ALGERIE
Par l'ALGÉRIE, la France a pris pied dans l'Afrique du Nord, le «dernier refuge de notre grandeur «.A elle d'y étendre sa race dans les limites de sa volonté, aussi loin que ses colons pourront irriguer, forer et cultiver. Tout l'Atlaset lespremiers parages du Sahara nous sont immédiatement accessibles.
L'Algérie fait face à l'I^spagne andalouse et catalane, à la France languedocienne et provençale, dont la séparent des profondeurs marines de plus de 2,000 mètres, et un peu i\ la cote italienne de Ligurie. Le zéro du méridien de Paris pusse à quelques lieues seulement à l'ouest d'Alger, et c'est vis-àvis des ports français de Nice,'d'Anlibes, de Saint-Tropez, de Toulon, de Marseille, d'Aigues-Mortes, de Cette, de la Nouvelle et de Port-Vendre?, que l'Algérie oppose aux vagues de la Méditerranée un haut front montagneux de près de 1 .jO kilomètres entre le Maroc et Tunis. D'Alger à l'oasis dos ^'.h.imbâ d'Cl-GoIea, la largeur est presque aussi considérable. l']u donnant de ce côté, sur le Sahara, des limites à l'Algérie, limites qui de fait n'existent point, l'Afrique française du Nord s'étend sur fiG millions d'iiectares, c'est-à-dire plus que la France, la Belgique, la Ilullande et la Suisse réunies, ou si l'on veut plus que la France jusqu'au Ilhin. Cette surface serait ou sera triplée avec l'annexion de ce qui manque à l'Algérie [iour
parfaire la logion naturelle dont elle fait partie, l'Atlantide ou liurbérie. Il lui manque le Maroc et Tunis, pays qui lui ressemblent par le sol, les produits, les races et l'histoire. Si elle ne réalise pas tout ce qu'on peut espérer d'elle, il lui restera d'iilre, suivant une belle expression, «le portique d'un monde nouveau », et lavcnue menant de la Méditerranée occidentale au Soudan ou pays des .\oirs et au cœur de l'Afrique, uon sans de très-grandes difficultés, il est vrai, à cause de la largeur cl de l'iuhospitalité du Sahara. Malheureusement, let- Français s'occupent peu de s'étendre au loin. Ils regardent les allaires du monde avec une lunette braquée sur la Irontiùrc du Hliin, une autre regardant lu Tiuiiise, une autre Cons- . lantinople, et quelques petites lunettes annexes d'une courte portée; le gros de la terre leur échappe. L'Alrique française, qui devrait être une de leurs principales préoccupation?, est pourtant bien voisine de nos rivages, 11 y a 71)0 kilomètres de Marseille, OiiO seulement de Port-Vcndres à la plage Irancoatricaine. La traversée de Marseille à Alger se fait généralement en 34, 40 ou 50 heures par bateau à vapeur. De la Sardaigne à Bône, de Carthagéne à Oran, une nuit suffit. 1/Algérie louche à l'Europe.
Les OG millions d'hectares de l'Algérie sont loin de valoir 60 millions d'hectares de l'Europe occidentale. De même que toute la Berbérie, l'Afrique française se divise en Tell, en Steppes et en Sahara. Le Tell y prend quinze millions d'hectares, les Steppes dix millions, le Sahara quarante et un millions.
Le TELL embrasse l'aire de 24 ou 'lli déparlements, plu? du quart et moins du tiers de la France. Il part d'un rivage presque sans poris, sur une mer qui a ses jours de fureur, ol s'élévc avec les cliaînes de l'Atlas. Exposé aux vents du « manoir liquide », il en reçoit les pluies; il a des rivières toujours courantes, de charmants torrents dans la monlagne, des sources abondantes, plusieurs superbes. (î'cst le sol de production, le grenier cl le cellier de l'Algérie, sa terre à blé, à lin, à vignr, à oliviers, ;\ tabac et ;\ coton. La plage marine s'y déroule sous un climat charmant, tempéré par la brise de terre et la brise de mer. A Bône, à Philippeville, à Alger, à Oran, la moyenne <le l'année se tient aux environs de 18 degrés; l'hiver y
ami^ne beaucoup de pluie, très-peu de frimas la neige y est une curiosité ; l'été est chaud, mais non insupportable. La masse d'eau qui tombe dans les douze mois va en grandissant de l'ouest (400 millimètres par an) à l'est (1200 millimètres).
