‹ Géographie (volume 2)Chapitre 84 sur 104 · LA FRANCE ET SES COLONIES · texte numérisé non relu

LA FRANCE ET SES COLONIES

Le Français s'exagùre la grandeur de la France. C'est lu moi' lié du globe pour le paysan qui ne connaît au monde que « Paris, la France et puis l'Angleterre, » ou, suivant les fronliôres, rAllemagnc, la Suisse, l'Italie, l'Espagne. Ec soldat qui a vu l'Algérie, le marin qui a débarqué au Séni'gal, e[i Gochinchine, à Nouméa, ont des idées plus réelles. Us savent que l'univers ne tient pas entre Brest et Toulon.

D'ailleurs, quand on a couru la France en tous sens, de Paris en Iklgique, à Strasbourg, au monl Cenis, à Menton, à Rayonne, à Brest, quand on a vu lant de villes opulentes dans des campagnes fécondes, lant de coteaux bleuissant d'horizon en horizon, lant de montagnes derrière lesquelles les plaines, les collines, les lointains, les panoramas recommencent, quand on a traversé lant de riviùres, lant de taillis, lant de forêts ; quand on a gravi les Vosges, le Jura, la Côle-d'Or, le Morvaii, les Alpes, les Pyrénées, les (lévennes, les volcans d'Auvergne, les dômes limou^-ins, et touché de son pied la vague de ui.s trois mers, la Manche, l'Atlantique et la Méditerranée, ou a peine (\ croire qu'un pays si vaste et si dfvers ne soit que la deux cent cinquantième partie d: la Terre, les mers non comprises.

806 GEOGRAPniE.

La surface de la Franco, avec la Corse, est de 54 à 55 million» d'hectares, et sa populaliou se montait i\ 38,192,000 âmes, au recensement de ISOG. L'iiurope a 980 millions d'hectares et 293 millions d'habitants; le monde enlier s'étend sur 13 milliards ioO millions d'hectares et nourrit 1375 millions d'hommes.

La France donc, ti grande dans l'histoire, n'est que le 250' de la Terre, et elle ne contient que le 36e des habitants du Globe. Comparée à rFurope, elle en forme le 18* comme superficie, et comiue population un peu plus du 8«.

Ajoutons à la France un vaste pays, l'Algérie, qui s'agrandira sûrement encore dans nos mains, ne fût-ce quejusqu'A la Malouia, sa frontiire historique. Par sa proximité, ce n'est point une colonie; oftkicilement, c'est la continuation du territoire au delà de la Méditerranée, i-^n portant à 25 millions d'hectares au moins la surface utile de cette Afrique française, Tell, pAlures, oasis, on arrive, pour l'aire du t^ol national, à 80 millions d'hectiires, le IGS* de la terre, avec 41,100,000 habitants, le 33« de l'immanité.

i'.n prenant toute l'Algérie, bons fonds et déserts, le terriloire français s'élend à 121 millions d'hectares, le IH'du Globe. Lniin, en comptant toutes nos colonies et les pays protégés, autant vaut dire dépendants, l'étendue de la domination française se double: elle monte d 242 millions d'hectares, le 55« des terres, avec 44,s00,000 ûmos, le :U° des humains.

Le nom de France ne répond pas à la vérité des choses. Les principaux ancêtres connus de la nation s'appelaient Kymris au nord- est, Ibères au sud-ouest, Celtes à l'ouest et au centri- ; le pays se nommait la Gaule, et l'ensemble des habitants les Gaulois. Les lL>mains conquirent le pays, ils n"y firent soucho que dans quelques dîllricls, mais s'ils moililiùrenl peu le sang yauloi-, ils changùrentla langue de nos pures.

Provenus d'un mélange à doses ignorées où le Celte, mOlé à des aulochlhones inconnus, prépoudéra avec le Kymri, au détriment de libère et du Uoinain, les Français n'étant point race

pure et parlant une langue enapruntée ne peuvent avoir de nom national. On les désigne d'après leur patrie, et cette patrie elle-mCme porte un nom faux. Il s'est passé cliez nous ce que rtiistoire a vu plusieurs fois : l'Asie réelle n'était qu'un district du monde grec ou du monde barbare voisin des Ilellùncs ; de proche en proche, le mot s'étendit à la plus grande des cinq parties du monde ; l'Afrique a pris de mûme le nom d'un mince canton riverain de la Méditerranée.

Ainsi de la France. Les Francs Salions, Germains turbulents et pillards, vivaient sur les bords de l'Yssel, alors appelé Sala, prés de la mer du Nord, dans le territoire qu'occupent aujourd'hui les plates provinces néerlandaises de la Gueldre et de rOver-Yssel. Ils enlevèrent aux Romains de la décadence un maigre lambeau de notre sol actuel. Les roitelets d'une de leurs tribus se fixèrent dans une île de la Seine, en aval du confluent de la Marne, en amont du confluent de l'Oise, deux rivières qui étaient, avec l'Aisne, les routes de cette Germanie d'où venait le flot intermittent des immigrations armées.

Dans l'île de la Seine végétait Lutèce, depuis Taris, ville gallo-romaine et parlant latin, à laquelle les Francs n'imposèrent pas leur idiome (euton. Lutèce, bien située, prospéra et devint la tète de la contrée sillonnée de rivières que ses récents dominateurs avaient fait appeler France ou Ile de France. Peu à peu, le nom de France s'étendit avec le pouvoir des rois de Paris sur de grands territoires où le sang des Francs n'avait eu aucune part à la création de la nouvelle nationalité ; il finit par s'appliquer à des districts où les guerriers germains n'avaient jamais païsé, ou, s'ils y avaient paru, c'était en conquérants d'un jour, armés et la lorclio à la main. De la sorte, le nom de France est arrivé à désigner aujourd'hui toute la région comprise entre la Manche, l'océan Atlantique, les Pyrénées, la Médilerrariée, les Alpes, la Suisse, l'Allemagne et la Hclgique.

La (iaule romaine allait jusqu'au lUiin; la France, de ce Côté, a perdu du terrain; les guerriers et les agriculteurs allemands, la politique et les batailles ont diminué le domaine gallo-romain de tout le pays formant aujoi.id'hui les neuf

608 GKOGnAPniE.

provinces de la Hclgiquo, une partie de la Hollande, le grandduché de '.uxcmbourg, la Prusse rhénane de la rive gauche et le l'alalinat de navi('^re. La France ne touche au Rhin que par deux départements où le français n'est pas l'idiome maternel.

Rarement la frontière politique d'un pays concorde avec la fronlière naturelle ou avec celle que trace la didercnce des langages, des traditions et des mœuis.

Tout le long de la Belgique, les limites de la France sont arbitraires. M montagnes, ni rivières, ni déserts ne séparent les deux pays. Une plaine, une colline, un marais, un ruisseau, un bois, un champ, un village commencés en France s'achèvent en Belgique sans que rien, tout au p!us un routin ou un canal, avertisse qu'on a changé de contrée, d'inlércMs, d'orbile ; de même, sur nul point de la fronlièrc la diiïércnce d'idiome n'a déterminé la ligne de scission. Presque lo'iteslcs communes des arrondi^semenlsd'llazeb^onckel deDunkerque parlent flamand, comme vis-à-vi^ dans la Flandre belge, puis sur tout le reste de la limite franco-belge, le français et ses dialectes wallons régnent aussi bien en Belgique, dans le Hainaul, le Namnr, le Luxembourg belge que dans nos déparlements du Nord, de l'Aisne, des Ardeiine.-, de la Meuse et de la Moselle.

Vers le Luxembourg hollandais, même absence de frontièrenaturelles; le Luxembourg continue la i>enle de la Moselle française et de ses afiluents, et des deux côtés de la iimitt; les bourgeois connaissent le français, tandis que la masse du peuple jargonne un patois allemand.

Du côté de l'Allemagne, la démarcation et^t longtemps (iclivc, puis à partir de Wissenîbourg, elle se fait par la Lauler, petite rivièri', et par le puissant Rhin, llenve aux eaux vertes, au courant rapide, aux îles multipliées. Mais les rivières, eussent-elles même 1000 mètres de large, sont-elles réellement des frontières'/ Il est si facile de les traverser dans la paix ou ans la guerre; les villages des deux rives se conuuisscul ; ils

sont liés de mille manières par des ponts, des bacs, quelquefois des gués, et plus encore par des relations d'affaires, de travail ou de plaisirs et par des mariages. Pour qu'un cours d'eau soit une limite naturelle, il faut qu'il sôpare deux langues, deux peuples. Ce n'est pas ici le cas. Politiquement, la France empiète sur l'Allemagne par ses populations germaines du Das-Uhin, de presque tout le Haut-Rhin, de la moitié delà Moselle et d'une petite partie de la Meurthc. A l'inverse, l'Allemagne réelle empiète sur la France politique par les 1,300,000 individus plus allemands que français qu'elle projette sur notre territoire. Malheureusement pour les récentes annexions prussiennes, le droit de conquête se retourne contre le conquérant, et la communauté de langue devient stérile quand ' elle ne s'appuie pas sur la communauté des vœux. V'oilà pourquoi l'on ne tient ici aucun compte du traité de 1871. Les Alsaciens et les Lorrains conquis restent pour nous France jusqu'au jour où il leur aura plu d'être Allemagne

A partir du point où le Pihin quitte Bûle pour Huningue, la frontière redevient absolument arbitraire du côté de la Suisse: des deux parts, les chaînons calcaires parallèles du Jura; des deux côtés la même langue, qui est d'abord l'allemand pendant quelques lieues, puis le français. Rien ne différencie le Doubs, le Jura, l'Ain, départements delà France, d'avec le pays bernois de Porrcntruy et d'avec Neuchâte!, Vaud et Genève, cantons de la Suisse.

De l'endroit où la France prend sa part du Léman, depuis l'annexio.) volontaire de la Savoie, jusqu'à la côte de la mer Méditerranée, la France a des limites presque constamznenl naturelles : le lac de Genève, et à partir de ce lac une haute arête des Alpes, qui nous sépare du Valais (Suisse) et du Piémont (Italie), en passant par deux des plus belles montagnes de l'Europe, le Mont-lllanc et le Mont-Viso. Celte frontière, caractérisée s'il en est au monde, ne s'accorde pas loujouis avec ce qu'on pourrait appeler la frontière nationale, et cela à notre désavantage, car plusieurs vallées italiennes par leur versant sont françaises par leur langage. Telles sont la vallée d'Aoste et le val de la Doire Ripnire où débouche le chemin do fût' du Mout-Ceni^.

GIO GÉOGRAl'UIE.

Delà Méditerranée à l'Océan, il eût été facile de séparer la France de l'Espagne par un tracé raisonnable; il aurait suffi de suivre la ligne de divorce des eaux. On ne l'a pas fail partout ; la frontière chevauche tantôt du côte de la France, tantôt du côte de l'I^spagne, selon que les bergers de l'une ou de l'autre nation ont eu de temps immémorial la jouissance des l'Aturagcs sur les deux versants de la montagne. Nombre de rivières fiançaises ont leurs sources en Kspagne, la Nivelle, les Mve, le Gave de Pan, la Garonne, l'Ariége. De môme des torrents espagnols commencent en France, comme rirati, afthient de l'AragoUjla Sègre et la Mouge, tributaire du fleuve Lobrègat. Les deux infractions les plus graves à la régularité de cette frontière se trouvent aux origines de la Garonne et de la Sègre. La Garonne, un de nos grands fleuves, a ses deuv brandies initiales dans un ba?sin tourné vers la Frahce et qui n'a pas moins de oo,000 hectares; ce bassin, le val d'Aran, appartient à l'Espagne dont l'isolent les plus hautes Pyrénées, i'.nrevanclie, le bassin supérieur de la Sègre, importante rivière c.italane qui va se jeter dans l'Èbre, nous appartient pour oO,OUO hectares. Nous gagnons i),*200 hectares sur le haut Irati, mais nous en perdons ltî,800 sur la Nivelle et les Nive naissantes. Nous n'avons donc pas l'avantage dans l'échange de territoire qu'eniraînent ces limites à contresens. Les diplomates des deux nations sont revenus plusiiHirs fois k l'œuvre depuis 250 ans à l'occasion de ce tracé de frontières, mais ni la France ni l'I^spagne n'ont i\ s'en féliciter.

La France regarde trois mers: la .Manche, l'océan Atlantique, la Méililcrraiiée.

La Manche conduit les navires du profond Atlantique à la mer du .Nord, qui est peu profonde, excepté dans le voisinage de la Norvège. Dunkerque (.TU, 000 iiab.), port français Irèsaniniè, donne précisément tur la mer du .Ni»r()j' mais tout près de celle ville, à l'ouest, la mer devient gouleVel prend le nom de Pas-de Calais, d'une ville de France qui, de tout temps, fut le principal point de départ pour l'.Vnglclerre, comnK%

FaANCE. 61'1

vis-:li-vi!^, Douvres est le lieu d'embarquement pour la France le plus fréquenté par les Anglais. De Douvres ;i Cal.iiâ il n'y a que 2"^ kilomètres. Avec un de ses anciens faubourgs, Saint-Pierre lés-Galais, ville de fabriques. Calais a 30,000 âmes. Les insulaires d'Albion sont nombreux flans celle ville, qui resta jusqu'en i5o8 lôte de pont de TAngleterre sur le territoire français.

De la frontière de la Flandre belge à Calais, des dunes bordent la côte, dunes qui ont valu à Dunkcrquc son nom qui veut dire É'jlise des dwies en fl-imand. Ces collines sablonneuses seront bientôt fixées par des semis de pins qui deviendront une forôt continue où le vent du nord, tamisé dans les aiguille?, versera des murmures semblables aux bruits affaiblis des lointaines cascades. Sur ce trajet la mer reçoit l'Aa (80 kilom.), rivière navigable qui coule dans des walergans (marais desséches) au-dessous de Saint-Omer (22,000 hab.).

Au delà de Calais, les dunes et les falaises se partagent la rive. Le cap Gris-Nez ne s'appelle point ainsi de la couleur de ses roches, mais par corruption des deux mots Crag-Ness (cap des Horhers). C'est la terre française la plus rapprochée de l'Angleterre ; il recule en moyenne de 25 mètres tous les cent ans devant l'empiétement de la vague.

A l'ouest et au sud du cap Gris-Nez, le l^as de-Calais s'élargit. 11 devient la iMancbe, bras de mer peu profond, dangereux par ses tempêtes. La Manche ronge sans relûche et fait écrouler des falaises, détruisant ainsi dans ces parages le continent Lié re par mètie. Boulogne ('i0,000 Ames), à l'emboucliure Ulî i.i Liane ('tS kilom.), doit au voisinage de rAugh-lcrre de tenir le troisième rang pour le connncrcej après Morscillo et le Havre; les Anglais y fourmillent et leur langue y est assez connue.

Au doh\ des embouchures de la Candie (95 kilom.) et de l'Authie (100 kilom.), deux claires rivières dans de coqi.'clles vallées très-peuplées, la Marquenlerre déploie ses 20, 0(!0 lieclaros d'alluvious plates derrière un bourreletde dunes. La mer, il y a dix siècles, flottait encore, dans ses marées les plus hautes, autour d<!s îlots de craie du golfe qu'a rem[)lacô ce beau domaine agricole et où débouchaient alors l'Aulhie et la

612 GÉOGRAI'IIIE.

Somme. Les alluvitns émergèrent définitivement, grain par grain, et à force de canaux, de digues d'îlot à îlot, la boue liquide, d'abord indécise entre ses deux élémenls, se tassa en terre ferme. Des allerris?emcnls nouveaux accroissent encore tous les jours ces polders de Picardie.

; La Marquenterre précède la baie de la Somme, dont les galets cl les sables se découvrent à marée basse sur une va?le étendue. La Somme est remarquable par l'extri^me rogularilé de son volume d'eau : à l'éliuge, les fontaines abondantes de son bassin crayeux fournissent encore 20 mètres cubes d'eau par seconde à ce fleuve de 2ib kilomètres de longueur, qui serpente au sein d'une plaine marécageuse et (ourbcuse; dans les fortes crues, la Somme entraîne rarement plus de 80 mètres par seconde, soit quatre fois seulement la masse de;s ca'jx très-basses. Ln France encore, maissous unaulrc climal, le Vidourle mène à la Méditerranée quinze niille fois plus d'eau dans les crues exceptionnelles que dans les étiages les plus faibles! La Somme tire ses eaux supérieures de collines dépassant de Irès-peu ICO mètres d'altitude: elle passe à Saint-Quentin (.'Kl, 000 hab.), ville qui travaille le coton cl la laine, à Amiens (O'ijOOO hab.), cité des plus industrielles, à Abbeville (20,000 hab). La cathédrale d'Amiens est un des premiers monuments do l'art : à une église parfaite il faudrait, (li?ait-on, « clocliors de (>hartres, nef d'Amiens, chœur de Beauvais, portail de lleims. »

Au midi de Cayeux que la dune, fixée maintenant, a cessé d'assiéger, un peu au nord de l'embouchure de la cliarmante Bresle (72 Icilom.), commence une côte de falaises crayeuses, /'honneur de la Normandie avec les beaux herbages, les ravissants vallons et la sinueuse Seine. Démantelées ;\ raison d'un mètre de recul tous les trois ans par « la mer qu'on ne peut apnaiser, » les falaises s'elTondrent incessamment dans les Ilots. Klles dominent la Manche par des murailles régulières, hautes souvent do plus de cent mètres; de temps en temps elles s'ouvrent aux vallcuscsj brèches de la roche, et laissent arriver au réservoir marin des fleuves microscopiques, qui sont très-clairs et fort abondants pour l'étendue de leurs bassins ; ils diminuent peu en été, irriguent de merveilleuses

FRANCE. 6i3

prairies et donnent la vie à d'innonnbrables usines^ Le plus grand se forme par la réunion de l'Arques (o2 kilom.)) de l'Kaulne (i8 kilom.) et de la Bcthume (00 kilom.): il tombe dans la mer à Dieppe (20, 000 hab.), port profond et sûr où l'on a parlé de faire déboucher un canal de grande navigation reliant Paris à la Manche. Plus loin se trouve Fécamp, premier port de pOclie delà France pour la morue, le hareng et le maquereau; puis viennent les falaises fameuses d'Étretat. Le Cap de la Hùvc, mangé de deux mètres par an, commande l'embouchure de la Seine et Le Havre ('87,000 hab.), second port français faisant à lui seul le quatrième ou le cinquième du commerce de la nation. Par un privilège immense, la mer n'y baisse pas dès qu'elle est arrivée au culmen du flot ; elle reste pleine trois heures avant de commencer à descendre, et pendant tout ce temps les vaisseaux portent sur des eaux profondes. La Manche, les navires des deux mondes, le golfe de la Seine, les villas gracieusement étagées des coteaux, la falaise excusent à demi l'hyperbole d'un poète célèbre qui a dit, en parlant du Havre : « Après Constanliiioplc, il 'l'est rien d'aussi beau. » 13'ailleurs, ce poêle, Delavigne, était Ilavrais.

A l'ouest do l'embouchure de la Seine, la plage se flanque de vases venues du fleuve et de sables qui accroissent ici le continent. La vague ne bal plus le pied des falaises qui furent le rivage et qui ont plus ou moins reculé dans les terres, en proportion de la masse de débris déposés par les courants à leur basse. Trois jolis fleuves se perdent sur ce littoral, coup sur coup, dans la mer, tous trois descendus des collines du Merlerault, dont les herbages entretiennent une race de chevaux d'élite; ce sont la Touques (108 kilom.), la Dives (100 kilom.) et l'Orne (loS kilom.) : celle-ci baigne les maisons de Caen (42,000 hab.), ville riche en églises et en vieux monuments civils.

* Un des vaisseaux de l'Invincible Armada, brisé en liiSS sur un rocher voisin du rivage, laissa à cet écueil son nom de Calvados, qui a passé à tout un long archipel de roches périlleuses, et de cet archipel ù un déparlement. A Port-en-Hessin, des filets d'eau s'échappent de la roche ou soulèvent à marée basse le sable du littoral. Ces sources ne sont point des fon-

eu GEOGRAPniE.

laines ordinaires : à 3 kilomètres au sud, non loin de Bayeux, deux rivières se renconkent au pied d'une colline de "2 mètres d'altitude, l'Aurc (iO kilom.) et l;i Dronime (('0 kilom.). A peine réunies, elles entrent dans les quatre Fo>ses du Soucy, qui sont de petits bassins où des béloires (crevasses) s'ouvrent dans le sol; des fouillis d'herbes, des broussailles, des arbres cachent ces fisèiires, et l'eau disparaît sans bruil, sans tourbillons et sans cascades. Dans les deux ou trois mois de grandes pluies, la rivière n'est pas dévorée tout entière par les Fosses, elle suit la pente de la vallée et descend vers l'estuaire de la Vire par le lit du cours d'eau qui se nomme l'Aure InTe'rleure ou simplement l'Aure. Mais pendant les trois quarts de l'année, elle finit en apparence dans les quatre goulTres. Arrivées sous l'ombre, les eaux de l'Aure et de la Dromme se divisent : une partie va revoir le jour par la souice considérable de l'Aure inférieure; l'autre coule dans les entrailles des collines et va ressortir sur les grèves de Port-en-Bcssin.

Après un cordon de sables, la côte redevient rocheuse. Aux roches de Grand»-Camp, elle s'infléchit au midi pour former l'estuaire de lu Vire (132 kilom.) et de la Taute (6'6 kilom.). La Vire descend des charmantes collines du Bocage et baigne Saint Lô. La Taute et son alflucnt, la Douve (00 kilom.) serpentent languissan)ment au milieu de larges prairies faites des alluviuns qui comblèrent d'anciens fiords. L'estuaire de la Vire est encombré par de larges grèves et par des bancs de sable que recouvre la haute mer.

A l'ouest du golfe de la Vire, le rivage remonte au nord, pour tourner ensuite à l'ouest, puis au sud et circonscrire ainsi, par un trajet de 330 kilomètres, la presqu'île du Cotcnlin, la seule importante en France avec la Bretagne, l'ar son climat, ses prairies humides, son a?pe( t, le Cutentin rappelle plus qu'aucune autre région française l'herbagère et moile Albion. Falaises et grèves s'y succèdent le long des flots irritables; heureusement la côte est frangée d'une multitude de criques, et où la nature n'avait point éehancré de vrais ports, l'homme en a créé. Fait à coup de millions, le port de Cherbourg (37,000 hab.) p(>nt abriter 400 vnisseaux de ligne sur 1,000 hectares, derrière une digue qui est un ehef-d'œu-

IRANCE. 015

vre du génie et de la patience. Granville, iiort de pOchc, occupe un rocher de la côte occidentale du Colontin, côle qui s'étend des magnifiques rochers du Nez de Jobourg à la baie du Monl-Saint-Mi( bel, et dont le principal cours d'eau est la Sienne (7G kilom.). Les Iles Chausey, à 12 Ivilomôtres au large de Granville, ne sont que des écueils portant sur ua l>lateau sous-marin. A marée haute, on n'y voit que des roches, à marée basse de vastes grùves rattachent les traînées d'îlots, les brisants et les blocs isolés. Paris tire de là une partie de ses pavés.

