VENEZUELA
rendent les rivières des terres chaudes les plus étendues de !a République, et les cours d'eau nés dans les terres tempérées des monts de la Guyane.
Venezuela veut dire en espagnol Petite Venise : le pays entier, côtes, monts et plaines, a pris peu à peu le nom donné par le découvreur Ojeda à un village de quelques cabanes élevées sur pilolis au bord de la mer. L'élendue minima de la République dépasse 95 millions d'hectares; si l'on ajoute les terrains disputés par la Guyane anglaise, on arrive à 111 millions d'hectares, à plus encore avec les plaines réclamées par la Nouvelle-Grenade. Un banquier bavarois posséda quelques années ce terriloire immense, que Charles-Quint lui avait cédé à litre d'hypolhéque.
Du nord au sud, le Venezuela présente une tierra caliente, une tierra templada ou fria, une nouvelle et trés-vaste tierra caliente, enfin une tierra templada.
La première terre chaude borde la mer des Antilles. Chaude par le soleil du dixième degré de latitude, lorride par la réverbération des montagnes voisines et par la placidité de l'air, elle n'a encore que de petites villes tionl le séjour mine l'Européen: Maracaïbo, située sur le chenal menant du golfe de Venezuela au grand lac de Maracaïbo, Puerto-Cabello, port de Valence, la Guayra, port de Caracas, Cumana, sont martyrisés par le soleil et par une atmosphère lourde; le thermomètre, dans la saison froide^ n'y descend jamais au-dessous de 24 degrés, et la moyenne de l'année y oscille entre 27 et 30.
Heureusement cette zone est sans largeur. Très-près du rivage, quelquefois du flot de la mer, s'élance une cordillère exceptionnellement rapide, abritant dans ses flancs des bassins tempérés. Un de ces bassins enferme Caracas, la capitale de la République. Entre cette ville et la mer des Antilles, la cordillère littorale se nomme Silla de Caracas et a pour point culminant le Cerro de Avila (2,723 mètres).
Cette chaîne riveraine, dépend de la grande cordillère qui poite la masse des terres froides du Venezuela, et qui se détache des Andes néo-grenadines. Son point culminant paraît être le Nevado de Merida (4,090 met.). Ec mot espagnol neiado signitie mont neigeux : on conçoit que, malgré le
voisinage de l'Equateur, une montagne plus haute que le mont Rose et presque de la taille du mont 13lanc doit garder à peu près toute l'année son fronton de neiges vierges.
De la cordillère, on desrend par des penles raides dans les plaines basses du bassin do l'Orénoque, qui, sous le nom castillan de Uanos (étendues plates), couvrentenviron 40 millions d'hectares en Venezuela et en Nouvelle-Grenade. Le sol en est uni comme un miroir de lac. De loin en loin des mesds (tables), anciennes îles de la mer qui remplissait jadis ces steppes, et des bancos (bancs), ligne d'antiques écueils en grès ou en calcaire, autrefois battus par les mûmes flots que les mesas ; pas d'arbres sur des centaines de kilomètres ; quelquefois des palmiers isolés ou en petits groupes. Dans la saison des pluies, les Uanos redeviennent une mer, aussi trouble que put ôlre azuré l'Océan qui a disparu ; les mesas en émergent, asile du jaguar, et des bœufs, des chevaux, des mulets que ne garde plus le llanero (berger) ; les bancos ont disparu, car ils n'ont qu'un à deux mètres de hauteur. (Juand l'inondation recule, les Uanos deviennent un savoureux pAturage. Quand les fortes chaleurs arrivent, tout sèche, les herbes meurent, les troupeaux maigrissent et diminuent, la poussière rend l'air brûlant, opaque et comme irrespirable. Seuls, le caïman et le serpent d'eau trouvent encore quelque fraîcheur dans la boue putride des mares, graduellement rétréries, qu'a laissées derrière lui le débordement.
LcGuaviare, la Meta, l'Apure, larges alUuents de l'Orénoque, se déroulent dans les Uanos. L'Orénoque, troisième fleuve du demi-continent, descend de la sierra Parima. Ses sources, encore inconnues, doivent jaillir à KiOO ou 1700 mètres d'altitude. Parvenu en plaine, au pied du Duida, mont élevé, il se .dédouble : un bras large de 300 mètres et profond de 10 mètres laCassiquiare, va porter ses eaux blanches au\ flots bruns mais clairs du Rio Negro, tributaire des Amazones ; l'autre reste Orénoque. Kn aucun pays deux vastes bassins ne communiquent naturellement p;ir un canal aussi grandiose.