Derrière la côte et jusqu'aux tètes des montagnes après lesquelles commencent les Steppes, le climat, à mesure qu'on monte, abaisse sa moyenne annuelle. Il devient extrême; l'été accable par 40 degrés de chaleur à l'ombre, mais l'hiver retrempe par des froids qui descendent à .-) et 10 degrés au-dessous de zéro. La France a perdu dans les monts du Tell bien des soldats par les tourmentes de neige, et la plupart des villes dont les noms retentissent souvent aux oreilles françaises, Wédéa, Aumalc, Sétif, Balna, Aïn-Beida, Tcbessa, Constan- • tine, Boghar, Teniet-el-Hâd, Tiaret, Daya, Sebdou, Géryville, tremblent cous le froid, la neige et les vents quand n6s cités du nord de la France ne se plaignent que d'humidité, de pluie, de cieux noirs ou de glaces légères.
Par sa constitution montagneuse, qui se prête à l'écoulement des eaux et qui hausse les lieux d'habitations à des altitudes parfois très-considérables au-dessus du niveau de la mer, l'Algérie est, en bloc, un pays très-sain et capable de créer sur ses crêtes, sur ses plateaux, dans ses hautes vallées une race que l'élévation du sol sauvera de l'énervement. Saris la grande altitude de la masse de son Tell et de tous ses Steppes, l'Algérie, prise entre une mer tiède et le brasier du Sahara, entre le 30° et le 37* degré, serait une contrée où, de dégradation en dégradation, l'Europe occidentale verrait sortir de son sang un peuple indigne de la métropole du monde. Mais gr.lce aux étages de son relief elle échappe à la torridité. A deux pas des villes qu'embaume l'oranger, des villages font monter leurs prairies jusqu'à la lisière des forêts de chênes, de pins et de vieux cèdres hantées par de longs hivers. L'Afrique du Nord a tous les climats, moins le climat intertropical, K' seul funeste aux fils de l'Europe tempérée. Autant de climats, autant de végétations, et l'Algérie peut tout produire, hors ce qui demande le Trop que et ses pluies régulières.
Celle terre salubre a pourtant le renom d'insalubrité, les premières colonies ayant été installées dans le bas pays, au
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bord de marais ou dans le marais même. Jusqu'en 1853 on pouvait dire d'elle qu'elle ne donnait que des dattes et des malades; les garnisons à nostalgie , les campements sous la tente, les coups de feu dévorùrent moins de soldats que les plaines palustres n'engloutirent de colons. L'Arabe déjà n'attaquait plus les cités et les blockhaus dix fois assaillis en Nain, quand l'hycne assiégeait toujours les cimetières peuplés avant les villes, car tulle colonie nouvelle perdait dans son année jusqu'à vingt et même trente habitants sur cent. Aujourd'hui, rt;uropcen, le Français, acclimatés dans les vallées et sur les plateaux d'où les marais s'efTaccnt, et dans les montagnes où il n'y a point d'eaux stagnantes, croissent par l'excédant des naissances, tandis que les Indigènes diminuent. On a calculé que la population européenne, de sa seule force et sans immigration, finira dans quelques dizaines d'anm'es par balancer en nombre la nation arabe, et peut-être naît-il en ce moment un Franco-Afrit'ain dont les derniers jours se lèveront sur une Algérie où les indigènes seront en minorité.
