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do la portion des Pyrénées comprise entrj le val d'Aran cl le j)ïi) de Montcalm. 11 y a des ours dans les forêts où se démènent les torrents qui ralimentcnt. Il baigne Saint-Girons et tombi? dans le tleuve par 2OO mètre? environ d'altitude.
l.'Arize (75 kilom.) a peu d'importance. C'est elle qui traverse la célèbre grotte du Mas d'Azil, où elle entre par une arcade de 80 mètres de hauteur.
L'Ariége (157 kilom.) augmente certainement la Garonne d'un tiers quand elle s'y jette à quelques kilomètres en amont de Toulouse. Elle vient des gorges pyrénéennes cù trône le Montcalm, sur le versant opposé au superbe bassin de la république d'Andorre. Après avoir serpenté dans la vallée de Foix et dans la plaine de Pamiers, elle s'augmente du Lhers (120 kilom.) : dans sa vallée supérieure celui-ci engloutit la rivière formée par la source de Fonteslorbe, l'une des fontaines intermittentes les plus abondantes et les mieux réglées qu'on connaisse. — Elle jaillit pendant 36 minutes 36 secondes et s'arrête pendant 32 minutes 30 secondes.
Le Tarn n'a pas moins de 375 kilomètres de cours. Du penchant méridion il de la Lozère ruissellent quelques torrents qui s'allient dans une gouttière commune, le Tarn. Déjà rivière à Pont-de-Montvert (896 mètres), le Tarn s'engage, en aval de Florac, dans des gorges telles que la France n'en offre guère de si taillées à pic, de si étroites, de si profondes, gorges coupées à l'cmporte-pièce dans le calcaire jurassique: Teau verte et froide de li rivière, de temps en temps accrue par de grosses fontaines, s'y endort ou s'y tourmente avec violence à la racine de p.irois rocheuses qui ont 400, 500, et mOmc 000 mètres d'élévation ; le sommet de ces murailles est le rebord d'abominables causses où l'hiver fait rage, où le vent siffle en été, où nulle saison u'.jpporte l'abondance aux champs et la gaieté dans les village^. Le Tarn sort de ces défilés par IlOO mètres d'altitude; il arrose le ravissant bassin de Milhau (14,000 hab.), et s'aflaisse, au-dessus d'Albi, par la belle cascad.^ du Saut-de Sabo, haute de 19 mètres. Peu î\ pou il a transformé ses défilés en une vallée pittoresfjm^, qui devient plus bas une plaine féconde. Au-dessous d'Albi (17,00!» hob.), j1 rencontre encore Gaillac, Moutauban, (2';,000 liab.) et
Moissac MOjOOO liab.). L'emboucluire du Tarn est à 6» rci}- Ires d altitude; le débit d'ôtiage approche de 20 mètres cubes à la seconde; le débit de grande crue dépasse 6,*j00. Les principaux torrents et rivières qui perdent leurnom dans le Tarn, sont le Tarnon, la Dourbic, le Dourdou, l'Agout et l'Avoyron. — f.e Tarnon amène au Tarn les eaux de la source très-considérable du Pécher, sorte de fontaine de Vaucluse qui jailJH dans la ville de Florac, au pied d'un immense escarpement.' — La Dourbic a 70 kilomètres de long.; ses eaux, qui sont très-belles, vivifient de profonds défilés; il n'y a que des villages t;ur ses bords ; elle a son embouchure près de Milhau. — Le Dourdou (00 kilom.) rencontre dans le dornier tiers de son cours un torrent nommé la Sorgues, ainsi que la rivière chantée par Pétrarque, et comme celle d'Avignon, cette Sorgues est considérable dès sa source : à l'ombre des rochers géants qui cachent les lacs ténébreux dont elle e>l l'issue, elle met en branle un grand moulin. Klle passe à Saint- Affri que. — L'Agout (180 kilom.), rivière cévenole d'un fort volume, a plus de 80 mètres do largeur moyenne, avec un éliage de 7 mètres il la seconde. 11 se tient longlemps dans une profonde vallée, forme la cascade du Saut-dc-Luzière.-, dessert les manufactures de Castres (21,000 hab.) et engloutit le Thoré, venu de Mazamet, ville industrielle de 13,000 ilmes. Ln aval de Lavaur, il reçoit le Dadou, pittoresque rivière de 100 kilomètres de lorgueur, d'une largeur de 30 mèlre?. — L'Aveyron, trèslong (240 kilom.), mais très-faible, débouche au nord-ouest de Monlauban. Dans le Houergue, devenu, d'après lui, le département de l'Aveyron, il se tord, silencieux et noir, au pied de la sombre colline de Rodez (12,000 hab.). Au-dessous de Villefranche (10,000 hab.), jusqu'à Bruniquel, il se perd au fond de délilés par instants sublimes, les plus beaux qu'ompruntAl un chemin de fer français avant l'ouverture de la ligne dAlais à Brioude. Le principal affluent de l'Aveyron, le Viaur, lui ressemble en tout cela, il roulclrôs-peu d'eau proportionnellement ;\ sa longueur et à <on bassin, cl il paiconrl une gorge sauvage: le Viaur, infatigable en ses détours, a plus de ]{)0 kilom. m:iis sa largeur moyenne n'est que de 16 mètres. Le Lot ((80 kilom.) a deux foi? moins d'eau à l'élingc que
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que le Tarn, bien qu'il parcoure 100 kilom.de plus. Sa source voit le jour à 1,oOO mùlres d'altitude, dans les monts de la Lozère. A Mende, il ajuste perdu la moitié de cette hauteur ; en avant de ce chef-lieu de département, et longtemps en aval, le Lot ne réfléchit que des versants ruiné?, stériles et sans bois ; mais à partir de l'entrée dans le département de l'Aveyron, à Espalion et plus bas, les gorges se boisent, tout en restant profondes. La rivière borde ensuite le bassin houiller de l'Aveyron, où se sont élevés deux grands ateliers de métallurgie, Aubin et Decazeville. Son cours devient extraordirement sinueux ; sa vallée est fort belle^ et dominée généralement par des parois droites ou d'abruptes collines qu'achèvent des créneaux de roches. Qui a vu le nid d'aigle de Capdenac, sur le chemin de fer de Paris à Toulouse, connaît le profil saisissant des côtes du Lot. Au-dessous de Cahors (14,000 hab.), entre des collines renommées pour leurs vins vigoureux, la fécondité de la plaine s'accroît à proportion que le cours d'eau s'approche de son terme. De Villeneuve d'Agen (13,000 hab.) à Clairac et de Clairac à Aiguillon, les bords du Lot peuvent soutenir la comparaison avec les terres les plus favorisées du val de Garonne. L'embouchure du Lot est à 23 mètres d'altitude ; le débit est compris entre dix. mètres cubes par seconde, étiage extrême, et 2,200 mètres, crues exceptionnelles. — La Colagne, torrent lozérien de oi kilomètres, baigne Marvejols avant de tomber dans le Lot par -600 mètres d'allitude. — L'Lrugne est bien courte, elle a 12 kilomètres seulement, mais les hautes et vastes causses an pied desquelles elle surgit lui composent par leurs infiltrations des sources considérables que les étés les plus chauds ne peuvent entièrement boire. — La Trnyère s'allie au Lot par 240 mètres, dans une ville qui de même que d'autres en France, tient son nom d'i'^iitraygues de sa situation à la fourche de deux rivières. La Truyère se forme dans la Margeride ; pendant 17o kilomètres, elle serpente presque continuellement dans des gorges obscurcies et désortes, entre des lianes boisés, des prairies inclinées et des granits. Klle reçoit le petit torrent quedomineSaiat-ITour, et le Bès (64 kilom.)à l'eau sombre. — Le Côlé, long de 100 kilomètres, arrive du Cantal, travei*se
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Figeac et se termine par une vallée que sa profondeur et ses murs de rochers font semblable à celle du Lot. — La fontaine des Cliarireux, ou de Divonne, jaillit dans Cahors même ; elle se précipite en cascades dans le Lot, avec une ma^sc d'eaux transparentes égale, dit-on, au cinquième du volume de la rivière en été.
L'Avance (08 kilom.) sort de terre dans les landes du Lnlel-Garonne : elle disparaît sous les sables, puis, retenue parla couche imperméable, elle ressort au-dessus de Castoljaloux par une source de premier ordre.
Le Dropt (i2S kilom.) n'a pas de fonlaines considérables dans son bassin. Ce dernier affluent notable de droite n'est qu'un ruisseau que les digues des moulins et les écluses de navigation enflent aux proportions d'une petite rivière.
Le dernier tributaire important de gauche, le Ciron (!iO kilom.)) rivière des Landes, roule une eau vive et froide sur un lit de sable.
La DORDOGNE commence à l,GOi mètres d'altitude, au pied du cône du Puy-de-Sancy, lOte de la France centrale. Ce n'est alors qu'un filet d'eau dans une prairie marécageuse. Aux bains du iMont-Doro, elle ne se trouve déji plus qu'il l,('i7 mètres. A lîort (120 met.), elle coule au pied de la montagne dans laquelle s'implantent les Orgues de Bort, colonnade basaltiquç dont le sommet, supérieur de 3oO mètres au fil de la rivière, olTrc un éblouissant panorama sur les monts cl les vallons verts du Cantal.
En aval des Orgues de Bort, au travers de Mauriac, la Dordogne erre dans des gorges granitiques extrêmement sauvages. Au pied de roches obscurcissantes de 20O à 2;)0 mètres de hauteur, elle y engloutit les rivières limpides et les torrents envoyés par les croupes dû la Corrèze et les pics du Cantal. Vers Argentat la fissure s'élargit, hu confluent de la Cèro on se trouve en plaine. Après avoir arrosé les beaux bassins de Monlvalant et de Souillac,la Dordogne pénèlrcdans une vallée superbe par ses côtes roides, ses rochers et ses chAteaux. Le lit est large, la rivière est claire. Vers Lalinde elle se tourmente et forme les rapides bouillt^manls du r.ranrl Toret, du Saut <le la
Gralusse et dos I*orcherons. Puis vient Bergerac (12,000 liab.}^ avec la cascade au loin retentissante de son barage de navigation. Désormais la vallée du grand cours d'eau périgourdin renferme entre des collines ennoblies par des vins supérieurs des alluvions dont la générosité ne s'épuise jamais. Plus on descend, mieux vaut la terre. A partir de Caslillon l'eau claire fait place à l'eau souillée, la rivière s'élargit, s'enfle et se désenfle avec la marée, elle devient fleuve. A Libourne (lo/'OO hab.), port déchu, la Dordogne est aussi navigable, mais aussi contaminée par la vase que la Garonne à Bordeaux. Passé Libourne, la Dordogne écarte tellement ses deux rives l'une de l'autre qu'elle égale en apparence les immenses fleuves de FAméiique. Sous les travées du pont suspendu de Cubzac, l'un des plus beaux qu'il y ait par la longueur et la hauteur, elle a plus de 500 môtres de large; vers le confluent, sa largeur est d'un peu plus de 1,200 métrés, autant que la Garonne.
A Bergerac, la Dordogne fournit à l'étiage 36 mùlres cubes par seconde, presque le débit minimum de la Garonne à Tonneins. Si ce chillre de 36 mètres est exact, la Dordogne augmentée de l'isle aurait plus d'eau que sa rivale au rendezvous du Bec d'Ambez. Le volume de la plus forte crue connue de la rivière (1,783) fut,à Bergerac, de 4,888 mètres cubes, 43i> fois l'é liage.
Le Chavanon descend des montagnes marchoises ; il court entre des collines de granit et tombe dans la Dordogne au bout de o2 kilomètres de cours.
La Rue débouche au-dessous de Bort. Elle commence au Puy-de-Sancy, sur le versant opposé à la source de la Dordogne. Avant de se perdre dans la Dordogne, qu'elle égale, qu'elle surpasse peut-être en vohimc, elle forme la cascade du Saut de la Saule, haute de 8 mètres sculemenl, mais d'une masse d'eau considérable. Le cours de la Rue est de 65 kilomètres.
La Diège (."JO kilom.), rivière corrézienne, passe au pied de la colline d'Ussel et s'a( hève dans des gorges profondes.
L'Auge, voisine de Mauriac, se rue de -40 mètres de hauteur dans un précipice, à la cascade de Salins.
La Maronne, qui se termine près d'Argentat, commence dans
le Caillai, au sein de l'admirable pays de Salers, région de charmantes montagnes, deforOts, de cascades, de vives eaux et de prairies tondues par les plus beaux bœufs de lAuvergne. Cette gracieuse riviùre se fait quelquefois terrent et mugit dans des couloirs de 300 mètres de profondeur, tlle a 88 kiloraùtres de cours.
La Gère (110 kilom.) naît au Lioran, col célèbre entre les versants de l'Allier et de la Dordogne, par 1,20j mètres d'altitude, non loin du Plomb du Cantal. La Jordane, son tiibu taire, s'unit à elle dans les larges prairies du bassin d'Aurillac (11,(100 liab.). Au-dessous de ce bassin, la rivière s'engage dans des gorges austères avec toutes les eaux que n"a pas bues l'irrigation.
En amont de Souillac dôbouclic l'Ouysse, petite Touvre qui a son Dormant dans le gouH're de Saint-Sauveur, et son Houillant dans le Cabouy. Les sources de l'Ouysse, proches du site étrange de Hocamadour, sont la renaissance en commun de beaucoup de ruisseaux qui s'abîment séparément dans les gouiïrcs des causses du (Jnercy.
Le Blagour, issu de fontaines abondantes, est curieux par l'alternance de ses crues avec celles du Boulay, fontaine intermittente. Il passe à Souillac.
LeCéou(G:) kilom.), transparent et bleu, recueille une partic des eaux de l'amnidissement de Gourdon et se perd en face des coteaux qui séparent la Dordogne du vallon de Sarlat.
La Vézére (11*2 kilom.) débouche à Limeuil. Llle se fait de veinules d'eau qui ruissellent sur le plateau de Millevache. A 6 kilomètres en amont de Treignac, elle tombe, au sein de profondes gori^es boisées, par la cascade du Saut delà Virolle, l'une des picniières en France par le concours des trois t hoses qui honorent une cataracte, la hauteur, le volume et le site. Puis, au-dessous d'I'zerche, elle bruit sur les granits du Saillant. Cette rivière absorbe la Corrèze (8.") kilom.), torreiH pittoresque de sa source dans les Monédières à son embouchure dans la Vézère : la Corrèze passe devant Tulle (13,000 hab.) et Brive-la Gaillarde (10,000 hab.). Provenant du Limousin, la Vézère a des eaux légèrement rouges, même dans
la belle saison. Quand elle déborde, elle salit les flots de la Dordogne, rivière habituellement lucide comme le cristal.