Vu déjiart de la Cassiquiare, l'Orénoque n'est plus qu'à 280 mètres d'altitude. Par les fameux raudulcs (rapides) de Maypuros et d'Alures, succession de maigres ruisseaux, de courants
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étourdissants, de petites chutes, il enire définitivement dans le bas pays, où il s'étale entre des llanos à gauche et des forôts à droite, blanc et sale, gôné de hauts-fond:^, de langues de vase, d'îles d'alluvions et de joncs hantés par les caïmans et les tortues. A Angostura ou Ciudad Bolivar, sa largeur dépasse 0,000 mètres, et son débit est 9,000 mèlres cubes par seconde. Le delta, qui commence à 200 kilomètres de la mer, offre environ dix branches profondes aux gros navires. La longueur du fleuve (2,250 kilomùt.) double, et au delà, le cours de la Loire.
Au sud et à l'est de l'Orénoque, la sierra Parima, encore mal connue, porte à la République un nouveau contingent de terres tempérées, à peu près inhabitées comme les llanos.
La population n'a quelque densité que sur la cordillère riveraine et la grande chaîne, aux environs de Caracas, de Valence, de Mérida. On attribue au Venezuela l,oGo,000 habitants, desquels 400,000 sont Blancs ou prétendus tels. 650,000 individus descendent des soldats, des fonctionnaires, des aventuriers espagnols et des femmes indiennes. 180,000 sont des hidiens soumis, 28), 000 des Indios bravos indépendants. L'espagnol se parle dans les villes, et à la campagne chez tous les l'iancs et dans la plupart des tribus indiennes dociles. Le catholicisme est la religion de la très-grande majorité, mais un certain nombre de peuplades ont conservé les superstitions d'avant la Conquête.
De môme que toutes les autres colonies espagnoles, le Venezuela a constamment souffert du mépris et du mauvais vouloir de la métropole. Madrid, Séville et Cadix se sont enrichies par l'Amérique, mais n'ont rien fait pour elle. Aujourd'hui, faute d'immigration amenant du dehors des colons plus énergiques que les Vénézuéliens, faute d'esprit d'entroprije chez les Blancs, chez les Indiens, et chez les s;ing-mOlc du dedan^•, le Venezuela languit. L'étendue considérable de ses'** terres chaudes, défavorables à l'Européen, est un malheur pour celle contrée, beaucoup plus torride en somme jque la plupart des autres pays sud américains. La seule immigration un peu importante est celle des Islcnos ou insulaires des Canaries, gens, d'avance acclimatés et fort laborieux ; depuis quarante ans, la
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République en a reçu de trente à quarante mille. Parmi les Eurûi)ccns, les plus nombreux sont les Allemands, puis les Français, que suivent les Italiens.
La capitale, Caracas, à 'JOO mètres d'altitude, jouit d'un climat salubre et cliarmant, jamais froid, rarement trop chaud ; la moyenne annuelle y est de 20 degrés. 20 i\ 25 kilomètres d'une route pittoresque, avec des points de vue magnifiques, mènent de cette ville de 50,000 habitants à La Guayra, mau- \ais port sur une côte malsaine.
Le Pérou prend à l'Amérique du Sud 132 millions d'hectares, près de deux fois et demi la France. 11 embrassait une aire autrement vaste quand il s'appelait Tahuantinsuyou ou les Quatre Contrées du Monde, car il possédait alors, avant l'arrivée des Kspagnols, les régions devenues depuis l'Lquateur et partie de la Nouvelle-Grenade, la Bolivie et le Chili : les Indiens (Juichuas avaient fondé, sur les rives du lac de Titicaca et dans les montagnes de Cuzco, une civilisation complète, appuyée sur une religion poétique et débonnaire qu'avait prèchée, au onzième siècle, dit la tradition, Manto-l^apac, (ils du Soleil. Ainsi que les Aztèques du Mexique, ils cultivaient et arrosaient avec habileté; ils élevaient au Soleil, leur père ei leur dieu, des temples ruisselant d'or, ;\ leurs princes des palais grandioses et des forteresses massives; leurs quatre grandes routes, partant de Cuzco, le cœur de l'Lmpire, valaient les voies romaines. L'inca ou empereur réunissait tous les pouvoirs. Son despotisme était tempéré par les préceptes de mansuétude qu'a\ait laissés le révélateur, et plus encore parla nature tranquille et résignée du peuple quichua. Si cette histoire n'a pas été e::iDcllie j)ar les premiers conteurs espagnols, il n'y eut point de nation plus paisible et plus heureuse. Les
Péruviens d'aujourd'hui, issus pour la plus grande part des anciens Quichuas, peuvent s'enorgueillir de leurs pères, qui donnèrent au Nouveau-Monde sa civilisation la plus achevée,, la plus honnête et la plus douce, car le sang du captif et du fanatique n'y rougissait pas les temples du Soleil. Les vieux Péruviens n'avaient ni dieux grotesques, ni dieux sanguinaires, et ils laissaient le profil, l'honneur et l'éclat des sacrifices humains aux égorgeurs de Ténochtitlan et aux inquisiteurs de la Péninsule. C'est au Pérou surtout que les Espagnols onl détruit comme conquérants plus qu'ils n'ont créé comme maîtres. En moins de trois siècles, de la chute des incas au jour qui vit fuire le dernier oppresseur castillan, la population indienne se réduisit au dixième de ce qu'elle était à l'arrivée des routiers européens.