Le raz Blanchard, le passage de la Déroute, l'entrée de la Déroute, détroits où il faut lutter contre des venis furietix, des courants de 16 kilomètres à l'heure, des remous, des bancs, des roches, séparent le Cotenlin d'un archipel voi^in de la France, mais appartenant à l'Angleterre, l'archipel des îles normandes.

Ces quatre îles, Jersey, Guernesey, Aurigny, Serk, n'ont pas ensemble 20,000 hectares, mais elles font vivre plus de 90,000 personnes; leurs campagnes sont favorisées par un climat égal et plu^ieux, leurs côtes sont pittoresques, leurs ports animés par le commerce et la pêche. La langue anglaise fait des progrès à Saint-Hélier, la capitale, et en général dans les villes, cl elle domine dans Aurigny, mais le français et le patois normand restent, l'un l'idiome civilisé, l'autre le langage courant du peuple de cette petite Normandie, rameau arraché du tronc, mais encore imprégné des sucs originaires.

A la baie du Mont-Saint-Michel finit le littoral de la Normandie qui n'est plus, avec la Saintonge et la côte basque, la patrie de nos plus nombreux et de nos plus vaillants marins : ces trois rivages ont cédé le pas à la Rretngne et à la Provence. A la marche de la Normandie et de la Hrelagne, la Sée (03 kilom.), la Sélune (00 kilom.) et le Couesnon (90 kilom.), les deux premières rivières normandes, le dernier rivière bretonne, filtrent dans les sables mobiles de la baie du .Mont-Saint- Michel.

La baie du Monl-Saint-Michel se nomme ainsi d'un rocher granitique élevé, presque enlièrement couvert de maisons,

de remparts, de ruines, avec une église et une immense abbaye au sommcl. Avant longtemps le continent reprendra autour de cette noble colline 2o,000 hectares qui lui appartenaient jadis; mais, pour le moment, la marée y monte, dans ses grands jours, d'une quinzaine de mètres, élévation qu'elle n'atteint ou ne dépasse que dans la baie de la Severn (Angleterre), diins la baie de Fundy (Amérique anglaise du Nord) et à rentrée du détroit de Magellan (Amérique du Sud). A cette hauteur de marée, le flot engloutit dans la baie du Mont-Saint- Michel 2f),000 hectares de grèves sous 1,345 millions de mètres cubes d'eau (700 millions seulement en mortes eaux). A mer basse, il y a du rivage à la vague dix kilomètres de grèves.

La côte bretonne commence par la baie de Cancale, aux huîtres chéries du gourmet. Ici le vieux rivage a cessé depuis des siècles de border le tlot de la Manche ; il s'élève au-dessus dii Marais de Dol, petile Hollande dont les 15,00) hectares de terres d'apport se sont groupées autour de l'antique îlot granitique du Mont-Dol. Mais bientôt les rochers touchent au vrai rivage et poussent constamment des avant-postes dans la mer, écueils isolés ou traînées blanchissantes qui ont fendu bien des navires. Ces avant-postes sont, à vrai dire, des arrière-gardes, les restes d'un ancien littoral démoli par les coups de bélier de la vague infatigable. Toute la rive de Hretagne a tellement été façonnée par d'anciens glaciers et par la mer que des estuaires, des ports innombrables découpent en zigzags SCS collines de schiste et de ^^ranit. Les Hrelons sont les premiers marins de la France, comme leur compatriote la Tour d'Auvergne en fut le premier grenadier.

Saint-Malo, mère des corsaires, commande l'estuaire de la Hance (110 kilom.). Avec Saint-Servan, ville hors murs, elle a 23,000 habitants. Plus à l'ouesl, Saint-Brieuc ne s'élève pas sur la Manche, mais sur le Gouet (48 kilom.), A «i kilomètres d'une baie où la mer découvre de vastes lits de sable. Pe nombreux estuaires, le long de ce littoral, permettent aux navires d'un fort tonnage de remonter au loin dans les terres; au bout del'estunire, ce qui semblait nu large lleuve devient un gros ruisseau ou une élroile el indigenh^ rivière : tels sont le Trieuv (72 kilom.), qui passe ;\ Guingamp, le Tri-guier (.')8 kilom.),

FRANC t. Cl 7

!c Guer (71 kilom.), rivière de Lannion, la rivière de Morlaix.

En face de l'île d'Ouessant (l,o38 hect., 2,400 hab.), dont une mer clapoluiile assaille le plateau nu, à 20 kilomètresde la rive, se termine la côte delà Manche. Son développement, en y comprenant 72 kilomètres pour la mer du Nord, est de il51 kilomètres, le 4ong de neuf départements, le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, la Seine-Inférieure, le Calvados, la Manche, Tllle-et-Vilaine, les Côtes-du-Nord, le Finistère.

Ce dernier département, le Finistère, tire précisément son nom, qui devrait s'écrire Finislerre, de sa situation à la borne commune de la Manche et de l'Atlantique, au bout de la presqu'île de Brelagne, à la fin des terres. Rares sont les côtes où la mer a plus de sauvagerie, de colères et de gonflements qu'à la pointe de ces promontoires terminaux de la France occidentale. Sur peu de côtes l'Océan a creusé plus de baies et plus de petites anses, calmes à deux pas des flots bouleversés, resserrées et comme intimes à quelques jets de pierre des vagues sans bornes.

La France possède sur TAtlantique i02o kilomètres de côtes. D'abord, i\ l'ea de la pointe de Saint-Mathieu, s'ouvre le goulet qui mène dans la rade de Drest, mer intérieure où « 5C0 vaisseaux de guerre manœuvreraient à l'aise;» sur la rive septentrionale de cette rade, Brest (80,000 hab.) est le premier port militaire français de l'Océan; la sûtelé de ses eaux et l'avancement de la péninsule bretonne vers l'Amérique du Nord lui réservent peut-être la prépondérance commerciale de l'ouest. Dans la rade de Brest tombe l'Aulne (122 kilom.), sinueuse rivière.

La pre:qu'ile de Crozon sépare de la rade de Brest la baie de Douarnenez, bordée de hameaux depOcheursd'où se voient les trois sommets et les croupes à bruyères du Méné-llom, qui est la tôle des Montagnes Noires. On sort des eaux de Douarnenez par le terrible passage du Raz, où se pressent les noms lugubres. Là sont la baie des Trépassés et l'Enfer de PlogoCf. A G kilomètres, l'Ile de Sein, ou de Sizun, n'a que 60 hectares,

a^ec CbO habitanls, pécheurs et sauveurs de navires. Une frange de flols lumultueux, des écucils, une écume dont l'embrun cache l'île ù la mer cl la mer à l'île, pas d'arbres, des pierres debout, des pierfes portées, des pierres couchées, témoins d'une race inconnue et d'une religion morte ; voilà Sein, voilà la rive brelonne; les vieux monuments de l'homme y sont des blocs solitaires, des amas de roches et des avenues de pierres sur des landes nues, et sur ces landes siffle le vent qui porte avec lui la fraîcheur de l'Océan, l'odeur marine et le fracas ou l'harmonie des larges eaux vertes.

Au delà de la baie d'Audierne et des roches noires de Penmarch arrivent par des estuaires l'Odel (G2 kilom.\ venu de Quimper, la Laïla(74 kilom.), formée à Quiinperlé, le Blavet (14) kilom.) sur lequel Lorient (3'^,O0O hab.), port militaire, u ta belle rade et ses chantiers de cou^truclions navah?. Visà-vis de la rade de Lorient, l'île de Groix, ou de Saiut- Tudy (1,470 hectares, 4,043 hab.) oppose au flot des falaises schisleuses.

La côte de Carnac, fameuse par ses avenue? de menhirs, se termine avec la péninsule do(juiberon, ancienne île granitique rattachée au contincnl pir un cordon de dunes. Des traînées de roi lies, l'île d'Houat (219 hab.), couverte de blé, rile d'Hœdic (238 hab.), « banc de sable défendu par une ceinture de rochers, » continuent celle péninsule, et protègent avec elle la mer intérieure où débouchent la rivière d'Auiay(;)0 kilom.), le Morbihan et la Vilaine. Le Morbihan — son nom breton signifie Petite Mer —est un golfe vaseux et peu profond, renfermant soixante îles; il ne reçoit que des ruisseaux, dont l'un passe à Vannes. La presqu'île de Huis, qui le sépare de l'esluaire de la Vilaine, se baigne dans un climat d'une telle douceur que le laurier-rose, le grenadier, l'aloés, arbres d'Afrique, y croissent en pleine (erre. La Vilaine, fleuve de 220 kilom. de longueur, passe à Rennes (:;2,n00 hab.), rajiHale de la Hrelagne avant 17^0.

/]n avant de (juibcron, d'Ilouat et d'Ilœdic, Belle-Isie (7,000 hcct.; 10,000 hab.) envoie à 04 criques les ruisseaux qui onl rafraîchi ses pentes nues, ses coteaux à bruyères, ses prairies. et ses fertiles terres \ blé. Heureusement pour les pu-

FBANCE. 610

cheurs de cette île surpeuplée, sa Côte de /er a deux bons ports, « qui ont sauvé 10,000 caboteurs pendant les guerres de la République et de Tlilmpire. »

De la Vilaine à la Loire, la presqu'île de Guéraiidc borde l'Océan de marais salants, puis de dunes maintenant fixées A l'embouchure de la Loire, Saint-Nazaire (20,000 hab.) conquiert rapidement l'importance commerciale que Nantes perd aujourd'hui dans ces parages.

Au sud de la pointe de Saint-Gildas, on passe de l'estuaire de la Loire dans la baie de Bourgneuf, formée par un rentrant du lilloral et par l'île de Noirmoutier. La baie de Bourgneuf diminue sans cesse; l'Océan qui ruine les promontoires bretons porte en partie leurs débris dans ses eaux tranquilles; à ces débris s'ajoutent ceux des caps de Noirmoutier, que le flot scie sans relûche, les alluvions de la Loire, les apports des petits fleuves côtiers. De plus, le sol s'exhausse : insensiblement, mais il s'exhausse. Les anciens marais, faits des dépôts amenés par l'eau salée et l'eau douce autour de l'île de Bouin cL de quelques îlots calcaires, s'allongent aux dépens de la baie par de nouveaux marécages. Depuis cent ans, la seule commune de Bourgneuf n/uurait pas gagné moins de 500 hectares. L'étendue de tout le Marais s'élùveà 30,000 hectares.

Par le retrait de la mer et l'extension du continent, l'île de Noirmoutier (5,000 hect., 0,000 hab.), que sauvent de l'Océan des dunes et des digues, finira par se nouer à la terre ferme, dont déjà elle fait presque partie à marée basse, car le détroit de Fromentine n'a plus que 1,500 à 2,000 métros de largeur. Noirmoutier ne connaît ni l'ombrage ni les fontaines, mais son sol est fécond, et ses marais salants d'un grand rapport.

A 20 kilomètres des dunes de Sainl-Jean do-Mont et du port de Saint-Gilles, l'Ile Dieu ou île d'Yeu {:\X)()0 hab., sur moins de 3,000 hect.) perd en bruyères la moitié de son territoire granitique, qui est protégé contre la mer par des bourrelets de sable ou par des roche:- toujtnirs assaillies et mouillées

Des dunes et des rochers se succèdent ensuite le long du litloral poitevin jusqu'aux Sables-d'Olonne, et des Sablesd'Olonne à l'embouchure du Lay (104 kilom.), qui est voisine

<iiO GEOGRAPUIE.

de la pointe de l'Aiguillon : celle-ci abrite la baie de l'Aiguillon, golfe de vases molles semblables à la baie de Bourgneuf en ce que le soulùvemenl lent du sol et les dépôts fluviatiles et marins y rétrécissent de plus en plus le domaine de l'Océan, il y a quelques siècles, la baie de l'Aiguillon poussait au loin ses branches dans les terres jusqu'à Luçon, à Fontenay, à Niort et à Aigrefeuille. L'homme aidant la nature par un réseau serré de canaux et de digues, la petite mer intérieure, qui asseyait patiemment ses vases autour d'une \ingtnine d'îlots calcaires, s'est à la fin changée en un marais auquel prennent part les trois départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Charentc-Iuréricure. Ce marais. Hollande française dont les habitants, les Ilutlicrs, vivent autant sur leur canot qu'à terre, s'étend sur 40,000 hectares. La baie de l'Aiguillon a pour tributaire la Sèvrc Mortaise (105 kilom.), ri\ière bleue qui doit ses superbes fontaines et celles du Pamproux,, son affluent, aux eaux que boivent les plateaux filtrants du Poitou. Au pied de Niort (20,000 hab.), la Sévre quitte son étroite et ravissante vallée pour les plaines du Marais. Llle reçoit la Vendée qui donne son nom à un département.

La baie de l'Aiguillon fait face à l'Ile de Ré, laide et dépouillée. Hé donne asile à une population si travailleuse que ses vignobles, ses marais salants, ses parcs à huilres, la pêclie et le cabotage y soutiennent \i) à 1 7,o00 habitants sur un territoire de 7 mille et quelques cents hectares. La Côte sauvai/Cj vis-à-\is de la grande mer, y j)ose une digue au flot qui ruisselle incessamment sur les falaises, lesémielte ou les mine et les fait tomber bloc à bloc. Sur la rive tournée vers le continent s'ouvrent des ports fréquentés parles caboteurs.

Par-dcsjus un bras do mer étroit, la pointe méiidionale de l'île de Hé regarde la Rochelle (20,000 hab.), qui fut le princijial port de Lranee quand les Saintongeais étaient nos premier» marins, avant la prise de la ville calviniste par Hichelieu, avant la perte du ('anada que la Saintonge avait colonisé autant que la Normandie, la Bretagne et le P(mIou. L'Ile d'Aix (12!) hect. ; 3;)6 hab.) commande l'embouchure de l.i Charente et l'une de nos rades les meilleures et les plus sûres. 11 y a moins de iiOO ans on allait encore, à mer basse, de la

côle ferme à cette île, mais l'Océan ronge ici le continent qu'il accroît au nord de la Rochelle; il a enlevé et dispersé l'isthme qui reliait Aix à la terre, isthme où s'élevaient les deux villes de Chatelaillon et de Montmclian.

Des marais salanls, inofi'ensifs ou funestes suivant qu'ils sont en activité ou abandonnés sous le nom de marais gats; des marais non salanls, berceau des fièvres intermittentes s'ils ne sont qu'à demi-desséchés; des laisses de mer non encore conquises par des digues, tel se présente le rivage malsain qui va de la Ctiarente à l'estuaire de la Seudre. La Seudre, faible ruisseau, devient tout à coup un fleuve large de 400 à 800 mètres en mortes eaux, de 1,000 à l,uO0 en eaux vives, et assez profond pour les grands vaisseaux. Sans les bancs de sable et la mauvaise mer de son embouchure, la Seudre aurait prêté son estuaire aux établissements maritimes installés près delà par Colbert à RocheforI, sur la basse Cliarente. Les salines immenses, les parcs où se cultivent les huîtres sans rivales de Marennes, le cabotage d'une dizaine de petits poris situés sur la Seudre même ou sur les chenaux navigables qui y débou chent, donnent quelque importance commerciale aux rive plates et singulièrement monotones de l'esluaire.

Le pertuis de Maumusson est peu profond, étroit, bruyant, violent et dangereux ; à l'est, il bat de ses eaux la presqu'île d'Arvert, à l'ouest, il se heurte à l'île d'Oleron. La presqu'île d'Arvert, entre la Seudre et la Gironde, fait front sur la mer en dunes immobilisées maintenant par des forêts de pins; à l'époque où les sables s'avançaient vers l'intérieur, en ensevelissant parfois à toujours des vallons et des hameaux, c'était un dicton de la Saintonge que les « monts marchent en Arvert. »

L'île d'Oleron ressemble à l'île de Ré par sa cd/e sauvage tournée vers la grande mer, par ses ports tournés vers la terre ferme, (^onime Ré, elle se divise en marais salants, en champs et en vignes. Llle a de plus qu'elle de vastes dunes qui se sont ombragées de pins et ont cessé depuis lors de cheminer de la côle au centre et d'ensabler les maisons et les cultures. Sur une étendue deux fois plus grande que Ré (15,320 hect.), Oleron n'a guère plus d'habilanîs (18,178).

l.a Gironde, l'un des estuaires les plus allongtjs et les plus vastes de l'Lurope, le premier de la France, a 10 kiloni. de largeur; enatleiij'uant rOcéau, elle ^^e réirécit à 6 kilom. enirc Hoyan et la pointe de Grave, cap dont la protection contre une mer furieuse a dévoré des millions à la France. Cordouan, îlot menacé et phare magnifique à 10 kilm. au lari;e, fut en son temps une roche continentale.

A la pointe de Grave commence la côte des Landes, longue de 22u kilotnrtres, de la Gironde à la barre de l'Adour. Le littoral landais est prijsque invariablement recliligne ; hors réchancrure du bassin d'Arcachon, il n'a ni baies, ni embouchures de grandes rivières, ni ports, ni villes ni hameaux. Les navires fuient ce rivages sans abri, périlleux et toujours le même, blanc de sable au pied de ses dunes, sombre de pins sur leurs versants et à leurs sommets. Avant qu'elles fussent arrOlées dans leur marche processionnelle vers l'est, ces dunes barraient les courants ou ruisseaux de l'intérieur; elles en refoulaient les eaux et constituaient à la longue des étangs littoraux, séparés maiiitenant de l'Atlantique par des chaînes de sable. Sur ces étangs, étangs d'ilourlins et Carcans (5,330 hect.), de la C.inau (2,000 hect.), de Cazau (<i,c)00 hect.), de liiscaro.-.se l(),0()0 hect.), etc., des villages groupent leurs maisons dans les pins, parfois ébranchés et ressemblant alors, en beauté niDintlre, au noble palmier, en vue des nappes d'eau rouiileuse valant de loin les (lois bleus des lacs de montagnes. Mais devant la ligne noire des rameaux où se tamise le vent de la mer, près de l'Occan qui détone, il n'y a que quelques phares, de rares cabanes de pOcheurs, et, environ de dix kilomètre^ en 10 kilomètres, un c^rps de garde de douaniers, seuls avec le llnx et le reflux, la brise ou la letnpéte, le sable, les toulTes de gourbets [arnndo arctuvia)^ les giamens, les chénciliège et les mille et mille colonnes du pé^i^tyle de la forél des pins maritimes.

Le nom du bassin d'Arcachon est devenu célèbre depuis qu'une cliarmanle ville de bains et ville d'hiver, Arcachon, a prandi sur sa plage méridionale, à l'entrée des dunes où frémissent les plus beaux pins de la France. Le bassin prend en hautes cauv U/iGO hectares au département de la (iiroqde.

iS'était la barre de son goulet cl la méchanceté de la mer à rem])oiichure, on y pourrait créer un port de refuge de premier ordre. Mais l'Iiomme, qui lutle à la rigueur contre l'Océan, est impuissant s'il combat à la fois la vague et le sable : l'une et l'autre reviennent toujours à la charge. On n'a pas osé en faire une immense rade, et l'on s'en sert maintenant comme d'huîtriére. Le bassin d'Arcachon reçoit la Leyre (84 kilom.), qui vient des Landes. La Leyre est une très-jolie rivière; ses fontaines lui apportent des eaux filtrées dans le sable, claires quand elles ne sont pas rougies par l'oxyde de fer, et abondantes jusque dans les étés les plus redoutables pour les sources.

Du goulet du Bassin à la bouche de l'Adour, on rencontre successivement : l'embouchure du courant de Mimizan, par où se versent en mer les plus grands étangs de la Lande ; le chenal du Vieux-Boucau,quifut un moment l'embouchure de l'Adour lorsque ce fleuve, barré par les sables en aval dcT Bayonne, fut contraint de remonter au nord parallèlement à la côte ; le chenal de Cap-Breton, qu'emprunta aussi momentanément l'Adour: aux temps où le fleuve gagnait la mer par ce goulet, Cap -Breton, aujourd'hui bourg dormant, était une forte cité marine, et son nom a passé à une grande île du golfe du Saint- Laurent. On croit que les premiers colons français de l'Amérique du Nord provenaient de ceitu ville; ils devinrent la souche des Acadien?-, nation vivanle encore après avoir été aussi maltraitée et aussi dispersée que le peuple juif.

Vis-à-vis des dunes et des vignes de Cap- Breton, plantées dans le sable pur et protégées du vent par des brandes, le Gouf de Cap-Breton, curieuse fosse de 380 mètres de profondeur, dans une mer dix fois moins profonde, serait assez \asle et assez Iranquille pour qu'on y établît un port cp refuge.

A l'embouchure de l'Adour se promène une barre dangereuse, qui se rit des digues et des eslacades. Près de Biarritz, ville de bains d'été, la côte, de sabîonrieuse et droite, se fait rocheuse et frangée, et ses caps d:iminent des anses mal abritées où la mer fait rage. Si, du haut dos promontoires, riiorizon est resté sublime avec ses vagues, sa mer iulinie, les

l'yrénées, la côte espagnole, on ne voit plus les pûcheurs basques parlir en flottilles pour aller harponner la baleine, qui a disparu de cet océan. Saint-Jean-de-Luz, dernier port français de ce littoral, recule devant l'Atlantique, plus terrible peut-ôtre ici qu'en liretagne. Hendaye est notre dernier village sur celte côle> il commande l'embouchure de la Hidassoa,en vue de laUhunc, du Jaïsquibel, de? 'Irois Couronnes et du Choulcocomendia, monts du pays basque français et du pays basque espagnol. La Bidassoa (70 kilom.) sépare ici la Fi;ance de l'Espagne : enire Hendaye et la noble Fontarabie, ville ruinée, ce^ petit fleuve s'épand en golfe, mais à une lieue dans la montagne, c'est un torrent pur coulant dans la roche.

Sur la Méditerranée, nous ijostédons en\iron 700 kilomètres de pla.f^es.

Une côte dentelée, qui plus loin devient sablonneuse avec des étangs derrière le cordon littoral, donne au rivage méditerranéen des I^yrénées-Orienlales une grande rossemblanoe avec le rivage océanien des Hasses-Pyrénôes : Bagnols, Port- Vendres, CoUioure, s'y abritent au pied des monts Albères, dinsi que Saint-Jean-de-Luz et Biarritz au pied des Pyrénées : seulement le climat a changé; l'olivier et les vignes à vins de feu du Houssillon couvrent ici les collines qu'habillent dans le pays basque le maïs et les touyaas ou bruyères.

Ainsi que dans le pays de Bayonne, celte rive rocheuse est dès-courte. ICIle fait place à une côte sablonneuse et rectiligne qu'enlr'ouvrent trois embouchures de petits lleuves pyrénéens non navigables, mais d'une grande importance pour l'irrigation : le Tech (82 kilom.), si redoutable dans ses inondations qu'on l'a surnommé le justicvr de In cuntric, la TOt (i25 kilom.), l'Agly (93 kilom.), ont fait de la plaine du Boussillon, incommodée de vent et de soleil, un jardin d'une fraîcheur et d'une force de production admirable?, notre hucrtn valenciennc, notre vega grenadine. Perpignan, sur la TOlc com;ite 2:i,000 habitants.