C'est dans Libourne que finit l'Isle {23.") kilom.), apportant dix mètres cubes à l'étiage, sans compter l'important tribut de la Dronne. L'Isle arrive du Limousin, par Périgueux (20,00<> hab.) et môle à ses eaux rouges d'abord les sources claires versées parles craies du Périgord. Ses deux grands tributaires se nomment la Haute-Vézère ou Auvézùre et la Dronne. — La Haute-Vézère doit aux coteaux limousins son origine et ses principaux accroissements. A Cubjac, la bonne moitié de son eau colorée en rouge se rue avec bruit dans le monde souterrain par une bouche de caverne où tournent les meules du moulin du Souci. Ce bras perdu va reparaître dans la vallée de l'Isle par la grande source du Gourde Saint-Vincent; la branche à ciel ouvert atteint l'Isle en amont de Périgueux. — La sinueuse Dronne (178 kilom.) mérite une place d'honneur parmi les rivières françaises pour la ^^rûce de ses rivages, la fraîcheur, la transparence, l'abondance estivale de ses eaux. En été, elle est égale à l'Isle. Llle aussi arrive opaque et rougo des collines du Limousin et du Nontronai?, où elle forme la jolie cascade du Chalard, mais, à partir de Hranlônie, elle noie ses eaux louches dans les flots purs des fonts et des houillidons, sources constantes et considérables dont la plus grande est le Puits de Fonfa, à 3 kilomètres de Boiirdeilles. La Dronne coule près de Ribérac et reçoit la Nizonne (02 kilom.), pure comme elle. Entre la basse Isle et la basse Dronne, des étangs aux plages vénéneuses tiennent le fond des vallons de la Double, mais leurs fièvres paludéennes ne descendent pas dans les deux vallées. La Double (i8,000 hectares) se compose de bois de chûncs, de taillis, de bouquets de pins et de champs maigres.
A 4 kilomètres seulement de l'endroit où la rive atlantique perd ses dunes et ses forOls de pins pour les roches que creuse la mer de Biarritz, à 31 kilomètres de l'Espagne, une barre obstinée à réduire à néant les travaux des ingénieurs signale
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rcmbouchurc de l'ADOUR, fleuve pyrénéen dont le bassin s'étond sur 1700,000 heclares.
A 25 ou 30 kilomi-lres de l'Océan, à la lisière des Landes et des collines béarnaises qui de marche en marche s'exhaussent jusqu'à se faire mont?, deux rivières se renconlrcnt, égales pour le regard, l'Adour et le Gave. L'Adour vient de plus loin, le Gave apporte (en été du moins) six fois plus d'eau.
L'Adour naît à 1931 mètres d'altitude, dans le Tourmalot; il met en branle les scieries de marbre de Bagnères-de-Bigorre (ooG met.), ravissante ville d'eaux de 10,000 Ames, puis arrose par mille canaux la plaine de Tarbes (16,000 hab.), nourrice de chevaux alertes à jarrets d'acier. Par ses irripalions, l'intensité de la culture, le nombre des villages, la densité de la population, le voisinage des montagnes, la plaine de Tarbes est le Piémont et la Lombardie du Sud-Ouest.
Au-dessous d'Aire le fleuve borde par sa rive droite les sables des Landes. Déjà il s'est augmenté de l'Arros (105 kilom.). 11 reçoit plus bas k Midouze(to5 kilora.), venue des coteaux de l'Armagnac par les landes de Mont-de-Marsan, absorbe de longues mais très-pauvres rivières fournies par les collines de la Clialosse, puis il baigne Dax (10,000 hab.), célèbre par sa fontaine d'eau à 60 degrés.
Le Gave (I7;i kilom.) s'annonce par une cascade de 422 mètres de haut, la cascade de Gavamie, qui saute des champs de neige du Marboré dans le cirque de Gavamie. 11 reçoit tous les gaves possibles — gave signifie torrent — : le gave de Iléa?, sorli du cirque de Troumouse, le Hastan, venu de r>arègcs, ville thermale, le gave de Caulerets, le gave d'Argelès. Sous le nom de gave de Pau ou gave Béarnais, il effleure la colline de Pau (2:i,000 hab.,\ ville d'hiver, séjour de milliers de poitrinaires et d'Anglais, attirés à la fois par un air doux et sans vent, par la rare splemleur du site et par le voisinage des Pyrénées. A Orthez, le torrent heurte violemment les roches d'une petite Via Mala. A Peyrchorade, il lui arrive un gave abondant, froid et rapide comme lui, le gave d'Oloron (132 kiloni.), lit commun où se mêlent, à OIoron-Saiute-Marie, les eaux des fameuses vallées d'Aspe et d'Ossau. Le gave d'Aspe débile i\ l'éliagc 8 mètres, le gavo d'Ossau, 4; le Saison
OU gave de Mauléon, rivière charmante, environ 3. En tout pour le gave d'Oloron 15 mètres cubes à la seconde. Avec les 20 du gave de Pau, on a 35 mètres cubes; or, l'Adour, épusé par les irrigations, n'en roule momc pas G au confluent.
Le Gave porte l'eau, l'Adour garde le nom, celle injustice est commune. Le fleuve, large de 200 mètres, souvent plus, absorbe la Bidouze (80 kilom.) et la jolie Nive (7a kilom.), rivières du pays basque. La Nive a son , confluent à Bayonne (20,000 hab.), port dont le commerce est paralysé par la barre de l'Adour, à G kilom. en aval, l'endant 200 ans, de la fin du xiv^^ à la fin du xvi® siècle, le fleuve, obstrué par les sables du rivage, tournait droit au nord, ù une portée de fusil de l'Océan ; il coulait derrière la dune par un lit que marquent encore des étang?, des fonds mouillés, des ruisseaux traînants, et allait se perdre dans la mer au Vieux-Boucau, à 30 kilom. en ligne droite de Tembouchure actuelle.
Des 0,780,000 hectares du bassin du RHONE, plus de 9 millions appartiennent ù la France; le reste dépend de la Suisse.
C'est en Suisse que ce fleuve magnifique prend naissance. Dans le canton du Valais, non loin des sources de l'Aare, de la Reuss, du Rhin et du Tessin, un grand glacier appuyé sur la Furka forme par la réunion des innombrables gouttes suintant de ses crevasses un gros torrent qui est le début du Rhône. L'altitude du lieu est de 1,800 mètres. Les Vakiisans parlant allemand qui habitent ces montagnes appellent ce torrent la Rotlen.
L'Oberland, le Mont-Rose inclinent vers lui leurs plus vastes glaciers : l'Oberland lui envoie le glacier d'Alotcli, le premier de l'Europe centrale, le Mont-Rose lui fournit la Viège,si abondante qu'elle mérite peut-être la prééminence. Vers Sion, la langue germaine cesse complétemoni, le ithône est déji lleuve français par l'idiome de ses riverains.
Près du cliilleau de Gliillon, le Rhône, maintenant torrent <le première grandeur, entre dans le lac de Genève. Le Lac de
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Genève, ou Léman, suisse par sa rive seplentrionale, est savûiiii'ii et français par la plus grande partie de sa rive méridionale. Son altitude est de S'Omùtres, son aire de 54,000 hectares, sa plus grande profondeur de 308 mètres, son cadre de montagnes, Alpes et Jura, d'une magnificence rare dans le monde. Ses bords ravissants, tempérés, se relèvent au nord en coteaux qui portent les meilleurs vignobles de la Suisse cl abritent ses villes d'hiver. Sur la montagneuse rive française, des cliaiaigniers, des noyers vigoureux, des forêts de cerisiers, des prairies magnifiques font la parure et la fortune de villages.
L'arc-de-cercle du Léman, long de 71 kilomètres, se termine à Genève. Là,leUhone ressort de la petite mer inlérieuro par des eaux d'un bleu n)erveilleux, l'idéal d'une rivière à la fois limpide et violente. A l'étiage tout à fait exceptionnel, ce déversoir épanche encore Gj mètres cubes d'eau par seconde, que les flols turbides de l'Arve portent aussitôt à 100; dans lea basses eaux ordinaires, le débit est de 2U0 mètres cubes. Les deux gros torrents, le Rhône azuré, l'Arve jaune ou terne, coulent quelque temps dans le même lit sans se confondre ; le mélange fait, le Hhône l'emporte, mais en perdant de sa transparence bleue.
A son entrée en France, le Hhône est déjà très-considérable, car il a reçu en Suisse les eaux de 103,700 hectares de glaciers^ sans conii)ler l'Arve, grossie de la plus grande partie des Irimas du Monl-nianc. Arrivé sur noire territoire, le lleuve est d'abord lourmenté par le rapprochement intime du Jura et des monls calcaires de la Savoie. Longtemps leurs parois l'étranglent : tout on gardant sa masse d'eau quadruple de celle de la Loire à ii'liage extrême d Orléans, triple de celle de la Garonne i\ son minimum à Tonneins, plus que double de celle de la Seine aux très-basses eaux devant l*aris, il se rétrécit à n'avoir que l'aspect d'un petit torrent tour X tour sommeillant ou agile. Au-dessous du forl de ri]cluse,à Bellegarde, il dis^iaraîl même complètement en été dans les cavernes qu'il a fouillées sous la rocbe entre le Monl-Vuache (Hante-Savoie) et le Grand-Credo (Ain). Dans les eaux ordinaires, le fleuve, moulant le long des parois, cache entièrement cette lacune apparente de son cours, qu'on nomme la perte du Hhône.
Longtemps encore le torrent, — le Rhône appelle toujours ce nono, — se comprime entre les roches duBugeyet les parois savoisiennes et iscrannes, changeant à chaque instant de largeur, de profondeur, de rapidité, mais plus souvent étroit et violent (ju'amplc et calme.
Avant le coniluent de l'Ain, les gorges s'écartent et se font plaine immense. A Lyon (1G2 mtît.), débouche la Saône, qui vis-à-vis du Rhône est un enfant en face d'un homme, lîlle impose pourtant sa direction nord-sud au fleuve fougueux qui depuis sa source courait du nord-est au sud-ouest. Lyon (324,000 hab.), première ville de France après Paris, mais serrée de prés par Marseille, a tout l'aspect d'une capitale; ses rues animées s'étalent sur les bords du grand fleuve et de la grande rivière ; de pittoresques faubourgs escaladent dea collines roides de 100 à loO mètres de hauteur au-dessus de la nappe d'eau de la Saône. Pour la fabrication des soieries Lyon dépasse de très-loin toute autre cité des deux mondes.
Dans sa course directe de Lyon à la mer Méditerranée, le Rhône baigne Givors (10,000 hab.), ville industrielle; Vienne (25,000 hab.), où la petite rivière de Gère met ilOO engi[is en mouvement, et où restent debout quelques monuments de la puissance romaine; Tournon; Valence (2i»,000 hab.). Près de la rive droite commencent les monts de l'Ardèche; les monts de la Drôme s'avancent vers la rive gauche. De détour en détour le ciel devient plus clément, les teintes plus chaudes ; vers Beauchaslel, au nord de Montélimar (11,000 hab.}, apparaissent les premiers oliviers ; au sud de Montélimar, à Donzère, à l'issue d'un rétrécissement de la vallée, on sent qu'on entre dans le Midi. Au Pont-Saint-Esprit, lo ileuve mord les arches d'u[i pont (.Mil" siècle) de S»0 mètres de longueur; il laisse ensuite à quelques kilomètres de sa ri\e gauche Orange (1 1 ,000 hab.) et ses monuments antiques, v.t passe devant Avignon (36,000 hab.), qui a conservé de vastes édifices du moyen clge , et particulièrement de l'époque où elle donnait asile aux papes. Ce qui lui vaut mieux, c'est d'occuper une plaine aussi féconde que belle, à portée des gorges du Venlou\, de VauclUiC, du Lubéron, près de la ferlilisânle Durancc. Llle a tout à point, mais le mistral y souille, ce vent qui rend iusup-
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portable le séjour des plus beaux pays français de la Médilerranée.
Plus bas, le Hliône sépare Tarascon(l 2,000 liab.) de Beaucaire (10,000 liab.), dont jailis la foire allirail des coumierçants de tous les pays du vieux monde chrétien ou musulman. A une époque reculée, le lUiOne s'achevait ici dans un golle que ses alknions ont fini par transformer en plaines fertiles. Devant Arles (20,000 hab.), ^il'e à monuments romains, célèbre à bo:i droit pour le type splendido de ses femmes, le fleuve se bifurque : le bras de gauche entraine les 80/100 des eaux, c'est le Grand-Rhône; 14/100 s'écoulent par le Pelil- Rliône. L'un et l'autre bras coulent d'abord à l'ombre des saules et des ormeaux blancs, puis il n'y a que de? arbustes sur leurs rives, enfin quand ils s'approchent de la mer les broussailles mOracs disparaissent et le roi de nos fieuves se termine au milieu des joncs. Entre les deux Rhône, la Camargue embrasse 75,000 hectares de terres sèches, de terres mouillées, d'étangs, de chenaux entre les divers étangs et entre les étangs et la mer : le soleil y darde, la fièvre y sévit ; c'est un pays désert, et pourtant le desséchemenl aUié :\ l'irrigation y ferait surgir un des jardins du midi. A droite et à gauche de la Camargue, s'espacent des terrains bas entrecoupés d'étangs, fiévreux aussi, ils proviennent également du travail du Rhône. Ce fils des Alpes traîne beaucoup d'alluvions dans ses fl )ts qui rongent tant de montagnes faciles ;\ désagréger. Le delta s'avance tous les ans; il a gagné une lieue sur la mer depuis l'époque où la tour Saint-Louis fut bàlie sur l'aneicn rivage (1737).
Le RhO[ie reçoit tellement de glaciers, il égoultc tant de hautes et de moyennes montagnes, qu'il est de beaucoup le premier fleuve français et même l'un des plus grands de l'Europe; sa longueur, cependant, dépasse ;\ peine 800 kilom. Son bassin a beau être inférieur à celui de la Loire de près de 2 millions dheclares, la mas?e d'eau que ses embouchures confient par seconde à la mer, au niveau le plus bas de l'année, est de ."ioO mètres, d'autres disent oOi mètres cubes: dix fois l'éliage evtrème de la Loire en aval du confluent de la Maine; 5 à 0 fois le minimum de la Seine à Rouen; G à 7 fois rotiagc
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réuni de la Garonne et de la Dordogne. Aux eaux moyennes, il écoule, paraît-il, 650 mètres cubes par seconde àLyon,2G03 à la bifurcation d'Arles. Le Rhin est sensiblement plus faible à Kehl (341 mètres àTétiagc, 1030 aux eaux moyennes), et mOrae en Hollande, il ne verse à la mer par toutes ses bouclies qu'une moyenne de 1975 mùlrcs cubes il la seconde. Il ne faudrait que sept Rhône pour faire un iMississipi et une trentaine pour composer un fleuve des Amazones.