Bordé partout ailleurs par l'Equateur, le Brésil et la Bolivie, le Pérou fait front à l'ouest, sur Tocéan Pacifique, le long d'un courant froid venu du sud, le courant de Ilumboldt, dont les eaux ont ici onze ou douze degrés de moins que la mer qui les porte.
La zone comprise entre la marge du grand Océan et le pied de la montagne est tierra caliente : le soleil y brûle; il y pleut si peu qu'on a vu, A Payta, s'écouler vingt ans sans une goutte d'eau. Or, peu d'eau, peu de végétation. Dans les valles — ainsi se nomme ce dur rivage — il n'y a de cultures que le long des torrents andins et sur les canaux d'irrigation qu'ils alimentent. 11 est malheureux pour le Pérou que sa capitale ait grandi dans cette région stérile, au climat déprimant; le trésor d'activité qui s'amasse toujours dans les grandes villes ne trouve guère à se dépenser dans les désorts de la cote.
En mains endroits, entre les Andes et le littoral, se dressent de petites montagnes côtières. l'ne de ces chaînes forme, dan? le Pérou du nord, la vallée de Santa, plus arrosée que les autres bassins du versant occidental, à cause d'une brèche des Andes par où passent les vents alizés. La vallée de Santa, grenier de Lima, fut très-riche et très-habitée du temps des incas; elle FC repeuple aujourd'hui.
A mesure qu'on gravit les Andes, d'énervant le climat devient forlinant. On entre dans les tierras tcmpladas et
frias, ravcnir ae l'Amérique espagnole, et en particulier du Pérou, qu'elles recouvrent presque tout entier. Sur leurs plateaux, dans les vallées fertiles qu'ont creusées les rivières, le Diane n'a plus à craindre les épidémies de la zone torride, la ruine de son tempérament et la tin de sa famille. Les Andes péruviennes sont la région par excellence de la grande longévité.
En sortant du Cliili, au-dessus des sables du désert d'Acatama,la cordillùre des Andes se dédouble pour la première fois: la branche de droite va former les puissants plateaux boliviens; la branche de gauche apparlient au Pérou autant qu'à la Bolivie, et constitue une des arêtes les plus élevées de l'Amérique méridionale. Arête mal connue à cause desadifti- •culté, de sa désolation, de son aridité, du manque d'eau ;sou3 peine de mort, il y faut sui\re le sentier tracé. On ignore le nombre des volcans de cette chaîne et l'altitude de ses grands pics. Le Lirima aurait 7,1 ijO mùtres, hauteur sans doute exagérée. Le Sahama (6,800 ou 7,040 métrés) pourrait bien être le prince des sommets péruviens, peut-être même des cimes andines et de toute l'Amérique, mais il n'a jamais été sérieusement mesuré. Malgré leur immense élévation, ces montagnes font peu d'ellel, vu l'altitude considérable du piédestal qui les soutient, et elles ressemblent le plus souvent ;\ de simples dents de scie. Dans cette portion de la cordillère, les cols s'ouvrent en moyenne à i,(iOO mètres au-dessus des mers.
Il y a quinze cents kilomètres de distance entre le groupe des volcans andins équatori;iux et les cône? actifs encore, ou éteints en appun'nce ou en réalité, qui menacent les villes ■des valles et du littoral, Iquique, Arica, Aréquipa. Parmi ces volcans on peuljiommer, après le géant Sahama, le Pnrinacota, le r.ualatiéri, le Pomarape, le Misti ou volcan d'Aréquipa, le Chuquibaniba.
-, La cordillère occidentale du Pérou s'abaisse, à l'orient d'Aréquipa, sur le Plateau Péruvien ou Plateau de Titicaca, vastt* de dix millions d'hectares. Ce plat(>au porte i bon droit l'un et l'autre nom : Plateau de Titicaca parce que le fond de sa cuvette est rempli par le lac de Titicaca, Plateau péruvien parce que la civilisation anté-européenne du Pérou
prit naissance dans les îles et sur les rives de ce lac. Le lac de Titicaca s'énand sur 840,000 hectares, avec 218 môtres de profondeur, à 3,842 mètres d'altitude. Il s'écoule par le Désaguadero, rivière qui n'atteint pas l'Océan, et meurt, par 3,700 mètres, dans une profonde lagune du plateau, le Pampa Aullagas (280,000 hectares). Jadis il en était autrement : l'eftluentda lac allait chercher au loin l'océan Atlantique, par le ruisseau de la Paz, le Béni, le Madeira, l'Amazone.