Les élangs de ce littoral ont des rives plates et malsaines. Ils communiquent avec la mer par des graiis (chenaux) perçant le cordon aréneux, qui parfois est si bas que le flot des tempêtes le submerge en partie. L'étang de Saint-Nazaire s'étend sur i,000 hectares ; l'étang de Leucate ou de Salces partage ses 5,700 heclares d'eaux et de vastes plages souvent à sec entre les Pyrénées-Orientales et l'Aude ; l'étang de Sigean {2,7o0 hectares), séparé par un bourrelet de sable de l'étang de Gruissan, vaste de 900 hectares, et à la veille d'être desséché, débouche dans la Méditerranée par le chenal de la Nouvelle. La Nouvelle entretient de grandes relations avec l'Algérie, de même que Narbonne, ville à laquelle la relie une robine ou canal navigable. Narbonne fut sous les Romains une des reines de la Gaule, aujourd'hui ce n'est qu'une petite cité, mais elle fait un important trafic de vins. Les gros vins du Midi s'appellent communément en France vins de Narbonne.

A côté de Tétang de Vendres, l'Aude (208 kilom.) entre dans la mer. Ce fleuve descend de la région des Pyrénées où se conservent les plus belles sapinières de France, et coule au fond de gorges d'une profondeur, d'une aridité et d'une obscurité sinistres ; on s'y croirait perdu dans un canon du Nouveau- Monde. A Carcassonne (22.000 hab.), il passe dans la zone où l'olivier commence à croître. Apros l'Aude, tombe l'Orb (144 kilom.), tils des Cévennes : l'Orb, torrent limpide, serpente à la lisière du bassin houillerde Graissessac, traverse un très-riche pays de vignobles, et baigne la colline de Béziers (28,000 hab.) ; ù l'étiage (2 mût. cubes et demi par seconde), il roule mille fois moins d'eau que dans ses crues maximum (2,500 mût. cubes).

Après l'Orb, l'Hérault (197 kilom.), qui débouche enmerprès d'Agde et du Saint-Loup, volcan éteint. Fils aussi des Cévennes, l'Hérault passe des fraîches montagnes du Vigan aux fameuses gorges de Saint-Guilhem-le-Désert, calcaires et arides, et de celles-ci dans une vallée soleilleuse, domaine de la vigne et du poudreux olivier; Pézenas, sur ce fleu\e,cst le marché régulateur des eaux-de-vie en France et en Lurope. La vraie tête de l'Hérault semble être la Vis, qui tombe dans le lit commun à rcijtrée du beau bassin de Ganges. La Visîwrt

toute faite de la roche, par une source énorme, au fond d'une gorge cévenole, puis se tord dans un long défilé.

A la base du mont isolé de Saint-Clair, recommence le chapelet des étangs, séparés du flot par une Irés-étroito levée do sable que des graus interrompent : sur cette levée s'allongent les rnils du chemin de fer de Toulouse i\ Marseille; dans ces élangs passe le canal qi:i relie au Rhône le célèbre canal du Midi. Ce dernier, long de 242 kilomèlres, rattache la navigation de la Garonne à la mer Méditerranée, de là son autre nom de canal des Deux-Mers.

Le premier, le plus beau de ces nouveaux étangs, l'étang de Thau, vaste de 7 à 8,000 hectares, étend sa nappe d'eaux bleues peu profondes, navigables pourtant, et 'souvent secouées en tcmpOle par le mistral, sur prc's de 20 kilom. de longueur, avec une largeur de 2,000 ù 0,000 métrés. Son onde est salée, mais du fond monte une soune d'eau douce extrêmement abondante à la suite des grandes pluies, la fonlaitie d'Abisse qu'un dit provenir d'infiltrations de l'Hérault. Cette (24,000 hab.), le port français méditerranéen le plus actif après Marseille, — son commerce a lieu surtout avec l'Algérie, — occupe le pied du Saint-Clair, sur un chenal navigable allant de la mer à l'étang de Tliau.

Au nord-est du Thau, se suivent les étangs d'ingril (i,000 hect.), de Paiavas (t,b00 hect.), de Maguelonne (1,300 liect.), de Pérols (l,. 00 hect.), de Mauguio (3, «00 hect.), tous bordés de salines. Les eaux du Mauguio cunlincut aux nombreux étangs d'Aigues-Mortes, utilisés aussi comme marais salants. A leur tour, les élangs dj la curieuse Aigucs-Mortes, qui a si bien <V)n?ervé sa ft'odale enceinte, t'juchenl à la Camargue ou delta du lUiOne.

De l'Hérault au Uliône, la plage se transforme par le soulèvement lent du bol, cl lorsqu'on approche de la Camargue, par les alluvions du HhAne. IClIe ne donne passage sur tout ce trajet qu'à trois petits lleuves : le Lez sort, à raison de 80(> à 1 ,000 litres au moins par seconde à l'étiage, d'une grotte ouverte dans un immense roc. i\ pi-', au pied du Saint-Loup, pyramïdo. de i\X\ mètres de haut, exhaussée et fiile superbe p.ir son isolement; il coule au pied de la colline de Montpellier

(56,000 hab.). T.c Vidourlc (iOO kilom.) arrive k rouler 1,nOO mM. cubes par seconde, quinze mUle fois les 100 litres de son débit d'étiage; i! serpente près des coteaux où croît le fanieux vin de Lunel. Le Vislre reçoit la belle fontaine de Nîmes (00,000 hab.), ville industrielle, capitale religieuse des protestants du Midi : par ses monuments antiques, Nîmes est la Rome française.

Au delà des vases, des sables, des branches de fleuve et des chenaux d'étangs de la Camargue, un canal naturel, qui par malheur n'a qu'une profondeur insuffisante, joint la mer à l'étang de Berre, bassin de 15,000 hectares dont les rives sont occupées par de grandes salines. L'approfondissement du chenal en ferait la rade de Brest de la Méditerranée française, car il est aisément accessible, sûr, et de taille à recevoir les plus fO'rtoe flottes. Sa profondeur de 3 à 10 métrés diminue insensiblement par les limons de la Durance et par les apports de la Touloubro (08 kilom.) et de l'Arc fSo kilom.); le dernier de ces deux torrents coule prés d'une ville qui fut grande sous les Romains, Aix (28,000 hab.).

A l'est du chenal de l'étang de Berre, le littoral, de plat qu'il était, de vaseux, sableux et maL^ain, se change en une côte rocheuse. ï>a mer y prodigue les indentations, et la montagne des promontoires éternellement léchés et d'heure en heure amoindris par la langue rugueuse du flot. Sur le contour gracieux des anses ou calanques abritées du nord par les éperons des chaînes riveraines, le plus clair soleil de France égayé et attiédit l'air; l'orang-T, et à partir de Toulon le palmier luimême, témoignent de la douceur du climat. Sous \\n ciel bas, gris et, sifflant, la verte vague bretonne s'aplatit on écume avec plus de colère contre ses falaises, mais la vague bleue de Provence murmure sur de plus riants et de plus harmonieux rivages, et les caps qu'elle froisse en ses jours de fureur, monli'nt bien plus haut que les promontoires du Finistère. Le cap Houx, roche de porphyre, atteint îS!) mètres, (juelle pluie du flot pourrait injurier son sommet comme l'Océan mouille la ICte des roches rougeAlres de l'Enfer de Plogoff? La côte provençale, voilà la vraie « belle France », et ses habi-

(28 GKOGHAPIIIE.

lanis sont nos premiers marins après les rudes nourrissons de la Hrclagnc.

Marseille (313,000 hab.), premier port de la France, de la Médilorranée, de l'Europe conlinenlale, superbe par ses nou- \eau.\ quartiers, Irùs-animée, et pleine de spéculaleurs liar- 'lis, commerce princip:.'.Iement avec les pays médilerranéens, l'Italie, l'Kspagnc, l'Orient, l'Algérie, puis avec le IJrésil et la Piata. Des ser>ices réguliers de bateaux à vapeur pour les grands ports ilalicns, espagnols, orientaux, nord-africains, pour l'Inde, la Cochinchine, la Chine et le Japon, pour l'Amérique du Sud, y amùnent un immense Hot de voyageurs de tous les climats. L'échange d'iiommes et de choses entre l'Algérie et la métropole bc fait presque exclusivement par Marseille, qui est vraiment la ïtconde \ille de France, bien qu'il y ail à Lyon vingt et quelques mille habitants de plus.

Allant toujours à l'est, on remarque ensuite la baie de Cassis, aux fonds de coraux : la baie de la Ciotat, port qui construit beaucoup de navires à vapeur; les [)urts jetils de, Bandols et de Saint-Nazaire; Toulon (77,000 hab.), premier port de guerre français en Méditerranée, sur le bord d'une rade à la fois trùs-vasle et très-sûre : de Toulon partit, il y a quarante ans, l'expédition d'Alger, qui devait doubler le territoire de la France et nous ouvrir un continent.

Puis vient la rade d'Hyéres. assez étendue (l,î)000 hectares) pour servir de champ d'é\olulion au\ escadres toulonnaises. Elle est protégée du large par les lies d'Hyéres, par Porquerolles (300 hab.), velue de pins et de chênes, par Port- Gros (l'JO hab.), sauvage, élevée, « couverte de lavande et de fraisiers, » et par l'Ile du Levant, ou Titan, qui renferme une colonie pénitentiaire et des bois pleins de serpents.

La rade de Hormes précède la rade tle Cavalaire, que sui^ le golfe de (iiimaud, dont le port est Saint-Tropez. Sur la plage liévreuse où Fréjus garde quelques monuments de la grandeur romaine, débouche rArgens(lOO kilom.), grandi par les abondantes fontaines d'une région montagneuse plus riche qu'aucune autre de France en sources considérables; il débile 13 mètres cubes par seconde à létiage. La rade profondément

enfoncée d'Agay,le cap Roux, d'innombrables criques embrassées par des collines de porphyre, terminent le littoral merveilleux du département du Var, auquel succùdelc rivage des Alpes- Maritimes,, plus merveilleux encore, sous un climat plus liùde et plus égal.

Dans le golfe de la Napoule se perd le Siagne, très-remarquable par l'opulence d'eau des sources de son bassin et la profondeur de ses dus (gorges) : malgré la brièveté de son cours, il verse prés de 5,000 litres d'eau par seconde à la mer en temps d'étiage. Cannes, défendue par l'Estérel, que gravissent des bois d'oliviers, est le midi par excellence de la France continentale, car par l'élévation de sa moyenne annuelle et par l'équilibre des saisons elle l'emporte surNaples même. Plus que Nice, reine officielle de cette côte en serre-chaude, Cannes aie droit de se dire la première des villes d'hiver.

LeVar(13o kilom.), torrent ravageur dont les eaux disparaissent souvent dans les ténèbres de dus afï'reuses, a tout son cours hors du département qui a gardé son nom. A l'éliage il roule 28 mùlrcs cubes par seconde, dans les liaules eaux 4,000 mètres cubes ou 143 fois plus. C'est entre Antibes et Nice (52,000 hab.) qu'il s'abîme dans la Méditerranée. Monaco, où le jeu fuit tort à la mer, ne vaut pas Menton, dernière ville française sur ce littoral; Menton vaut presque Cannes et s'agrandit comme elle.

Maintenant que les rivières, les chemins qui marchent, abdiquent devant les voies de fer, qui vont plus vite et ne connaissent pas le chômage estival et les résistances du contre-courant; depuis que les canaux d'irrigation portent les eaux d'un bassin dans un autre, du Drac, par exemple, dans la vallée de Gap et de la Neste au Gers ; depuis que des tunnels percent les Alpes mêmes, la montagne n,'u plus sa vieille importance comme ligne de divorce des eaux et des peuples.

RVais elle sépare toujours les climats en appelant ou en arrêtant les vents cl les pluies ; par elle se font les déserts, par elle les déserts n'empiètent point sur les zones de culture.

03 0 GÉOGRAl'UlE.

Puis, de leurs sommets descendent les alluvions humaines aussi bien que les alluvions terrestres : par l'apport vivant de la monlagne, le plat pays se maintient ou s'accroît en peuple tomme les plaines s'enrichissent et comme lei deltas s'alkm gcnt par les débris des terres élevées. Dans l'air sain des sommets, dans les gorges ruisselantes, sur les hautes prairie?, à la lisiC're des forcMs froides, loin du luxe, delà soifd'honnouri:, do l'ambition liTitive, de la vie facile, des soleils énervants, s'endurcissent et s'augmentent des familles qui vont prendre en bas les places vides faites par la corruption, l'épuisement et le calcul. Ainsi Paris est envalii par les Auvergnats, les Limousins, les Marchois, les Cévenols, les Savoyards qui émigrent dans le reste de la patrie française en qualité d'ouvriers du bâtiment, d'hommes de peine, de porteurs d'eau, de commissionnaires, de ramoneurs. Pas de ville de Trance, mCnie des plus petites, qui ne possède son marchand ou son ouvrier d'Auvergne sur le cheminde la fortune par le labeur et l'épargne.

Cette Auvergne, dont les rustres tenaces se retrouvent en tout lieu, f.iit partie de ce que nous appelons le PLATEAU CENTRilL.

Sous divers noms locaux', avec des altiludes difrérontes, le Plateau Central couvre huit millions d'hectares, plus du sepli(>me de la France. Au sud, dans l'arrondissement de Saint- Affrique (Aveyron), il est Irès-rapproché de la Méditerranée; ;\ l'est, dans l'arrondissement d'Yssengeaux (Haute-Loire), il n'est pas loin de la vallée du IUiône;du côté du nord, aux sources de l'Indre, il touche à la plaine ou Champogne de Chdleauroux, que la Sologne, autre plaine, rattaclie à la Loire; ;\ l'ouosl, les landes, les granits, les bois de chAlaigniers du Nontronais (Dordogne), traversés par l'isle et la I)ronne,lui appartiennent encore. Il prend tout ou partie de 22 départements: le Cantal, le Puy-de-Dôme, l'Allier, la Loire, la llautc-Loire, l'ArdéclK'. \o. (lard, l'iléraull, la Lozi're, l'Aveyron, l'Aude, le Tarn, la II lulc-daronne, leTarn-et-riaronne, le Lot, la Corrézc, la Creuse, l'Indre, la Vienne, la Haute-Vienne, la Charente et la Dordogne. De ses granits, de ses schistes, de ses calcaires, sur lesquels les forces Foutenaines ont en mainte contrée soulevé des ampoules de volcans maintenant éteints, et vomi des

IRANCIÎ. C31

tracliyles, des basaltes, des laves ù présent refroidies, découlent six de nos grandes rivières, dépendant de trois de nos bassins; de ses hautes vallées descendent les Auvergnats, les Limousins, les Marchois, les Aveyronais, les Cévenols, qui soiil le principa fonds de réserve de la nation.

Le Plateau Central sert d'assise à beaucoup de montagnes : la plus élevée, point culminant de la France inlérieurc, le Puy-dc-Sancy, père de la Dordogne, porte à 1,880 mètres la pointe de sa noble pyramide, trop aiguë pour que la neige de riiiver séjourne longtemps sur ses parois dans la belle saison. C'est le monarque des MONTS DORE, qui distribuent leurs eaux entre la Dordogne et l'Allier. Ue son sommet, que de toutes, les cimes de la France centrale on voit trôner dans l'étherde l'horizon, le regard erre à l'irifini : au pied du pic se déchire la profonde vallée d'érosion de la Dordogne; plus loin miroitent des lacs, vieux cratères. De ces lacs, le plus beau — il n'apparaît pas du Puy-de-Sancy, — le lac Pavin, a 96 mètres de profondeur; il dort à la base du cône boisé de Montchal, volcan qui a fermé sa source de laves. Au midi de ces lacs se profilent les monts de Cézallier (1,478 met.) et du Luguet (1,5jo met.), trait d'union entre les Monts Dore et les monts du Cantal.

Au septentrion des Monts Dore, dont de grands dykes, des chaussées-de-géanls {rangées de prismes basaltiques), des chenaux de rivières sciés dans la lave, proclament l'origine volcanique, les MONTS DÔME sont volcaniques aussi, avec des cratères mieux conservés. On compte 70 à 80 de ces cratères, s'élevant de 100 à 2U0 mètres au-dessus d'un plateau de pTiturages nu qui a de 800 à 1000 mètres d'altitude. Les chéires, courants de laves versés par les bouches ignivomes, ont coulé au loin, eui-evelissant la roche ou le sol et barrant les rivières Iribulaires de l'Allier et de la Sioule, et la Sioule elle-même. Où l'eau n'a pu entamer assez bus la chéire, elle a retlué en lacs diminués à mesure que le courant approfondissait son canal : il ne reste guère qu'un de ces lacs occaiionncl.s dans

632 GEOGRAPUIE.

les Monts Dôme, le lac d'Aydat, et un dans les Monts Dore, le lac Chambon. Le lac de Tazana remplit un cratùre. Beaucoup de cliéii'cs, telles que celle de Volvic, sont d'immenses carrières de pierres sombres ou rougeAtres valant aux elles qu'elles composent l'épithùte de villes noires. Le mont majeur de cet égrùnement de volcans morts, le Puy-de-Dôme, n'a que i/i6o mèircs d'altitude, mais il commande de plus de 500 mù- Ires ses racines sur le plateau, de \ 100 mùtrcs Clermont et la Limagne; sa forme est élégamment pyramidale, ses tlancs sont boisés. Vu de la plaine, dans son magnifique isolement, il enchaîne autrement l'admiration que bien des montagnes deux fois plus élevées. En vain le i'uy-de-Sancy le dépasse de 420 métrés, le I*uy-de-Dôme était le pic le plus digne de donner son nom au département.

Du pied des Dore et des Dôme, en tirant vers l'ouest, on arrive, de croupe en croupe, de pâturage en pàturaLTC, d'horizon en horizon large et nu, aux MONTS DU LIMOUSIN dont nul n'atteint 1000 métrés, bien que jdusieurs arrivent à 900 dans les départements de la C.orrèze, de la Creuse et de la liaute-Menne. Les monts limousins n'ont point de pics, mais des dômes, peu de fiA'éts, mais de vastes taillis et beaucoup de bruyères où souffle un vent froid, seul bruit qui réveille un écho dans le silence des hauteurs, avec le murmure du torrent qui ruisselle et le bourdonuemenl des cascatellcs du vallon. Les prairies y sont trés-vertes, savoureuses, bien nourries d'eau; les vallées où la Vienne, la Maulde, le Taurion, la (ireuse, le Chavanon, la Corréz.; et la Vézère puisent des Ilots frais et clairs, uii peu rouges cependant, abritent du vent des plateaux des sites ravissants de fraîcheur, de calme et de grâce sévère. On a comparé le Limousin A l'Lcosse, sans se rappeler que l'Lcosse a des lacs, des liords et la mer ; à pari cela, les bruyères écossaises ressemblent souvent aux brandes limousines par leur solitude et leur luxe d'eau. Le sommet culminant, le Moiil de .Meymac ;î)78 met.), regarde les herbes du plateau de Millevache, point de départ de la Vienne et de la Vézère ; il dépasse de 24 mètres son voisin, le mont Odouze, auquel on a longtemps attribué, sans doute au hasard, une altitude de 1,301 mrires.

Au midi des Munis Dore se lùvc le CANTALi,qui a passé son nom à nn département. Le Plomb du Cantal (1,858 mot.), second pic de la France intérieure, est le mont principal de ce groupe volcanique dont les basaltes et les trachytes couvrent plus delà moitié du département. Des forêts, dos massifs de sapins, des eaux vives alimentées par des neiges longtemps persistantes, y embellissent des vallons étalés en éventail autour du noyau central et s'abaissant rapidement vers l'Allier, vers la Dordogne, vers la Truyùre, branche du Lot. La plupart des croupes canlaliennes sont dépouillées, elles pâlures où croissent les premiers bœufs de l'Auvergne y prennent au dommage des sites, des sources, du climat, au détriment du haut et du bas pays à la fois, la place qu'occupaient dans le vieux temps des bois vierges.

La Planèze, froid plateau de céréales de 1,000 mètres d'altitude au moins, forme remblai entre les tûtes du Cantal et les vertèbres de la MARGERIDE. Celle-ci est une chaîne granitique au profil monotone ; elle a bien mieux gardé ses arbres que leCamtal et elle est toute noire de bois qui, des sommets de la croupe, vont assombrir au fond des gorges les eau\ pressées courant à l'Allier ou à la Truyùre. Dans ces forêts tourmentées par de longs hivers, les loups rôdent encore en bandes quand la neige recouvre le sol. Il y a cent et quelques années une louve toujours affamée y assaillit autant d'hommes, de femmes et d'enfants que le tigre le plus implacable de l'Inde, et l'on parle encore de la UCiie du Gévaudandans les misérables cabanes des forêts inclinées vers la Truyêre, dans les deux départements de la Lozère et du Cantal. La hauteur maîtresse de la Margeride, le Truc de Randon, monte à 1,554 mètres.

De la Margeride aux monts d'Aubrac, il faut marcher sur les affreux plateaux gelés de la Lozère, sur le Palais-du-Hoi, qu'on dirait ainsi nommé par ironie, car il ne porte que des étables et des cabanes fouetlées pendant six mois de l'année par des vents mouillés de neige, l'uis, on franchit la sauvage Truyère ou la Colagne, affluent du Lot. Les MONTS D'AU- BRAC, chaîne volcanique, se signalent par quelques forêts, de petits lacs, des pâturages choisis d'une vaste étendue, des orgues ou colonnades basaltiques. LepicdeMailhebiau y atteint

i,47l mùtres. Des sommets des monts d'Aubrac, on voit se tordre dc'î gorges déchirées fuyant vers la profonde coupure où passe le l.ot; plus loin se prolong(Mit jui:qu'ci l'horizon les PLA- TEAUX DU ROUERGUE, causses ou bégayas sans fonluines et mal uriibr;igés^ d'une allitiidc de oOO à TOOmî-lrcs. Les causses, qui sont calcaires, donnent du blé ; les schisteux ségalas donnent du seigle, comme leur nom l'indique. Au sud-est de la causse de Hodcz se dessine le Levezou, stérile et granitique; il porte la grande forOt des Palanges. Le Pal, à la source du Viaur, dépasse quelque peu 1,100 métrés.

fiQ causse de Sauveterro, d'une elVrayanle aridité, est élevée (le 900 à 1000 métrés ; elle s'étend des défilés du l.ot aux détilés du Tar[). Ainsi que le cours supérieur de ces deux rivières, elle mène à la Lozère, qui fait partie des Cévennes.