Dans les hautes eaux ordinaires, il passe à Lyon 2,000 H 2,o00 mètres cubes par seconde. Dans les grands débordements, c'est 10 à 12,000 mille mètres d'enu boueuse et violente qui tourbillonnent dans le fleuve et dans la campagne qu'il détruit. Deux choses sauvent la vallée inférieure de ravages plus terribles encore. D'abord, le Léman sert de régulateu ra uRhône : il reçoit jusqu'à 1,200 mètres par seconde et n'en verse alors au seuil de Genève queoTo, soit d2o mètres par seconde de moins pour la crue. Puis, et voici le fait le plus heureux, les affluents d'en bas ne donnent jamais de tonle leur force concurremment avec les affluents d'en liant. Or, le seul département de l'Ardèche peut jeter à la rigueur dans le fleuve, par la Cance, le Doux, l'Érieux, l'Ardèche, quatorze à quinze mille mètres cubes d'eau par seconde, tout un Mississipi. La Drôme, l'Aygues, la Cèze, le Gard, la Durance ensemitle en amèneraient encore plus, car les tributaires du Rhône inférieur sont tous remarquables par un immense écart entre leur plus mince étiagc et leur plus fort débit.
La Dranse, gros torrent de Savoie, se verse au Rhône par le lac de Genève. Elle a 4;j kilomètres de cours et passe près de Thonon.
La Versoixse perd aussi dans le Léman. Llle sort au pied du Jura, à Divonne, par trois sources très-froides, fournissant moyennement près d'un mètre cube par seconde. Plusieurs supposent que les fontaines de Divonne sont en rapport avec le lac des Itousses, qui est situé sur un plateau du Jura, à près de 1,100 mètres au-dessus des mers.
L'Arve (90 kilom.) se fournit aux glaces du Mont-RIanc : le glacier dont elle émane donne de 4 à 2o mètres cubes par seconde, et le glacier de l'Arveiron, premier affluent de
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l'Arve, a presque autant d'importance. Elle baigne Bonneville. Ce torrent fougueux, d'une largeur de 80 à 05 mètres, parcourt en douze ou quatorze heures le long trajet qui sépare ses t^laciers originaires de son embouchure dans le Rhône. I/Arve porte au fleuve, prt'S de Genève, un tribut très-considérable pour l'étendue de son bassin, qui n'est que de 200,000 hectares: 35 mètres cubes par seconde à l'étiage minimum connu, 1250 dans les crues. En vidant l'Arve dans le Léman, c'est presque de cette dernière quunlilé qu'on atténuerait les débordements du Hhùne en France.
La curieuse Valserine (52 kilom.) roule dans des gorges calcaires appartenant au Jura. Klle se termine près de la perte du Hhône.
Les Usses se jettent dans le liliône en amont de Seyssel. A la Caille, c(^ torrent coule sous un pont sus|)endu plus haut que long, car il a 200 mètres d'élévation pour 194 de longueur. Ainsi l'on pourrait triplt;r la hauteur des tours de Notre- Dame avant de leur faire toucher le tablier de ce pont.
Le Fier (70 kilom.), torrent «avoisien, accourt au Meuve par les gorges grandioses des Porles-du-Fier. Il déverse le lac d'Annecy (altitude 443 met. ; longueur i 4 kilom.; largeur 1,000 à 3,000 met.; profondeur 30 i\ 50 môl.). Les Thioux, canaux de décharge du lac, font marcher les usines d'Annecy (12,0(U) hal).).
Le Canal de Saviéres, bordé de marécages, émet le lac du Bourget (altitude 227 met.; longueur Ki kilom.; largeur 5 kiloin. ; profondeur 50 ;\ 100 met.). Le lac du Pourget reçnil le Laiî^so, qui traverse l'aucieune capitale de la Savoie, Chambéry (18,000 âmes).
Le Guiers (55 kilom.) découle des monts delà Grande- Chnrlrense.
l,a Bourbre (SO kilom.) se iiromène dans les prairies marécageuses d'iMie \allée que le l\hône peut-être emprunta jadis. IClle baigne la Tour-du-Pin.
L'Ain (I!i0 kilom.) est laulcH beau torrent et tantôt belle rivière. Son bassin abonde en fortes sources émerg(^anl du calcaire; les sites austères, solitaires, étonnants se succèdent dans sa profonde vallée, cl le long de ses tributaires souvent cnténé-
brés comme lui par de hautes roches droites. L'Ain naît à 730 mètres d'altitude. Dus son origine il est considérable, et la fontaine de Sirod l'agrandit presque aussitôt par un tribut de 000 litres par secoLide àl'étiage. Son cours est interrompu par des casiades : la chute du i*ort de la Sais-ic, haute de i6 mètres, a 132 mètres de largeur. Parmi ses affluents, la Bienne (72 kilom.), constamment enchaînée dans les gorges, trverse l'industrieuse Morez et Saint-Claude; l'Oignin recueille le déversoir du lac de Xantua ; PAlbarine (CO kilom.) prête au chemin de fer de Lyon à Genève une partie de sa cluse accidentée de cascades.
La SAONE semblerait plus grande si elle ne se terminait au Rhûnc, qui en France est incomparable. Son cours est de 455 kilomètres, il serait de 020 si le Doubs était préféré à la Saône comme rivière mère ; l'aire du bassin dépasse trois millions d'hectares.
La Saône n'a rien d'héroïque comme le iUiône à son origine. Elle arrive au jour par une source médiocre dès monts Faucilles, à 300 mètres d'altitude, dans le déparletnent des Vosges. Dans la Haute-Saône, elle rencontre Gray. Faite grande rivière par le concours de l'Ognon, elle entre dans la Côte-d'Or, cù elle serpente dans une plaine féconde qui tire quelque caractère de la largeur du cours d'eau et du lointain profil de la Côle-dOr et du Jura. Dans Saônc-et-Loire, la Saône devient deux fois plus puissante par l'adjonction du Doubs; elle y arrose Châlon (20,000 hab.) et lave les quais de Mâcoii (18,000 bal).). Dans le Rliùni^ elle passe à une faible distance de Villefrauche (12,000 hab.). l^lus bas, sur l'autre rive, s'élève l'amphilhérilrale Trévoux. Bientôt les collines se rapprochent, elles s'exhaussent et s'escarpcnt, et la belle rivière, bordée de parcs, de chîlleaux, de villes, d'usines, s'avance majestueuseinent vers Lyon. lA, elle est emprisonnée par des quais et dominée par des faubourgs en pente, puis, au bout de la ville, elle est dévorée par le Rhône. La Saône contribue à l'alimenta! ion du Rliône par 00 mètres cubes d'eau à la seconde en séclnresse, 2.i0 en eaux moyennes, i,(K)0 en fortes crues. L'altitudedu contluent est de 102 mètres: la chute totale de la rivière n'est donc que de 23 i mètres pour V.'t'j ki-
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lomèlrc?, et encore presque toute cette pente esl-elle rachetée dans le cours supérieur, car à l'arrivée de l'Ognon, la Saône ne se trouve plus qu'à 186 mùlres. Ainsi le plus faible des deux fleuves lyonnais descend trùs-lenlement sa vallée, poussé plutôt par la pression des eaux d'amont que par la pente vers l'aval.
Les affluents notables de îa Saône sont le Coney, la Lanterne, le Durgeon, la Vingeanne, l'Ognon, la Dùzo, la Tille, l'Ouchc, le Doubs, la Dliuune, la Grosne, la Scille, la Ueyssouze, la Veyle et l'Azergues.
Le Coney, long de 00 kilomètres, sort des monts Faucilles, et court dans une vallée boisée, de forge en forge, do moulin en moulin.
La Lanterne hérite de plusieurs torrents accourus de la région des ^o5gos qui entoure Plombières, ville thermale. Elle a (;0 kilomètres de cours.
Le Durgeon rafraîchit la vallée do Vesoul. Prèsdecettc ville se voient deux fontaines remarquables : l'une, la Font de Champdamoy, fait tourner en tout temps cinq meules au sortir de sa vasque profonde ; l'antre, le Frais-Puits, est presque toujours à sec, mais à des intervalles inégaux et parfois éloignés, il en sort une rivière terrible. Avec le Puits de Voillot, son voisin, il peut dégorger jusqu'à 100 mètres cubes à la seconde; il ravage alors le bassin de Vesoul et l'on a vu la Saône sortir de ses rives grâce à lui, et à lui seul. Le département de la ilaute-Saône, dont Ves.nil est le chef-lieu, est plein de ces accidents curieux ; tiltrations invisibles, grands gouflres absorbants, sources considérables, gueules de rochers d'où fuient les eaux violentes que de longues pluies ont fait descendre dans les cavernes
La Vingeanne (90 kilom.) est une tille du plateau de Langros. Klle arrose une vallée de prairies peuplée.
Î/Oguon, qui n'a pas moins de 102 kilomètres, épanche ses premi(;rs flots d'une fontaine des Vosges, à 0 ilî mètres audessus des mers. Vers Froidetcrre, il perd une portion de ses eaux qui, pense-t-on, vont former la rivière sortant à Lure même du profond goulTre nommé la Font-dc-Lure. L'Ognon est très-sinueux; il voyage constamment du pied des coteaux
d'une rive à la base des collines de l'autre, et les villages se touchent presque sur son cours.
La Bèze est une de ces rivières qui sont toutes dans leur source. Klle n'a pas 30 kilomètres de longueur. Un cours d'eau qui s'engouffre en entier, la Venelle, et la perte partielle de la Tille, constituent un torrent souterrain qui apparaît au jour par la fontaine de Bèze. Fontaine qu'on a vu tarir quelquefois, dans les très-grandes chaleurs ou dans les froids exceptionnels, mais à l'étiuge ordinaire, elle verse, avec une source voisine, 4o0 litres par seconde.
La claire Tille (108 kilom.) se forme dans les combes des collines de 500 mètres qui lient la Côte-d'Or au plateau de Langres. Par les eaux qui lui échappent entre Thil-Chcllel et Lux, elle contribue grandement à la naissance de la Bèze.
L'Ouche (100 kilom.) se lient dans une combe du massif de la Côte-d'Or jusqu'à Dijon, où elle entre dans la grande plaine de la Saône. Dijon (39,000 hab.) a vu naître plusieurs grands hommes, et c'est le site de monuments curieux remontant à la période où cette ville commandait à la puissante province de la Bourgogne.
Le Doubs a 430 kilomètres de développement. Lorsque la Saône le rencontre en chemin, il n'a pas moins d'eau qu'elle, et sa course dépasse de plus de ilîO kilomètres la route sinueuse qu'a suivie la paisible rivière bourguignonne. Le Doubs est d'un bleu merveilleux, d'une limpidité aérienne, très-tortueux et fort entrecoupé d'usines. Il reste longtemps emprisonné dans une fissure profonde de ce Jura qui l'a vu sourdre sur un de ses plateaux, par 937 mètres d'allitude; il est encore trùs-faiblc à Pontarlier, et plus bas, son lit calcaire laisse fuir tant d'eau qu'au fort de la saison sèclre, la rivière cesse de couler en aval d'Arçon. Au-dessous des eaux imbiles du lac de Ghaillevon, dans une partie de son cours où il sépare la France de lu Suisse romande, il se précipite, à l'issue d'un corridor de roches, d'une hauteur de 27 mètres, par la cascade du Saut-du-Doubs. Il ne s'apaise dolinitivement, et de torrent dans une gorge ne devient rivière dans une vallée, que beaucoup plus bas, vers Besançon, après avoir reçu l'Allaine (67 kilom.), rivière à moitié suisse qui passe à
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Montbéliard , et aprôs avoir coulé devant Baume-les- Dames. Besançon, ville de guerre qui fut la capitale de la Fraiiche-Comlé, renferme i!»,000 ûmcs ; comme Dijon c'est le lieu de naissance de plusieurs hommes de génie. En aval de Dôle (il,00ii hab.), le Doubs s'augmente de son seul tributaire marquant, la Loue (140 kilom.), rivit^re qui rivalise avec la Tou\re pour l'abondance de sa source, avec Vamluse pour la sublimité des roches où celte source passe de l'obscurité des grottes à la lumiùre du grand jour. l']lle sort en cascade d'une paroi de 110 mètres d'élé\aIion, à près de iiOO mètres d'allitude. fait aussitôt marcher des usines et descend une gorp:e sinucu.-e qui dans le bas pays se transforme en un joli bassin appelé le Val d'Amour. On a prétendu que le vrai nom de ccKc rivière est Lou\eet que ce nom, elle le dut à l'impéluosiléde ses eaux dans les détilés ;\ forte pente qui s'ouvrent au-dessoi:s de la .grande fontaine initiale.
La Dlieune (Oo kilom.) compte parmi ses affluents la rivière qui prend sa source à Beaune(l 1,000 hab.), la Houzoise.
La Grosne (!iO kilom.) an'ose le vallon de Cluny, dont l'abbaye des Ijénédiclins fut une des puissances du moyen
âge.
La Seille (IIG kilom.) commence par de belles source?, dans une cluse du Jura, mais elle ne reste pas longtemps torrent. Llle entre bientôt dans la Bresse, plaine de marais et d'étangs naturels ou artiliciels comprise entre le premier chahion du Jura et le val de la Saône; elle s'y meut lentcuicnl, Irainanlc, sinueuse, à plein bord. A Loulians, I i Seille se double par le Solnan, qui lui porte les eaux de plusieurs cluses, cl en particulier celles de Lons le-Saunier (10,000 h;ib.).
l.aReyssouze (8i kilom.) est également une des rivières de la Hresse. Llle côtoie la ville de Bourg (11,000 hab.).
La Veyle (75 kilom.) est la principale rivière de la Dombes. On appelle de ce nom une région insalubre qui continue la llresse au midi, de la Saône aux escarpements du Jura : mille étangs et plus, presque tous faits par l'homme, y prennent I i,0:)0 hccliires, le cinquième du pays.
L'un des torrents du bassin de la charmante Azergues
(GG kilom.), la Turdine, coule dans la gorge de Tarare, ville industrielle de 15,000 ûmes.
Au dessous de Lyon, le Rhône fait encore perdre leur nom à beaucoup de rivières : le Gier, la Gùre, les Claires, la Cance, le Doux, l'Isère, l'L^rieux', la Drônie, l'Ouvîze, le Houblon, l'Ardèche, l'Aigues, la Cèze, la Sorgues, la Durance et le Gard.
Le Gier vient du mont Pila. H n'a pas plus de 44 kilomètres, mais le fond de son étroite vallée est comme une longue rued'usincs qui brûlent la houille des coteaux riverains. Il traverse Saint-Chamond (13,000 hab.), Rive-de-Gier (14,000 hab.) et finit à Givors.
La Gère est plus courte encore que le Gier, mais c'est un ruisseau travailleur. A Vienne, elle a assez de peute et un volume d'eau de source suffisant en toute saison pour le service decinq cents mouvements d'usine.
La rivière des Claires, près de Saint-Uambert d'Albon, mène au KhOne les eaux de grandes fontaines peu éloignées du fleuve. Ces fontaines font remonter à ciel ouvert les rivières et les ruisseaux qui se sont engouffrés à l'est dans les plaines perméables de la Valloire.
La Cance (44 kilom.), aux allures irrégulières, a plus de puissance motrice en été qu'autrefois depuis la construction du barrage d'Annonay, haut de 34 mètres. Annonay, grâce à ce torrent, a pu devenir l'une des Nilles industrielles les plus actives de la France méridionale.