La grande intumescence du Tell, l'Atlas, n'atteint les neiges persistantes que dans le Maroc. En Algérie, ses plus hauts pics connus ne s'élèvent pas à 2, oOO mètres, tout en dé^-assant de quelques centaines de mètres les premiers sommets de la Franco centrale. Le mont Chclia (province de Cunslantine),* dansTAurès, a 2, Mi2 mètres ; le Lella Khediilja(pro\ince d'Alger), dans le Jurjura, 2,;i08 ; le Ksel (province d'Oran^ 2,010. Les fleuves qui en découlent, larges et mauvais (juand il pleut, ont fort peu d'eau dans la saison sèche; ils filtrent alor.^ dans le sable entre les racines des tamarisques et des lauricrs-ro.>es. Leurs bassins sont fort restreints par le voisinage de la mer, toutefois le Chéliff a GO:; kilomètres de cours.
Le Chéliff est Voued le plus Ioul' peut-être de tout le Tell do nerbérie. Ou'^/, qui ^ignilie ruisseau ou ri\ièie, djchrl, qui vei.l dire montagne, nin^ source, et quelques autres mots arabes (uit pris dioit de cité dans le français d'Algérie. - il a deux branches mères. La plus éloignée, nijus nuu 1 ' plus abondante, arrive, sous plusieurs noms succe^si^s, du massif nommé Djebel- Amour. Llle s'appelle d'abord Ouod- Scbgaguc, puis Oucd-cl-Ueid-i, puis Ouod-Tnguin, enûn Oued-
Bellin, C'est une habitude commune aux peuples arabes de changer le nom d'un cours d'eau dès que ce cours d'eau se modifie en quoi que ce soit : quand il recueille un affluent, quand sa vallée prend un nouvel aspect, quand ses bords s'ombragent de telle ou telle espùce d'arbres, quand ses eaux sont coupées par un gué fréquenté des tribus, quand il passe près d'un campement, prés d'un marché, prés d'une chapelle de saint musulman, près d'un rocher, quand il change de teinte par suite de son passage dans d'autres terrains ou du confluent de rivières diversement colorées. Le Djebel-Amour^ massif de 700,000 hectares, dresse des cimes de 1,500 à 2,000 mètres. La branche du Chéliff qui en descend coule, quand elle coule, sur des hauts plateaux et son lit, à sec pendant des mois entiers, rencontre le lit de l'autre branche, le Nahr-Ouassel, par 085 mètres d'altitude.
Le Nahr-Ouasscl , non plus, n'a pas toujours de l'eau, quand, après 170 kilomètres de longueur, il se confond avec la rivière du Djebel-Amour, qui en a parcouru 270. Il a son ras-el-ahun (tête des sources) dans les montagnes de Tiaret (1125 hab. ; 1,083 met. d'altitude), passe à la base des monts de Teniet-el-Hâd (GOS hab.; 1,101 met. d'altitude) et sépare le Tell du Sersou, haut plateau encore sans habitants. Le mot Nahr-Ouassel signifie fleuve Jiaissant.
Le Chéliff entre dans le Tell au pied de la falaise de Boghar, par un peu moins de 000 mètres d'altitude. Boghar, à 400 mètres au-dessus du fleuve, n'a guère plus de 500 habitants. Du promontoire qu'elle occupe, la vue porte au loin sur des montagnes confuses, sur des vallées, et se perd au midi * dans l'infini du Steppe ; aussi nomme-t-on Boghar le Balcon du Sud. Coulant désormais dans la plus longue vallée d'Algérie, qui est en mémo temps l'une des plus fertiles et la grande route entre l'ouest et l'est, le fleuve baigne tantôt la racine de» montagnes qui rattachent le cap de Boghar au nœud de rOuaransenis par des pics de l,*j00 à 1,814 mètres, tanlôt il se rapproche de la chaîne jetée entre le val du (ihéliff cl la JMelidja. Ses eaux, rares en été et fangeuses dans la sai>on des pluies, arrosent la plaine d'Amoura, embryon de ville dominé à l'orient par le massif -de Médéa. Duperré, autre:
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cité naissante, borde plus bas le fleuve, à 20 kilomètres de Milliana (.^,000 hab.): celle-ci est un s'''.jour charmant par le climat (empéré que lui vaut son altilude de 740 mètres, par les frais i aisseaux qui bondissent datis^a gorge, parles bois, les roches et les horizons des deux Zaccar(«,'r)3i, i/>31 mi'^l.).