Les CÉVENNES ne s'appellent (lévenncs qu'à l'arrière-plan du département du Gard ; partout ailleurs, de leur émergence à k'ur fin, elles changent de nom à brefs intervalles. Elles ont ceci d'admirable qu'elles séparent constamment deux climats, deux végétations, deux natures a^ec une netteté unique dans les chaînes de peu de largeur et d'élévation moyenne. Au nord, la pluie, la neige, l'eau prodiguée par de frais versants, les prairies, les ondulations molles, l'horizon estompé; au midi, le soleil, la chaleur, l'éclat, la séiheresso, l'aridité, la poussière, la vigne, l'olivier, les fontaines rares, mais fortes et claires, les clnus de couleur, les horizons crus, plus beaux pourtant qu'au septentrion. Quel contraste, ;\ quelques lieues de distance, entre la verdure de Mazamet et les marhres divcrsicolores di- Cannes, entre l'Agout à la Salvetat d'Angles et le Jaur au-dessous de Siint-Pon?, entre la vallée de la Dourbie à Nant et l'Hérault ;\ lianges et ;\ Saint-duilhem, entre le Tarn à Ponl-de-Monlverl et les gorges ensoleillées des dardons I Pourquoi le plus odieux des vents haïssables, le mistral, r.ippelle-t-il aux villes du bas Languedoc, illuminées par tant de rayons, que bien qu'en \\w de la Méditerranée, elles sont à une journée de marche de l'empire du Nord?

Entre Toulouse et Carcassonne, le col de Naurouze (180 met.) s'évaîe au bas d'une colline couronnée par un monument à la mémoire de Hiquet, le créateur du canal du Midi, (^o col livre passage au chemin de Perde Bordeaux à Cette, et au canal des Deux-Mers; au sud le pays he relève vers les Pyrénées, au nord commencent les Cévenncs. Klles n'ont d'abord que 500 mètres d'altitude, sous le nom de monts de Saint-Félix; dans la Mot-tagnc-Noire, au sud de Maznmet, ville protestante qui fabrique des draps, le pic de Nore arrive à 1,210 mè'res; dans les monts de l'E^pinouse, près de la source de l'Agoul, une cime atteint 1,122 met.; les monts Garrigues commandent le Larzac, plateau de calcaire jurassique pauvre d'eau, d'herbes, d'arbres, et terminé sur la Dourbie, le Tarn et la Sorgucs par des falaises d'une hauteur énorme : l'altitude du Larzac varie entre 750 et 900 mètres.

A l'origine de la Vis, de l'Arrc, de l'Hérault, trois torrents translucides qui se réuni.-sent plus bas dans un même lit, les belles montagnes granitiques ou schisteuses du Vigan, cultivées en terrasses, diaprées de verdure, boisées de chAlaigriiers et de h(îlre?, bien arrosées, oscillent entre 1,000 et l,o67 mètres : cette dernière altitude est celle de l'Ilort-Dieu, principale cime de l'Aigoiial.

De l'Aigoual à la Lozère, l'arête et les cliaînons sont le filtre où le Tarn, ses hauts affluentset les Cardons s'approvisionnent. Là vivent les fils des Camisards, Cévenols qui se débattirent longtemps contre les forces du Grand Iloi, après la révocation de l'édit de Naiite?, avec la force que donne le droit, l'enthousiasme des fanatiques, la solidilé et la ténacité des montagnards. Pendant qu'ils luttaient, leurs coreligionnaires quittaient par milliers la France, ils fortifiaient la Suisse, la Prusse, la Hollande, l'Angleterre, et frauchissaiont la mer pour aller prendre paît en Afrique à la fondation de la nation des Boers.

La LOZÈRE, ensemble de granits, de schistes, de micaschistes, cliaîdc pelée pleine de croupes en ruin(», a 1,702 mètres au point culminant; d'elle divergent l'Allier, le Loi, le Tarn et des affluents du lUiônc. Le déboisement l'a tellement ravagée, avec les plateaux dont elle domine l'attristant horizon.

•r,3C GEOGRAPHIE.

que le département de la Lozère renferme maintenant moins ■d'iiabilanls qu'en contenait, il y a un siècle et demi, le pays de (Jévaudan, et pourtant lo Gévaudan avait une étendue moindre que le déparlement qui l'a remplacé. Dans la I.oztre, dans presque toutes les Cévennes, trois choses ont diminué ou disparu avec les bois : la terre arable, la prairie et la source. Jadis bien des fontaines cévenoles bramaient, selon l'énergique expression du patois de ces pays, c'est-à-dire qu'elles bruissaient, bouillonnaient, tourbillonnaient dans leur bassin d'émission. Aujourd'hui elles sont taries, ou elles arrivent sans bruit, sans éclat, immobiles, impuissantes à leur modeste vasque d'émergence.

Au nord de la Lozère, aux sources du torrent qui donne son nom au département de l'Ardèchc, les Cévennes, qui déjà ne s'appellent plus ainsi, se bifurquent pour enserrer la vallée de la Loire. La branche de gauche, ou monts du Velay, sépare la Loire de l'Allier ; celle de droite, ou monts de lArdèche, sépare la Loire du Hhùtie.

Les MONTS DU VELAY rappellent les Monis Dôme par leur piédestal granitique de 800 à 1100 mètres d'altitude et leurs volcans éteints de 50, 100, 200 mètres d'élévation au-dessus des laves ruinées du fertile plateau. Jadis plus de cent cheminées y lançaient des fumées rougies, des cendres chaudes, des jets de matières fondues. L'un des cratères est maintenant occupé par le lac du Houchel; le cratère de Bar, au-dessus d'Allègre, a laissé échapper la masse d'eau qui l'emplissait, et depuis la fuite du lac, les parois internes de l'antique chaudière ignivome se sont garnies de hêtres superbes, comme en partie les parois extérieures. Le lîois-de-rilùpital, qui est la lète principale des monts du Velay, se dresse à 142.'^ mètres. Ainsi que les Dùmc et presque toutes les chaînes françaises, les monts fort nus du Velay se reboisent aujourd'hui. c> Les montagnes qu'on aperçoit par les beaux temps au nord du cratère de nar,les MONTS DU FOREZ, n'ont point reçu de revêtements volcaniques sur leurs anciennes roches. Les monts du Forez ont pour cime suprême le front chauve d» Picrre-sur-llaute (l,Gi() mètres). Ils ont conservé quelques forêts. II en est de même de leurs prolongements seplenirio-

naux, les Bois-Noirs, où se lève le Puy de Montoncel (1,202 mù- Ires), et les monts de la Madeleine.

Comme les Cévennes, les MONTS DE L'ARDÈCHE font partie de la grande arOle européenne entre les eaux qui se ureugdt à l'Atlanlique et les fleuves qui tombent dans la Méditerranée. Sous les noms de Tanargue, de Forût-de-Bauzon ou montagnes de la Chevade, de plateaux de la Champ-Raphaël, ils se répandent d'abord, avec vingt-cinq à trente cônes volcaniques, aux sources de la Loire, de l'Ardùche et de ses affluents. Dans celle région, le Gerbier-de-Jonc, pyramide trachytique nue d'où ruisselle la première fontaine de la Loire, atteint 1,562 mètres.

Entre le Tanargue et la rivière d'Ardèche, six volcans indépendants des grands centres d'éruption français, les Gravennes de Montpezat et de Soulhiol, les volcans de Burzet et deThueyts, les Coupes de Jaujac et d'Ayzac, ont dégorgé dans le bassin de ce cours d'eau de longues et larges coulées basaltiques. Ces coulées, le temps les a désagrégées, les flots les ont rongées, elles ont perdu l'uniformité de leurs masses, et elles oiïrent, en maints endroits, d'admirables colonnades de basalte.

Le prince des sommets qui accidentent l'arête entre les deux mers dans la France du centre, le Mézenc a l,7oi mètres. Les fontaines intermittentes de laves, de trachytes, de basaltes, de phonoiithes qui se versèrent, d'éruption en éruption, sur une grande portion de l'Ardèche et de la Haute-Loire, et en cachèrent les granits et les gneiss constitutifs, semblent avoir jailli principalement aux environs de cette montagne, qu'on voit si bien des hauteurs du Puy-en- Velay : un grand cratère se reconnaît encore au sud du Mézcnc, à la Croix-de-Boutières.

Le Tanargue est l'un des groupes recouverts de matières souterraines par l'expectoration des volcans. Le second groupe est le Mégal, entre la Loire et son affluent le Lignon du Sud. Le Mégal asseoit ses cônes sur les plateaux d'Yssengeaux, et ses coulées se développent jusqu'aux monts granitiques de la Chaise-Dieu. Elles franchissent donc la Loire, à Chamalières,' entre le mont Gerbizon et le mont Miaune dont le fleuve,

faible encoro, a mis des siècles de siècles pour user les laves et les graniles cl pour cvider à leur place d'is gorges de 550 mùtres de profondeur. Du Mézenc à lu Chaise-Dieu, le courant de laves avail près de 6U kilomètres de long sur 10 de large, avec 400 à 500 pieds d'épaisseur moyenne.

Autant que les orgues, les roches rouges et les dykes des mouls du Velay, les colonnades, les rochers, les aiguilles volcaniques du Mégal font l'origiuale beauté de la haute vallée de la Loire et de la contrée du Puy-en- Velay. Près du >illage des astables, qui n'a pas moins de 1,353 mètres d'altilude, sur un versant du Mézenc, dort le (.harmaut lac de Saint-Front, appelé aussi lac d'Arcone. Le principal pic du Mégal, le Mégal ou Testoaire, monte à I,'i38 mètres.

Du Mézenc partent, en second lieu, des monts de granit, puis de calcaire, qui vont tomber sur le Uh«'»ne, après avoir dissimulé leurs assises primitives sous un épais revôleraent de basaltes. Dans son tr.ijct volcanique, ce chaînon, qui domine Privas et présente de lrès-cnricii\ accidents et des érosions grandioses, porte le nom de Coiron; sa plus haute cime est le Roc de Gourdon (1,001 mètres).

Enlin, au nord, se nouent à ce même Mézenc les Boutières, granits couverts pendant quelque temps par un manteau basaltique et phonolithique; le Graud-Felletiu y lève sa dernière roche à \,'MiO mètres. La tin des Boutières est le Mont Pila (I,i3l mètres), qui porte en haut des pAturages, en bas des forêt-, des prairies vl des cultures; il s'élève à mi-chemin deSaiut-Klienne au Rhône. Au groupe du mont l'ila linissenl les Cévennes.

Au nord du l'il.i, la ligne de divorce prend successivement les noms de monts du Lyonnais (!>;!7 nièlres\ massif de Tarare (I, '01 nièlres), monts du Beaujolais (1,012 mètres au Sainl-Rigaud), monts du Charolais (774 mètres). Ceux-ci, lrai.« massifs où les hois abondent, où de vifs ruisseaux irriguent, sont séparés par le cours de l'Arroux du massif du Morvan, contrée de d'^'Uies granitiques, de forets de hêtres, do

FRANCE. t;39

chôncs et de cIiAtaigniers, de grandes prairies, d'oiiches, c'està-dire de plafeaux et de bassins où de grands étangs environnés d'arbres reçoivent des ruisseaux et renvoient des riviùre.^. Le mont le plus élevé du Morvan, le Bois-du-Roi, n'a que 902 mètres. I/Yonne est la principale ri\iùre morvandelle.

Les Monts du Charolais se continuent par la Côte d'Or, chaîne calcaire médiocre en hauteur (638mcMres) mais belle par ses forôts, par ses gorges taillées dans un calcaire entaniable, par ses sources puissantes, riche et célèbre surtout par les vins qui sont l'honneur de la Bourgogne. La Seine en descend, la Saône s'y renforce. A la Côte d'Or succède le plateau de Langres, calcaire aussi, déchiré, et plus remarquable par ses bois et ses fontaines que par son altitude (oiG mètre.-); c'est celui qui donne naissance à l'Aube, à la Marne, à la Meuse. Les monts Faucilles, prolongement triasique et calcaire du plateau de Langres, ne montent pas au-dessus de 013 mètres; ils fournissent à la Saône ses premières eaux; les bois y sont vastes et, au pied de leurs plateaux uniformes, coulent de ravissants ruisseaux, fils des claires fontaines.

Avec les monts Faucilles, nous arrivons aux VOSGES. Les Vosges font, de ce côté, la frontière non pas de la France politique, mais de ce qu'on peut nommer la France française. Sur lear versant oriental commence la langue allemande, trèscorrompue dans le peuple, mais, en dépit de cette corruption, elle crée entre les Alsaciens et les Teutons d'outre-Hhiu une certaiite communauté d'idées, de civilisation, un courant réciproque. Le Uhin, à ce point de vue, sépare moins l'Allemagne de l'Alsace, que les Vosges l'Alsace de la France. He l'un à l'autre bord du fleuve, lu fraternité de race et l'induenee du même langage rattachent le rameau alsacien au grand tronc de l'ancienne patrie, mais deuv siècles d'histoire commune, les mêmes épreuves sous la liberté, les mûmes champs de bataille sous les deux Fmpires, une sympathie vive malgré la dillerencc de caractère, enfin tout ce que le poète latin a comiiris dans un beau vers :

Quod latet arcand 7wn enarrabile fibrâ.

ont, il semble, indissolublement lié la population Iransvogienne aux dcatinées de la France. L'Alsace se sent et se dit française.

Comparées aux autres cbaîncs nationales, les Vosges ont l'immense supériorité d'être bien boisées. Sur leurs balkmSj — ainsi s'appellent leurs sommets en dôme, — sur leurs hautes chaumes ou plateaux, la forêt s'arrête parfois brusquement pour livrer l'espace au gazon, à la lande, à la roche pure, granité, scliisle ou grés. Mais les \ersants, et dans les gorges ce que n'occupent pas les maisons, les usines, les scieries, la prairie, les cultures, la roule et le ruisseau, portent uniformément un sonibre manteau sylvestre, i)lus ou moins vert selon la prédominance, la minorité ou l'absence des sapins, des épicéas et des mélèzes. Les arbres les plus comnmns après ces résineux, le bétre, le chêne, le châtaignier, y forment encore des bois, mais jamais de forêts vastes comme celles des arbres à aiguilles, qui souvent gravissent toutes les hauteurs et descendent dansions les creux jusqu'à la dernière borne de l'horizon. La pai.v des vallons, troublée par les seules écluses d'usine et lescascatelles des petits ruisseaux à scierie, n'a d'égale dans les hautes Vosges que le silence de la forêt quand le vent n'en fait pas vibrer les rameaux ; sur les hautes chaumes, la paix est plus profonde encore. Les roches les plus abruptes servent de piédestal à des ruines toujours solides, quoique toujours menatjanles ; du haut des tours elTondrées des chAteaux féodaux on contemple des abîmes, des mers de forêts, la plaine du IUiin,el, au loin,;\ la limite de la force visuelle, les bleuâtres dômes de la Forêt-Noire, qui sont les Vosges d'Allemagne comme les Vosges sont la Forêt-Noire de France. Pendant les dernières dizaines d'années, de très- considérables manufactures ont [trospéré dans les vallons vosgicns, deveruis, tant dans le llaut-lUiin que dans le Has-Hhiu, un des centres industriels les plus actifs de l'Kurope. Le llallon de Soultz ou de (iuehwiller domine parmi tous ses frères; il n'a pourtant que 1,420 mètres.

Au sud du Ballon dAlsacc, sur le contour duquel trois déparlements se touchent (Vosges, Ilaul-Hhin, Haute-Saône), les Vosges s'abaissent rapidement. Avec elles on descend dans la

Trouée do Relfort, dépression qui n'a que 320 niùlres d'allitudc. La Trouée de BelforI, point le plus vulnérable de la France sur toute la frontière de l'Est, est un passage naturel pour les armées qui attaquent notre sol, pour les voies de (Vt, de terre et d'eau entre le bassin du Rhône et le bassin du Rhin, l'.llc sépare les Vosges du Jura.

Le JURA est principalement formé des calcaires qui ont pris de lui le nom de jurassiques. Il n'appartient pas en entier à la France, puisqu'il se prolonge en Suisse et s'étend mOme jusqu'en Allemagne, par delà le Rhin et la cascade de Schaffouse.

Le Jura, moins agreste et moins boisé que les Vosges, a plus de grandeur plastique. Au lieu de cimes arrondies, on trouve ici de longues arêtes parallèles supportant des plateaux. Lnlre ces arêtes, quelquefois à d'immenses profondeurs, des ruisseaux froids et violenls se tordent dans des abîmes où le rapprooliement des parois à pic fait descendre sur les eaux transparentes une obscurité qu'il n'y aurait point à ciel plus ouvert. Telle est la cluse du Doubs en amont et en aval du fameux Saut du Doubs; tels sont encore les défilés de l'Ain, de la Bienne et de la Valserine. Une infinité de fuites à petit diamètre et de larges gouffres de toutes profondeurs percent les plateaux, qui sont tourbeux, marécageux et d'un climat rude. Les eaux d'occasion, les ruisseaux constants, do petites rivières même, filtrent invisiblenient dans ces goullVes comme dans un crible, ou se perdent en cascade, puis elles retournent à la lumière par des fontaines superbes. Dans les forêts, le s.ipin et l'épicéa dominent.

La régularité du Jura n'apparaît que sur la carte, quand tous les détails secondaires s'effacent. On peut aussi en saisir de loin quelques grands traits, du haut des sommets élevés de Suisse et de Savoie, du bas des plaines lointaines de la Saune, de la Bresse, de la Dombes, et de la nappo d'eau des lacs de la Suisse française. Lorsqu'on se trouve au sein du Jura luimême, le parallélisme des chaînons di?paraît; sur le plateau

642 GÉOGRAPUIE.

Ils mollisse groupent ou sécarlent eu un désordre apparent, tandis que daiis les cluses, le regard, emprisonné par les parois, ne devine rien au delà de leur barrière.

Le premier des pics du Jura par sa hauteur, le CrcM de la Neige (1,721 mètres), entre le Rhône et la Valserine, se lève près des défilés par lesquels le Rhône, en aval du lac de Genève, perce les montagnes pour courir de détour en détour vers les plaines du Lyonnais et du Dauphiiié. Au nord de ces di'lilôs, toutes les chaînes s'appellent Jura; au sud, elles, cessent de porter ce nom, on les comprend dans les Alpes, mais la nature de leurs roches et leur direction les rattachent aux arêtes du Jura, dont elles firent prohahlement p irtie. Tout démontre que le fleuve n'a pas constamment coulé dans son lit actuel : il fut un temps où le Rhône n'avait pas limé les monts qui Tenchaînent aujourd'hui dans toute la longueur du traji'l où il sépare le département de l'Ain de ceux de la Haute-Savoie et de l'Isère. A l'époque où le défilé de Pierre- Châtel n'existait pas encore, le fleuve se frayait vers la Méditerranée des voies qu'il abandonna dans la suite; il passa peul-éire par le lac d'Annecy et Alberlville, puis, dans une utre période, parle lac du Ro irget, Chambéry et la vallée actuelle de l'Isère, ou par le lac d'Aiguebelette. Ici comme partout, les choses soi-disant immuables, la montagne qui Fcmble éternelle, le fleuve que nous voyons touj()urs le même, ont subi des changements que la série des temps a pu et pourra faire innombrables.

Les chaînes calcaires se continuent donc au d^'l'i du Rhône, à travers les dt'partements de l'Isère, de li Drômc, de Vaucluse, des Rouches du-Rhône et du Var jusqu'à la Méditerranée. Puisqu'on les nomme Alpes, décrivons-les avec les Alpes, étendant ainsi ce nom atonies les montagnes comprises entre la frontière, le Rhône et la mer.

11 y a dix ans, la à\nc. principale des ALPES françaises, et en même temps de la France, était la Rarre des Kscrins, dans le groupe du Pelvoux de Vallouise (Alpes Dauphinoises). L'ac-

cession de la Savoie nous a valu nombre de pics supérieure à 4,000 mùlres, et parmi eux le Mont-Blanc, qui a 707 mùlrcs de plus que le Pelvou.v.

Le Mont-Blanc, en Savoie, sur les frontières de Suisse et d'Italie, est à la fois le pic culminant des Alpes françaises, de la France et de l'Europe: pour monter plus haut, il faul aller jusqu'au Caucase. L'homme au pied solide, habile et prudent, aux muscles d'acier, à la poitrine capable, à la tête sans vertige, qui a le courage de tailler à la hache des degrés dans la glace au fronton des précipices, et, arrivé sur la dernière neige de ce pilier des frimas, le bonheur de sentir les efHuves d'un air qui n'a plus rien des séjours humains, cet homme respire dans un climat d'une moyenne annuelle de dix-sept degrés au-dessous de zéro ; il se trouve à 3,760 mètres audessus de Chamonix, bourg de la base du mont, à 4,435 audessus du lac de Genève, à 4,810 mètres au-dessus du niveau de la mer; il domine l'Océan de soixante fois la hauteur du sommet de la butte Montmartre au-dessus du niveau d'étiage de la Seine. 11 aperçoit, de ce premier belvédère dcl'Fnrope, une fraction appréciable de l'écorce du Globe, des Alpes Tyroliennes aux monts Cévenols, des plaines lombardes et vénitiennes et des Apennins au Jura et à la vallée du Rhin. Sur les plateaux et les flancs du colosse se figent en apparence et coulent en réalité plus de 28,200 hectares de glaciers, dont près de 17,000 à la France. En supposant à ces mers de glace une profondeur moyenne de 150 mètres — les glaciers ont quelquefois une épaisseur qui approche de 500 mètres — le seul Mont-Blanc alimenterait pendant neuf ans la Seine à son débit d'étiage devant Paris. La grande masse de ses eaux court vers le HhOne par la violente Arve dont des centaines de crétins regardent stupidement passer les (lots. Le crélinisme et le goitre, plaies des Alpes, pèsent, rien qu'en Savoie, sur plus de douze mille malheureux.

Dans les Alpes françaises, d'autres groupes rivalisent d'assez près avec, le Mont-Blanc par l'entassement et la fierté des cîmcs, la puissance des glaciers, l'étendue des névés, >a force des torrents ; ainsi les monts du col Iserau, aux sources de l'Isère, les monts de la Vanoise, entre l'Lère cl l'Arc, les

64 4 GÉOGRAPUIK.

(iratules-IiûDî^ses^ entre la Maurienne (vallée de l'Arc) et le bas:fii) de l'Isùre, et surtout le Pelvoux de Vallouise, avec SCS glaciers immenses : la Barre des Escrins, géant détrôné de la France, porte à 4,103 mètres la dernière aigrette de son panache de glace. Elle se profile à une petite distance de Briançon, notre ville la plus élevée (1,321 mètres). IJriançon, à son tour, avoisine notre village le plus haut, Saint- Véran (2,009 mètres), dont le (iuil, torrent fougueux, mène les eaux dans luDurance.

1)0 Saint-Véran au Vise la dislance n'est pas grande. Le Mont-Viso, merveilleux par l'élégance de sa pyramide, atteint 3,K40 mètres; sa base dépend en j)artie de la France, mais sa pointe est italienne ; c'est la dernière montagne très-élcvée en tirant au sud; désormais les pics dépassant de beaucoup 3,000 mètres deviennent rares. A partir du cours supérieur du Var, les Alpes s'abaissent rapidement vers la Méditerranée, mais elles sont toujours belles, et déjà les caresses du Midi y lent oublier le souffle Apre du Nord, les lacs gelés et les sapi[is rigides.