Le Doux (60 kilom.), torrent ardéchois comme la Cance, a poussé de gorge en gorge au Rhône, en un jour d'inondation, 'usqu'û 14.'i0 mètres cubes par seconde, près de 33 fois l'éliage de la Sei[ie à Paris.
L'Isère (200 kilom.), bien moins longue que la Saône ou que le Doubs, partage avec le Rhône le priNilége de naître (et ses grands affluents avec elle) dans de hautes muntagnes à glaciers. C'est pourquoi au-dessous de (Grenoble, après le confluent du Drac, elle écoulait, aux plus basses eaux qu'on lui ait connues, lOo mètres cubes par «econ.le. A l'éliage exceptionnel, l'Isère est donc la seconde rivière de France, venant après le Rhône ; la troisième, si l'on ne prend pas le Rhin pour un lleuvo purement allemand. Ses grandes crues ont
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proportionnellement peu d'ampleur: 000 à 1,000 mètres cnbes par seconde devant Grenoble.
L'Isère est savoisienne par son origine. Elle sort de glaciers portés par les montagnes de 3,000 à 4,0i>0 mètres qui se pressent autour du col d'Iseran, glaciers descendant jusqu'à 1,900 mètres, il y a beaucoup de crétins dans sa vallée supérieure, habitée par des hommes plus bruns, plus petits, plus ramassés, plus bruyants et plus animés que les autres Savoisiens. Le premier hameau qu'elle touche est à 2,272 mètres d'ultiludo, le premier village, Val-de-Tignes, à 1,849 mètres. A Moutiers, par 580 mèHres, elle reçoit le Doron de liozel (45 kilom.), qui apporte le tribut des glaciers de la Vanoise; près d'Albertville tombe l'Arly (iii kilom.). Avant de quitter la Savoie, dans une vallée reliée à celle de Chambéry et du lac du Bourget par un col où passa peut-être le lUiône, elle se double de l'Arc (loO kilom.). — L'Arc, torrent indomptable roulant ei» toute saison une grande masse d'eaux de glace et de neige recueillies dans un bassin montagneux de près de 210,000 hectares, naît dans le même massif que l'Isère et ravage la vallée de la Maurienne, où débouche le chemin de fer du Mont Cenis. La tOlc de son cours se trouve à 2,810 mètres; le premier village, Bonneval, à 1,835 mètres ; la seule ville importante du bassin, Salut-Jean-de-Maurienne, à 573; le confluent avec l'Isère, à 285. Le bassin de l'Arc renferme presque la moitié des goîtreu.v et des crétins de la Savoie; de même que sur l'Arve et que dans la Tarenlaise ou val d'Isère, ces derniers des humains naissent exclusivement sur les terrains primitifs.
— Dans la France ancienne, entre la Grandc-Cliurlreuse et les monts de Helledonne, l'Isère suit la vallée superbe du Grésivaudan, que des digues essaient d'arracher :\ sa voracité, en main'enant de force la rivière dans un lit qui n'a plus en moyenne que H2 mètres de largeur. Au-dessous de Grenoble (40,000 iiah.), à la base des monts du Villard de Lans, arrive le Drac, torrent terrible comme l'Arc et la haute Isère.
— Le Drac (lis kilom.) roule iO mètres à l'éliage extrême, et 4,000 dans les crues exceptionnelles. Né dans les montagnes qui pressent la froide valh'e du Champsaur (Hautes-Alpes), il abandonne une partie de ses eaux à un canal qui perce
iinemcnlagneet pénètre dans le bassin de Gap pour y arroser 4000 heclares ; ces eaux ne lui reviennent, pas, car Gap borde un afduent de la Durance. Parla fougueuse Romancbe (88 Itilom.), qu'augmente le bleu Vénéon, le Drac, tour à tour immobile ou furieux, étroit comme un saut de chamois ou perdu sur de larges grèves, recueille pour l'Isère nombre de froids torrents faits des glaciers du Pelvoux, du Mont-de-Lans et des Rousses, L'étendue de son bassin est de 322,000 heclares. — L'Isère, arrivée à toute son ampleur par l'accession du Drac, reçoil encore le ruisseau qui traverse Voirori (10, 000 liab.), puis laisse à droite Saint-Marcellin, et passe à Romans (12,000 hab.). C'est par 107 mètres d'altitude qu'elle s'achève dans le Rhône, à quelques kilomètres au-dessus de Valence. Son bassin comprend environ 1,180,000 hectares.
L'Érieux, venu des monts de l'Ardèche, a 70 kilomètres à peine de développement : cependant il a roulé en crue 4,074 mètres cubes à la seconde, 100 fois l'éliage de la Seine à Paris. Ce jour-là, sa hauteur au-dessus de l'éliage était de 17 h 18 mètres dans le défilé de Pontpierre.
La Drôme, torrent capricieux, a 118 kilomètres de cours, tantôt entre des étranglements, tantôt sur de vastes champs de pierres. Des deux villes qu'elle rencontre, la première. Die, chef-lieu d'arrondissement, est moins importante que la seconde, Crest, chef-lieu de canton.
L'Ouvéze coule dans la capitale du département de l'Ardèche, Privas.
Le Roubion, torrent engendré par le monts calcaires de la Drôme, a parcouru G8 kilomètres quand il tombe dans le Rhône en aval de Monlélimar.
L'Ardèche (108 kilom.) doscend des monts où se renforcent la Loire et l'Allier naissants. Ses belles eaux vertes bruissent dans des gorges magnifiques par leurs murailles de basaltes ou l'escarpemeiit de leurs roches; elle passe u pied delà colline d'Aubenas, marché régulateur du commerce des soies grèges. » Aubenas reçoit plus dj la moitié dos soies grèges du monde cnlicr. » Prèsde Vallon, elle coule sous U Pont d'Arc, arche qu'elle a creusée dans la roche (:{2 met. de flèche, 54 de portée), puis elle fuit vers le Rhône par de sublimes
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défilés déserts. Son bassin de 2i0,000 hectares au plus a fourni en lSo8 une crue de 7,000 mùtres cubes par seconde, 180 fois réliage de la Seine à Paris, et on lui connaît au moins un débordement plus fort, en 1827 : cette année-là, l'Ardéche monta à plus de 21 mètres au dessus de l'éliage à rétranglcment du Pont de Gourniès ; pourtant la crue provenait presque en entier du Chassezac, affluent de 75 kilomètres seulement.
I/Aigues ou Eigues vient de montagnes stériles, et il n'y a presque plus de bois sur les versants calcinés qui accompagnent son cours de 100 kilomètres. KUe est, par cela même, sujette aux grandes crues soudaines et aux diminutions prolongées. I/Aygues passe à Nyons.
La Cèze (100 kilom.), rivière cévenole, serpente entre les hautes collines de l'important bassin houiller do Bességes. A dix kilomètres au-dessus de Bagnols, ses limpides eaux vertes tombent dans deux tissures de rochers par les deux branches de la charmante cascade du Sauladet, fissures tellement étroites qu'on peut franchir d'un bond la cascade : de là le nom de la chute, qui n'a (jue huit à di\ mètres d'élévation, mais qui est très-originale et accompagnée d'une mul'.itude de cascatelles latérales sautant de diverses hauteurs dans le goufTrc.
Malgré les littérateurs, la Sorgues (iO kilom.) est cent fois plus belle par elle-même que par les sonnets très-convcnlionnels de Pétrarque. Sur 9(»,.")00 hectares de plateaux dépouillés que soutiennent le.s monts calcaires de Vaucluse et de Lure, des avens, gouffres profonds,.boivent les ruisseaux elles orages. Des cascades jettent ces eaux disparues, augmentées des déperditions de la Nesque, dans un lit commun qui apparaît au jour par la shblinie Fontaine de Vauclu>e, ouverledans un roc à pic de IIS nièlres de hauteur. La matsc d'eau bleue, A 12 degrés et demi, qui sort du gouIVre est évaluée après les pluies à 20 et 2.') nièlres cubes par seconde, et l'on prétend (sûrement à tori) qu'elle ne descend jamais au-dessous de 13, d'autres parlent de 10. La Sorgues, scindée en canaux d'irrigation, féconde plus de 20,000 hectares de garancières el d'autres cultures industrielles. Ses deux tributaires, la Nesque (fit kilofn.) et l'Ouvèze (r»:i kilom.), rasseniblenl dans leur lit les lilels d'eau d'un bassin de montagnes nues.
La Durance (380 kilom.) débouche, ainsi que la Sorgues, dans la banlieue d'Avignon. Son bassin n'a pas moins de 1,340,000 heclares, et c'est la première rivière de France pour le. tribut que ses eaux limoneuses portent aux irrycrations. Sa branche-mùre, la Clarée, passe à Briançon, où tombe la Guisane. Celle-ci, par son volume d'eau supérieur, aurait le droit d'ôtre considérée comme la tOte de la rivière. Au-dessous de Briançon, de nombreux torrents aboutissent à la sauvage Durance. C'est d'abord la Gironde, riche des cascades échappées aux glaciers du Pelvoux; elle irrigue les prairies de la belle Vallouise, jadis habitée par des Vaudois que le bras séculier massacra pour le compte de la très-débonnaire église. Plus bas, à 860 mètres, c'est le Guil (60 kilom.), venu du Viso par des combes sinistres. En aval d'Embrun, c'est l'Ubaye (82 kilom.), qui passe à Barcelonnette et roule 7 mètres cubes par seconde à l'étiagc. A Sisteron, c'est le Buecli (00 kilom.), qui ravage plus qu'il irrigue ; puis c'est la Bléonne(70 kilom.), qui coule devant Digne ; l'Asse (80 kilom.) dont le proverbe provençal dit : « fitu qui la passe! » ; la Largue (Irès-belIe source), qui a Forcalquier dans son bassin; enfin le Verdon. — Le Verdon (170 kilom.) côtoie la ville de Castellane et se grandit de la source de l'ÉvOque qui jaillit près de sa rive gauche, avec une rare abondance, s'il est vrai qu'elle verse ù ses eaux les plus basses 5 à 0 mètres cubes par seconde. Il perd 0,000 litres d'eau par seconde au profit du canal d'irrigation d'Aix, destiné à 25,000 hectares, mais il gagnera quatre fois autant par les barrages de Sainte-Croix, de Montpezat, de (juinson et le rehaussement du niveau du lac d'AUos, calculés pour fournir ensemble 24 mètres cubes d'eau par seconde au Verdon qui les portera à la Durance. De plus (ceci calculé au minimum), le gazonncment et le reboisement des montagnes dans les deux départements des Hautes et des Basses-Alpes élèveront de 35 mètres cubes d'eau la masse d'eau fournie par seconde au lit du grand torrent provençal. — A quelques lieues a i-dessous du confluent du Verdon, la Durance, roulant de 30- ;l 40 mètres cubes à l'étiage minimum, 54 à l'étiagc ordinaire, plus de 9,000 dans les crues les plus considérables, élargit sa vallée et se trouve de niveau ;\ irriguer les plaines du Comtat
et de la Provence rhodanienne. Dès lors on la saigne ai;\ quatre veines. Des canaux partant de la rive droite vont fertiliser de concert avec la Sorgues les plaines de Carpcntras et d'Avignon ; d'antres s'amorcent à la rive gauche : telle canal de Marseille, que porte le faineuv aquetlu.: ia Hoquefavour et qui alimente Marseille et sa banlieue; tels encore le canal de Craponne et le canal des Alpines, qui avant longtemps auront transformé en vergers, en prairies, en olivettes, en champs de miniers, les gros cailloux roulés, la ferre rouge et les gramens rôtis de la Crau. — Avant l'arrivée des cTaux de la Durance, la Cran était le plus ingrat et le plus brûlant de nos déserfs.
Le Gard ou Gardon '1 h) kilom.) lessemble aux torrents de l'Ardèclie pur sa promptitude à remplir son lit d'eaux d orage et à rouler un fleuve de plusieurs milliers de métrés cubes [lar seconde. Il se forme, dans une plaine fouillée par ses débordements, de la réunion du fiardon d'Anduze et du Gardon d'Alais : celui-ci nommé de la sorte parce qu'il arrose Alais (20,000 hab.), centre d'un très-important bassin houillcr qui se ramifie au loin jusque dans le département de l'Ardéche. Le Gardon d'Anduze, le plus fort des deux, lire de mOme son nom de la ville d'Anduze. En aval des riantes campagnes de la Gardonnenque, le Gard perd toutes ses eaux par fillration dans le sable et clans les fiilles do la roche, mais il se refait bientôt par d'innombrables fontaines jaillissant prés de sa rive ou dans son lit même, au sein de défilés à la fois lumineux et solennels, absolument sans champs, sans maisons et sans hommes. A l'endroit où ces défilés s'évasent, le vert torrent dort sous le Pont du Gard, aqueduc romain cimenté pour encore autant de siècles f;u'il en a vu couler : l'Aqueduc du Pont du Gard amenait à Nîmes les eaux de trés-bcllcs fontaines qui jaillissent au pied des rochers d'Uzés.
Lesgrandes plaines uniformes fouettées par les mêmes vents gardent à peu près le même climat sur de larges étendues, de l'est à l'ouest, et même du U'-rd au sud. Ainsi il faut plusieurs
degrés de latitude pour mettre une diffe'rence notable entre le ciel des diverses cités moscovites ou sibériennes.
Autres sont les pays appuyés sur plusieurs mers, H des expositions diverses, sillonnés de montagnes qui rompent, arriîtent ou font tourner les vents et créent à leurs pieds des climats provinciaux et sur leurs flancs, suivant l'altitude, une infinité de climats locaux.
La France est un de ces pays. Elle a trois mers : l'océan Atlantique, la Méditerranée, la Manche, suivie du Pas-de- Calais et de l'entrée dans la mer du Nord. Elle est hérissée de hautes montagnes à sa frontière, de montagnes moyennes et de hautes collines à l'intérieur. Telle de ses villes craint la marée haute, une de ses cités est à 1,321 mùtrcs d'altitude, un de ses villages à 2,009 moires, son Mont-Blanc s'élance à 4,810. D'autre part, tel de nos canlons n'a pas d'arbres, et sa nudité le fait grelotter au vent ou brûler au soleil ; tel autre s'ombrage de forets qui lempérent la chaleur, brisent le vent et conservent la source. Tel plateau reste aride parce que le sol boit ses eaux ou parce qu'il n'en laisse pas filtrer une goutte, tandis que tel autre doit de belles récoltes à ses excellentes conditions de perméabihté. De tout cela résulte une infinité de climats, que cependant on peut réduire à la rigueur à sept grands climats régionaux. Quatre de ces climats, immédiatement soumis aux vents de mer, sont des climats maritimes tempérés, comportant moins de difTérence que les climats continentaux entre la chaleur ou le froid des heures successives, du jour ou de la nuit, de l'été ou de l'hiser. Les climats continentaux, non amollis par l'humide atmosphère marine, sont plus variables, plus sensibles au rayonnement nocturne, plus esclaves de la puissance glaç.mte do l'altitude, naturellement plus secs, et, eu somme, plus froids en moyenne, quoique plus cliauds à l'occasioiï.