Orléansville (2,300 hab.) est destinée à un grand avenir ; c'est la ville médiane entre Alger et Oran, le centre de la vallée du fleuve. Le Chélifï n'y est plus qu'à 140 mMres audessus de la mer ; c'est sur lui que reposera la fécondité du pays, ses irrigations seules pourront rafraîchir le sol calciné, le climat brûlant d'Orléansville. Eu amont de cette ville, en aval aussi, le Chélifl' reçoit des torrents venus de l'Ouaransenis ou Ouanseris, massif surnommé l'Œil du Monde, et qui dresse un de^es pics à 1,991 métrés.
Le principal tributaire du fleuve, la 3/i>îa, n'a point sa source dans ce groupe de montagnes, autour duquel le Nahr-Ouisscl, puis le chélilV, sa continuation, tracent un arc de 3!)0 kilomètres de développement pour 75 kilomètres de corde. La Mina (195 kilom.) vient des environs de Tiaret; elle n'est encore qu'un ruisseau quand elle tombe d'une cinquantaine de mètres de hauteur par la charmante cascade de Ilourara. Dans son cours inférieur, elle donne l'eau d'irrigation aux champs de coton qui sont la fortune de Rélizane (3,ri00hab.).
Lci.héliffse verse dans la Méditerranée entre Mostaganem et le cap Ivi. La chaîne de montagnes qui s'élève entre sa vallée basse et la plage marine à l'ouest de Ténés (8,0('0 hab.), s'appelle Dahra, et n'a pas de pic atteignant 9ii0 mètres.
lUusieurs torrents algériens roulent plus d'eau .\ Téliage que cette Loire de Berbérie, semblable à notre Loire française par son trajet au cœur du [)ayset par la grande courbe de sa vallée dirigée d'abord du sud au nord jusqu';\ Hoghar, puis de l'est à l'ouest, ainsi que fait notre fleuve de sa source à Orléans, et d'Orléans \ la mer.
Lntre le C.hélilT cl Tunis, les principaux fleuves du Tell algérien sont le Mazafran, l'Harrach, Tisser, le Sébaou, la Soummam, l'Oued-el-Kébii-, ]c Saf-Saf, la Seybouse et la Medjerda. Entre le Chéliiïet le Maroc, on ne rencontre guère que la Macta et la Tnfna.
Le Mazafran n'a que 20 kilomùlrcs de longueur. Il est fait de Irois torrents dont un ecuI coule abondamment jusque dans le fort de l'été, la Chiffa. La Chiffa cache ses sources dans les forôts du beau Mouzaïa (1,608 mût.) ; longtemps elle brise ses flots limpides, violents et froids contre les roches de gorges fameuses, puis elle entre dans la Mélidja ; là, sert à rirrigalion et se souille tellement par les eaux que lui renvoie la plaine, qu'elle prend le nom de Mazafran {eau de safran) au-dessous du confluent du Bou-Roumi et de l'Oued-Ger. Le Mazafran contourne le ravissant coteau de Coléa (2,300 h.). 11 y a 104 kilomùlres de son embouchure au ras-el-aïoun, le plus reculé du Bou-Roumi.
L'Harrach (75 kilom.) finit dans la baie d'Alger. VA]q commence dans des montagnes dont la plus haute est le Deni- Salah de Blida (1,640 mot.). Comme la Chiffa, elle prcîtcses eaux à l'arrosement de l'opulente Métidja.
L'Isser parcourt, en beaucoup de circuits, 220 kilomètres, depuis ses sources dans le Kef-el-Akdar (Rocher-Vert), qui a l,4<i0 moires d'altitude, jusqu'à son entrée en Méditerranée. Son bassin supérieur est le charmant plateau des Beni-Sliman, l'une des Arcadies de l'Atlas; sa vallée inférieure offre des terres d'élite à la colonisation.