Les Alpes de France vaudraient celles de la Suisse et du Tyrol si elles n'avaiiint postant perdu de leurs vieilles fonMs: dans mille et mille vallées de la Savoie, du Dauphiné, de la Provence, le déboisement a ruiné la mo/ilagne, aminci la source et la cascade, avili les sites. D.uis le nord du Dauphiné, de vastes massifs de mélèzes et d'autres résineux vcnlissent toujours sur les grands monts, à la bordure des neiges éblouissantes, mais le mal est très-grand dans le Daui>liiné méridional, dans le comtal Vcnaissiu etilans la IMovence. Si l'homme ne met un frein à la témérité hébétée qu'il a d'enlever aux versants leurs dernières racines, tout le haut pays finira par se changer en im chaos bosselé de roches, avec quelques buissons, des poussées d'herbes et des lits de rivières larges de »ent à mille mètres et à sec quand une trombe n'y jette pas un afTreux torrent.

On ne se fait pas une idée de la désolation de cantons entiei s des Hasscs-Alpes, du Var et plus encore de l'arrondissement d'Lmbrun (llaules-Alpes). Tout a concouru i\ cet immense désastre : le sous-sol par ses roches tendres et ses versants fria-

bles; le sol par sa pente qui, réunissant son influence à l'influv'.nce des grands volumes d'eau, arrive à donner aux torrents une vitesse de quatorze mùlres par seconde, c'est-à-dire la rapidité d'un train express; le ciel par ses averses qui font tomber en quelques heures de vrais fleuves dans les ravins; le mouton et la chùvre en extirpant les herbes, au lieu de les tondre comme la vache ; l'homme enfin, plus malfaisant que tous, fin dérobant aux lias, aux calcaires et aux grès facilement entamables le tissu de racines qui maintient les escarpements près de crouler. Le spectacle éternel des inondations qui passent comme léclair en dévorant les derniers lambeaux du sol ne décourage point les Daupliinois et les Provençaux. I.a trombe d'eau écoulée, le montagnard refait sa digue, il recherche pieusement les miettes de son domaine et se confie encore à ses sillons indigenls, à sa prairie aride, ensablée et caillouteuse. Puis les moutons et les chèvres de la vallée et les grands troupeaux Iranshumanls du Piémont et de la Basse Provence reprennent leur abroutissement, l'homme continue à arracher les dernières souches des versants, et la montagne s'éboule, et le torrent repasse avec sa fureur. Voilà comment la Provence a vu s'enfuir en trois siècles la moilié de sa terre végétale, comment dans los Hautes et les Basses- Alpes le sol s'en va par milliers d'hectares, et comment ces deux départements ont 150,000 habitants de moins qu'en 1789. Notre dernier recensement officiel montre que de ISGf à 1800, leur population a encore dimiLiué de 6,350 Ames.

Les PETITES ALPES, c'est-à-dire les montagnes situées entre les Grandes Al[)e3 et le Rhône, ont les beautés des régions calcaires, des parois tranchées, des roches prodigieuses, des sources superbes, le contraste entre la sécheresse du mont et la fraîcheur du val. — Les Chaînes basses de Savoie (1,500 — 2,500 mètres), calcaires et crétacées, mno- Irent leurs lacs d'Annecy, du Bourget, d'Aiguebelette, et le versant méridional (les Bauges, son \ ignoble, où la chaleur naturelle du calcaire et la rt-verbération des rayons versent un assez bon vin. — La Grande-Chartreuse (2,087 mètres) a ses forOts et ses points de vue sur la vallée du Graisivaudan et la chaîne de Belledonne. — Les monts du Laus

(2/i89 rnt'U'os) se distinguent par leurs hauts escarpoinonts et leurs horizons sur les vallée? du Drac et de l'isùre; — les Monts du Vercors {2,3iC mètres) par leurs grandes lignes de rochers et leurs irnrgcs des (loulets, parcourues par la Vernaison; — les Monts de la Drôme (i,2r)0-2/'00 mètres), aux noms très-variés, par des parois imitant de loin des villes, des citadelles, des bastions, par des gorges désordonnées et le curieux bassin do la Forcît-do-Saou, qui n'a d'autre issue qu'un passage de torrent ; — le Dévoluy (2,703 mètres) e.-t d'une aridité hideuse : 3,000 habitants y vivent sur 48,000 hectares, du produit des maigres troupeaux qui paissent la roche autant que l'herbe; — le mont Venteux (I,'>I2 mètres), que prolongent les monts de Lure, se fait remarquer par son avancement sur la plaine du Rhône, et par son panorama sans autre frontière que bs lointains où le regard ne porte plus. — Les monts Vaucluse (1.187 mètres) ont leurs nien^, entonnoirs qui boivent la i)luie, et leur sublime fontaine, bouche de retour des eaux englouties par les gouffres des avens; — le Lubéron (1,180 mètres) revêt ses rochers de teintes tout à fait méridionales; — les Alpines (f!)2 mèlres\ que la \ allée de la Durance sépare du Luberon, sont aussi colorées par les rayons du midi ; sèches, hachées, nues, bouleversées par les météores, elles annoncent au voyagcuir qui les longe sur le chemin de 1er de Tarascon à Arles, l'approche des quatre petites chaînes calcaires déchirées des Rouches-du-Hhône : la Trévaresse ("iiO mètres), la Sainte-Victoire (02"i mètres), la Chaîne de l'Étoile (7:iS met.), 1» Sainte-Baume (l,0GG mètres). Ces quatre chaînes se continuent sur le territoire du Var. Les montagnes calcaires de ce dernier déparlement sont aussi nues et aussi désagrégées par endroits que les Hasses- Alpos elles-mêmes; elles atteignent l,7i;i mètres A la pyramide de i-achen ; d.ins leurs gorges houillounent les eaux de cristal des foiiT^ sources extrêmement abondantes.

Au midi de ces monts, les Maures (780 met.) ctH'Estérel (610 mèl.), deux massifs à pari, donnent à li mer par leurs bois de chênes, de chèiics-liége, de pins d'Alep, d'arbres et d'arbusies méridionaux, par leurs promontoires de granité, de gneiss et de porpliyrc, autant de beauté qu'ils en retirent

FBANCE. 647

d'elle par la grâce des baies, la frange des vagues et l'infini de riiorizon.

Les PYRÉNÉES sont inférieures aux Alpes, d'un tiers moias hautes et beaucoup moiiis vastes. Les Alpes, qui se trouvent à peu près au centre de l'Europe la plus policée, en- Noient leurs eaux jusqu'à la lointaine mer Noire. Elles appartiennent donc plus ou moins à une portion trés-nolahle de l'Europe, tandis que les Pyrénées ne sont qu'une simple chaîne internationale, une barrière entre la France et l'Espagne, et barrière fort difficile à franchir à cause de l'altitude de ses cols. Les Alpes sont un amoncellement de massifs élevés, l'un réagissant sur l'autre et tous étendant réciproquement le domaine des frimas supérieurs; sans compter la différence considérable d'altitude à leur avantage et le minime écart de latitude avec les Pyrénées, elles offrent, par leur largeur, plus d'espace aux glaces et aux neiges persibtantes, et plus de prise par la moindre roideur de leurs versants. De là tant de glaciers dans les Alpes et si peu dans les Pyrénées. Celles-ci, par l'Èbre, les fleuves côliers de? ]>rovinces basques, des Asturies, de la Galice, par le Mino el le Duero, fournissent sans doute à PEspagne une très-notable portion de sa provision d'eau courante, deraémequ'àlal'>ancepar rAdour,la Garonne, l'Aude et les torrents du lloussillon, mais qu'est-ce à côté des Alpes d'où descendent, dit-on, les vingt-cinq centièmes des eaux européennes?

Inférieures par l'altitude, l'étendue, la situation, l'importance, pauvres en glaciers, plus pauvres encore en vrais lacs, elles ne mènent à leurs cascades que de minces torrents, et au plat pays que des fleuves faibles en comp ^raison du Uhin, du Uliônc, du Pô et de l'Inn. Enlin, plus que les Alpes, elles ont lieu de regretter des forêts anéanlies : sans doute, elles n'ont pas de régions si effondrées et si abomi[iables de nudité que le sont les Basses-Alpes; il leur reste de très-beaux massifs de lu'tres, de sapins et d'épicéas, mais, en mcyenne, elles ont moins de bois que les A'pes, mOme que les Alpes françaises

En trois choses elles lullent d'égales à égales avec les Alpes : 1.1 liauleur de leurs cols, la noblesse de leur profil en ^cie, leur allitude appareille.

Les I*yrénées françaises, émergeant brusquement de plaines peu élevées, et montant presque aussitôt à leur plus grande hauteur, sont, vues d'en bas, trùs-grandioses. Plusieurs pics en avant de la chaîne imposent par leur isolement, et leur hauteur comparative unie à une suprême élégance de proportions : ainsi le pic du Midi de Higorrc (2,^77 mùl.), aux sources de l'Adour; l'Arbizon (2, 831 met.), au sud des bains de Capvern ; le Mont Vallier ('2,840 met.), dans l'Ariége ; leCanigou, a.u midi de l'rades. (le dernier enchaîne tellement le regard par sa situation sur le premier plan dos montagnes, son indépendance des chaî[ions voisins, sa tri's-grande altitude au-dessus du val de la TOt, qu'il a passé longtemps pour le monarque des Pyrénées. 11 n'a pourtant que •2,7s7 mùlres, 017 de moins que le Néthou.

(juant aux cirques^ ils l'emportent sur ce que les Alpes ont de plus sublime, mais ils sont rares, et, sans tenir compte du cirque du Lys, prés de nagnc^-res-de-Luchon, pressés dans un district qu'on peut visiter à la hâte en une journée : nous ne parlons que des cirques Iraiiçais. Les cirques de (iavarnie, de Troumouse et d'Lstaubése sont creusés dans le calcaire, à l'origine de torrents qui fornionl legavc de Pau. Pans ces immenses colysées, chaque gradin est lait dun mur de rochers dont la grandeur disparaît ici dans l'immensité du monument, mais qui ailleurs ferait à lui seul une montagne. Derrière le dernier degré de l'amphitliéAtre, l'artMe de la chaîne se recule, laissant place entre elle et le rebord du précipice pour une enceinte de champs polaires où luit jour et nuit la froide splendeur de la neige. Troumouse tiendrait des millions d'hommes sur les marches de son contour de huit kilomètres, mais son pic de la Muuia (:{,l;i() met.) et ses autres monts ne dominent que de 1,000 ;\ |,3:iO mùlres le fond du cirque, tapi à 1,S00 mètres daltitude. Le cirque de (iavarnie n'a que i.OOO mètres de circuit, mais il n'est qu'à l,'220 mètres et ses parois montent jus(in'aux tètes du pic du Marboré (3,2."»3 mèl.) et du Cylindre du Marboré (3,327 met.), soit déplus do 2, 100 mètres,

hauteur presque doub'e de l'exhaussement dcsrochcs do Troumouse. Puis Troumouse n'a rien à opposer à la cascade de Gavarnie. Des frimas alliludinaircs compactes où naît son gave, la cataracte de Gavarnie plonge do 422 mètres de hauteur dans un sinistre entassement de drbris. El bicn[ôt le torrent, diminué par la pluie que l'air enlùve à l'i'chr.rpe des eaux tombantes, se refait pas à pas, eous l'éternelle humidité qui suinte des blocs amoncelés à portée du brouillard de la cliule. Le cirque d'Estaubé se relève vers le superbe Mont-Perdu (3,352 mètres).

Ce dernier pic, le pic Poseîs (3,367 met.), le pic de Néthou ou Maladetta (3,40i met.), se dressent tous trois au midi de l'arûle, en Espagne. En France, le prince des monts pyrénéens est le Vignemale (3,290 met.) : il porte un brillant glacier et sa pyramide est splendide, contemplée du lac de Gaube, audessus de Cauterets, ville de bains prospère.

Le Vignemale règne dans les llaules-Pyrénées ; dans les Basses-Pyrénées, c'est le pic du Midi d'Ossau (2,!^5 met.), Ironc de granit qui se bifurque en deux pointes. Entre le pic du Midi d'Ossau (ou de Pau) et le Vignemale, le Balélous, autrement appelé pic de Marmuré (3,175 met.), est peut-être le plus dangereux à gravir de tous les pics français de la chaîne; on l'a surnommé le Mont-Ccrvin dos Pyrénées. Au nord du cirque de Troumouse, le massif de Néouvielle combat pour le premier rang avec l'arête mère par l'altitude de ses monts (Pic-Long, 3,194 met.), la masse de ses frimas, et il a plus de lacs.

Dans la Haute-Garonne, le pic du Port d'Oo (3,114 met.) domine les grands glaciers des Gours Blancs; le pic du Portillon (3,220 met.) commande le col du Portillon (3,0i4 met.}, le plus haut des Pyrénées; le Tue - de - .Maupas monte à 3,110 mètres et regarde à ses pieds les glaciers des Graoués ; le Crabioules, qui voit aussi des glaciers à sa base, atteint 3,104 mètres. Ces belles montagnes, principal réservoir de glaces des INrénées avec le Vignemale, la crête du Cirquo de Gavarnie et la Maladetta, sont aisément acces^ihles de Bagnères de Luchon, ville thermale très-fréquenlée. Dorriùre eile3, monte la Maladetta.

f.5 0 GKOGRAl'UIE

Dans l'Ariége, les I^yrénces ont plus ôe largeur; leurs cimes culminantes, la Pique d'Estals (3,141 mi-trcs d'après les voyageurs, 3,073 d'après l'Hiat-Major) et le pic de Montcalm (3,0!^0 mrl.), no sont sépares l'un de l'aulre que par un petit col. Le massif du Puy de Cariilte (2,011) mût.) dispute au massif de Néouvielle le privilège de posséder beaucoup delaguet^ et ôegourgs (lacs et élangs).

La grande crCle ne s'avance point dans le département de l'Aude, mais les Pyrénées y projettent les Corbiéres, monts de 600 à 1,231 mètres, dépouillés, brûlés, fissurés de gorges d'une profondeur enrayante.

Dans les Pyrénées-Orientales domine le Puigmal 1 2,009 met.), mais la prééminence pour la beauté appartient au Canigou. Dans ce déparlement la chaîne devient, i^ous le nom d'Albères, une série de pics nu?, avec des cliénes-liége et des oliviers i^ur les versants inlèrieurs. Les Albères, qui sont trèshachées et fort abruptes, ont rarement 1,0U0 À 1,200 mètres; elles s'aiïaissent dans la mer Méditerranée, au sud des charmantes criques du Roubsillon, après une longueur en France de 430 kilomètres en li.^ne droite, de u70 en suivant les i-inuosités de i'arûte. La hauteur moyenne des Pyrénées françaises serait de l,îjOO mètres d'après Dlie do Beau mont ; dans la partie centrale, du Pic du Midi d'Ossau au Puy-do-Clarlitlt*, cette altitude n'est pas inférieure à 2,000 mètres.

Les autres chaînes françaises n'ont qu'une importance médiocre. Dans le nord et dans l'ouest, les lignes de partage des eaux sont généralement formées par l'arête de collines peu élevées (lOOà 200 ; 2(10 à 25(> ou 300 mètres); î^ouvenl aussi elles courent surdos plateaux, fort laids quand les bois ne cachent pas la platitude du sol ou ses croupes à longue por'ée et ses vagues ondulation?. Ainsi la \ast(^ Beauce, entre la Loire et la Seine, olVense à la tin le regard p.ir ^on éternelle égalité de niveau et sa nudité verte ou jaune selon que le blé croit ou que la moisson s'approche.

Par l'Argonne, suite de plateaux forestiers de 21)0 à 400

mètres d'altitude, un chaînon issu du plateau de Langres va se rallachcr aux Ardennes : -celles-ci, s'élevant au nord des affreuses plaines de craie de la Champagne Pouilleuse, ne prennent toute leur ampleur et toute leur hauleur que dans la Belgique wallonne et le Luxembourg belge. En France, leurs fagncs, plateaux ardoisiers, parfois marécageux et tourbeux, porlent des cultures, des landes, des forOls de chûnes, de bouleaux et de sycomores; leurs vallées, où les bois ne peuvent pas toujours descendre par suite de la roideur des pentes, sont très-sinueuses et très-profondes; celles de la Meuse et de laSemoy ont un très-grand caractère. Le sommet culminant des Ardenncs françaises s'élève à [i04 mètres seulement. "*

Près du centre de figure de la France, à portéedc Sancerre, ville très-fièrement assise sur une colline regardant d^' plus de 150 mètres de haut le lit de l'inconstante Loire, k; Massif de Sancerre porte à 434 mètres la plus élevée de ses collines de craie.

Au nord d'Alcnçon, i\ 2o0 kilomètres au moins des monts de Sancerre, la Forêt d'Écouves, pittoresque et très-boisée, et la Forêt de Multonne, aux sources de la Mayenne, arrivent toutes les deux à une même altitude (417 met.).

Les monts de la Bretagne forment deux chaînes. La chaîne du Nord, entre les petits fleuves côtiers de la Manche, ceux de l'Océan et la Vilaine, se nomme, dans les Côles-du- Nord, Mont^ du Mené ('540 mètres), et Montagne d'Arrce (391 met.) dans le Finistère. La chaîne du Sud, au midi du cours de l'Aulne, s'appelle Montagnes Noires ; elle se IcrminG sur le rivage de la baie de Douarnenez; son plus haut sommet, le Méné-Hom^, n'a que 330 mètres. Ainsi les monts bretons ne sont que descoUincs, mais leurs roches de granit, leurs landes, leurs forêts, leurs calmes vallons, les ruisseaux et les étangs de leurs prairies humides, y font naître à chnque pas le contraste d'une grâce rustique et d'une mélancolie presque sinistre.

•iji GKOGRAPniL:.

Les fleuves côlicrs qui ont clé signalés le long de nos rivages de la iManche, de rAlluntique et de la Méditerranée n'emmônerit à la mer qu'une faible parlie des eaux conslanimcnl couraiilos et des Iribuls d'orage de la France. La grande masse liquide du territoire s'écoule par un lleuve presque tout à fait élranger, le Hliin ; par la Meuse et l'Escaut, mifrançais et mi-éirangers; et par si\ fleuves français : la Seine, la Loire, la Charente, la Garonne, l'Adour, le Hliône. La Seine, la (Jaronne et le Uhône ont une faible étendue de leur bassin hors de France.

Le RHIN (t,320 kilom. de longueur) sort tout à fait de la Suisse où il a reçu les eaux de 75,000 hectares de glaciers, dont plus de 4s,(j00 appartiennc^nt au bassin d(i la puissante Aar; il s'y est épuré dans le lac de Constance et a formé, en traversant u[i chaînon du Jura, la grande cascade de Schafl'ouse.

Il commence à toucher le sol alsacien par sa rive gauche au-dessous de Bàle, sa rive droite appartenant au grand-duché de Bade. Pendant 18* kilomrlres il borde la France de son lit largeenlre dignes de '2,i00 métrés en amont de Strasbourg, (le 1,'700 mètres en aval ; mais ce lit, où passerait aisément un des grands lleuves du monde, contient, en mémo temps que les eaux vertes et ra['ides du Ilhin, des liants- fonds el des îles vastes et nombreuses. La largeur moyenne de tous les bras réunis un va qu'à ÎIOO nirtrcs.

A Kehl, vis-à-vis de Strasbourg, le débit à l'étiage extrême estde;}41 métrés cubes par seconde; il est de 478 .1 l'étiage ordinaire, de 1,030 dans les eaux moyennes, de 3,700 A 4,;)00 dans les forles crues. A la S(trtic de France, le débit des eaux moyennes s'élève à 1,100 mètres cubes.

Au-dessous de la terre française, le Hhin, désormais allemand par ses deux bords, coule de Hingcn à Bonn dans un d Jfilé de monlamies, au sein d'une nature grande et sévère, à la base de roches terminées dans l'air par des ^un/.ç, les uns clVondrés, les autres debout encore cl solides. Fn aval de Cologne, le fleme entre en Hollande, où il se confond avec la Meuse cl verse ses branches dans la mer du Nord.

En France, ce fleuve reçoit l'IU (200 kilom. ; 7 à 8 mètre, cubes par seconde à l'éliage, 27b dans les fortes crues). L'IU arrose la plaine d'Alsace, l'une des meilleures du territoire. Les villes s'y louchent, les champs y enrichissent le paysan, l'ouvrier y travaille dans les usines magnifiques qui se suivent sur la rivière et sur ses rapides affluents des Vosges, en vue des montagnes qui font descendre leurs ibrùts jusqu'aux alluvions du plat pays. Vis-à-vis des Vosges, en Allemagne, s'estompe la ForcU-iNuire, sombre de bois, bleue d'éloignement (14 à 30 kilom.). L'IU passe à Mulhouse (59,000 hab.), ville manufacturière de premier ordre, à Colmar (2*, 000 hub,), à Strasbourg (84,01)0 hab.), cité active, industrieuse, instruite, fameuse par sa cathédrale, dont la flèche monte à 142 mètres.

Hors de France, à Coblenlz, le Rhin engloutit en passant une rivière à moitié française, la belle Moselle (iOo kilom., dont 26o en France). La Moselle, à. la frontière, roule à l'étiage ordinaire 24 mètres cubes 1/2 par seconde, volume qu'on a vu s'abaisser à 10 mètres cubes i/2. File sourd à 725 mètres d'altitude, dans les Vosges, et baigne Épinal, chef-lieu de département, puis Toul, Metz (ob,0'iO hab.), place presque imprenable et Thionville. La Meurlhe (IGO kilom.), son principal affluent français, se forme aussi dans les Vosges et coule devant Nancy (o3,000 hab.), ville très-régulière qui fut la capitale de la Lorraine. Un autre tributaire, la Seillc (130 kilom.), rivière lente, vaseuse et tortueuse, fait provisoirement partie de l'Empire germain ; les Allemands s'en sont emparés en verlu de leur chère doctriiie : « So weit din dcutsclic Zunye klitigt.» — «Aussi loin que sonne la languj allemande.» — Or, on ne parle que le français dans la vallée de la Seille.

La MEUSE (.S93 kilom., dont 460 en France) est un fleuve peu abondant : ù sa sortie du territoire français, par 100 mètres d'altitude, elle ne roule que 27 mètres cubes par seconde à l'éliage, et GOO dans les hautes eaux.

Elle puise ses fl(jts les plus reculés dans une fontaine du Plateau de Langres, dans le département de la Ilaute-.Marne,

654 GEOGRArilIC.

,1 409 mî'ircs au-dessus des mers. C'est déjà une riviùre quand elle arrive à Uazoilles, où elle s'cngouflre touli\ coup, au-dessous d'une écluse d'usine, pour ne reparaître qu'à 3 kilomètres en aval, à Noncourf, prùs de Neufcliâteau (Vosges). Quand les eaux sont abondantes, c'est-à-dire pendant la moitié de l'année, cette perte du fleuve est invisible, car les fissures du sol ne boi\ent qu'une partie de la Meuse, et le reste coule à ciel ouvert dans le lit supérieur qui se dirige vers Neufchàtcau. On prétend que les nombreuses sources par lesquelles la rivière se reforme à Noncourt ne rendent pas toute l'eau qui s'est abîmée dans les failles de Byizoilles. I.a Meuse passe près du village où naquit Jeanne d'Arc et n'arrose que des villes sans importance : Commercy, qui n'est qu'une sous-préfeclurc du département qui a pris le nom du fleuve; Verdun, qui est une forteresse; Sedan, vaste manufacture de drap; Méziéres, ville de guerre que, malgré son rang de chef-lieu du déparlemonl des Ard(^nnes, il faut considérer comme une dépendance do Charleville. Kn aval de cette double cité, le lleuve serponle au fond de gorges resserrées dont les roches ternes montent à 250-270 mètres au-dessus de l'oau : ces roches sont les murailles terminales du plateau des Ardennes.