Commençons par le nord-est. Au nord-est, la France s'attache c\ la masse de l'Europe, et c'est h\ aussi que son climat se rapproche le mieux du climat qui règne en Europe sur les plus vastes e.'paces.
Le climat vosgien, ou austrasien, climat continental, dépend des vents de l'est et du nord-est venus de la Ilussio^ da
7 08 GEOGRAPfllE.
la Sibérie mOme, par les plaines de l'Allemagne septentrionale. La neige y abonde en hiver ; le printemps qui suit le dégel apporte une transformation magique ; quinze jours après l'heure où la premiùre goutte de pluie a troué l'éblouissant linceul des frimas, la nature a repris toute sa fécondité, les arbres ont leurs fleurs et les champs leurs promesses; sous ce climat l'été est superbe, l'automne fort beau, le ciel presque toujours clair. Le climat austrasien rogne à Strasbourg, dans l'Alsace, dans une bonne partie de la Lorraine, dans les Ardennes. La température moyenne de Strasbourg (9 degrés
8 dixièmes) est iuforicurc à celle de Paris d'à peu près un degré. Le climat séquanien, ou neustrien, climat maritime,
domine du cap de la Hague h la Belgique, sur les bassins de la Seine, de la Somme, de l'Escaut, des petits fleuves côliers normands, picards, artésiens et flamands. Les vents de la Manche en font un climat très-tempéré eu égard à la latitude : Paris, situé sous la même latitude que des pays où peut geler le mercure, ne connaît pas les froids extrêmes, et il y a telle année où la glace y fait à peine son apparition et où l'hiver se passe en pluies et en ternes et vilains jours. Le printemps, triste saison, y lutte à fortunes diverses contre l'hiver humide et froid, contre l'été sec et brûlant. L'été peut se montrer fort chaud, presque torride ; l'automne est beau. La température moyenne de Paris, supérieure à 10 degrés et demi, n'atteint pas H degrés. Le froid le plus vif qu'on y ait observé a été de 23 degrés au-dessous de zéro, en 1778 et en 1871; la plus grande chaleur de iJS à ii'J degrés, l'oscillation a donc dépassé 01 degrés.
Le long de la cOto, du cap de la Hague h la Loire, et le long des petits flouves qui débouchent sur ce trajet dans la mer, le climat breton, ou armoricain, le plus maritime des sept climats français, est aussi égal d'un bout de l'aiinée à l'autre que mélancolique par ses vents, ses pluies fines, sescieux obscurcis et bas reposant sur des landes, des mamelons de schiste et de granit ou sur l'horizon estompé d'une mer sourdement impatiente ou violemmcn: agitée. Les froids de l'hiver y font si peu de torique des arbres provençaux y vivent en phune terre au bord des anses, dans les presqu'îles et dans les îles. Le gre-
nadier, par exemple, avec Taloùs, le magnolia, le camélia et le laurier rose. La température moyenne de Brest et de Vannes approche de 12 degrés.
De la Loire aux Pyrénées et aux monts de la France centrale, le climat girondin réclame une portion du bassin de la Loire, une grande partie de celui de la Gironde, ceux du [.ay, de la Sèvre, de la Charente, de la Leyre et de l'Adour. C'est encore un climat maritime, moins tempéré que le climat breton, mais plus brillant, et, à mesure qu'on marche vers le sud, plus agréable et plus chaud. Tout au nord, la Loire-Inférieure a surtout des prairies, des sillons et des landes avec quelques vignobles; au centre, Cognac doit son renom aux premières eaux-de-vie, Bordeaux aux premiers vins du monde ;tout au sud, dans le Béarn, séjour de villégiature, un ciel charmant fait éclore des villes d'hiver. Peu ou pas de neige dans la froide saison, des pluies de printemps, des étés chauds, de longs et superbes automnes, c'est la marche des saisons de Nantes à Bayonne et de la mer aux montagnes. La température moyenne annuelle de Bordeaux dépasse 13 degrés ; celle de Pau, toute locale, serait de IG degrés 08 centièmes.
Le cours supérieur des tributaires de la Loire et de la Loire elle-même, de la Dordogne, du Lot, du Tarn et des torrents qui atteignent la rive droite du Rhône au-dessous de Lyon appartiennent également à une région que son altitude fait plus froide que ne le voudrait sa situation sous le soleil, car cette région, le Plateau Central, est à égale distance du Pôle et de l'Équatcur,danslazonctoutà fait tempérée. Le climatauvergnat, ou climat limousin, a pour caractère des hivers très-lroids avec des masses de neige restant longtemps sur le sol. L'hiver empiète tantôt sur l'automne, tantôt sur le printemps, tantôt sur les deux à la fois, tantôt il est à son tour resserré par l'une ou l'autre de ces deux saisons. Les étés versent de trcs-fortes chaleurs dans les gorges fermées aux souffles del'air.Surlcsplatcaux, des vents violents tempèrent les ardeurs du ( ici, et l'altitude du niveau diminue la longntuirde torridilé du jour par des matins froids et des soirées fraîches. Le Puy, Mcnde, Saint-Flour, Uodez, obéissent à ce climat continental, encore mal observé.
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Lc climat rhodanien rattache le climat continental du Plateau Central au climat non irioins continental de l'Alsace et de la Lorraine. On pourrait l'appeler aussi bien climat bourguignon, car il s'étend sur la Saône plus que sur le Uliùne, et mieux encore climat lyonnais, de la grande ville où se lient les deux bassins qui lui appartiennent. Les températures moyennes annuelles desMlles y sont géncrnlemont inférieures à douze degrés et supérieures à onze. Au sud de Lyon, elles dépassent douze. Dans le Jura, la hauteur souvent considérable du sol déprime considérablement la moyenne et rend les hivers tr(>s-froids. Les étés, chauds dans toute la région, relèvent la moyenne générale. Les hivers sont quelquefois trés-rigoureux.
Qu'on aille de Toulouse i\ Cette ou de Lyon à Marseille, on voit, vers Carcassonne ou vers Montélimart, les teintes du paysage passer du vert au jaune et au blauc, les prairies diminuer et roussir hors des zones irriguées, les roches s'illuminer, la poussière saupoudrer les feuilles jusqu'à faire courber les menues liges et le terne olivier s'abriter contre des mamelons pierreux, en vue de plaines sèches et de monts décharnés. On vien t de passer du climat girondin ou du climat rhodanien sous le climat provençal ou méditerranéen, qu'on pourrait presque scinder en deux. A l'ouest de Toulon, l'oliNier, des hivers qui, rarement, peuvent Otre froids et le mistral, hôte de toutes les saisons: le mistral que les Grecs nommaient le Borée noir, et dont les iMéridionaux disaient en proverbe : « le Mistral, le Parlement et la Durance sont les trois grands fléaux de la Provence.» Ce vent hideux, froid, sifllant, qui crie et rage pendant des semaines, fait prendre en horreur le séjour des plus ravissantes vallées. On l'a vu arrêter et disloquer des trains de mnrcHaudises. A l'est de Toulon, sur l'heureuse rive provençale et liguiienne, peu ou pas de mistral, point d'hivers rudes, i'oranger e» i« palmier du Sahara, tout ce que la France, on dirait presque l'Kurope, a de mieux en printemps perpétuel. Si \o.i \Hles d'été bordent le Hhin, longent les Pyrénées ou sélalenl iujx brises de la Manche et de l'Atlantique, les villes d'hiver ^e réchauiïent ici au soleil sans vent, au ciel sans ride, en face de l'Afrique, sans écran contre le sud et défendues contic le souftle du noril par un paravent de montagnes.
î. a moyenne annuelle de MonlpoHicr et de Nîrne^ oscille entre treize degrés et demi et quatorze degrés, colle de Marseille est de quatorze degrés, celle de Toulon de quatorze et demi, celle de Perpignan et d'Ilyùres de quinze, celle de Nice de quinze et demi à seize, celle de Cannes et de Menton de plus de seize.
En supposant que toute la pluie tombant en France rcstfit sur le sol sans couler, sans filtrer, sans s'évaporer, au bout de l'année elle aurait couvert le territoire d'une nappe d'eau de soixante-dix-sept centimètres de hauteur. Mais la quantité annuelle de pluie est loin d'Clre uniforme d'un bouta l'autre delà France. Il pleut beaucoup sur tel ou tel district exposé en plein aux vents humides ou situé juste au point où un remous aérien fait arrêter les nuages; il pleut très-peu dans certaines régions de l'intérieur mal accessibles par leur cercle de collines ou de montagnes ou ne voyant arriver dans leur ciel que des nuages épuisés déjà. Sur le bord de la mer et surtout dans les hautes montagnes contre esquelles buttent et se déchargent les nues, la quantité d'eau de ciel est supérieure à la moyenne générale : il tombe par an de 80 à 85 centimètres sur la côte picarde et dieppoise, autant du cap de lîartieur à Saint-Malo, 100 surla baie deDouarnenez, 110 à 120 dans les hautes Vosges, près de lîiO sur le rivage bayonnais, de t oO à 200 et au-dessus dans les montagnes d'où procèdent les Gaves et les Nestes, dans les Hautes-Alpes de Savoie et de Dauphiné et dans les Cévennes ardéchoises. Du travail le plus complet et reposant sur le plus d'observations il résulte qu'en France 808,000 hectares ne reçoivent annuellement que 40 centimètres de pluie (ou moins encore), tous dans le bassin de la Seine, dans la Ghampngne, de Compiègne à Troycs, d'Fprrnay à la banlieue de Paris. 8 millions et demi d nectares reçoivent de 40 à GO centimètres ; 27 millions, c'est-à-dire la moitié du pays, de 60 à 80 centimètres; 11 mi!lions,de 80 à 100; 2,400,000,do 100 à 120; i ,300,000, de 1 20 à 1 iO ; 2,007,000, de 1 40 à 1 GO ; 1 1 0,000, de I GO à 180; 320,li00, au-dessus de 180. La chute annuollo e^t de G31 millimètres dans le bassin de la Seine, de GOI dans celui de la Loire, de 720 dans celui du Pliir», de 823 dans celui de la Garonne, de OoG dans celui du lUiône.
Le chiirrc de Paris n'est que IHO millimètres, précisément
le mOme qu'à Marseille et Clermont. Seulenienl, à Paris, il pleut souvent, mais par pluies fines: à Marseille, il pleut rarement, mais par abats d'eau. A côté de la quanlilé annuiîlle, il faut considérer la répartition sur le long de l'année. Nombre de cantons avec 40, oO, GO, 70 centimètres annuels de pluies peu abondantes chaque fois, mais revenant à propos, sont bien mieux arrosés que d'autres cantons où il tombe 80, 100, i50 cenlimùtres. La campagne de Meaux ou de Gompirgne (40 centim.) n'uït jamais altérée comme les environs de Montpellier (74 centim.) ou certains parages de l'Ardùcbe (80 à 180 centim.)- Les moyennes annuelles n'ont généralement qu'une valeur Irés-relative, ce qui importe en fait de lempéralurescomme en fait de pluies, ce n'est pas tant le chidre moyen que la répartition par saisons. Avec la même moyenne annuelle deux pays peuvent appartenir à deux climats dilférenls : dans l'un, les températuresvarient peu de jour à jour, de saison à saison ; dans l'autre, les extrêmes s'écartent beaucoup, mais se compensent. De même, la moyenne aniuielle des pluies n'a pas autant de signification que leur chute par saison, car de la répartition mensuelle dépend la fraîcheur ou la sécheresse des districts. 11 pleut moins sur la verte Lrin que sur les gorges éternellement brûlées des Cévcnnes méridionales.
Tel est le pays harmonieusement équilibré où vivent les Français, d'une plage septentrionale où le froid humide tuerait la vigne ù la rive éclatante où le vent du midi secoue les l)njmes du dattier d'Afri(jue. Telle est la France, avec ses grandes régions : le nord agricole, minier, manufacturier, commerçant; le nord-est encore boisé, sagement cultivé, manufaclnritr aussi ; le noid ouest agricole, pastoral et marin ; le sud-ouest vinicole et frugifère ; le sud, terre de» nïus forts, (le riiuile et du mûrier; l'est puissamment montiigneux, réserve d'hornmes vigoureux et tenaces comme le sont aussi les paysans, les terrassiers et les bergers du centre.
Nés du mélange i\ diverses doses de sangs étrangers, les Français ne se ressemblent pas de Dunkerquc ;\ l'erpignan, de
Bordeaux à Strasbourg et de Brest à Menton. La souche blonde aux yeu^ bleus, grande, élancée, s'est croisée chez eux avec la suuohe brune, aux yeux noirs, petite et ramassée. Où la première prédomine, le Français se rapproche phis ou moins de ce que le langage courant appelle l'homme du Nord; où prépondère la seconde, le type devient ce qu'il est convenu de nommer méridional. D'un type à l'aulre, les dégradations sont infinies, il n'y a ni taille, ni crAne, ni cheveux, ni yeux, ni type français, il n'y a pas de race française.
iNos principaux ancûtres, ceux dont le sang a reçu le sang des envahisseurs sans disparaître devant lui, ne formaient point eux-mêmes un peuple homogène. Du llhin aux Pyrénées, des anses armoricaines aux criques de Liguric, nuire sol portait au moins trois peuples : des Kymris grands et blonds, au nord-est ; des Celtes petits et trapus à l'ouest et au centre; des Ibères au sud. Et à quelles races plus faibles avaient succédé, non sans se mêler avec elles, ces (rois nations que nous montre notre plus vieille histoire, pauvre tradition d'un jour ? Les mont.jgnes servirent toujours d asile aux races proscrites et les habilanls de la France centrale ont vraisemblablement gardé jusqu'à ce jour quelques tr.iils du type de ces autochthoncs ignorés. Que les Celles elles Kymris fussent apparentés ou non — on croit qu'ils parlaient des dialectes de la même langue, — que les Ibères fussent ou non les Basques d'aujourd'hui, il n'y a\ ait pus de race purement gauloise dans les Gaules.
Sur ce triple fond mêlé d'éléments inconnus influèrent les Romains, principalement sur la Méditerranée, en remontant le illiônc, et en descendant la fiaronne; puis les Germains, surtout au nord-est, dans ce qui s'appela longtemps l'Anï-lrasie ; puis les Visigoths, peuplade germaine, dans le bassin de la Garonne; puis les Normands, aux embouchures de." thune?, sur les rives de la mer et dans la belle province qui prit d'eux le nom de Normandie; puis les Arabes dans le Kous^illon, le Bas-l.anguedoc, la Provence, principalement dans les montagnes d(!s Maures. Plus tard les Anglais doniinèien! pendant de longues atinées dans le sud-ouest, les Espagnols dans les Flandres et la Franche-Comté ; les uns et les «lulres ne furent
GEOGRArniE.
chassés qu'après avoir laissé beaucoup d'oux-mèmos dans les pays où ils avaient régné, le maître étant habitué à ne respecter que son ciprice.