Le Sébaou (Ho kilom.) passe pour la rivière d'Algérie qui se soutient le mieux en été. Il rassemble dans son lit capricieux les torrents septentrionaux de la plus haute chaîne de la Grande Kabylie, passe au nord de Fort-Napoléon (900 met. d'altitude), principale forteresse du pays kabyle, à une petite distance de Tizi-Ouzou, et se perd à l'ouest du port de Dellys (11,000 hab.).
La Soummam, on Sahel (210 kilom.), doit ses premières fontaines au Dira (J,813 met.). Ce n'est qu'un petit torrent quand elle coule devant Aumale (5,000 ha!j. ; 850 met. d'altitude). Elle longe les versants méridionaux du Djurjira qui, vu de sa vallée, se dresse en un mur de près de i',000 mètres de hauteur relative. Renforcée par l'oued qui vient d'échapper aux deux parois du profond défilé des Portesde-Fer, elle rencontre un torrent de sa forci^, le Bou-ScUam (222 kilom.), venu des montagnes de Sétif par un chemin
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tortueux dans des gorges excessivement sauvage?. Large désormai- de 150 à 400 mètres, la Soummam se promené dans une riante vallée qui si'pare le Djnrdjura de la Petite Kabylie, citadelle escarpée où rùgnenl les deux Babor(i,967 et l,970mèl.) et rAdral-Amcllal (1,9 »5 mût.). Son embouchure se trouve à 3 kilomètres de Bougie (2,S00 hab.), ville assise au pied du Gouraya(70o met.), prés d'une anse dont il sera facile de faire un des meilleurs ports de l'Afrique française.
I/Oued-el-Kébir (238 kilom.) ne s'appelle ainsi que dans le bas de son cours. Son nom, dont le Gnadalquivir andaloux n'est qu'une corruption, signifie Grande Rivière, mais les Arabes sont les rois de l'emphase, et il y a dans le Tell maint Oued-el-Kébir roulant à peine un (îlot d'eau. Au-dessus de Constanllne, ce torrent se nomme le Roumel. Près de descendre dans la colossale fissure qui est la gloire de cette ville, il reçoit le Bon-Mcrzou<j, né d'un des aïn les plus connus de l'Algérie. La source du Dou-Merzoug fournil i\ l'éliage, tout à fait exceptionnel, 150 litres par seconde, et si l'on en baissait lo seuil, le débit atteindrait généralement un mètre cube ; elle jaillit à la base du mont Guerioun, près de la route de Constantine à Datna, non loin de rangées de menhirs qui nippi'llenl nos plus célèbres avenues de Bretagne. — Les monuments de ce genre, témoins d'un passé que l'histoire n'a pas fait revivre encore, sont exlrèmcmeiil communs dans la province de l'Lst. — Lu aval de Gonstanline, le Koumel se grossit de la rivière thermale du Hamma, constituée par des sources à 33 degrés débitant 700 litres à la seconde, puis il serpente jn.^qu'à la .Méditerranée dans des gorges grandioses où les l'rançais n'ont pas encore planté de colonies.
L(; Saf-Saf (100 kilom.) a son terme i\ une demi-lieue do Philippcville. Son importance réside dans les irrigations qu'il pourra fournir ;\ sa féconde vallée, qui f^st la route la pl;:s naturelle, entre Gonstantine et la mer.
Peu de rivières algériennes égalent la Seybousc poiir l'abondance estivale, la beauté de la vallée et la fertilité des rives. La Seybouse a 232 kilomètres de développement. Klle ne prerul ce nom qu'à quelques kilomètres au-dessus de Gueluxi, au cunlluent d'une rivière qui vient de passer près des cclè-
bres sources thermales de Hammann-Mcsklioutin (0'j°). A Guelma (i,000 hab. ; 27o met. d'altitude), centre d'une des meilleures régions agricoles de l'Atlas, la rivière a en moyenne 60 mètres de largeur. Plus la vallée s'approchu de la mer, plus sa puissance de production augmente, pour ntleindre son maximum près de l'embouchure, qui n'est qu'à 2 kilomètres de Bône.