En Belgique, la Meuse, continuant à refléter des grandes parois se hisleuses, va passer à Namur et à Mége, villes wallonnes. Dans ce pays, elle prend une largeur de 80 à près de 150 mètres, et fait plus que se doubler par l'apport de la Sambre, qu'elle reçoit à Namur, et de l'Ourthe, qui s'y perd à l.iégo, mais elle n'est toujours qu'un ( ours d'eau secondaire, indigne d'impo?er son nom au grand bras du Uliin qu'elle rencontre en Hollande, le Walial, qu'on a l'injustice d'appeler Maas audessous du confluent : Maas est l'équivalent hollandais de' Meuse.

De ses trois principaux allluents français, l'un a presque tout «on bassin en France, l'autre sort de Belgique pour s'abîmer bientôt dans le lleuve, le troisième p;irtage presque son cours entre les deux pays. Le premier se nomme la Chiers (112 kilom.), le second la Semoy (1<)S kilom.), le dernier la Sambre. La Semoy est une des rivières les plus sinueuses qu'on connaisse, un vrai Méandre, et son lit occupe le fond de gorges

i-RANcr:.

qui ont jusqu'à 280 mtMres de profondeur entre des rochers de schiste. La Sambre a 192 kilom. de long, mais sa largeui' dépasse rarement 35 mètres.

L'ESCAUT, en France, n'est qu'un cours d'eau très-secondaire, mais son bassin renferme nos campagnes les plus savamment cultivées et nos usines les plus laborieuses. Ce fleuve sortait autrefois du cimetière de Bcaurevoir, mais à la suite des défrichements, sa source s'est portée à 3 ou 4 kilomètres en aval. Aujourd'hui, l'iîscaut naît à moins de 100 mètres d'altitude, près du Catelet, au nord de Saint-Ouentin. 11 coule aux portes de Cambrai (22,000 hab.) et de Valenciennes (24,000 hab.), places de guerre. Sur ses affluents ou sous-affluents se trouvent Arras (26,000 hab.), ville forte; Douai (24,000 hab.), place de guerre; Lille (1^9,000 hab.), Roubaix (70,000 hab.), Tourcoing (44,000 hab.), trois centres industriels des plus considérables de France, et on peut dire d'Europe. Lille, en outre, est une des clefs de notre pays, et c'est autour d'elle, dans la Flandre française, que s'agglomère la population la plus pressée de France. Dans la Seine on compte, grâce à Paris et à sa banlieue, 4,523 individus par kilomètre carré ; dans le Nord il n'y en a que 245, mais le premier département après le Nord pour la densité spécifique, le Bas-Rhin, n'en a pas 130.

En Belgique, l'Escaut, qui n'a guère que 20 mètres de largeur en France, prend, à partir de Gand, l'ampleur d'une rivière, celle d'un fleuve à partir de Termonde, celle d'un bras de mer au-dessous d'Anvers, où ses eau\ portent les vaisseaux les plus pesants. Sous le nom flamand de Schdde, il y baigne des provinces agricoles et industrielles aussi peuplées que la Flandre Française. C'est en Hollande qu'il se perd par plusieurs branches dans la mer du Nord, après un cours de 400 kilomètres, dont 107 en France. La Lys, qui lui arrive à (iand, parcourt également une vallée si remplie de villes, de hameaux et d'usines, qu'on dirait une rue sans fin. Sur 21 i kilomèlies de loaigueur, elle en a 12() en France.

656 GEOGRArniE.

On n'estime pas la SEINE à sa valeur parce que sa niasse dVau, sa largeur, son apparence ne sont pas proportionnelles à la splendeur et à l'inimenslté de l'aris. A la première ville du monde on voudrait un fleuve sans rival.

Pourtant la Seine est remarquable. I.a nature poreuse d'une grande partie de son bassin permet aux pluies de filtrer sans efTorl dans le sol, et d'y former des réservoirs qui ne s'épuiseront que le jour où le ciel séchera. Le fleuve, ses affluents, ses sous-tributaires, s'approvisionnent ainsi à des sources trC-i-abondantes, trt^s-limpides et que les chaleurs ne peuvent tarir. I.e volume estival de la Seine est considérable : à Paris, la masse d'eau écoulée par seconde descend quelq lefois à iV mùtres cubes, mais il est rare que le débit minimum de l'année ne se maintienne pas au-dessus de 73 mètres ;\ la seconde. Aux eaux moyennes, c'est 250 métrés que le fleuve roule entre les quais de Paris. A Rouen, l'apport de l'Oise, de l'I.ure et des jolies rivières normandes a doul.dé tous ces chilVies d'écoulement.

l'ar la même raison, les crues de la Seine sont loin d'entraîner les mômes désastres que lesdébordements de la fiaronne, (lu Ithùne et de leurs allluents. I/eau des pluies, s'insinuant aisément sous terre dans la plus grande partie de son bassin, ne s'amoncelle pas à la surface en torrents prodigieux courant s'engoufl'rcr dans u!i lit commun qui ne les peut contenir. Dans ses crues les plus fortes, le fleuve entraîne il peine 1,-400 métrés cubes par seconde à Paris, moins que le Vidourle, ce ruisseau des Clévennes. l'Ile ne mène donc, dans ses débordements les plus graves, que trente-deux fois son volume d'éliage. Si ses crues étaient proportioimclles à celles du Vidourle, c'csl-à-dire quinze mille fois plus fortes que son débit minimum, la Seine passerait quelquefois devant Paris avec rir»0,00() mètres cubes d'eau par seconde, près de trois fleuves des Amazones dans la saison des débordements.

I/élendue du bassin de la Seine approche de 7,800,000 hectares, le tout en Irancc, moins l'aire île quelques communes belges vers les sources de l'Oise.

La Ibnlaiiie la plu- reruh (> de la Seine jaillit fi 471 met. d'altitude, dans les monts calcaires du département de la Côte-

d'Or, ù une faible distance du tunnel de daisy (4,100 met.) par lequel le chemin de fer de Paris à la Méditerranée passe du bassin de la Seine dans le bassin du Hliône. Malgré l'ampleur des fontaines qu(; lui envoient les plateaux aridt's mouchetés de forets du Chàtillonnais, le lit du fleuve naissant a tant de fissures qu'en été la Seine assèche presque entièrement au-dessus de Châtillon ; mais, dans cette ville mûme, son trésor d*eau se reforme durant la chaude saison par le tribut de la Dpuix, source énorme née d'une grotte voisine et formant, été comme hiver, une rivière cristalline de 5 à 0 mètres de largeur. Dans celle partie du bassin du fleuve, le mot Douix désigne les grandes fontaines.

De la source à Châtillon, le fleuve, qui fait marcher des usines à fer, descend plus de la moitié de sa pente. A Bar, il n'est qu'à 162 mètres d altitude, à 101 à Troyes (35,000 hab. ; manufactures et vieilles églises), ville qui régit le déparlement de l'Aube, où la Si;ine passe en quittant son départ. :ment natal. Après avoir coulé dans une vallée peu profonde, cvidée au sein des craies nues de la Champagne Pouilleuse, le fleuve serpente au pied du plat -au de la Brie, mer de moissons, et des coteaux de grès qu'ombrage la forêt de Fontainebleau (10,000 hectares), superbe par ses rochers, ses gorges et ses grands arbres. La Brie, la foré t de Fontainebleau, Melua (11,000 hab.) appartiennent au département de Seine-et-Marne, qui fait suite sur le cours du fleuve au département de l'Aube.

La Seine arrive ainsi dans le creux de vallée où a grandi l'une des illustres villes do l'histoire, Paris.

En 1872, la cité des merveilles avait 1,852,000 hahitanis de population fixe, près du vingtième de la France. D'autres séjours humains dépassent Paris parle nombre d'habitants, le mouvement, l'induslric, le commerce, la grandeur et l'antiquité des monuments. Nul no le vaut pour les ressources sociales, l'abondance et le choix des plaisirs, la facilité delà vie, la liberté des mœurs, les recherches du luxe, le déploiement des richesses, le concours d'hommes de science, d'art, d'esprit, et la valeur réunie des établissetnents, des collections et des bibliol hèques. C'est bien la capitale de la civilisation. Quant à l'immense corruption qu'on lui reproche, elle ne vient pas plus des Parisiens

63 8 GEOGRAl'UlE.

eux-in<jmes et des Français , que des hommes de plaisir que nous envoient les nations dites vertueuses.

A Paris, la Seine ne coule plus qu'à 25 mùtrcs d'altitude. En aval, dans un cours exceptionnellement sinueux, elle baigne le pied de ravissantes collines chargées de villes, de villas el de parcs qui continuent la splendeur do Paris. L^lle passe i quelques kilomètres de Versailles (<V2,000 hab.), imposante encore avec ses avenues solennelles, son grand chllleau et ses jardins, froids, monotones et Nides depuis que la cour du Hoi Soleil a pourri dans la tombe. Mais si les jardins de Versailles sont devenus déserts, ils sont restés beaux parleur immensité, l'ampleur de leurs allées, leurs statues, leurs superbes vases de marbre, leurs longues lignes d'arbres inflexibles et leurs bassins que peuplent des groupes de dieux, de déesses et de nymphes de la mer.

Plus bas, aux portes de la capitale, Saint-Denis (28,000 hab.) n'est, ainsi que Versailles, qu'un faubourg de Paris. On en peut dire autant de Saint-Germain (1I),000 hab.), ville assise aux portes d'une forit de 4, iOO hectares, sur un plateau dominaiil hî fleuve et ouvrant sur la vallée une vue magnifique. Paris et Saint-Denis font partie du département de la Seine ; Versailles, Saint-Germain, Mantes, relèvent de Seine-et-Oise. A Poses (l'Eure), on amont de ront-de-l'Archo, commence à se faire sentir l'influence de la marée. Elbeuf (2l,0u0 hab.), riche de ses draps, dépend de la Seine-Inférieure: elle précède Rouen, l'ancien chef-lieu de la Normandie. A Houcn, la Seine admet les vdilicrs de liOO tonnes et les vapeurs de S0(». Cette ville de 103,000 habitants pourrait devenir un grand port de commerce si l'on débarrassait le bas du fleuve des seuils trop peu profonds à marée basse, et si l'on réussissait à faire disi>araîlre les bancs mobiles de sable et la barre. Celle-ci est un courant très-violent qui fait de 5 mètres à 7 mètres et demi par seconde ; elle remonte de temps à autre le lit fluvial, tenant la nappe d'eau d'une rive à l'autre, a\ec l'impétuosité et l'écume d'une vi.guc de deux à trois mètres de haut qui va briser sa volute. Rouen, la ville cotonnière par excellence en France, souffre beaucoup depuis quelques années, et sa population dimiime inscnsibleraent. Pourtant, sa

situation sur un grand fleuve, au pied de superbes collines, et ses grands monuments sont dignes d'une capilale. Puisque le chef-lieu de la France n'en devait pas occuper le centre, Rouen eût mérité plus que Paris d'ûtre le site élu, et les Français y auraient gagné plus de familiarité avec les choses de la mer.

En aval de Rouen, la Seine, toujours très -sinueuse, s'élargit à peine jusqu'à Quillebœuf, mais, à partir de ce port, elle se fait estuaire. Elle rencontre la Manche entre le Havre et Ronfleur. Son cours développé est de 770 kilomètres.

Les principaux affluents de la Seine sont. l'Ource, l'Aube, l'Yonne, la Marne, l'Oise, l'Epte, TAndelle, l'Eure et la Rilic.

L'Ourcq (85 kilom.) arrive dans la Seine par 150 mètres d'altitude, à 2 kilomètres en amont de Bar. Semblable au fleuve dans le trajet de sa source à Chûtillon, elle a son cours sur des terrains très-perméables qui tantôt l'appauvrissent par filtration, tantôt l'enrichissent par des fontaines considérables.

L'Aube, rivière de 225 kilomètres, tire son nom d'un mot latin qui signifie la blanche. Elle amène à la Seine, par 70 mètres d'altitude, à distance égale entre la source et Paris, les eaux de plusieurs cantons de la Champagne Pouilleuse. Elle a son origine au pied d'une colline de 512 mètres, le Mont-Saule, qui tient au plateau de Langres. Dans le déparlement qui prend son nom, l'Aube arrose deux chefs-lieux d'arrondissement, Bar et Arcis.

L'Yonne se perd dans la Seine, par 50 mètres d'altitude, à Montereau, dont le nom complet est Montcrcau-fauU-Yonne : en vieux français fnnlf veut dire tombe. [/Yonne, née au pied du Prénelcy (s50 met.), coule d'abord dans les foriMs morvandelles. Ce n'est encore qu'un rapide ruisseau dans une vallée profonde quand elle passe au i)ied des collines éle\ées de Ghâteau-Chinon. Au-dessous de Clamecy, désurmais rivière, elle quille le département de la iNièvre pour celui (^u'elle nomme, et se promène devant les collines d'Auxerre (15,000 hab.), qui do[ineiit les vins célèbres de la côte d'Auxerre, l'un des deux grands crus de la Basse-Bourgogne. A Joigny, à Sens (12,000 liab.), rV'onne, arrivée à toute sa croibsauce, a

moyennement 100 à 120 mètres de largeur, avec un débit d'éliagc (l'une quinzaine de mùlres cubes. Son cours est de 275 kilomC'tres; son bassin comprend prC's de l,100,0(i0 hectares. Elle tninsporle ù Paris beaucoup de train? de bois du Morvan. Ses gros affluenls s'appellent la Cure, le Serain, l'Armançon, la Vannes. — La Cure (1!G kilom.), qui a les beautés d'un torrent des montagnes, naît dans une des régions françaises où il tombe le plus de pluie. Au-dessus de Montsauclie, elle possède une forte réserve d'eau pour le flottage estival dans le réservoir des Settons, qui contient 22 millions de mètres cubes. En aval du pont du Saut, la Cure s'engage dans de sévères gorges graniliques, dont les deu\ versants cachent leurs sommets dans les bois. Après avoir touché la roide colline de Vézelay, qui porte une des grandes églises du Moyen-Age, elle reçoit Itî Cousin (GO kiloni.), venu des plateaux de Saulieu par les superbes défilés du pays d'Avallon. Plus bas, elle rencontre la colline calcaire d'Arcy; l», en temps de crue, elle jette une partie de ses eaux dans une grotte, onverle départ en part, et le bras engoulTro reparaît de l'autre côté du coteau. — Le Serain, rivière sans affluenls, a 115 kilomètres de long ; il procède aussi des plateaux de Saulieu, qui sont très-froids en hiver. — L'Armançon (20 'f kilom.) roule des cau\ troubles dans ses gorges supérieures, qui relèvent du lias, des eaux vives en aval de la pittoresque Seinur, à partir du point où le lias fait place aux roches calcaires et A leurs abondantes fontaines. 11 passe au pied des collines de Tonnerre, dont le vin vaut celui de la côte auxerrolse. — La Vannes (1)2 kilom.) débouche à Sens : son bassin, perméable en entier, regorge do sources considérables, très-eonslanles et limpides comme l'air. Treize de ces fontaines abreuvent Paris.

La Marne opaque tombe dans la claire Seine à Charenfon, autant dire à Paris, par 20 mètres d'altitude. Elle n'apporte l^as au fleuve la masse d'eau qu'on attemlrait d'une course de 'iDi kilomèlK's dans un bassin de 1,. 100, 000 hectares, car, arrivée à son ternie, elle ne roule pas toujours par seconde les quatorze mètres cubes de l'éliage officiel. La fontaine initiale j iillit à .'ISI mètres, dans le plateau de Langres. La rivière, l .ngtemps très-faible, longe le coteau de Langres, puis celui

FHANCE. ^ 661

de Chaumont. Son cours supérieur suit une é'roite valle'e où ses eaux servent à des forges; son cours moyen traverse la Champagne Pouilleuse, d'où lui viennent des ruisseaux abondantes; son cours inférieur, entre des collines couvertes de villes et de villas, est peut-éire ce qu'il y a de plus gracieux dans le bnssin de Paris, où ses eaux prêtent rarement leur concours de beauté à des sites vulgaires. Ses affluents notables sont la Biaise, la Saulx, la Somme-Soude, l'Ourcq et le Gmnd-Morin. — La Blai.<e, qui arrose Vassy, n'a que 82 kilom. cl un faible volume; mais il y a peu de rivières qui f;i?scnt marcher tant d'usines à fer- — C'est prùs de Vitry-le-François, que débouche la Saulx (llS kilom.), augmentée de l'Ornain (120 kilom.), qui baigne Bar-le-Duc (t.),000 hab.). — La Somme- Soude (56 kilom.), remarquable par ses sources énormes, arrive à la Marne entre Châlons et Epernay (12,000 hab.). L'Ourcq (80 kilom.) cédo les meilleures sources de son bassin au canal de l'Ourcq, qui fournit à Paris 90 à 103,0 )0 mètres cubes d'eau par jour. — LeCrand-Morin (118 kilom.) se perd au-dessous de Meaux (M,f'00 liab.).

En aval de Paiis, près de Poissy, l'Oise agrandit la Seine par le tribut d'un vaste bassin. L'Oise n'a pas sa source en France, elle sort d'une fontaine de la province du Ilainaut (Belgique), au milieu des vastes bois qui couvrent les collines au sud de Chimay et vont se rattacher à notre belle forût de Signy (Ardeimes). l'allé n'a parcouru que 17 kilomt'^lrcs et n'est encore qu'un ruisseau quand elle pénètre en France, dans le département de l'Aisne, d'où elle passe dans l'Oise, pour arriver au fleuve en Seine-et-Oise, après un cours de 302 kilomètres, qui seriiit de 3S0 si l'Aisne était prise pour la branchemère. Son débit moyen et son étiage la fout supérieure à l'Yonne et à la Marne, c'est donc le principal tributaire du fleuve. Elle ne traverse aucune capitale de di'partement, et seulement deux chefs-lieux d'arrondissement, Compiégne (12,000 hab.) et Pontoise. — La Serre, son premier alllucnt notoire, a 104 kilom. de développement. — La Letle (Gii kilom.) se forme dans les coteaux de Laon (10,000 hab.) et coule près de la tour de Coucy, reste le plus grandiose des cliAteaux de la féodalité. — L'Aisne, dont le cours s'accroil de bO kilo-

C62 GEOGRAPDIE.

miilrcs quand on fait de l'Aire (12:; kilom.) la branche primordiale, se constitue dans les fortils de l'Argonne, serpente quelque temps dans la Champagne Pouilleuse et se termine au pied du Monl-Ganelori, sur la lisière de la belle foret de Compii'gne (14,o09 heclarcs). Quatre chefs-lieux d'arrondissemenl la voient passer, qui sont Sainte-Ménehould, Vouziers, Rethel etSoissons(l 1,000 hab.). In des tribu laires de l'Aisne, la Veslc (125 kilom.), arrose Reims, ville de fabriques, glorieuse de ses mo'.iuments et suilout de sou église. — Le dernieraffluent ccnsidérable de TOise, le clairThérain (93 kilom.», traverse Beauvais (15,000 hab.).

L'Epte (102 kilom.) a des eaux pures versées par beai.Cv^up de grandes sources que l'été ne boit qu'à demi, et se'< eaux irriguent une charmante vallée.

L'Andelle, plus faible et plus courte que l'Kpte — elle n'a que tiO kilumùlrcs — lui ressemble pour la constance et la limpidité des eaux, pour la calme beauté des rives.

L'Eure (221) kilom.), rivière débonnaire, ne s'enfle jamais hors de proportion; jamais non plus elle ne baisse beaucoup, et toute Tannée elle garde à peu près le même volume dépures eaux de source. Née aux contins des collines du Perrhe et des plaines de la Reauce, elle passe à Chartres (20,000 hab.), dont la cathédrale fst la première pour beaucoup d'archéologues. Llle s'égare ensuite au sein de la délicieuse vallée de Maintenon, où le temps ronge l'aqueduc qui devait transporter ses eaux à Versailles dans les jardins du firand-lloi. Dans Louviers (12,000 hab.), elle a quatre mètres de pente, et fait marcher des mamifaetures de draps renommés. — I>a rivière où se baigne Évreux (12,000 hab.j, l'iton, est un affluent de l'iùire : l'iton (140 kiioni.} provient des bois du Perche, il se perd sous terre entre Damville et L\reux et ne reparaît qu'à 15 ou l(> kilomètres du lieu où il a disparu dans le sable.

La Rille ^Ii8 kilom.) a plusieurs points de ressemblance avec ri'oii; elh descend aussi du Perche; elle s'engonlVre et renaît égiilenicut. Au-dessous de Fout-Audemer, elle tombe dans la Seine, qui déjà n'est plus un (leuve, mais un bras de mer.

En bien des choses la LOIRE est le contraire de la Seine^ parce qu'elle écjule des terrains en majeure partie imperméables, et que, dans son bassin, les eaux d'orage fuient rapidement sur un sol qui ne les boit pas, et qui généralement a beaucoup de pente. Chaque ravin devient, s'il pleut longtemps, riviiîre fougueuse, chaque riviiîre torrent immense, et toute l'eau du ciel se précipite dans le lit de la Loire; or la nature n'a pas fait ce lit capable de contenir une masse furieuse que peu de fleuves garderaient entre leurs rives.

Ce que la nature n'avait pas fait, l'homme l'a entrepris pour le malheuj- de la vallée. Dans les trajets où le fleuve n'est pas retenu par de hautes berges ou des collines, les riverains ont construit des levées souvent fortifiées par des arbres. Dans les crues insignifiantes, les levées cmpOchent l'eau de courir sur les moissons et de les coucher sous les sables dont la Loire se charge quand elle monte.

Dans les fortes crues, les désastres sont inévitables. Les levées interdisant aux flots supplémentaires de déposer sur les champs latéraux les particules aréneuses et terreuses qu'ils tiennent en suspension, le lit du fleuve s'exhausse à la longue. Or, les digues ne peuvent monter indéfiniment au-dessus de la plaine : plus elles seraient hautes, plus elles devraient Ctre larges, et à la fin la vallée verrait au milieu d'elle, plus haut que la cime de l'orme et du peuplier, la menace d'une grande rivière suspendue sur ses plus beaux sillons. Kn général, dans son lit large moyennement de o8iJ mùtres entre digues (vers Orléans, Blois et Tours), la Loire peut débiter 6,500 mètres cubes d'eau par seconde. Or, dans les grandes inondations, la niasse écoulée par seconde va de iKOOO ;\ 12,000 mètres cube?. Alors les levées crèvent et les campagnes où se jette le fleuve sont retournées jusqu'à la roche, et quand le flot a passé, à la place des champs on Ironve des fondrières, des lits tourmentés et des trahiées de sable. Qui a oublié les désastres de iSiiO et de 18(10?