Les migrations armées portant un peuple d'un sol sur un autre ont cessé, mais les migrations pacifiques ont pris leur place, et d'heure en heure changent la composition de la nation française. Les Allemands, les Belges, les Suisses, les Italiens, les espagnols, les Polonais, les Anglais viennent par individus isolé?, rarement par famille, s'installer en France. Le climat y est égal, la vie douce et gaie, le vin chaud ou délicat et à bon marché, aussi le Polonais la préfére-t-il à la Sibérie, l'Anglais à ses brumes, l'Allemand à sa patrie pauvre. Le Ik'lge n'a qu'à passer à travers champs sur une ligne idéale pour trouver chez nous un travail que lui refuse sou\ent la Belgique, trop peuplée pour ses cinq millions de fils. Le Suirse fait de même; l'Italien, grand commerçant, est attiré par Marseille, par Lyon, par Paris, et il y reste. L'Espagnol vient en France avec un vaste mépris pour une terre qui n'est ni Léon, ni Castille, ni l'Aragon, mais une fois chez les Gavncfirs, ainsi qu'il nous appelle, en qualité d'ouvrier de terrassier, d'exilé politique, de déserteur, d'homme fuyant la justice pour un coup de navaja malheureux, il se fait aux Français et ne revoit pas toujours l'Kspagne. Au recensement de 18G0, il y avait sur notre sol G3.;,i9.") étrangers : 275,^88 Belges, 10r.,(;o() Allemands, U!>,G-J4 Italiens, 42,270 Suisses, 32,«150 Espagnols,29,8D6 Anglais, 9,882 Polonais. Le iNord, les Bouches-du-Kliône, les Ardennes, la Moselle, la Seine, le Var, les Alpes-Maritimes, sont les déparlements où il y a le plus d'étrangers. Le centre et l'ouest en ont encore Irùs-peu, mais de proche en proche, par le mouvement de vact-vieul qui est comme la respiration d'un pays, le sang des autres peuples s'inliilre partout en France.
Voilà comment la soi-disant race française n'est pas une race. Mais ici inter\ient une double influence: celle de la fusion cuire les éléments divers et celle de la province géographique, du milieu, dans la limite de sa puissance lorsqu'il lui manque les myriades d'années dont il a besoin pour avoir raison de la persistance des types. Au-dessus de toutes
FitANCE. 715
les différences entre les Français du Nord et du Sud, de l'Est, derOuestet. du Centre, entre l'homme desalluvions elTliomme |des montagnes, plane un certain ensemble de traits physiques, d'aptitudes, de qualités, de défauts, qui conslilueni un caractère national. Le Français, malgré tout, a sa physionomie tranchée parmi les peuples, et cette physionomie, il semble la tenir de deux causes: la prépondérance du sang gaulois, l'agrément et la facilité de la vie dans un pays ni froid, ni chaud, ni sec ni pluvieux, ni brumeux ni éblouissant, au pied des collines d'où coulent les premiers des vins blancs et les premiers des vins rouges.
Ne nous attardons pas sur les qualités qui nous sont reconnues, la part de .défauts est trop grande. Comme ses ancôlres les plus importants, les Gaulois celles et kymris, le Français brille par une intrépidité emportée et téméraire. Une fois lancé, il court droit et vile à la rencontre de la mort. Pas plus que chez tout ce qui porte le nom d'homme, ce courage n'exclut la défaillance et le recul, mais, en général, le Français se tient énergiquement devant le danger : plus qu'énergiquement, avec insouciance. Fne immense gaieté naturelle le préserve souvent du désespoir et de la stupeur ; des régiments éclaircis par les balles, épuisés par la faim, la marche et le soleil, ont été maintes fois sauvés par un bon mol, une plaisanterie, un refrain alerte ou mOme obicùne. La bonne humeur dans la privation, la souffrance ou le désastre, l'intrépidité, l'élan, la décision prompte, l'amour de la gloire (et de la gloriole), nous ont fait faire bonne figure sur beaucoup de champs de bataille. Quand nous n'y tirons pas les premiers, c'est par politesse comme à Fontenoy. Si les Anglais, par leur sang-froid et la prudence de ne rien abandonner au hasard, sont les soldats les plus redoutables à la longue en rase campagne, si les Allemands remportent des victoires à force de nombre, de méthode et de discipline, si les Husses tiennent jusqu".'^. la mort, les Français sont supérieurs à ces nations pour les cou[is d'entraînement, de promptitude' et d'audace. Les Fspaguols se disent les premiers hommes du monde pour défendre une muraille, une maison, uncm(>ntagne, un rocher, et ils ne mentent pas, mais les Français S(»ut les plus capables
7 16 GEOGRAriiJE.
do les débusquer, témoins Sarragosse, Tarragone et toute celte misérable guerre d'Kspagne.
€»neaucoup de grandeur d'ûme accompagne ce déploiement de qualités viriles. Quelque ignoble que soit la guerre, si mécanique et si afl'ulanle que soit la bataille, le caractère des hommes bien trempés s'y retrouAC au milieu de l'égarement général. Ce qu'on appelle furie française, le premier moment de fougue passe, le Français reprend plus vite qu'un autre sa bonliomie, sa gaieté, sa générosité native. Il ne reste pas longtemps la béte brute que nous sommes tous dans le « noble jeu de la guerre. »
I.a gaieté, l'esprit plaisant, l'esprit tout court, la rapidité de décision et d'exécution, lu courage brillani, beaucoup de sociabilité, un fond considérable de générosité, une intelligence extrêmement claire, naturellement ennemie de la poésie, du mysticisme et de la religion, une parole aisée, piquante, tn'séluquente au besoin, \oilà le Français dans son jour. L'ombre ne manque pas. I/égoïsme nous est facile — ne l'est-il pas à tous les hommes? — et il gâte jusqu'à l'esprit qui devient un moyen de parvenir sur la ruine d'aulrui. La promptitude de décision et d'exécution ne vaut que dans un plan milri. Que de sang, de temps, de millions perdus en France, tant par la nation que par les citoyens, pour des idées en l'air! (^est que rintelligence française, très-lucide quand elle se donne la peine de penser, se réduit à rien par la paresse de réfléchir, la passion de la routine et une faculté merveilleuse de se payer de mots sonore. Ou('lqu(\s phrases vides, avec les noms de gloire, d'honneur, de liherlé, de cosmopolitisme et de philanthropie, nous ont fait perdre mille fois la télé. Qiiiimi ces mots auront fait leur temps, d'autres viendront pour lesquels notre. sang se (arira de nouveau dans nos ville.-^, à nos frontières et nu loin dans ie vaste monde.
Nous >nr\iv(»ns à de grands désastres venus de la vanité que nous avons de nous croire aptes par science infuse à tout ce (jui ne s'acquiert que par le long labeur, la patience et la métlilalion. Celte v.inilé nous em[iè(he de travailler, de rélléchir, (h; duier dans une idée. De là procède une ignorance cxlraordinaire de ce qui se passe hors de la petite église où chacun
de nous senferme. A la sordid(î ignorance font corlégo la légùreté, le persifflage, la parct-se d'espril, nicrc du lu décadence.
Enfin notre don de la parole a son versant funeste. H penche de lui-même à la rhétorique. A peine conquis, nos pères les Gaulois étaient les premiers rhéteurs et grammairiens de l'Empire.
Quant aux hommes de génie e'mcrgésde la nation pour le profit de toute la terre — c'est par eux surtout qu'un peuple vaut — la France a fourni sa grande part de savants, d'inventeurs, d'artistes, d'hommes en avant de leur époque. Les mathématiques pures ou appliquées, la physique, la chimie, la physiologie, la médecine, toutes les sciences naturelles lui doivent de grandes découvertes. Elle a beaucoup inventé chez elle, et ce qui lui est venu du dehors, elle l'a repris en œuvre, étendu, simplifié, coordonné, présenté sous le point de vue clair. Nombre de ces inventions qui journellement transforment le monde ont été conçues dans des (êtes françaises; elles sont nées chez nous, mort-nées, il est vrai. Voyant le jour au milieu de l'indifférence de la nation occupée d'une théorie vague, d'un personnage, d'un bon mol, d'un refrain drôle ou simplement insensé, elles rentrent dans les limbes, et vont renaître en Angleterre. Revenues de là, elles sont applaudies, choyées, et nous menons à la maturité l'enfant dont nous avons sifflé la naissance.
Dans les arts, peinture, sculpture, musique, la France n'a point produit de génies pareils à ceux de l'Allemagne, des Pays-Bas et de l'Italie. iMais ses grands écrivains ne reconnaissent de supérieurs ni pour la valeur réelle, ni pour rinllut.nco exercée d'un bout de la terre à l'autre bout. Au xii° et au xin° siècle, nos poêles épiques, nos conteurs et nos chroniqueurs sont imités dans toute l'Europe, depuis l'Italie, qui ne s'est pas encore manifestée, jusqu'à l'Angleterre où la cour, les seigneurs et lajustice parlent notre langue. Ces œuvres qui enthousiasmèrent le haut moyenAge fondèrent alors la iiprématîe gardée jusqu'à ce jour par notre idiome en Europe ; si MOUS les avons oublii-es, c'est que le français de l'époque était un jargon narbarc. Au xvi° siècle, Habelais, prince des comi-
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quGS, rit du pa?^(5 avec une gaieté de style que le monde n'a pas revue; il fronde le présent et imagine Tavenir avec une grandeur de vue égale à la petitesse d'esprit des réformateurs ses contemporaine. Au .wii" siècle, sort, armée de toutes pièces, une littérature aux formes magnitiqucs, avec des écrivains de tant de génie que nulle ne la vaudrait si les poètes et les prosateurs de la cour de Versailles n'avaient ser\ilement tenu leur pensée dans le monde de Home et d'Athènes, au lieu de vivre de leur vie piopre, dans leur propre patrie, sur la Seine, loin du Céphise et du Tibre. Au wm^ siècle, Voltaire nargue les préjugés, et crie haro sur l'inlolérance dans la langue la plus claire, la plus alerte et la plus sobre d'adjectifs qu'on ait jamais écrite; réduite sur terre et sur mer, la France étend alors son influence bien au delà de ses frontières, et le français se confirme dans son rang de langue sociale, littéraire et politique de riMiropc. Au xix'^ siècle, une floraison nouvelle nous a dotés de grands écrivains et d'un poëte merveilleux.
Le porte-voix de tous ces génies, le français, dérive du latin, comme l'espagnol, l'italien, le portugais et le roumain du bas Danube. Pour la composition des mots il est resté très-fîdèle à sa langue mère : à part "21)0 mots environ procédant du gaulois de nos pères, presque tous les termes français sont des termes latins transformés dans la terminaison et réduits d'une ou de deux syllabes parla chute de voyelles et de quelques consonnes. Dans le lissu du discours, noire langue, heureusement, ne suit p;is la langue de Cicéron. Rejetant bien loin la phrase alambiquée qui rend le lalin si pénible, le français ne procède point par inversions, mais selon la logique naturelle, par sujot, verbe cl attribut.
Le français demeura très-riche, très-gai, très-souple jusqu'à la fin du xvi<' siècle, puis il fut appauvri et comme cristallisé par do faux génies, talents moyens qu'on honora du nom de législateurs du Parnasse. Ces despotes sont morts, mais leur tyrannie persiste, l'n nombre considérable de mots parfaitement français par la souche, la forme et l'usage n'ont
pas droit de cité. Si le français se décidait à reprendre tous les termes qui lui reviennent de droit, parce qu'ils procèdent de ses racines suivant les règles de dérivation les plus strictes, il doublerait aussitôt" sa richesse.
Notre langue compense son indigence par sa clarté, sa précision, sa grilce ; elle se plie ù la rigueur à la poésie, mais là n'est pas son domaine. Elle est faite pour la prose, pour Ve\position, le récit bref et enlevé, pour l'histoire, la science et le discours. L'éloquence lui est facile, surtout celle qui a son principe dans la netteté, l'enchaînement i)récis des faits ou des motifs, la bonne grâce et l'esprit semés dans la broussaille aride de la discussion et du chiffre. En tout cela le français peut se proclamer langue supérieure; il est digne de la réputation qu'il a longtemps gardée d'être le langage le plus spirituel, le plus vif et le plus civilisé de l'Europe.
Dans le français l'harmonie abonde, harmonie discrète, mais trùs-belle quand on la saisit. Pas de rhythme accentué, poin4 de clairsonannce, mais aussi pas de gutturales, pas de consonnes amoncelées, pas d'excès de âfflantes, une pondération Euffîsantc de la consonne et de la voyelle, rien de la cantilène méridionale, de l'emphatique sonorité espagnole, des sons sourds, étranglés et avalés de l'Anglais. Il est des étrangers qui viennent et reviennent au Théâtre Français pour la seule musique de la parole distinguée qui tombe de la scène. Parmi les rares Français qui apprennent les idiomes du dehors, beaucoup, après avoir admiré comme elles le méritent la riche langue allemande, l'anglais énergique et pressé, le castillan dans toute sa grandiloquence, l'italien fait pour la musique et les vers, beaucoup rentrent dans la révérence de leur belle langue maternelle, qu'ils ont un instant dédaignée pour d'autres.
Le français profite encore de la prépondérance que lui firent il y a deux cents ans la splendeur de la cour du Grand-Iloi, il y a cent ans le sens, l'esprit et la bonne humeur de ses écrivains. A la veille d'être définitivement détrôné au profit des langages parlés par les peuples colonisateurs, les Anglais, les llusses, les l'spagnols, les l'ortugais même grHce ;\ leur Hrésil, il règne encore comme lien de la société, trail d'union des hommes de plaisir, des touristes, des savants, des littéra-
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leurs do l'tliiropc. Tous les gens dits hommes du monde la connaisseni, surlout eu Allemagne, et pi im; encore dans l'immense Russie, aussi loin qu'elle va, jusqu'à ses ports du Pacifique t^ibérien. Les Italiens, les Portugais, les Roumains, les Néo-latins d'Amérique, se l'approprient lacilemenl (moins l'accent), parce qu'elle sort de la mOmc souche que leurs propres langues et qu'elle est restée très-voisine d'elles.
Hors de France, son domaine exclusif a été ri'streint par la perte do nos vieilles colonies, et il s'agrandit peu de nos jours, à cause de la petitesse, de l'insalubrité, de la langueur des ce-* lonies gardées ou nouvellement acquise?. C'est la langue maternelle de plus de :{ millions d Européens non Français et de 3 à4 millions de non Furopéens.Onlaparleen corps de nation dans l'arcliipel Anglo-Normand (00,000 hab.), à l'exception de l'Ile d'Auriguy ; dans la Helgiquc wallonne (2 millions i\ 2 millions t/2), dans quehjues villages delà Prusse lUiénane (H,000) et de la Bavière lUiénane (3,;>00), touchant au pays Wallon, dans la Suisse française ou romande (640,000), dans les hautes vallées piémonfaises descendant sur Turin et sur Ivrée (13!», 000).