Le plateau de Titicaca s'arrête vers l'est au pied des maîtres sommets des Andes boliviennes. 11 est donc emprisonné entre les deux chaînes andines, qui se rejoignent au nord du lac par un chaînon transversal, puis vont se nouer au nœud du Cerro de Pasco pour se diviser encore, cette fois en trois branches : la branche de droite, ou cordillère Orientale, se perd dans les pampas de l'Amazone, celle du centre et la plus haute des trois, celle du Pacifique, vont se renouer dans le massif de Loja,près des frontières de la République équatoriale. La cordillère Orientale, ravinée parles tributaires de l'Amazone, et reposant sur un piédestal moins élevé que les autres Andes du Pérou, semble par cela même plus grandiose, et comme elle est infiniment mieux arrosée, elle a plus de paysages gracieux, plus d'harmonie, plus de terres fertiles. Quant à la cordillère du Pacifique, ou cordillère de la Costa, elle possède le grand privilège d'être échancrée par des cols comparativement fort bas, car ils n'ont guère que 2,200 à 2,400 mètres dans le pays de Cajamarca. L'épine vertébrale du demi-continent est donc ici comme à demi-sciée, entre la dépression de l'Amérique centrale et l'affaissement du pas de Perez Hosales (Chili). Par ces ports faciles passeront un jour des chemins de fer, par eux le'Pacifique s'unira au fleuve des Amazones, qui est comme un golfe prodigieux de l'océan Atlantique.
De même que les pluies sont rares sur le versant du Pacifique, de même il y a proportionnellement très-peu de neiges sur la montagne et sur le plateau, cela en raison de l'extrême siccité de l'air. Sous l'Equateur même, les Andes ont plus de neiges persistantes que sous le 20" degré dans les cordillères péruviennes. Aussi les torrents du Pérou méridional ont-ils peu d'eau, qu'ils tombent dans les vallcs, qu'ils descendent
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au Tilicaca ou qu'ils s'égarent dans la Pampa de Tamarugai ou sur d'au 1res plateaux é^Mlement chargés de salpûlro, de borates, de nitrates, d'efflorescences de sel. *>
Ce n'est point dans les montagnes de l'Equateur, comme on le professe, que se trouve la demeure la plus élevée du monde. La métairie d'Antisana est détrônée par la maison du col de Rimahuasi (4,934 mètres}, entre Cuzco ei Puno.
Si le Désigiiadero mène peu d'eau comparativement au lac d'où il sort, à l'aire du bassin qu'il draine, aux sommets sublimes dont il reçoit le tribut, le Pérou a la gloire d'abriter dans ses cordillères les premières tètes du Maragnon ou fleuve des Amazone?.
Le Maragnon, ou du moins la rivière qu'on considère arbitrairement comme la branche maîtresse, découle du lac de Lauricocha, dans les monts du Cerro de Pasco. Le Lauricocha est situé à moins de "2( 0 kilomètres du Pacifique, à plus de 3,000 de l'Atlantique, terme extrême de la course du fleuve. Ainsi, pour comparer le petit au grand, notre Loire naît près de la Méditerranée et va se perdre au loin dans l'Atlantique. Le cours supérieur du torrent, car la future mer d'eau douce n'est encore qu'une rivière qui bruit au fond des gorges, a la longueur du llhône (800 kilom.). Le Maragnon passe près de Cajamarca, antique cité où vivent des descendants des incas, et ville sacrée pour les U^ichuas qui lèvent encore d'indépendance. Puis, au lieu de percer la Cordillère de la Costa pour tomber dans le Pacifique, il éventre X droite la Cordillère centrale par douze ou quinze potKjos (défilés). Dans le dernier de ces passages, le Pongo de Manserichc, lo Maragnon n'a plus que ijO et même 30 mètres de largeur, tandis qu'eu amont et en aval, il y a iiOO mètres d'un l)ord à l'autre. — Le mol pon;jO est l'altération du mot quicliua 2ît/;jn;, porte. L'idiome quicluia étant resté vivant dans le pays, une mullitude de noms de lieux sont les mêmes qu'avant la Conquête ; les autres sont espagnols ou bizarrement composés de termes pris aux deux langues : ainsi Polvorayacu. — Les pongos n'opposent pas d'obstacles sérieux à la na>igalion : d'ores et déjà on peut remonter leurs rapides et il est facile d'y faire sauter les roches encombrantes.