Autant les débordements de la Loire sont furieux, autan! le fleuve est en élé paisible et mesquin. Il a toujours sa largeur, mais au lieu d'une nappe d'eau profonde allant d'un bord ;l l'autre et coulatitniajestueusemenl d'un [nouvement uniforme,

il se compose d'un chenal arlificiellement mainicnu pour la navigation ot de ruisseaux épars sur le sable, les uns lenis, <raiilres rapiiles, tous clairs et sans profondeur. On a vu le débit de la Loire descendre devant Orléans à ^4 mùtres cubes par seconde; d'habitude il s'élùve à 32 mètres cubes à l'entrée dans l'Orléanais. A Clialonnes en Anjou, les apports du Cher, de l'Indre, de la Vienne et de la Maine ont au moins doublé le volume des eaux d'éliage, aussi bien que le débit moyen. (Juant au volume des crues, il n'est point, dans l'Anjou, trèssupérieur à celui d Orléans. Déjà à Hoanne la Loire peut entraîner 7,0(J0 mètres cubes par seconde {mille fuis le volume (Tètinge). L'Ailier reçu, la crue a presque toute sa puissance, lar rurcmeiit les grandes ri\ières d'aval débordent en même temps que les cours d'eau d'amont.

Donc, dix fuis trop d'eau quand il a beaucoup plu, et pendant les sécheresses persistantes dix fois moins que demandent la navigation, l'industrie et les arroscments de la vallée. Peu de suurct-S très-abondantes en toute saison. Pas de glaciers comme à l'origine du Ithône, et même de la Garonne, pour aider le fleuve à vivre en été.

On pourra, quand on le voudra, supprimer en partie les inondations et tripler le débit estival dans la région qui va du Rec d'Allier à Tours. 08 barrages-réservoirs étudiés sur la Loire et l'Allier su[iérieuis emmagasineraient cnsembhi 520 millions de mètres cubes d'eau de pluie. Ces o20 millions de mètres enlevés à la puib?auce des débordements doimcraicnt (iO mètres cubes d'eau par seconde de plus à la Loire pendant cent jours, c'est-à-dire peiulant tout le temps où le fleuve est dans le voisinage de l'étiage.

lin attendant, voici quelle est l'altitude de la Loire, calculée sur dix années d'observations: sur 36.) jours, il y a 1 12 jours de basses eaux, jusqu'à 60 centimètres au-dessus de l'étiage; lit jours d'eau moyenne, de GO centimètres ù 1 mètre 30; i08 jours de lortes eaux, de 1 mètre 30 à 3 met. 50 ; 4 jours de grandes eaux. La crue de 1866 s'est élevée à Tours à plus de 7 mètres et demi ai-dessus de l'étiage. A Nantes, dans les eaux très-basses, le lleuve débile plus de 700 mètres cubes d'eau par secofide, mais là ce n'est plus la Loire seule, c'est un bras

de mer où les flots de l'Océan ont plus de part que les riviùres du bassin.

Le bassin de la Loire embrasse H,6oO,000 hectare?, un peu plus du cinquième de la France.

A moins do 150 kilom. en ligne droite de la plage méditerranéenne qu'on voit, blanohe et bordée de bleu, du haut de la promenade du Peyrou à Montpellier, une petite source jaillit sans bruit sur le versant d'un volcan mort, le Gerbier-de- Joncs (1,562 mè!.). Le Gerbier-de-Joncs, cône nu, fait partie des Cévennes ; il se drosse dans le département de l'Ardéche.

Au lieu de courir vers le Rhône, dont la vallée se devine du haut du Gerbier, au lieu de descendre au sud vers la Méditerranée, comme l'Hérault, par exemple, cette source, qui est la Loire, ne tarde pas à tourner au nord pour aller chercher au loin l'océan Atlantique. Mille chemins, un seul but. L'altitude de cette premiùre fontaine de la Loire est de 1,37.) mcMres.

Après avoir passé près du lac charmant d'Issarlès, qui est un ancien cratère, la Loire serpente, torrent translucide, dans les gorges du Velay (Ilaule-Loire), gorges merveilleuses par le contraste des monts dépouillés et des noirs basaltes avec la verdure et les eaux vives du vallon. Elle coule à 4 kilom. du Puy (20,000 hab.), la ville des dykes de basalte et des rochers puissants: le dyke de Saint-Michel, dé rouge isolé de 85 met. d'altitude, avec une église vieille de 900 ans au sommet; le rocher Corneille, si énorme que la Vierge de 100,000 kilogrammes qu'on a juchée sur son sommet, haute de IG mètres sur un piédestal de 8, est souverainement ridicule de petitesse; les orgues et le rocher d'Lspaly; le rocher de Polignac qui garde quelques murs et une tour de son château formidable.

Dans le bassin du Puy, la Loire est encore à 590 mètres d'altitude; elle n'est plus qu'à 380 au point où elle entre dans la plaine du Forez, après avoir plusieurs fois passé de défilés en bassins qui furent des lacs, et de bassins en défilés. Les gorges de Peyredeyre commencent à la sortie du bassin du Puy et finissent au pied des ruines du chilteau de la Voulte. Les gorges deCliamalières ont à gauche les versants du Miaune, à droite les pentes du Gerbizon. Les gorges de Saint-Victor,

666 GEOGRAPUIE.

profondes de 200 à 2o0 mètres, sont voisines de Saint-Étienne (1 1 l,Oo<)liab.),run des grands centres industriels de l'iùirope. Saint-Élienne commande au premier bassin houillerde France, travaille le fer sons toutes ses formes, produit des armes et fabrique les quatre cinquièmes de nos rubans. C'est le cheflieu du df^parlement de la Loire.

La plairie du Forez, mouillée par trop d'étangs, est irriguée en partie au moyen d'un canal qui prend au fleuve 5 mètres cubes à la seconde. A l'issue de ce grand bassin, la Loire pénètre dans les défilés du Saut de Pinay et du Saut du l\^rron (on nomme ainsi deux rapides). Cet étranglement passé, elle se développe dans la plaine de Roanne (20,000 hab.), par 275 mètres d'altitude. A Nevers (J 1,000 hab.), où le fleuve n'est plus qu'î\ 178 mètres, à Sancerre, à Cosne, elle coule encore vers le nord, comme elle n'a cessé de le faire depuis sa source, sauf quelques détours; mais vers Briare et Gien elle tourne à angle presque droit vers l'ouist, sur le chemin de l'océan Atlantique. A Orléans (40,000 hab), elle coule à 92 mètres. Devant cette ville, devant Blois (20,000 hab.), célèbre par son chilteau royal, sa vallée se relève au nord Ners la Doauce, terre à grains des plus unies et des plus indigentes en eau ({u'il y ait en' France, au sud vers la Sologne, région d'étangs malsains. La Sologne comprend 4(10,000 liectares ; le sous-sol d'argile et de mndiefer (pyrite) n'y laisse point filtrer l'eau, et celle-ci noie les récoltes et enfièvre le paysan. Au-dessus d'Orléans, la Beauce envoie, jusqu'à presque toucher la Loire, la Forêt d'Orléans (iO,30.S hectares en chênes, eharmes et bouleaux). Ce n'est pas la plus belle de nos forêts, mais c'est la plus grande ; il y a deux siècles, elle couvrait encore 70,000 hectares. Vers lilois commence la partie du cours du fleuve qui depuis longtemps garde le surnom de Jardin de la France, quoique la France ait des bassins plus l'erliles. On la dit aussi la plusbellede nos vallées. Heureusement qu'il n'en est rien. A l'est, ii l'ouest, au nord, au centre, au sud, partout nous avons des bords de rivière autrement pittoresques, la Loiie supérieure sinue dans des vallons merveilleux où lu grâce se mêle à la grandeur, mais la Loire moyenne prête en vain la largeur de ses eaux à la vallée qui l'accompagne. Pour emporter la

palme, le Jardin de la France n'a pas assez de ses lignes de peupliers, de ses vignes basses, de ses parcs et de ses clitlleaux princiers; il lui manque les hautes collines, les rochers, les monts, les forûts et les végétations étagées, sans parler des glaciers, des lacs cl des cascades alpestres ou pyréiicenties.

Amboise, au chAleau magnifique, précède Tours (4i,000 hab.), centre du Jardin de la France, centre aussi de l'aire des inondations désastreuses du fleuve : les crues de la Loire s'y fortifient des débordements du Cher, qui coule dans la même plaine à 2 ou 3 kilomètres de la ville.

Au pied de la pittoresque colline de Saumur (14,000 hab.), aux Ponts-de Ce, qu'une chaîne de coteaux sépare d'Angers^ à Ancenis même, la Loire n'est encore qu'une vaste rivière. A Nautes (H9,000 hab.), on a sous les yeux un vrai fleuve, mais un fleuve paralysé à la fois vers l'amont et vers l'aval : vers l'amont par le manque d'eau, vers l'aval par une ciUrée dangereuse, des bancs de sable, des récifs, une profondeur insuffisante. Les navires de grande taille ne remontent pas à Nantes, et celte ville aux quais superbes, cède insensiblement à Saint-Naiaire son ancienne splendeur maritime.

La Loire, au-dessous de iNantes, s'élargit à plusieurs kilomètres. File frôle au midi le pays de Hetz, fertile en grains, au nord les marais desséchés de Donges et la Grande-Brière : celle-ci, sur ses 8,000 hectares, se montre tour à tour, et suivant la saison, lac sans profondeur où l'on chasse les oiseaux d'eau, et prairie sans arbres où l'on exploite la tourbe et où paît le mouton. Le fleuve touche Paimbœuf, dont la prospérité diminue à mesure que moins de navires remontent à Nantes, puis il tombe dans TAtlantique par un estuaire trop ouvert aux vents du large. Saint-Nazaire (20,000 hah.) prospère par le commerce à son embouchure, exactement comme le Havre à l'embouchure de la Seine. Uuand la Loire s'abîme dans la mer, elle a parcouru, détours pris en compte, au moins i,000 kilomètres. C'est le plus long cours d'eau purement français.

Le premier tributaire important de la Loire, la Borne (i8 kilom.), est fournie par les monts du Velay. LUc coule dan» les belles gorges des Fstreys et arrose le Puy.

6r,S GEOGHAl'IlIE.

Le Lignon du Sud (84 kilom.) mùne les eaux des pâturages du Mczenc et des monts du Mégal ; il arrive ù la Loire vis-àvis de la station de l'ot t-de-Lignon, après s'Oire tenu longtemps au tond de sombres dOtilés encaissés à plusieurs centaines de mètres.

L'Ance provient des monts du Forez. Elle a G6 kilomètres d «cours dans des ravins souvent très-profonds, boisés et déserts.

Le Furens (42 kilom.) se forme dans le Pila. Un gigantesque barrage relient ses eaux à l'issue de la gorge sauvage du Gouffre d'iùifer et les emmagasine pour le service des innombrables usines de Saint-Ltiennc.

Le Lignon du Nord (.j2 kilom.) descend du Forez, le Rhin (Bfi kilom.) des mi-nlagne? du Beaujolais: ce sont deux torrents charmants. l/Arconce (70 kilom.) passe c\ Gharolles, centre d'une importante coiilrée pastorale.

L'Arroux {\ 20 kilom.) parti du Morvan, coule devant Autun (12,000 liai).), Aille à ruines romaines, et recueille les eaux du Creuzot ("24,000 liab.), « rétablissement mélallur^iique le plus complet de l'Kiirope, » ;\ portée d'un grand bassin houiller.

La Besbre (108 kilom.), issue du Monloncel, arrose la Palisse.

La Nièvre (^3 kilom.) fait marcher des forges et coule dans Nevers.

Vient ensuite l'Allier (37o kilom.), O'iî^nd la Loire et l'Allier s'atiei^nient à 0 kilomèlros en aval de .Nevcrs, ils ont h peu près le même volume d'eau, et ils ont fait presque le même chemin. L'aire du bassin de l'Allier est de 1,600,000 hectares. Cette grande rivière naît dans la forêt de Mercoire (Lozère), où sa fontaine originaire sourd i\ 1,423 met . d'altitude. Tout son cours su[)érieur se passe au fond de délilés sublimes quand ils ne sont pas d'une repoussante nudité. Ces gorges ignorées vont dtnenir célèbres, maintenant que le chemin de fer de Paris à Ninics les remonte jusqu'à la Hastide, au point où l'Allier, sortant de ses premières montagnes, n'est encore qu'un mince torrent fioid et clair. Au pont élevé de Vieille-Brioude commence la plaine de Brioudo, par un peu plus de 400 mètres d'altitude, A la plaine de lirioude succède la Limagne,

si belle cl si féconde qu'elle a passé en proverbe; Issoire en est la ville principale. La rivière, avant d'y enirer, a reçu le bel Alagnon (86 kiIom.)> envoyé par le Canlal; le long de la I.imagno, elle saisit en passant les Couze et d'autres vifs torrents descendus des Dore et des Dôme : sur l'un d'eux, au pied du glorieux Puy-de-Dôme, Clermont-Ferrand (38,000 hab.), l'ancienne capitale de l'Auvergne, estbâiie en laves qui lui ont valu la dénomination de Ville Noire. Moulins, baignée plus bas par l'Allier, n'a que 20,000 âmes. L'Allier débite en moyenne 80 mètres cubes d'eau par seconde, et 4,300 dans les grandes crues, cela avant d'avoir reçu la Sioule, dont la portée moyenne est de 3o mètres. — La Sioule (IfiO kilom.) est une fille des monts Dore; aucune grande ville ne se baigne dans ses eaux le plus souvent emprisonnées par des gorges profondes. — La Dore (130 kilom.), presque aussi forte que la Sioule, est une rivière à volume constant, dans une vallée boisée ; elle reçoit, par la torrentueuse, vaiiable et pittoresque Durolle, les eaux de Thiers (10,000 hab.), ville de fabriques considérable par son activité, très-curieuse par son site. — Le Sichon passe près de Vichy, ville d'eau fameuse.

Le Loiret méritait de donner son nom à l'un de nos départements. 11 n'a que douze kilomètres de longueur, mais ses eaux sont abondantes, bleues et fraîche?. Ses deux sources jaillissent ù 6 kilomètres au sud-est d'Orléans, dans un beau parc de chtiteaii, à Saint-Cyr-en-Val; l'une se nomme le Rouillant, parce qu'elle sort en bouillonnant; 1 autre, l'Abîme, se déverse sans bruit du sein d'une fosse de la rivière. Réunies, les deux fontaines donnent 5C0 à 000 litres à l'éliage, et la rivière recueille plus bas d'autres sources qui naissent près de ses rives ou dans son lit mOme. On sait aujourd'hui que le Loiret tient ses eaux de la Loire : ce que celle-ci perd au-dessus d'Orléans par infiltration, elle le regagne en partie au-dessous par le Houillant et l'Abîme.

Le Cosson t>t k' Beuvron sont les inverses du Loiret. L'un et l'autre ont un cours bien supérieur au trajet de la rivière orléanaise, le premier coulant pendant 100 kilomètres, le second pendant 125, mais au lieu du cristal du Loiret, ils traî-

€7 0 GÉOGHAPniE.

nent des eaux rares, louches el lourdes, tribut des étangs argileux de la Sologue. Le Cosson passe devant la merveille de la Renaissance, Chamboid, l'un des chAleaux les plus vasies el les plus brillants du monde.

Le Cher, très-peu abondant pour sa longueur de 320 kilomètres, se perd dans le fleuve au-dessous de Tours. Il a son origine dans les montagnes de la Creuse ; ses deux branches mères , le Clier propre et la Tardes (02 kilom.) , formées toutes deux dans des chaînes de 750 à près de 8oO mètres «l'altitude, se réunissent par27i) mètres. 11 passe à Montluçon (20,000 hab.), cité méliiUurgique importante qui profite du \oisinygc du bassin houiller de Commentry (f0,O00 hab.). Plus bas, il coule au pied des collines de la forOl de Tronçais (fOjiiOO hectares), qui possède, avec la forêt de Belléme (Orne), les plus beaux massifs de chênes de la France. Dans son cours moyen, il côtoie Saint-Amand-Moutrond et Viei^zon (13,000 hab.)) ville industrielle ; dans sou cours inférieur, il lave les piles de pierre qui portent le gracieux cliAleau de Chenonceaux. — De ses affluents, l'un, l'Yèvre (100 kilom.), serpente avec TAuron (80 kilom.), son tributaire, dans l'humide vallée de Bourges, ville de 30,0i'0 Ames, en amphithéâtre sur un coteau terminé par une majestueuse cathédrale. Hourgesost avec Nevers la grande ville la plus centrale de France. — I/Aruon, autre affluent du Cher, a 150 kilomètres de développement, et reçoit la Théols, rivière limpide qui sort d'une belle source et passe à Issoudun (14,000 hab.). —La Sauldre (162 kilom.), le plus abondant des tributaires du (iher, de-crit uu grand demi-cercle en Sologne et traverse Roraorantin.

I/Indre (ii."; kilom.) débouche en aval du Cher, sur la luêrnc rive gauche que l'yVllier, le Cher el la Vienne. File se lormc dans les dernières collines grauitiqnes de la France centrale. Les villes qu'elle louche, la Châtre, C4hâteauroux (17,000 hab.), chef-lieu du déparlemenl de l'Indre, et Loches, riche en vieux monuments, ont peu d'im[)('rtancc, mais elle dessert une très-grande quantité d'usines. Sa vallée de prairies, en amont el en aval du viaduc du chemin de fer de Tours à Poitiers, est un type des grâces de la zone tempérée.

La Vienne (372 kilom.), beaucoup plus forte que le Cher et l'Indre ensemble, compte parmi nos belles rivières. Le plateau de Millevache (Creuse), à la base du plus haut mamelon du mont Odouze, lui fournit ses premières ionlairies, puis ses eaux, claires bien que teintées de rouge, courent avec bruit dans une délicieuse vallée resserrée par des dômes boisés. Née par 808 mètres d'altitude, elle descend si viie que son niveau à Limoges n'est plus que de 210 mètres. Devant cette ville de 53,000 habitants, qui a du renom dans les deux mondes par ses fabriques et ses peintures de porcelaine, elle a déjfi une largeur moyenne de 75 à 80 mètre>. Kilo y arrive fortifiée par la Maulde (70 kilom.), torrent d'une largeur moyenne de 24 mètres qui forme la jolie cascade du Cour des Jarreaux, et par le Thaurion (100 kilom.) : le Thaurion, presque égal à la Vienne lorsqu'il se mêle à elle, vient, par Bourganeuf, des froides bruyères de la Creuse ; ses eaux, qui sont nuancées de rouge comme celles de la Vienne, ont en moyenne 45 mètres de largeur. Dans toute la longueur de ce beau Limousin, « qui ne périra jamais par la sécheresse, » et dans l'agreste pays de Confolens, la vallée de la Vienne reste verte et fraîche; dans le Poitou, elle s'élargit, s'aplatit et devient féconde. C'est la Vienne qui fait marcher la manufacture d'armes de Châtellerault (14,000 hab.) ; la dernière ville qui s'y mire est Chinon. Sa largeur moyenne au dessus de l'entrée en Loire dépasse 150 mètres. — Outre la Maulde et le Thaurion, la Vienne absorbe le Clain et la Creuse. Le Clain (125 kilom.) est sinueux et profond; il dort dans de ravissants vallons cernés de rochers ou de pentes abruptes et il s'y approvisionne à de claires fontaines entretenues par des plateaux perméables. Ln tout cela ses affluents lui ressemblent, surtout la charmante Vonne. Le Clain contourne à demi la roide colline de Poitiers (31,000 hal).), ville morte qui eut 4,000 étudiants dans sa faculté de droit (sous Louis XU) et qui n'en a pluEque 200; les monuments curieux y abondent. — La Creuse (235 kilom.) arrive, ainsi que la Vieiuie, du massif du mont Odouze, mais par un chemin plus droit ; elle passe à Aubusson, qui tire un grand lustre de la splendeur de ses tapis, et se tient presque toujours au fond d'un vallon

67 2 GÉOGRAPniE.

fort étroit, admirable par ses prairies penchées, ses bois, ses grands chùlaigniers. Elle effleure le massif de collines où se trouve Guéret. capitale du département de la Creuse, et traverse Argenton et le Blanc. Sa largeur, dans sa partie inférieure, approche de 100 mètres. Elle roule des eaux claires, mais sans abondance. Ainsi de ses affluents : la Petite Creuse (<).') kilom.), torrent qui rase le coteau de la plus modeste de nos sous-préfectures, Boussac (l,0r)2 hab.); la jolie Bou* zanne (70 kilom.); la Garlempc (170 kilom.). Celle derni<^re est remarquablement parallèle à la Vienne depuis sa source dans les monts de Guéret jusqu'il son embouchure; elle recueille les déversoirs d'un grjuul nombre d'étangs de la Marche et du Limousin, passe à Montmorilion et se grossit du pittoresque Anglin (80 kilom.). l-a Claise (86 kilom.), dernier tributaire notable de la (>reuse, lui conduit les eaux des innombrables étangs de la Brenne, district malsain qui occupe une portion du département de l'Indre.

LeThouet(l33 kilom.) commence dans les coteaux de la GAtine (Deux-Sôvrcs). Ses eaux sans clarté passent i\ Parthenay et à Thouars ; il reçoit l'Argenlon, venu de Bressuire, la Hive (76 kilom.), rivière aux belles sources, et coule derrière Saumur dans un lit qui jadis contetiait la Vienne.

La Maine, seul grand tributaire de la rive droite de la Loire, se foi me de 3 rivières, la Alayeniie, la Sarthe et le Loir. —La Mayenne (l'Oi kil.), la plus courte, mais la plus abondante, a deux branches mères : la Mayenne, venue des plus hautes collines normandes (tl 7 met.), et la Varenne (OG kilom.), qui serpente dans les gorges de Domfront : elle rencontre dans sa course Mayenne (11,000 hab.), Laval (27,000 hab.\ Château-Gontier et engloutit l'Oudon (.S2 kilom.), qui a baigné Segré. C'est il une faible distance au-dessus d'Angers que s'unissent la Mayenne et la Sarthe. — La Sarthe (270 kilom.), plus longue el moins forte que la Mayenne, plus forte et moins longue que le Loir, arrose Alençon (16, 000 hab.) et le Mans {'M\, 000 hab.), où débouche llliiisne, dont les gracieux méandres reflètent les collines boisées du Perche. LIluisne (132 kilom.) passe à Nogent-le-Rotrou. — Le Loir, aflluenl de la Sarthe, qu'il atteint à quelques kilo-

FHANCE. 673

mètres en amont de la Mayenne, est une rivière tranquille, bleue et profonde. Il ne roule que 4 à o mètres cubes par seconde à l'étiage, il a pourtant 310 kilomèties de cours, bien que ses sources jaillissent maintenant à 8 kilomètres plus bas qu'autrefois, par la dessiccation de la portion de la Beauce où il prend naissance. Le Loir mouille la base du rapide coteau de Ghâteaudun, fait des circuits dans la vallée de Vendôme (iO,000 liab.) et passe à la Flèche. — La Maine lave les quais d'Angers (58,000 hab.), cité voisine des ardoisières fameuses de Trélazé, et tombe dans la Loire dix kilomètres seulement après sa formation. De son confluent avecle fleuve à la source actuelle du Loir il y a 320 kilomètres.