Hors d'Furope, en Asie, elle se répand quelque peu en Indo- Chine, depuis la prise de possession de la Cochinchine et le traité de protectorat avec le Cambodge. Fn Afrique, elle a de l'avenir, comme étant la langue maternelle des colons algériens qui n'ont pas perdu tout espoir de s'étendre au loin sur le continent. On la connaît au Sénégal, dans un court rayon autour de nos forts. On la parle à Pourbon, dans l'ile de France et les Seyclielles, aujourd'hui possessions anglaises. Fn Amérique, douze cent mille Canadiens et Acadiens, dont le nombre croît très-vite, la défendent avec succès contre l'invasion anglo-irlandaise dans une petite partie de l'énorme étendue qui lui semblait destinée quand nous commençâmes à coloniser le Saint-Laurent: c'est l'idiome national des quatre cinquièmes des Pas-Canadiens, du cinquième des Néo-Prunswickois, de plusieurs cantons de la Nouvelle-Fcosse, de Cap- Breton, de lile du Prince tdouard, de Terre-Neuve ; elle est aussi usitée dans un certain nombre de villages du Haut-Canada, sur la Hivièrc-Houge, dans le nouvel I"]lat de Maintoba, sur la Saskalchawau et presque tous les sauvages du Crand
Ouest canadien la connaissent encore. Le Mississipi, que nous reconnûmes et annexAnies par le Canada, entend toujours sonner la langue de ses premiers explorateurs .i la Nouvelle-Orléansetdans beaucoup debourgs et de villages louisianais peuplés par les descendants des Acadiens et des anciens colons français et par une petite immigration française venue surtout de la Gascogne et du Béarn : o(t,000 Louisianais environ ont conservé l'usage du français. Dans les Antilles, les cinq ou six cent mille Nùgres de la république d'Haïti, une partie des habitants de Cuba (dans le district de Santiago), les habitants des Antilles françaises, de quelques petites Antilles colonisées par Hous avant d'être cédées aux Anglais, telles que la Dominique et Sainte-Lucie, enfin l'importante Trinité, ont le français pour langage national. Dans l'Amérique du Sud, la triste Guyane; la Nouvelle-Calédonie et Taïti, dans des mers sans fin où nous avons laissé prendre par d'autres la Nouvelle Zélande, ajoutent à peine quarante milliers de Blancs, de Noirs et de Sauvages au contingent des millions d'hommes ayant l'honneur de penser dans une langue ennoblie par des génies qui resteront immortels pendant les quelques siècles que dure un idiome.
En France môme^ si la langue nationale se comprend partout, ou à peu prés, il y a des contrées où elle n'est point l'idiome maternel. Dans le département du Nord, presque tout Tarrondissemcnt de Dunkerque et presque tout celui d'iiazebrouck, soit i:iO,000 ù 200,000 individus, se servent habituellement du langage flamand. «Dans TAlsace, le Bas- Rhin, moins quelques communes du canton de Ville, le Haut- Rhin, moins le pays de la Poutroye et la majeure partie de l'arrondissement ùfi Belfort, conservent leur patois allemand, et l'allemand pur s'y parle dans les villes concurremment avec le français. Kn Lorraine, il en est ainsi pour la moitié orientale du département de la Moselle, et dans la Meurthe pour près de 40,000 habitants de l'arrondissement de Sarrebourg et pour 0 à 7,000 de l'arrondissement de CliAleau- Salins (canton d'AlbcstrolV). Cela fait t,:{00,000 ;\ t,i(Ki,00() Allemands, dont plus d'un million dans l'Alsace, et 300,000 dans la Lorraine allemande.
Ceci pour Test. A l'ouest, un assez vaste territoire est aus:ri enlevé à la langue française par le breton, idiome celtique si ressemblant au gallois d'Angleterre que des naufragés d'une des nationalités ont pu se faire comprendre des riverains de l'autre. L'allemand a reculé sensiblement devant le français : à Dieuze, par exemple, toute française aujourd'hui avec les communes de son ressort, l'allemand seul était connu en ICOO; le breton recule bien plus vite, et surtout il n'a aucune chance de se maintenir, ne s'appuyant pas comme l'allemand de Lorraine sur plus de cinquante millions d'hommes usant de dialectes germains. Acculé entre la mer et la masse française, ayant des villes au pouvoir de l'idiome français autant qu'en son pouvoir propre, il n'a plus devant lui que la durée de quelques générations. On le parle à l'ouest d'une ligne qui partirait de la Manche, entre Saint-Urieuc et Paimpol, irait passer entre Loudéac et Pontivy et se terminerait sur l'Océan à l'estuaire de la Vilaine. Le Finistère entier (non compris, comme toujours, les grandes nIIIcs), la forte moitié du Morbihan, la petite moitié des Côtes-du-Nord, sont, en ce moment, le seul domaine du breton, et non la Hretagnc entière, comme beaucoup le croient. Sur les 3, 4( 0,000 hectares et les trois millions d'habitants de la Bretagne, l'antique langue ne règne que sur l,iOO,O0O hectares et environ 1,300,000 individus, laissant au français deux millions d'hectares avec 1,700,000 flmcs.
A l'angle ^ud-oucst delà Franco, dans le dcpartoment desPas- ECS-Pyrénées, 1 1'0,000 Pasques habitent des montagnes moyennes et des vallécsravissantes, depuis le beau pic d'Anie (2,o00 met.), l'Olympe de leur race, jusqu'au Chulcocomendia, qui domine de loin la plage où la Pidassoa se jette dans la mer. Pe l'arûte pyrénéenne à l'Adour, ils couvrent presque exactement les deux arrondissements de Rayonne et de Mauléon. Seulement la \ille de Payonne est française, béarnaise, cl espagnole plus que basquaise. On a des raisons suffisantes pour croire que les P^ascjucs représentent les anciens Ibères, qui remplirent autrefois la péninsule a[>pelée d'après eux ibérique et notre France du sud-ouebt. Leur origine se cachc-dans les nuées les jilus reculées du pas^é anlé-historiquc. On les a rattachés aux Berbères, aux Sémites, aux Finnois dont ils n'ont
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point le type, étant, hommes et femmes, de la plus grande beauté de visage. A cette beauté s'allie une superbe noblesse de proportions; il n'y a pas de peuple européen plus souple, plus alerte, tous les Flasques sont des Acliille aux pieds légers. Tous aussi mènent une vie simple et rieuse dans de jolies montagnes, et pourtant l'émigration vers la Plata décime leurs villages. Les Basques apprennent le français, le béarnais, l'espagnol, qui leur sont faciles, tandis que leur langue, trèscompliquée dans ses formes, répugne, malgré sa beauté, à ceux qui ne la tiefinent pas du berceau. Dans ces conditions, et avec l'influence des villes où le français se parle couramment, le basque ne peut que reculer : lentement sans doute, car les montagnards sont résistants comme leurs roches. Nos tlscualdunac, — ainsi se nomment eux-mêmes les Basques — s'appuient pour tenir tète à une civilisation plus riche et à une langue plus cultivée, sur leurs frères les Basques d'Espagne, qui sont cinq à six fois plus nombreux. Mais les Escualdunac espagnols s'en vont aussi.
Les 260,000 habitants de la Corse sont Italiens par le langage épuré de leurs villes et les nombreux dialectes de la montagne.
Flamands, Allemands, Bretons, Basques et Corses font cLi^cinble 3,200,000 irulividus. Restent pour les vrais Français en>iron 35 millions d'hommes. A leur tour, ceux-ci se partagent entre deux grands dialectes, la langue d'oil et la langue d*oc. Autrefois la dislinctiou avait de l'importance. La langue d'oil ou langue du Nord, le fumçais en un mot, n'étiiil parlé que sur son territoire propre et les habitants d'une portion du centre et de tout le sud de la France ne connaissaient qucleur? idiomes fortement rhylhmés, tirés du latin comme le français, mais aussi voisins de l'espagnol et de l'ilaiicu que de la langue nationale. Les Limousins, les dascons, les Languedociens, les Provençaux n'étaient Frauçais que pour payer l'impôt, verser leur sang et envoyer leurs nobles ;\ la cour du Nord, et non à Madrid ou chez les podestats d'Italie.
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Aujoiird'liùi, cette disliiiclion n'a plus do valeur. I.c français rùgne dans foutes les villes. Où il n'est pas tout à fait le maître, il triomphe sous une forme déguisée, en s'infiltrant dans les patois. Chaque jour un mot d'oc tombe pour faire place à un équivalent français, chaque jour, les tournures originales des dialectes d'oc disparaissent. Quelques poëtes un instant célèbres sur lo. Hhône et la Garonne ont essayé de rendre la vie à ces langues mourantes. On les a lus, on a chanté leurs refrains, on les chante encore, et pourtant chaque heure amène un progrès du français, à chaque minute une pierre tombe de l'édifice des dialectes méridionaux.
I.a langue française, après louf, est autrement armée que les patois pour toutes les exigences de la pensée. Qu'importe que Tagénais, le béarnais, le toulousain, le provençal, aient plus d'harmonie, de grâce, et se prêtent mieux aux chants de? poètes î ils ne s'appuiunt ni sur une grande littérature, ni sur une immense réserve scientifique, ni sur de nombr.uix millions d'hommes. Leur vieillesse est venue, la mort les guette, et bientôt ils n'auront laisse'- d'eux que l'accent dit méridional, original dans la bouche des gens d'esprit, mais généralement insupportable et directement contraire à l'élocution fine et modérée sans laquelle le français n'est plus lui-même.
Les deux tiers des l'rançais parlent la langue du Nord, avec d'insigniliants dialectes diiïérant par quelques mots, quelques formes, quelques tournures, plus ou moins de vivacité et surtoHt de lourdeur dans l'accent. On ailmet dans les livres que la langue d'oil s'arrête à la l>oire : il n'y a pas de plus grandi* erreur. Va\ nul point de son cours ce fleuve ne sépare le langage du Nord des patois du Midi. Sur la route de Bordeaux, le dernier village d'oil, les Billaux, touche Libournc, c'est-à-dire qu'il est i\ plus de 300 kilomètres au sud de la Loire ;\ Tours ! 'Souvent la langue d'oil passe à la langue d'oc par des transitions et la ligne de démarcation est malaisée à tracer. Souvent aussi il y a passage brusque, et d'une commune où le dernier des paysans ne i)irle que français, on tombe dans un village où même les plus inslruits des bourgeois préfèrent leur jargon local A la langue de la nation. Tirer une ligne de séparation serait inutile, puisque les dialecte, d'oc s'en vont: im
possible, puisque le dcmaine d'oc se francise incessamment sur tous les points, plus encore dans son intérieur, autour des grandes villes, que sur les vieilles rronlièrcs de la langue du Nord.
Sur les 38 millions d'habitants de la France, il n'y a que 850,000 protestants et 80,000 juifs. Les proteslaiU?, lutliériens (300,000), calvinistes (300,000) et dissidents (30,000), semassent autour de Strasbourg, dans le Bas-Uhin, le Haut-Ilhin, le Doubs, et dans les Ccvennes à l'ouest et au nord de Nîmes, làmôme où ils défendirent leur conscience contre linfaillibilité du Grand Roi, de sa maîtresse et de son confesseur. Le Gard en compte 123,000. La Lozùre, l'Ardèclie, la Drômo, la Charente-Inférieure, les Deux-Sùvres, et naturellement la Seine, en contiennent beaucoup, mais dans la majorité des départements ils ne comptent vraiment pas : ainsi, il n'y en a que 8 dans le Cantal. Partout ils ont plus d'activité, d'aisance, d'éducation que les catholiques; d'un village à l'autre la différence est visible aux regards les plus distraits.
Les Juifs nous sont principalement venus de l'Allemagne, de l'Alsace, du Portugal et de l'Kspagne. Ils se rencontrent presque exclusivement dans les grandes \illes, puis dans l'Alsace et la Lorraine. Dans quatre départements on n'en a pas recensé un seul. 11 y en a 21,7()7 dans la Seine, 2i,.;i8 dans le Bas-Rhin, 14,i90 dans le Ilaiit-lUiin, 7,3,17 dans la Moselle, 5,240 dans la Meurlhe, 3,i()l dans les I5oucliesdu-IUiône, 2,618 dans la Gironde. Leur supériorité dans le commercî, leur intelligence pratique, leur conduite patiente, souple et raisonnée, leur avidité toujours en éveil, en ont fait la classe la plus riche de la nation.
Avec le bon équilibre de rintelligence cl la si'lidilé ducurac- ICtc nalicnal, ce qui fait la force d'un peuple c'est le nombre de ses ciloyens. Or, en France ce non.brc croît beaucoup moins r-iJpiclcnT. nt rue dans la plupart des aulres \icilles
conlrcL's. Nous ne parlons pas des piys neufs, tr^s-insuffîsamincnt peuplés encore, qu'ils s'appellent Russie, Klals- Unis ou Ilépublique Argentine. On sait la cause de celte lente augmentation : la France obéit à des lois équitables, la propriété du sol n'y est pas fixée dans quelques mains par les majorais, les substitutions, les dispositions féodale?; tous y on accès, et tous les enfants d'une famille partagent le patrimoine ; l'aîné, cliez nous, ne spolie pas les puînés par droit de primogénilure. Aus^ila grande majorit'de la nation secompose-t-elle de paysans propriétaires, et peu de ces paysans connaissent la vraie misùrc, la misère de l'Irlande cl de la « libérale Angleterre » où il n'y a pas de paysans, mais seulement des sei" gneurs, des fermiers et dos journalier?.
Dés que Tbonmic commande à un coin de terre, dès qu'il peut vivre avec indépendance, soit chichement, soit aisément, soit largement, il redoute l'accroissement de famiUe qui peut mener ii la gC^no, e( qui plus tard ciitraînera par le partage la dissolution du domaine qu'il a mis toute ton Ame 'X créer. Pour le paysan, la terre, l'enclos, c'est vraiment l'enfant premier-né, et l'amour pour cet enfant retient dans le néant l)resqnc tous les de.-ccndants possibles.
Dans nos meilleures plaines, la population reste stationnaire, ou m«}me diminue, non par l'excès de mortalité, mais par l'insuflisance des naissances ; c'est ce qui a lieu par exemple dans le I,ot-ct-Garoruic et eu Normandie, hes pnys à sol médiocre» à familles mal inslallées, mal soignées, mal nourries, perdent plus d'hommes que les bons pays, mais la préoccupation (le la fortune personnelle et de l'aisance des enfants A venir y pèse moins sur le recrutement de la famille. Dans les contrées pauvres et chez les ouvriers des villes tout (alcul disparaît et le llnx des naissances apporte plus de marée humaine que n'emporte le reflux de la mort j c'est ce qui .^e passe en Bretagne, dans beaucoup de départements montagneux et dans les districts industriels où la négligence, la misère et la débauche ne détruisent pas absolumentles saines conditions delà vie.