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Dès lors le fleuve, qui a son lit à moins de 400 mètres d'altitude, coule placidement vers l'est, entre le Pérou et l'Equateur, tantôt dans des plaines boisées, tantôt dans des plaines nues qui font à la République un nouveau et vasic district de tierras calientes. il s'y grandit du Huallaga, forte rivière navigable qui devient de plus en plus la route normale entre les produits du Pérou et les ports de l'Europe, et se double par l'accession de l'Ucayali, immense torrent tortueux venu de plus loin que le Maragnon lui-même. Sous le nom d'Apurimac, l'Ucayali descend des Andes interposées entre Cuzco et le littoral d'Aréquipa; il coule avec ses aftluents dans des vallées prodigieusement fécondes et conduit au Maragnon une masse d'eau égale ou supérieure au volume de la rivière échappée au pongo de Manseriche. Pour beaucoup, c'est la vraie tôle du tleuve des Amazones.
On accorde au Pérou jusqu'à 3,374,000 habitants sans les tribus sauvages. En s'en tenant à 2,500,000, le nombre des Indiens civilisés serait d'environ 14 à 1500,000. Les Indiens péruviens sont des hommes au teint brun olivdtre, à la figure sans beauté, à l'expression mélancoliquement résignée. Ils ont pris la religion romaine, mais ils ont retenu leurs idiomes nationaux : au sud règne encore l'aymara; au centre, au nord, dans la- majeure partie des terres de la République, le quichua, la vieille langue des incas, est souverain ; il est mOme parlé par de nombreux descendants des conquérants.
A côté des 14 à 1500,000 Indiens civilisés, il peut y avoir 550,000 métis de Rlancs et d'Indiens, 350,000 Blancs et 175,000 Noirs ou Mulâtres. L'espagnol, langue nationale des Blancs, domine sur le littoral, dans les valles, dans les principales villes, Btsert partout de langue officielle. Dans les terres chaudes de l'Amazone, quelques tribus d'Indiens bravos ont conservé leurs dialectes et leur paganisme. Dans l'ensemble, le Pérou, avec .^es Quichuas et ses Aymaras qui n'ont point abdiqué leur nationalité, est l'une des contrées hispano-américaines les moins espagnolisées,bien qu'autrefois elle reçut peut-Otre le plus d'Espagnols. De nos jours, 1 immigration européenne, peu aclivo, se porte de préférence sur Lima et la côte, et se compose surtout d'artisans et de trafiquants. Les vrais colons, les laboureurs gas-
con?, espagnols, italiens, allemands ne connaissent pas encore le chemin des hautes vallées amazoniennes. Les Chinois arrivent déj;\ par bandes, comme ouvrier?, brocanteurs, terrassiers, extracteurs de aiiano ; c'est en Chine qu'on va chercher des travailleurs sobres et sa'isfaits de peu d'argent pour remplacer les Chiliens et les indigùnes dans l'établissement des chemins de fer pt^ruvicns.
La capitale, Lima (t-2a,00a à i:iO,000 hab.), ville de plaisirs, d'élégance et d'indolence plus que de métiers et de travail, borde le Rimac, torrent qui se fournit aux sources et aux neiges de la cordillère de la Co?(a. Ses maisons à un étage, ses églises de mauvais goût, brillantes d'or et d'argent, ses immenses cloîlres déserts portent sur un sol que font de temps eti temps frémir les convulsions souterraines, à 17.) métrés environ d'altitude, à vingt et quelques kilomètres de l'océan Pacifique. Le i»ort de Lima est le Gallao. — La seconde place dans la République est disputée par Aréquipa et Cuzco. Arequipa (40 à ."10,000 hab.) s'élève dans une oasis du fleuve Chiri, à 2,o'î0 mètres au-dessus de l'Océnn, en vue du Misli (ri, 101 mètres), pyramide grandiose que personne n'a gravie jusqu'au faîte, et qui n'a vomi ni feu ni lave depuis plus de 300 ans. 11 n'y a pas de ville plus exposée aux tremblements de terre qu'Arequipa : de 1811 i\ t8i:i on y a ressenti 826 chocs faibles ou violents, soit deux par mois. — Cuzco, sur un tributaire de ITcayali, -renferme 40,000 habitant?, Indiens pour la majeure partie..
Près de la cOte, au midi du Callao, surgissent les trois Iles Chiuchas, trésor du Pérou. Leurs roches portent des amas de guano qui infectent l'air marin i\ plusieurs kilomètres à la ronde. Le guano est un excellent fumier, formé X la longue par les dèjertions des milliards d'oiseaux de mer qui fréquentent ce liltoril, sous un climat sans pluie où l'ordure reste en place et devient colline avec les années. Le guano trouve grande faveur dans l'Luropc occidentale, et c'est pour nos terres que des Chinois l'esploitcnt au profit du gouverne-
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ment péruvien. L'exploitation, fiévreusement conduite, aura bientôt enlevé jusqu'au roc les douze à quinze millions de tonneaux d'excréments pulvérulents des trois Chinchas.
