centrale et du Pérou. Ils eurent le tort d'être plus doux, plus confiants et bien plus mal armés que les aventuriers qui tirent main basse sur leur patrie, et qui venaient en majorité de la (bastille et des villes andalouscs de Séville et de (irenade. 0[i les extermina ou ils se fondirent dans la race des vainqueurs. Les Blancs purs ou peu mêlés sont plus de 500,000, ainsi que les Nègres, les MulAlres et les Zambos, métis d'Indien et de ^ègre. Le reste du peuple, 1,('>OU,000 personnes environ, est fait d Indiens mélangés à tous les degrés avec les Espagnols.
Sans le secours d'aucune immigration, la nation néo-grenadine augmente avec une grande rapidité. Va\ LSIO, elle no comptait guère qu'un million de citoyens; en 1835, elle comprenait déjà 1,0*^5,000 hommes; 2,243,000, en 1851, et la voici à 3,000,000. La population se double environ tons les trentecinq an?. Elle ne s'accroît que dans le haut pays, au soin des climats salubres; sur la cote, elle avance peu, si mOmc elle
avance, et dans les llanos elle recule devant les ravages de la rougeole.
Tous les Néo-Grenadins reconnaissent la religion catholique. Tous parlent espagnol, à l'exception de quelques tribus sauvages qui ont conservé les idiomes d'avant la Conquête.
La République est une fédération de neuf États souverains. Elle a pour capitale Santa-Fé de Bogota, plus simplement Bogota (00,000 hab.), ville régulière, fondée en 1538 par Quesada. Bogota se trouve à 2,645 mùtres d'altitude, dans une savane, lit d'un lac écoulé, au pied du Guadalupe et du Monserrate. Son climat se distingue par une douceur et par une uniformité rares et la moyenne du mois le plus froid, 14 degrés, y égale presque celle du mois le plus chaud, 16 degrés. Bogota n'a encore que 00,000 habitants. Elle se pare du titre d'Athènes hispano-américaine. Les ruisseaux de cette ville se jettent dans un tributaire du Magdalena, le Funza ou Bogota, qui s'abîme, à 20 kilomètres au sud-ouest de la capitale, par le sublima Salto de Tequendama, cascade de 140 mètres de hauteur.
La République de l'Equateur s'étend sur près de 7."i millions d'hectares, mais la moitié orientale est encore déserte, et le» rivières y déploient leurs larges eaux dans des plaines d'alluvions que le soc ne retourne pas encore, et dans des forî^ls pleines de magnificence, respectées par la hache et la torche des colons. Avec la zone côtière du Grand Océan, ce bassin de plaines basses inclinées vers le fleuve des Amazones constitue les lierras calientes de la République. Entre la mer et' /es grandes [)laine5 se lève la double chaîne des Andes, avec ses tierras templadas et ses tierras frias; ces dernières ne revêtent que les plus hauts sommets, en vertu de hi chaude lalilude de la
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montrée, qui lire précisément son nom de sa situation sous la ligne équatoriale.
Entre le rivage du Pacifique et les Andes, il y a peu d'e^pace, €■4 cet espace appartient presque tout entier au\ ramlficalions des montagnes. On ne rencontre guùre de ce côté que d'étroites vallées, dos gorges et de petits cirques d'alluvions aux embouchures des torrents. Aussi les terres chaudes ont-elles une minime étendue sur cotte côte ensoleillée, que vient de quitter, à la pointe Parina, le froid courant de mer arrivé du Pôle sud en longeant le Chili et le Pérou.
Seize volcan.-, voisins des cratères de la iNouvelle-drenade, mais séparés par t,;jOOkilom. des bouches ignivoraes du Pérou méridional, sont à la fois la plus grande beauté de l'Equateur par la noblesse de leurs formes, et sa plus grande épouvante, car leurs éruptions menacent incessamment ses riches bassins, de temps en temps violemment remués par des tremblements de terre. Plusieurs de ces volcans prouvent toujours leur activité; d'autres semblent finis : peut-Otre qu'ils repo?onl. La chaîne occidentale, ou chaîne du Pacifique, et la chaîne orientale se partagent cescratèr.^s.