Tout comi)ris, la population de la France augmente cependant d'à peu près 140 A l."iO,ooo individus annuellement par l'excès des naissances. F/émigration nepoi le qu'une faible at-
teinte à cet ogrr.ndÎFsementde la pairie. Quatre, cinq, dix mille Français îibaiidonnent tous les ans le sol natal iioiir des pays lointains qui le valent rarement. C'est avec regret qu'ils disent adieu à une vie aisée, à une société gaie, à une charmante nature, et beaucoup partent avec espoir de retour. Le plus grand nombre se dirige vers l'Amérique du Sud, principalement vers l'estua're Platéen (République Argentine ouHande Orientale). La préférence est ensuite à l'Algérie, et il faudrait peu d'eflorts pour tourner vers cette nouvelle France plus de la moitié de l'émigration française. Arrivent ensuite les Ftats- Unis, et depuis quelques mois le Canada. Enfin beaucoup de Français vont se fixer en Suisse, en Helgique, en Espagtie, en Angleterre, en Italie. Peu de départements prennent part au mouvement d'expatriation. La Normandie, le Poitou, la Saintonge, qui jadis émigraient plus que les autres province?, ont cessé de se porter au delà des mers lorsque le Canada, qu'elles colonisaient, est tombé dans les mains de l'Angleterre. Le bassin da l'Adour, qui a souvent fourni <\ lui seul plus du quart de toute l'expatriation annuelle, et les départements garonnais à p.artir de Toulouse^ envoient leurs enfants vers l'Amérique espagnole ou portugaise, vers les Antilles et la Nouvelle- Orléans, et aussi vers l'Algérie et l'Lspagne. Les déparlements pyrénéens à partir de Toulouse, ceux du Khône inférieur et <le la côte languedocienne et provençale les expédient presque tous en Algérie. L'Est se porte plutôt sur les i^tats-Unis et le Canada ; la Seine émigré partout. C'est en 1^30 que l'émigration française a pris les deux routes qu'elle préfère aujourd'hui. Cette année-là, nous mîmes le pied en Algérie, et juste à la mOme époque se montrèrent dans les Basses-Pyrénées les agents recruteurs auxquels on doit le mouvement qui entraîne les Basques et les Béarnais vers la Plata. Avant IS30, les Etats- Unis, les Antilles et quelques ports d(^ l'Amérique lalinc recevaient tous nos expatriés, alors beaucoup moin? nombreux que maintenant.
Nous avons eu quelque part à la colonis;ilion des Antilles. 11 s'agissait surtout alors d'acheter et de fouetter des eschnes : la Garonne cl l'Adour fournirent les [planteurs et les surveillants; quant aux négriers, l'Européen eût trouvé pour des
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planlalions cent fois plus vastes, elie les trouverait encore. De la sorte, nous créâmes la Guadeloupe, la Martinique, beaucoup d'autres petites Antilles, la superbe Saint-Donaingue, et plus tard la Tridité. Dans l'Océan des Indes, nous remplîmes Bourbon et l'île de France. Sur le continent d'Amérique, la France fit moins d'efforts, elle en porta la peine. Au lieu d'y planter des rangs serrés de paysans qui seraient devenus la nation prépondérante du globe, à peine si elle envoya quelques centaines d'hommes en Acadie, dix mille colons pcut- Otre au Canada, et quelques aventuriers en Louisiane. Voilà pourquoi nous sommes petits sur la terre, mais l'histoire ne se recommence pas. Toutefois, il nous reste quelque espoir: la terre n'est pas pleine et l'émigration française augmente à vue d'œil depuis nos désastres; en se portant sur l'Afrique du Nord, sur le Saint-Laurent, sur la l*lata, elle peut nous faire encore une place au soleil.
La grande exoJc française s'est retournée contre nous. File eut raison de renforcer l'ennemi, puisque cet ennemi lui offrait ce que refusait la patrie, le droit de penser, de croire et d'agir suivant sa foi. Lorsque le « Grand-Uoi » révoqua l'édit de iSanles pour mériter l'absolution de son confesseur, quatre cent mille protestants préférèrent l'exil ùl la renégation. C'étaient nos meilleurs ouvriers, nos industriels, nos inventeurs, la tète de la nation, llien ne les arrêta, ni le soldai, ni la peur du juge et du bourreau, ni l'avenir sur les galères, ni le froid, ni le lointain, ni la montagne. Nos cités les plus actives, nos meilleures usines, nos campagnes les plus soigneusement cultivées se dépeuplèrent. Ce que nous perdîmes de nombre, de science, d«^. sagesse et de vigueur, la Hollande, la l'russe, l'Angleterre, nos plus grands ennemis le gagnèrent et s'en servirent contre nous. Les Huguenots montèrent sur les tloltcs qui nous taisaient la guerre, ils formèrent des régiments qui battirent les n.Mrcs, ils élevèrent des industries qui firent la splendeur de l'étranger en face de nos manufactures désertes. Ils allèrent jusqu'à donner l'tlan à la colonisation de l'Afrique aubtrah et de Nen-Vork par les Néerlandais. Pourquoi faut-il qu'ils aient été chassés de la demeure natale, et puisqu'ils ont fui, quel malheur que le hasard du temps, un
homme d'audace ou l'esprit d'aventures ne les aient pas menés comme lesPuritains anglais dans unmonde à prendre au néant l
Aux 88 départements de la France conlinenlale, s'en njoufent quatre autres, la Corse, île méditerranéenne, et les départements d'Alger, de Conslantine et d'Oran, autrement dit lAlgérie, en Al'rique. M l'une ni l'autre ne sont considérées comme des colonies, mais « comme le prolongement du terriloire national». La Corso est soumise aux mêmes lois que la France, et pas à pas l'Algérie s'achemine vers ce qu'elle réclame sous le nom d'assimilation.
La CORSE, vendue à la France il y a cent ans par les Génois, est une île italienne par la situation, le langfige et l'histuire. Un coup de fortune nous l'enlèverait que la nation ne se sentirait guùre diminuée, tandis que l'Italie se trouverait plus grande. Beaucoup de citadins y savent notre langue, mais ![ n'est aucun district rural qui la parle. Il n'y a de non-Italiens dans l'île que les mille Grecs de CargèiO, au nord d'Ajaccio, sur le golfe de Sagone : ces Grecs, qui n'ont pas abandonné leur dialecte péloponéi-icn, leurs mœurs, leur secte orientale, vinrent, à la fin du XVII° siècle, des monts moréens du Magne, au nombre de 700, sous la conduite d'un seigneur descendu de la famille impériale des Comnéne.
Située à 170 kilom. de la côte provençale la plus rapproche'e, à 4G0 du rivtigc de la province française de Constantine, la Corse surgit à UO kilom. seulement de la côte de Toscane, et une île italienne, l'île d'Flbe, rapproche encore les deux pays. Un détroit qui n'a pas plus de 12 kilom. de largeur, le détroit de Bonifucio, sépare la Cor^e de la Sardaigne, autre Ile italienne beaucoup plus grande que l'île italo-françaiic. Celle-ci, longue de 188 kilom., large de 50 à 80, a une superficie de 87;),000 hectares.
l'iacée plus au nord, la (-orse aurait des névés et des glaciers, car fort élevée al la chaîne de montagnes qui pèse sur elle et qui ne laisse place qu'à des gorges, à d'étroites vallées et X de minces bordures d'alluvions autour des baies sans nouibro
di^ la côte occidentale et sur la plage plus droite de l'orient. De ce dernier côté, sur la mer qui est trùs-peu profonde près du rivage, une plaine d'alluvions, avenir agricole do l'île, se prolonge sur 80 kilom. du nord au sud, avec une largeur moyenne de 10 kilom. Malheureusement, des marécages empestent ces terres magnifiques, et les Corsos ne sont pas capables de les dessécher, eux qui ne cultivent pas niOme leur sol : pour bûcher, semer, récolter, couper les bois, ils l'ont venir annuellement huit à di.v mille Italiens, des Lucquois qui regagnent leur patrie n'emportant chacun de la Corse que de petites sommes, mais ces sommes réunies jterdues tous les ans par l'île cmpûchent les insulaires de sortir de leur misère immémoriale. La nonchalance des Corses néglige autant la mer que la terre, et le cabotage des côtes est presque entièrement dans les mains des Sardes.
Les montagnes corses, cù le granit domine à côté de la serpentine, des ardoises, des calcaires, des grès, tombent avec plus de roideur sur le versant occidental que sur le penchant de l'orient. Le Monte Holondo (Mont-Hond), haut de 2,073 mcires, est le pic culminant ; on ne le gravit pas sans peine, mais de la cime on règne sur un horizon grandiose : on voit ouïe l'île, les monts de la Sardaignc et le profil confus de rilalie, depuis la Hivière de Gènes jusqu'au littoral romain. Ili'aucoup d'autres monis dépassent 200<> mètres. De tous sautent de cascaielle en cascatelle, au grand air ou sous bois, de jolis torrents, qui malgré leurs détours expirent bientôt dans la mer de Toscane ou dans celle qui regarde au loin la France, les Haléures et rKsp.igne. Les plus longs sont le Golo et le Tavigiiano.
Le Colo (^<2 kilom.) donna son nom ù. l'un des deux départements qui pendant quelque temps comi)osèrent la Corse. — L'autre s'apjx'lail Liamone, du uitm d'un fleuve de la côte occidentale. — Le Tavignano (75 kilom.) coule devant Corte et s'engloutit dans la mer près des ruines de l'antique Aléria.
La Corse n'a pas maintenu ses forêts dans leur splendeur d'autrefois. On y a fait de la déforestation i\ outrance; les conquérants ont brûlé dans la plaine, les Génois surtout, et le paysan a continué l'œuvre sauvage, incendiant les taillis, le
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grand bois m(?me, pour semer dans les cendres fertilisantes. Le berger nomade, cavalier barbare accompagné de chiens hargneux et féroces, a causé plus de mal encore ; de nos jours comme aux jours passés, ses moutons et ses chèvres ruinent les versants de l'île, le mouton arrache les herbes, la cliCvre dévore les jeunes pousses. De torét solennelle, il y a des districts qui sont devenus déserts pierreux sans ruisseaux, sans rameaux et sans verdure, le Niolopar exemple^ dans les montagnes centrales.
Les forOts encore debout en Corse n'ombragent plus que *cent mille hectares, bois, roches et clairiores. Sur les pentes inférieures, l'empire est au pin maritime et au superbe pin laricio qui s'élance à 45 ert mémcàoO mèlres de iiauteur. Audessus de 1200 métré?, le laricio ne se trouve plus dans la zone de son choix, et la montagne appartient principalement au chône vert, au chêne blanc, au hûlre, à l'érable, au tremble, à l'it, au majestueux châtaignier, à l'aune; dans les parages supérieur? se dressent le sapin austère et le blanc bouleau.
Plusieurs centaines do miilier.s d'hectares sont occupés par les maquis^ « inexlriçobles fourrés de genévriers, de myrtes, de lentisques, de bruyères arborescentes», où le sanglier fouille sa bauge. Hors de la iorét et du maquis, la gran<îc place revient aux cliAtaigtiiers et aux oliviers. Le chritaiguicr, dont vit l'habitant, protège de son ombre opaque les vilhiges contre le soleil; ceux-ci, d'une saleté souvent immonde, couronnent de leurs maisons de pierres sèches croulantes des rochers qui de loin semblent faire corps avec les mi.-érables bAtinuMits du paysan presque barbare. L'olivier corse connaît peu la grcfle et la taille, mais ce n'est pas ici l'arbre chétif et enlaidissant du Bas-Languedoc et de la Provence rhodanienne. Le climat, sous une latitude plus méridionale, hors des atteintes du mistral, dans un cercle de mer, supporte mieux les plintes du Midi que le ciel d'Avignon, de Nimcs et de Marseille. De la Cor^e li la rive septentrionale de l'Afrique, la ditTérence e^t petite et les maquis contribuent à la ressomblauce.
Les terres vagues ont longtemps grandi aux dé[uMis du maquis incemlié et de la forêt abattue pour ne i)lus se rele\er. l'allés s'étendent sur de Icngues croupes dont la dr-iridation
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empire sous la persistance des causes qui les ont ruint'o?; l'extirpalion des racines, la destruclion des pousses, l'arrachemenl des herbes, la vainc pâture, l'action des torrents ra\ineurs. 11 n'y a de passablement cultivé en Cor^e que la 13alagne, dans le nord de l'île ; là, dans le bassin du Golo, et sur le littoral de Bastia, qui s'achùve avec les cédratiers du CvTp Corse, l'olivier se taille, il se grerfe, et la vigne' fournil des ^i:;s très-giînéreux.
Que les Corses respectent ce qui demeure de leurs splendides for{^ts, sauve-garde pour leurs monts, réservoirs de leurs torrents ! Mais ils devraient transformer leurs maquis en olivettes et en vignobles (quand l'allitude le soun're),cn champs, en pâturages qui souvent pourraient s'irriguer. 11 est honteux qu'il n'y ail que 2no,000 habitants sur un sol aussi privilégié, sous un pareil climat, le long d'une telle mer, au pied do chaînes prodigues d'eaux d'arrosement, de roches, de marbrer, de cuivre, de métaux, de sources minérales. Le Corse, qui est tréséuergiquc, n'u jamais voulu se vouer aux travaux (ie la terre, à l'irrigation, aux carrières et aux mines. Il se fait plus volontiers Inzzarone, ( hasseur, ber^^er, surtout gardeur de chèvres. Depuis que le Corse est Corse, il a dépensé plus d'heures i guetter le moment de la vengeance qu'à chercher l'amélioration de sou mngnifiquc héritage. A l'état non civilisé, les côtés violents de sa forte nature l'emportent sur la raison. Les combinaisons de la vendetta^ vengeance de l'insulte par l'insulte, du nang par le sang, de la mort par la mort, ^ riment chez lui tout autre travail de la pen.-éc; vivre avec son fusil, guctler l'ennemi, tirer juste devient sa vie. De tout temps les Corses, faits d'Ibércs, de Carthaginois, de Ilomains, de Grecs, de Goths, de Vandales et d'Arabes, ont été fameux par leur caractrre sombre, allier, méfiant et par leur esprit de vindicalion, mais nusïi par leur fierté, leur courage et leur ténacité de résistance à l'étranger. Kn beaucoup de points ils ressemblent aux rspagnols, peut-être par leur fend commun d'Ibères.
Maintenant ces hommes indomptables commencent à plier comme les autres. Les vendetta de\iennent plus rares; quelques défrichements se pourcuivcnt; les marais qui empoisonnent (crlains parages du lilloral se desséchent; quelques
Corses abandonnent pour la plaine le versant où broute la chèvre et la roche pointue où les ancOtrcs avaient juché leur aire, par craints de la fièvre paludéenne, des corsaires et de l'ennemi. Insensiblement l'île arrivera à ressembler non à la France, mais à l'Italie ou à l'Algérie. Le chef-lieu du déparlement, Ajaccio (ly,000 hab.), sur une baie de la côte occidentale, renferme moins d'habitatils que Bastia (22,000 hab.), port du Nord, en face de l'île d'Lilbe.