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La Bolivie, démembrement de l'ancien Pérou, a pris et quelque peu altéré le nom de I^olivar, héros qui dans le premier quart de ce siècle eut une grande action dans la guerre déclarée aux Espagnols par les colonies de l'Amérique du Sud. Elle s'appelle aussi Haut-Pérou : nom impropre, car la Bolivie n'est guère plus élevée que le Pérou propre, et la moitié de son aire embrasse des terres basses.
Les Boliviens ne s'accordent pas avec leurs voisins sur les limites de la Bolivie. Le conflit porte sur des déserts : jugé contre la République, il lui enlève d'innombrables vallées, mais très-peu de citoyens. Suivant qu'on lui donne ou qu'on lui enlève des selvas et des pampas, sa superficie va de 112, 500, 000 à 220 millions d'hectares, deux à quatre fois la Fi-ance,avec une population de 1,750,000 à 2,000,000 d'Ames. En 1867, un président bolivien a cédé au Brésil un grand terriloire litigieux.
Toutes les nalions de l'Amérique latine possèdent ce qu'il leur faut décotes, hormis le Paraguay et la Bolivie. Celle-ci est presque un État continental; elle ne détieiit qu'un lambeau de rivage sur le Pacifique, 300 kilomètres à peine, et ce rivage, avec son port de C.obija, n'a derrière lui que les sables et le ciel d'airain du désert d'Alacama, et, au bout de ce désert, la paroi des Andos et les pics perdus dans l'élher. L'homme s'épuise à gravir ces cimes, il en est dont il n'a pas encore louché les neiges, mais le condor, grand oiseau de proie, nage sans effort \ des milliers de pieds au-dessus des roches dernières; porté sur des ailes de quatre à cinq mètres d'envergure, il plane dans la région céleste que peu d'néro-
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nautes oui violée, puis tout à coup, il se laisse tomber du haut -de l'air sur son repas mort ou vivant.
Le désert d'Atacama ne connaît pas la pluie, l'air y est d'une sécheresse telle que la forme humaine, si prompte à ^e décomposer, y persiste pendant de longues années, même pendant des siècles, au souffle de vents salés. On y trouve encore les cimctiùres à air libre des anciens Péruviens. Au lieu de pourrir dans le sol ou de se dissoudre au bûcher, les morts y restent immuablement les mêmes, si le bec de Toiseau les épargne, assis ou couchés en rond, chacun ayant à son côté un pof, et dans une cruche sa provision funéraire de maïs.
Il n'y a pas de rivière dans le drscrt d'Atacama. Tous les cours d'eau de la République meurent sur les plateaux ou vont au loin s'égarer dans les selvas ou les pampas, puis s'engloutissent dans l'Atlantique par le fleuve des Amazones ou l'estuaire de la Plata. Bien que touchant le Pacifique, la Bclivie ne lui donne pas un ruisseau d'eau constamment courante.
Le désert d'Atacama est une des tierras calientes delà Bolivie. Les autres terres chaudes s'appellent ynugafi, d'un mot aymara qui signifie vallée chaude; elles s'étendent sur les affluents du Paraguay et sur le tiiiaporé, le Mamoré et le Véni ou Béni, qui forment à eux trois le Madeira, énorme rivière supérieure à nos Rhin et A nos Bhùne, comme le Hhin et le HhAne à nos autres torrents. Dans sa basse vallée, le Madeira, ainsi nommé du mot i)ortut;ais ynadcira (bois), à cause de? arbres qu'il mène aux Amazones, a moyennement trois fois la largeur de la (iaronne devant Bordeaux, l.'iOO î\ 1800 mètres : son cours approche de :5,.')00 kilomètres.