L'Erdre (105 kilom.) s'élargit au-dessus de Nantes en un pittoresque lac allongé. C'est au cœur mOme de l'ancienne capitale de la Bretagne qu'elle meurt dans le fleuve, presque en face de la Sèvre -Nantaise.

La Sèvre-Nantaise (138 kilom.) descend de la GAtine. Elle traîne des eaux opaques au pied de rochers granitiques et anime les beaux vallons de Mortagne, de Tiffauges et de Glisson.

L'Acheneau déverse le Grand-Lieu (7,000 hectares), nappe sans profondeur entre des rives i)lates. Le Grand-Lieu, digne du seul nom de pièce d'eau, était pourtant notre plus grand lac avant que l'annexion de la Savoie nous donnAt des lacs supérieurs en beauté au Grand-Lieu comme les Alpes aux collines de Glisson ou du Sillon de Bretagne. Le priiicipal aliment du lac de Grand-Lieu s'appelle la Boulogne (GO kilom.)..

La CHARENTE draine un bassin peu étendu (un million d'hectares), mais ce bassin, pour la majeure [larlie calcaire ou crayeux, fournit en abondance des eaux superbes, et le fleuve s'y tourne et s'y détourne tant (ju'il finit par y parcourir 355 kilomètres.

D'une transparence magique dans toute sa vaille supérieure et moyenne, la Charente s'appelle Chérenle chez les paysans. Elle commence dans la Haute-Vienne, au sein de collines

€7 4 GEOGUArilIF.

granitiques dont la plus élevée n'a que 319 mètres. Elle sort d'une humble fontaine, dans la prairie de Chéronnac dont les versants s'achèvent en plateaux ombragés par des châtaigniers de haute venue.

Elle marrhe d'abord vers le nord-ouest, passe des granités dans les calcaires du plateau poitevin, tourne au sud après Civray et laisse RufiFec à deux ou trois kilomètres à droite. Au moment où elle va toucher de ses eaux les assises les plus basses de la tière colline où se perche Angoulême (2o,000 hab.)j elle se double au moins par l'accession de la Touvre ; celle-ci, rivière magnifique, tient son origine des pertes de la Tardoire, du Handiat et de quelques ruisseaux.

La Tardoire (100 kiluni.), issue des granités du Limousin, passe près de la t(nir de Chalus, d'où siffla la flèche qui tua Richard Cœ.ir-de-Lion. Ses eaux rouges dévalent alerlemcFit sur les roches de fond d'une gorge tortueuse, entre des prairies qui se relèvent presque dès la rive pour se terminer bientôt contre Ui lisière des chAtoigniers et des chûnes. Tant que la rivière n'abandonne pas le granité, elle s'augmente de l'amont à l'aval, mais dès qu'elle arrive sur les calcaires lûches }o fissurés de l'Angoumois, elle filtre sous le sol, petit à petit, sans bruit, sans qu'on voie l'eau s'agiter. Toutes les perles se trouvent sur la rive gauche, et généralement aux tournants; elles commencent au-de.-sous de Montbron, et dans les étés exceptionnels, la Tardoire peut finir à Hancogne, ou même au chAleau de la Hoche-Berthier. Entre R. incogne et la Rochefoucauld les goullres ne discontinuent pas ; ceux qui boivent le plus d'eau s'ouvrent à quchiues centaines de mètres de la dernière de ces deux villes, au pied de la colline de l'Age- Baton et à la Grange. Il y a toujours dans l'année des mois où la rivière ne coule plus devant le splondidc chAleau de la Rochefoucauld, et quand elle va jusque-lA, c'est pour disparaîlrc un peu plus bas dans les failles de Rivières el d'Agrii, Vav les saisons très-pluvieuses la Tardoire se poursuit jusqu'au bout de sa n allée, vers Mansle ; elle forme alors un affluent à ciel ouvert de la Charente.

Le Bandiat (S8 kilom.), moins abondant que la Tardoire, puise comnu' elle des eaux rougeAtres aux montagnes granili-

ques du Limousin, et, grossi comme elle par beaucoup d'étangs, il passe au calcaire après avoir touché la colline de Nontron. Ses gouffreb se creusent également sur la rive gauche; ils ont plus de grandeur que les fissures de la Tardoire. Le premier, le gouffre du Gros-Terme, sous les peupliers, les noyers et les frênes, est un cirque envahi par des herbes qui laissent voir des trous dans la roche. Au bas d'un mamelon caillouteux, des touffes d'orties recouvrent les creux du gouffre du pont de Pranzac. Sans une digue en pierre opposée à la riviùre en face de ces deux gouffres, le Bandiat n'irait plus loin qu'à la suite de pluies persistantes. De mOme au gouffre de Chez Roby, le plus beau de tous, une muraille peu élevée retient les eaux : quand le Bandiat gonflé franchit ce léger obstacle, il descend en cascade dans un lit raboteux encombré de blocs écroulés, et, arrivé contre la roche, il fuit sous terre dans les collines qu'habille la forêt de la Braconne. Sauvée de la sorte une troisième fois, la rivière va se perdre au Ti-ou de Gouffry, effondrement dans des terres rouges; si elle roule beaucoup d'eau, elle pousse jusqu'aux quatre gouffres de la Caillère : les deux premiers sont des affaissemenis dans un sol caillouteux, les deux autres des trous béants ; le dernier, crible de roches où les eaux entraînent des débris, de la terre et des branches, engloutit dans une cascade retentissante tout ce que le Bandiat lui mène de flots troublés. Il faut des pluies trèsexceptionnelles pour que la rivière dépasse les entonnoirs de la Caillère et aille rejoindre la Tardoire à Agris.

Pendant plus de la moitié de l'année, toutes les eaux des deux rivières descendent ainsi dans l'abîme et vont courir en torrents ou s'épandre en lacs ténébreux sous les terres que recouvrent les forets de la Braconne et du Bois-Blanc. La France doit avoir ici sa grotte de Ilan, sa caverne d'Adclsbcrg, sa Mammouth-Cave, des voûtes immenses, des gorges dont on touche de la mOme main les deux parois, des précipices, des cascades, des eaux luisant obscurément sous quelques rayons égarés. Des animaux inconnus, des batraciens, des poissons aveugles y vivent peut-être sur la rive de Styx que n'a pas eiicore éclairés la lueur des flambeaux humains. On trouvera bien une entrée de gouffre, un corridor, une avenue dans la

roche pour conduire à ces sombres merveilles. Il y a dans la ÎOTÙi des fosses, excavations immenses qu'on dit descendre sur ]ci eaux souterraines.

A 7 kilomètres d'AngoulOme, i la base d'un coteau rocailleux, lin giMiffre de 24 mètres de profondeur, le Dormanl, immobile comme le dit son nom, est ridé en quelques endroits de puissants bouillons concentriques, donnant l'Olre à toute une rivière. A quelques dizaines de mètres, le Bouillant, plus agité et profond de 12 mètres, fournit moins d'eau; il reçoit la Lèche, de beaucoup la plus petite, et se réunit aussitôt au Dormant, qui est le vrai « Père des Kaux » de la Touvre.

La Touvre n'a que dix kilomètres de longueur; sa largeur, très-considérable (100 A 200 mètre?) immédiatement à l'aval de la rencontre du Bouillant et du Dormant, diminue bientAt des trois quarts. Sa vallée est ravissante ; les eaux froides de la rivière, claires et peu profondes, agitent le sommet des touffes de plantes aquatiques, baignent les herbes des îlots, les racines d'arbres su})crbes, ou tombent avec bruit du haut des écluses de papeteries et de moulin?. La Touvre met en mouvement la fonderie de canons de Ruelle. Son entrée dans la Charente a lieu par 30 mètres d'altitude.

La Charente, dès lors constituée dans toute sa grandeur, perd de sa transparence par le tribut de la Touvre, bien que la Touvre soit limpide. Le plus souvent profonde et tranquille, elle coule devant Cognac, qui ne renferme pas 10,000 Ames, mais les eaux-de-vie de sa « Champayiic » lui ont valu du Vù\' à l'Equateur un renom fameux, et avec le renom lui ont donné la ricliesse. En aval, après les conlluents des bras de la limpide Seugne (7S kilom.). Saintes (12.000 hab.) estpar ses monuments romains la Mmes du Sud-Ouest.

Au-dessous de Taillebourg, la marée prend de l'ampleur, la rivière se trouble. Llle ab.-orbe encore la Boutonne (00 kilom.), qui n.lit d'une source puissante à Chef-Boulonnc et Il averse Saint-Jean-d'Angely.

A partir du coullueut (Lî cette rivière, la Charente n'est plus qu'un giand fossé d'eaux vaseuses; peu de coufi d'eau translucides en amont sont aussi déshonorés par la boue en aval. A 1 j kilomètres au-dessus de l'embouchure, au sein «le marais

malsains malgré des lravauxséculaii-os,Rochefort(30,Of01iab.) profite de la grande profondeur du fleuve. Moins comme port de commerce qile comme port militaire; ses chantiers pourraient construire à la fois 18 grands navires.

La GIRONDE est le plus vaste estuaire de France et l'un des premiers dEurope. Elle s'ouvre entre Royan, \ille de bains de mer attachée à la Saintonge, et lu Pointe de Grave, extrémité septentrionale des dunes landaises. De Royan à la pointe il n'y a que o kilomètres, mais plus haut on compte jusqu'à 10 kilomètres entre la rive saintongeai^e et le [)ied de collines du Médoc, terre natale des vins les plus distingués du monde.

L'estuaire girondin, semé d'îles et g(^né de bancs, est néanmoins accessible à m.irôe haute sur tout son (rajct aux plus grands navires. Par lui se fait le commerce de Bordeaux.

A mesure qii'on remonte l'estuaire, on le voit se rétrécir Au delà de Blaye, à 7.') kilomMres environ de la passe marine, 0 1 se trouve e.i face de de;!\ immenses rivières égales en apparence. Le lieu s'appelle le Hec-d'Ambez, les deux cours d'eau sont la Caroime et hi Dordogne. Cette dernière moins abondante, arrive avec le tribut d'un bassin de 2,3i(),000 hectares ; la Garonne, elle, a drainé une aire plus que double, 5,600,000 hectares. — Le bassin entier de la Gironde s'étend sur 8,180,0U0 hectares. — Quand les deux cours d'eau mêlent leurs flots salis par les vases que remuent la marée, ia Dordogne n'a parcoiiru que 490 kilomètres, la Garonïie oT5.

La GARONNE sort du Val d'Aran, terre espagnole quoiqu'elle s'ouvre sur la France et que de rudes montagnes la séparent des domaiiies de Castille-el-Léon. Elle s'y, forme par la réunion de la Garonne Orientale, qui est plus longue, et de la Garonne Occidentale, qui a plus d'eau : la première naît à 18T2 mètres d'altitude, près du Col de Peyrablanca ; la seconde a pour origine, par 143r- mètres, dans un site fort grandiose, les dix sources du Goueil de Joufou : les unes calmes, les autres bouillonnantes, ces sources se rejoignent

ns.

immôdialcmcnt pour tomber par une haute et assourdissanlt* cascade. Il y a i kilomètres et une montagne entre le Goueil de Joufou et le Trou du ïoro (i?,024 mètres d'altitude), gouffre où s'iibîmcnl par une belle chute les eaux des plus grands glaciers de la Maladetta ; tout démontre pourtant que les sources du Goueil sont la réapparition du torrent que dévore le Toro. La Garonne Occidentale coule au pied des montagnes dont les forûts cachent encore beaucoup d'ours.

La Garonne se perd en partie sous les roches calcaires du gouffre de Clèdcs; elle entre en France après uO kilomètres de cours par l'élroite déchirure du Ponl-du-Hoi, à 590 mètres d'altitude. Torrent clair, rapide et sans largeur, elle irrigue des prairies, fait marcher des scieries de bois, traverse les gorges de Saint-Beat, resserrées entre de hautes montagnes de marbre, et se renforce de la Pique, venue de Bagnéresde-Luchon. Bientôt, vive rivière plutôt que torrent des montagnes, elle se double par le contingent de la Neste, (400 mètres d'altitude).

Après avoir rempli le bassin de retenue du grand canal d'irrigation de Sainl-Martory et ajouté aux eaux de son lit les eaux impétueuses du Salât, le fleuve quitte définitivement sa haute vallée, l'den de grAco et de fraîcheur, pour les immenses plaines du Toulousain, laides et uniformes : peu ou pas d'arbres ; des lits de ruisseaux pareils à des fosses desséchés; des villages et des maisons en briques ; en été des nuagfs de poussière ; sur la rive droite, serrant de près le fleuve, une ligne de coteaux bas, nus et jaun.ltrcs ; ;\ l'horizon, comme pour faire ressortir la monotonie des champs à perle de vue, montent dans le ciel les lôtcs aiguës des Pyrénées. Cette plaine est fertile, et les eaux d'irrigation du canal de Saint-Martory en feront bientôt Tun des meilleurs terroirs de la France.

An-des>ous du coniluent de limporlanle Ariége, Toulouse (127,000 liab.), vilaine ville do briques, lire de de la Garonne, déjàlrè3-large,la force motrice d'une grande qua-itito d'usiner, parmi lesquelles des moulins de premier ordre. De Toulouse, A 12G mètres d'allilude, part le fameux canal du Midi qui reli'3 1a navigation garonnaise nu port médilcrranéen de Cette, et do Cette se prolonge par d'autres canaux jusqu'au Uhôuo.

Après Castelsarrasin, après l'embouchure du Tarn, !u vallée du fleuve, gagnant peut-être encore en fécondité, se pare sur les deux rives de superbes coteaux, roides, élevés, couverts de vignobles où fleurissent le prunier et le pocher qui sont une des fortunes du pays agénais. L'opulence du sol,^ la coupe et la hauteur des collines, la gaieté du ciel assurent aux bords de la Garonne le prix sur les rives de la Loire. Le « Jardinde la France » est à Agen, à Aiguillon, H Tonneins, à la Réole, à Cadillac, bien plus qu'à Blois, à Amboise, à Tours et à Langeais.

En aval du confluent du Lot se suivent Tonneins, l'une des métropoles du tabac, Marmande et la Réole, puis le fleuve côtoie le massif qui porte Bazas. Vers Cadillac les coteaux de la rive gauche s'effacent et les Landes pressent la vallée de la Garonne, qui produit ici le Sauterne, roi des vins blancs. Bordeaux, la capilale du sud-ouest, a des quartiers bAlis sur la lande ; mêlés aux vergers et aux parcs de la banlieue des grandes villes, des bouquets de pins apparaissent déjà dans ses faubourgs, et à mesure qu'on marche vers l'ouest, vers le sud, le sud-es(, ces pins se serrent, ils finissent par former d'immenses foréls sur le million d'hectares compris entre les collines du Médoc,Ies coteaux garonnais,les collines de l'Arm;:gnac, la vallée de l'Adour et l'océan Allanlique. Ce million d'hectares s'appelle du nom commun de Landes. Le pin seul et le chûne-liége y prospèrent; ils couvrent la contrée, hormis les grandes aires nues, la lande mse, désert de sable et de bruyères inondé en hiver, torride en été. La lande i-a?e se peuple rapidement aujourd'hui des deux espèces d'arbres qui lui conviennent, et (out le pays deviendra forêt, des dunes du rivage aux coteaux à vignobles. L'infécondité, l'insalubrité des Landes tiennent à la nature sablonneuse du sol, et surtout à l'imperméabilité du sous-sol, Valius, couche compacte de sables ferrugineux « agglutinés par un ciment formé de matières orgafiiquns. »

Ceux qui n'ont que des paroles de mépris pour les Landes ont souffert de leurs chaleurs et de leur poussière. Ils les ont traversées impétueusenienf, entraînés par la vapcui*, dans un jour de rayons cuisants, par des vents qui soulevaient un

080 GÊOGRAPniE.

sable brûlant le visage, irrilaiit la vue et g«5nant la poitrine. Ils n'y ont contemplé qu'une plaine vide, des pins et des trancliées dans les mamelons aréneux, avec une ligue sanglante tracée parla couche rouge noirûlro de l'alios. Quand 0:1 connaît vraiment les Landes, qu'on les a longuement et lenleraenl parcourues, on les aime et l'on se prend à les admirer. I-eur monotonie devient espacu et grandeur. On y ressent le bonheur qu'ont mille fois chanté les poë'es des grandes plaines, la joie de marclier dans la libre étendue. On y peut oublier la montagne, qui étonne, mais qui pùse enfin sur l'âme, et presque sur les épaules. La joie sérieuse qu'éprouve devant la mer l'iiomme assis aux rochers du rivage, l'homme en chemin dans les Landes la retrouve devant les steppes indéfinis. La lande plate se poursuit jusqu'au bout du regard, jusqu'à l'ondulation des dunes, jusqu'à la borne somlire des jeunes pinadas qu'on n'a pas encore éclaircis, ou jusqu'au rideau des pins arrivés à toute leur (aille el qui, selon que leurs troncs .sont dislants on pressés, laissent passer avec éclat ou filtrer obscurément l'horizon. Ces grands pins sont ébranchés, et de longues blessures d'un blanc jaune taillées dans leur chair en font couler la résine, ou dit de ces pins qu'ils sont gemmés. Des moutons pai>sent le steppe, gardés par un berger quelquefois encore monté sur des échasses de deux i trois métrés; du haut de ces jambes de géant, le pasteur landais peut suivre de l'œil son troupeau dans les ajoncs et les brandes ; avec elles il franchit sans se mouiller les lagunes dont l'automne, Ihiver et le printemps recouvrent au loin le désert. Dans la lande rase et derrière kM squelettes noirqjs des pinadas, fréquemment visités par le feu, se montrent des maisons en pierre ou en bois à toit de tuiles; des villages se caiheut à demi dans la forêt aromalique, au milieu des « parfums résineux, atomes ravivants, qui s'exhalent des pins secoués par les vents. » Souvent de t;ais ruisseaux clairs, que l'été respecte, et de minces prairies ajoutent à la calme beauté des hameaux. De dislance en dislance, des vides pratiqués dans les grands massifs pour cerner les incendies el des chemins taillés dans les bois fuient en ligne directe à l'infini comme une étroite avenue qui n'atteindrait jamais son chAteau. La résine, le liège, des plan-

cbes sans nombre, des poteaux, du bois de cbauffagc, du cbarbon, les rainerais de fer, avec cela les Landes échappent à l'indigence dont le premier regard les accuse.

Bordeaux (194,000 hab.), ville magnifique, arrondit pendant 6 kilomètres ses quais en croissant sur le fleuve, large ici de 500 à près de 700 mètres. L'industrie y a peu d'activité, mais Bordeaux trafique avec tout l'univers, surtout avec l'Angleterre, l'Europe du nord, les Ktals-Unis et l'Amérique latine; partout elle expédie les vins fameux qui ont pris son nom et qui viennent du Médoc, de l'Kntre-Deux-Mers et des îôtes de la basse Garonne et de la basse Dordogne. Une décadence prochaine menace d'amoindrir cette ville superbe, qui est un vrai site de grande capitale. La Garonne s'envase en aval ; les ingénieurs ont trop rétréci son lit, le flot de mcp n'arrive plus avec la même puissance qu'autrefois, il ne fouille plus le fond avec autant de force, des buncs de vase se déposent, et déjà sur plusieurs seuils les gros vaisseaux passent avec défiance.

A Bordeaux, la Garonne est d'un aspect saisissant. Les vaissesux isolés, les rues de navires, les paquebots transatlantiques, le va-el-vient des canots étonnent etcliurraent, mais la boue liquide fendue par la rame, l'aube ou l'hélice olfense le regard. C'est que le fleuve obéit depuis longtemps à la marée, sans laquelle le port de Bordeaux ne serait pas visité par les forts navires. L'influence de la marée sur le niveau fluvial commence à se faire sentir à 53 kilomètres au-dessus de Bordeaux, à Castets. En remontant la Garonne à partir du point où le frottement de la marée montante ne mélange plus les eaux du fleuve avec les vases de son fond, la Garonne roule des flots assez clairs, mais elle n'en ett pas moins une des rivières françaises qui transportent le plus de troubles.

Le débit de la Garon[ic peut descendre ù Tonneiiis jusqu'à 37 mètres cubes seulement par seconde, mais il faut des chaleurs longtemps persistantes. Le module ou débit moyen, à Toiineins encore, est considérable : (55!) mètres ci>be> [)ar seconde. Les crues, tout à fait formidaitles, s'élèvent à 8, 0 et 10 mètres de hauteur. Le fleuve entraîne alors 10,500 mètres cubes par seconde, '283 fois le volume de l'étiage.

682 GEOGRAl'Uin^

1.1 Neste, l'une des branches mères de la Garonne, n'a pas plus de 7;; IvilomCilres de développement, dans une vallée singulièrement riche en sources thermales. Les lacs et les neiges des Pyrénées lui fournissent une importante masse d'eau. Trés-exceplionnellement son débit par seconde peut s'abaisser à 5 mùtres cubes, mais généralement il va de 10 à 20 mètres aux basses eaux, de 20 à 50 dans les eaux moyennes, de 1)0 à 80 dans les fortes eaux; il est de près de 140 dans le mois de la grande fonte des neiges ; le module est de 35 mètres cubes et demi. C'est donc un fort torrent, et précisément au nord de son cours, le Plateau de Lannemezan, massif ingrat, froid et triste, donne naissance à dos rivières qui se distribuent en éventail, presque toutes courant à la Garonne, peu à l'Adour. I.n été ces rivières d'un parcours assez long ne sont plus que des fossés où les écluses alors silencieuses des moulins retiennent des eaux louches et morte?. Ainsi se comportent, dans la belle j^aison, la Save (148 kilom.), qui passe à Lombez, la Gimone (136 kilom.), l'Arrals (135 kilom.), le Gers (108 kilom.), qui donne son nom à un département et se déroule au pied de l'amphilhétltre d'Auch (13,000 hab.), la Bayse (180 kilom.), qui traverse Mirande et Condom. — Cette dernière ville est le principal entrepôt des eaux-de-vie de l'Armagnac. — Tous ces cours d'eau sont tributaires de la Garonne, sur la rive gauche, entre Toulouse et Tonncins. Pour que ces pauvres rivières coulent en étd, on s'est adresse à la Neste : on a barré quelques lacs de ses gorges supérieure. ; deliisorteou a haussé leur niveau pour qu'ils puissent mettre en réserve l'excès deau de neige de 1 hiver ; en été ces lacs se vident dans les biefs d'aval et renforcent d'autant la Neste . Vers Sarrancolin, un canal prend au torrent 8 mètres cubes par seconde, quatre destinés à Tirrigation du plateau de Lannemezan, le reste jeté dans la Save et son aflluent la Gesse, dans la Gimone, dans la Gers, dans les Haysc, dans le Houès, qui appartient au bassin de l'Adour. Les travaux ne sont pas tout à fait achevés.

Le Salât, aussi court qyic hi Neste, est de même fort abondant — 10 mètres par seconde à Pétiage — et contribue notablement à la formation de la (iaronne. Ses eaux lui Niennent

Page 1