La chaîne du Pacique dresse moins de volcans que sa rivale, mais elle possède le Chimborazo, qui passa longtemps pour le pic culminant du monde. Toutefois le sommet de son dôme superbe atteint à peine 6,;io0 mètres, plus de 2,000 mètres de moins que les titans de l'Himalaya. Dans les Andes même il a des égaux el des maîtres. Au nord du Cliimborazo, qui dépasse en liauleur les autres volcans de la République, s'élèvent rillinissa aux deux tètes, le lUchincha dont les quatre pics découpent le ciel de Quito, le Cotocachi. Sur la chaîne orientale, Irès-rapprochée de l'occidentale, en même' temps que parallèle, trônent, du sud au nord : le Sangai (.'),«)0(» met.), aux vomissements terribles; le Tunguragua (ii,000 met.), qui eut une grande éiuption de boue en 1797 ; le Cotopaxi, ningniliquecônn tronqué de ;),7,')0 met. d'altitude ; rAntisana,doiil un liane porte la maison la plus haut située de lu terre (4,103 met.), après celle du col de Rimahuasi (Pérou) et après le couvent de llanlé (Tibet); le Oayambe, sous l'I-lquateur même; rimbabura. Kntre les deux chaînes et sur leurs versants do
rAmazone et du Pacifique, règne un climat admirable, aussi salubre qu'égal et doux. Les Orientaux qui placùrenl le Paradis Terrestre en Asie Mineure ne connaissaient pas les hautes terres de Quito et de Tuquerrcs et la ceinture inft.h'ieure des seize volcans de la République équaloriale. C'est de ce ravissant éden que nous vient un des plus grands bienfaits de la nature, le quinquina, qui porte la force et la santé dans ses fibres.
La grande masse de la population se concentre dans le pays élevé. La solitude se fait à mesure qu'on descend vers le sudouest avec les rivières issues des plateaux ; on arrive avec elles au Maragnon, qui vient d'échapper par des rapides à ses gorges péruviennes pour devenir bientôt, au Brésil, le premier fleuve du monde, sous le nom de fleuve des Amazones. Les grands cours d'eau de la République serpentent sur ce versant; ils commencent par des gorges extrêmement profondes, descendent furieusement de cascade en cascade, puis, au pied d'une dernière chute, ils s'apaisent, deviennent trèslarges, et entrent dans la forêt vierge qui les conduit jusqu'au Maragnon. Ainsi fait le plus long et le plus abondant de tous, le Napo, qui vient du Colopaxi et reçoit des barques à partir de la cataracte du Cando; sa largeur va de 400 à 1,000 mètres, €t ses eaux très-claires ne disparaissent dans la masse trouble du fleuve qu'après plusieurs lieues d'une course commune. Sur le versant du l'acifique, le principal fleuve est le Rio Lsmeraldas.
Sans tenir note de loO à 200,000 Indios bravos, la population de l'Equateur se monterait à 1,100,000 individu?, à 900,000 seulement suivant d'autres. Les Blancs et les descendants de Blancs compteraient pour environ GOO^OOO, les Indiens pour plus de 450,000, les métis pour moins de 40,000, 1rs iNègres pour 8,000 à peine. Siirem(iut, des centaines de milliers de ces prétendus Blancs ne sont que des sang-mélé. La langue espagnole n'a point triomphé partout des idiomes indiens qui se parlaient sur les plateaux de l'Lquateur à l'arrivée du conquisladoi Belalcazar. Le quichua, la vieille lani^ue des Péruviens, règne encore ici plus que le castillan. Le catholicisme domine dans toute la nation, excepté chez les peuplades sauvage .
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Quito (7i),000 hab.), l''i capitale, se trouve presque sous ]'|]qualeur. Elle s'élève sur des ruisseaux appartenant au bassin (le rCsmeraldas, au pied du IMchincha, dans une vallée exposée aux tremblements de terre, ;\ plus de 2,900 mètresd'altitude, sous un climat charmant : le thermomùtre s'y lient constamment entre 14 et 16 degrés. Delà terrasse du palais présidentiel, on voit le Chimborazo, le ('olopaxi fumant, onze montaL^nos neigeuses et uu ravissant bassin où prospèrent la canne à sucre, le cocotier, l'indigotier et toutes les plantes de l'Kurope tempérée. « Vivre à Quito, et dans le ciel un petit trou pour voir Quito, »> disent les Indiens de l'Equateur. — Guayaquil, sur une baie protégée par l'Ile Pima, est le principal poil de la Hépublique et l'un des meilleurs du Pacitique sud-américain. — Beaucoup de puo.hlus ont conservé des ruines de l'antique civilisalion péru\icnne, des restes de chaussées, des débris de forteresses, des tombeaux, des temples, des palais d'incas.
Loi[i dans l'Océan, l'archipel dos Galapagos, situé sous l'Equateur, fait un tout pelit monde à pari pour sa tlore et sa faune. Son nom espagnol lui vient de ses énormes tortues. Dans ses îles et ses îlots de lave, émergeant en cône d'une mer très-profonde, on comple jusqu'à 2,000 cratères. Ecs Galapagos, encore inhabitées, ont 704,000 hectares.