^ Au-dessus de i;> à ir.oo mètres d'altitude, en remontant ces faraudes rivières et leurs affluents, ;\ travers des vallées où guette le jaguar, on arrive dans les terres tempérées — on dit en Bolivie les valles ou mrdiis yufuins — et l'on y reste jusqu'à 3,000 mètres de hauteur. Kntre M, (»()() et :i,;iOO mètres, le mais et le blé sont la i)riii(i[)ale culture des rabrzcras de valle (tèlC:^ de vallée). A partir de 3,:iOO mètres \ient la Pnna ou tern^ froide, il y a deux punas: de 3,:iOO j\ 4,000 mètres, on est dans la Putin propre, dans la contrée de l'orge, de la pouimo
BOLIVIE
de terre, des p^ilurages où broutent le débonnaire lama^, i'alpaca, la vigogne et le guanaque, qui sont les bètes de somme et les porte-laine des plateaux andins. Au-dessus de 4,(00 mètres s'étend la Puna brava, qui monte jusqu'à la région morte des neiges tenaces, des glaciers, des sommets polaires où l'homme ne respire que péniblement. 11 se trouve en Bolivie des paraynos, plaines désertes d'une altitude telle que le soroche (mal de montagne) en rend le séjour difficile, quelquefois même impossible. Le village andin de Sanla-Anna dispute au couvent tibétain de Ilanlé, à la métairie équatoriale d'Antisana et à la maison péruvienne du col de Rimahuasi, l'honneur d'être le séjour humain le plus élevé au-dessus du miroir des mers. La ville de Portugalete est sise à 4,200 mètres. Potosi à 4,0;j2. — Cette dernière, qui avait en 1711 170,000 habitants, n'en coirfpte plus que 23,000. Ce fut un moment la plus grande cité de l'Amérique du Sud, et ses mines d'argent les premières du monde : on en a retiré de 9 a 34 milliards, suivant les évaluations. — D'autres villes, beaucoup de villages sont ainsi bâtis à la limite de lair aisément respirable, près de ces punas bravas et de ces paramos gôlidcs où la sécheresse de l'air ne laisse croître que le lichen verdAtre appelé llareta. La neige qui tourbillonne, le vent qui siffle, la caravane qui passe, sont toute la vie de ces plateaux sinistres. Avant que des mesures plus exactes en eussent décidé autrement, on croyait que la République bolivienne levait dans les airs supérieurs les têtes les plus sublimes des Andes : on donnait à l'Illampu, ou Nevado de Sorata, 7,i94 mètres, au lieu de 6,480, hauteur réelle. A sa sortie du Chili, la cordillère des Andes, une jusque-là, prend tendance à se bifurquer et à se trifurqucr; les chaînes qui se séparent ainsi vont se réunir plus loin dans un nœud, puis s'écartent encore. Il y a en Bolivie plusieurs de ces nœuds, et entre les chaînes qui s'y détachent ou s'y rejoignent, s'étendent généralement d'allVeux paramos, des pampas sèches, des bassins 'marécageux, d(!s plaines de i^able, des lagunes salées : la laideur, le froid, la pauvreté à quelques heures ou à quelques journées de marciie de la beauté, de la chaleur, des forêts, des rivières, de toute l'opulence des yungas.
Les Cordillùrcs boliviennes portent différents noms : serrania de Hualacondo, cordillera de Lililica, cordillera de la Costa, cordillera Heal, etc. Un grand nombre de pics dépassent 5,000 mùtrns, quelques-uns 6,000. Leurs noms, parfois so nores, pompeux et vraiment espagnols, rappellent souvent aussi par leur forme étrange que ces monts couvrent de leur ombre des vallées où l'Indien à maintenu ses langues contre le castillan. L'altitude moyenne de la chaîne qui fait frontière avec le Pérou est de 4,600 métrés, celle de la cordillère Royale est de 4,701 métrés et les neiges persistantes n'y commencent qu'à y,262 métrés, tant est grande la siccité du ciel. Dans cette dirniérc cliaîm», le granitique lllimani (6,509 métrés), dont personne encore n'a foulé la cime, est probablement le pic majeur de la HoliNie; le Novado de Sorata le suit de pré< ; le Cbacliacomani,* le iluayua-l*otosi, le Lipez, le Nuevo-Mundo, l'Aucaquilcha, les volcans d'Atacama, de Hlascar, de Llallayacu, de Taconado ont prés ou plus de 6,000 métrés.
Le Sorata et l'IUimani, voisins l'un de l'autre, commandent de loin le rivage du lac de Titicaca et la vallée de son effluenl, le De^aguadero. Le lac de Titicaca, dont les bords virent naître les lois des Incas, se partage entre le Pérou et la Polivie, mais le Desaguadero appartient en entier A la République, ainsi que le Pampa-Aullag.is, situé sur le cours de la rivière. Le Desaguadero a 2'10 kilonièlres de longueur. L'évaporalinn est telle sous ce climat sans humidité que le Pampa-Aullagas, qui reçoit cent mètres cubes d'eau i\ la seconde, se déverse par un émissaire roulant à peine un mètre cube; i\ son tour, cet émissaire tillre dans le sable, puis repa raît et enfin se perd détinitivement, par 3,68o mèires daltitude, dans la Ciniega de Coipasa, lagune qui absorbe des torrents et n'en rend aucun. Ainsi s'achève le Desaguadero, qui jadis atteignait le Madeira. Le Pampa-Aullagas, le fossé du Desaguadero et le Titicaca font partie de la haute plaine d'Oruro (3,700-4,200 met.), dont les dix millions d'hectares renferment une grande partie des habitants de la République.
Infiniment riches encore des métaux qui glorifièrent le
ora de Pérou et firent la fortune de l'otosi et d'autres villes
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<3échues, les Andes boliviennes abritent dos vallées froides ou tempérées selon l'altitude. La République écheloDne tous les clinoats, du climat du Sahara, dans le désert d'Atacama, ou du clima^ du Tropique américain, dans les selvas, à celui où le froid prévient ou tue la vie. Par cela môme, elle peut produire dans les régions d'en bas les plantes amies du soleil, dans les régions médianes ou dans le pays d'en haut tout ce qui veut des températures douces, et tout ce qui craint assez l'énervement pour exiger un air froid. De même, la salubrité du pays varie avec les proportions d'altitude. Elle est moindre dans les yungas que dans les valles, dans les valles que dans les punas et les paramos. Dans les terres élevées, le clitnat convient très-bien cà l'Européen, même à l'homme du Nord, mais les fils de l'Europe ne portent point à la Bolivie le secours de leur activité.
La population de la Bolivie ne grandit que de ses propres forces, mais elle grandit très-vite. De 1825 à nos jours, elle a plus que doublé. Elle approche maintenant de trois millions, ^ compris cinq cent mille à un million d'Itidiens bravos. Ceux-ci mis de côlé, les sept huitièmes des Boliviens sont des Blancs, autrement dit des Indiens ayant de la sangre azul dans les veines, à des degrés divers et souvent très-peu. Dans le pays de Tarija, dont les eaux vont à la Plata, le sang espagnol domino, surtout dans les villes.
Les Indiens qui forment le fond de la nation bolivienne sont, comme au Pérou, les Quichuas et les Aymaras, ceux-ci vers le Titicaca, les premiers dans le midi du pays. L'Aymara ne vaut pas le Quichua; il est encore moins élégant de formes, et pourtant le (Juiclum n'a aucune distinction, il est pelit, ramassé, mal équarri, fort de tronc, court de jambes, et ses métis avec le Blanc sont absolument sans beauté. Les familles issues du croisement des Espagnols et des Aymaras gardent aussi la laideur et la grossièreté de formes de leurs pères indiens. Les <juaranis, venus du Paraguay par le Pilcomayo, sont l'élément principal dans plusieurs districts, vers Santa-Cruz de la Sierra. Dans les valles il y a un quart de Nègres.
La religion catholique a pour adhérents tous les Boliviens qui ne sont pas Indios Bravos. L'espagnol est la langue des
oCS GÉOGRAl'llIE.
Blancs, l'idiome des livres, des journaux, des alTaires, mais le quichua se parle chez la grande majorité du peuple. Voilà donc un idiome indien qui est, en somme, la langue nationale de trois pays qui, réunis, feraient cinq à six France, l'Equateur, le Pérou et la Bolivie. 11 n'en périra pas moins devant l'espagnol, car il a le malheur de ne pas s'ûtre élevé au rang de langue littéraire.
Depuis \H'61 le gouvernement réside à la Paz, ville de To à 80,000 habitants, la plupart Aymaras. I.e nom complet de celte capitale est la Paz de Ayncudio. On sait quel penchant les Espagnols et les Portugais ont pour les dénominations longues, brillantes et sonores, mais avec le temps les trois quarts du nom originaire tombent en désuétude et les villes se présentent sous une figure moins pompeuse. La Paz est bAtie dans une vallée cerclée de hautes et abruptes montagnes, sur un torrent qui devient le Béni, branche du .Madeira, et qui, apri'-s avoir quitté la ville, s'engage dans les gorges de la Angostura, et en Tii kilomètres d'un cours tordu, descend de plusde2,î00 mtMres. La Pazse trouve à 3,720 mètres d'altitude, à 42 kilomètres en ligne droite du Nevado de Illimani, à ;iO du Tilicaca. Les nuits y sont fraîches ou froides, l'air sec, et la moyenne de l'année égale à peu près à celle de Paris, c'est-àdire à 10 degrés. — Il y a 1j ans, le gouvernement siégeait à Sucre, ville ainsi nommée d'un général de la guerre de l'indépendance, mais elle s'appelait auparavant Chuquisaca de la Plata, du quichua Chuquichaca (Pont-dOr). Les Sucrions habitent à 2,8i0 mètres d'altitude, sur le laite entre le Madeira et le Pilcomayo, c'est-à-dire entre l'Amazone et la Plata ; ils ne parlent guère que le quichua. — I.a seconde cité de la Uépublique, Cochabamba, contient oO,000 Ames.