La Medjerda se partage entre l'Algérie et la re'gonce de Tunis. Celle-ci possède le cours inférieur et les l'unds les plus riches de la vallée, à la France reviennent les sources du fleuve, ses parages les plus salubres, les plus pittoresques, et ses plus belles forêts. La Medjerd.i n'a que 100 kilomètres de parcours en Algérie. Elle sort de montagnes qui ne s'élèvent pas au-dessus de 1,200 mètres et baigne les coteaux de Souk- Harras (2,100 hab. ; 680 met. d'altitude), jadis Thagasle. Llle se gonfle en Tunisie d'une rivière qui coule sur notre territoire pendant 14o kilomètres, VOued-MellcQue, formée dans les monts de Tébessa (1,800 hab. ; 1,088 met. d'altitude) : Tébessa, autrefois llicvcstCj est encombrée de ruines romaines.
En se reportant à l'ouest du Ciiéliff, on trouve d'abord la Macta, puis la Tafna. La Macta provient du marais où se rejoignent l'Habra et le Sig. L'Ilabra (240 kilom.) commence dans les montagnes de Daya (IGOO hab. ; l,27y met. d'altitude), change plusieurs fois de nom, passe de défilés étroits en bassins féconds et arrose les cotonniers de Perrégaux. 11 n'y a pas encore de grande ville française le long de ses rives. Sur un de ses sous-affliicnts s'élève Saida (2,800 habit.; 890 met. d'altitude). Le Si<j est exactement aussi long que l'Habra, mais il emporte beaucoup moins d'eau ; sous le nom de Mekerra, il vivifie les jardins de Sidi-bel-Abbès. Plus bas il irrigue les campagnes de la prospère colonie de Saint-Denis du Sig (8,600 hab.).
La sinueuse Tafna (172 kilom.) sort avec abondance d'une grotte du massif de Tlemcen. Elle passe à portée de Sebdou (1,580 hab., î)j8 met. d'altitude) cl recueille ensuite les eaux transparentes des Lîeni-Snous, qui ont leur ras-el-ma (tûte de l'eau) au pied de la superbe montagne de Toumzaït (1,834 met.), projetée en cap sur la limite du Maroc. Ses
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deux grands afiluents sont la saiimrdrc Mouilah, en partie marocaine, et Visser d'Occident (100 kilom.), torrent clair qui devient riviùre trouble en quittant par une cascade les ravissantes gorges de la chaîne tiemcénioniie.
Aucune de ces riviùres ne roule constamment à lit plein, nulle n'est navigable. Toutes pourtant sont importantes, parce que toutos peuvent irriguer leurs alluvions riveraines. Les aïn et les ras-el-ma bien aménagés, les barrages-réservoirs que dans un pays si monlucu.v il est facile d'établir à l'issue des gorges, doivent avant longtemps transformer cette « Afrique au sol d'airain qu'un ciel brûlant calcine». A la place des terres brûlées, l'eau d'arrosement doit cn^er des jardins de haute profluclion ; les vergers, les vignobles neuriront sur les versants maintenant décharnés, et la forôt, arrachée à la dent des bOtcs broutantes, à la hache du bûcheron, à la torclie du berger et du laboureur, reverdira sur los montagnes. Jadis, dit la légende, on pouvait aller de Tan{:;er à Tripoli sans souflrir des rayons du soleil. Aujourd'hui, il serait plus facile de faire ce voyage sans trouver d'ombre sur le chemin.
Les colons Algériens ont le soleil, pour s'enrichir et s'étendre ils demandent des terres, des routes, de l'eau. C'est leur triple vœu qui revient toujours. Si près du Sahara et dans la patrie du dattier, tout vient à point ;\ qui peut donner de temps en temps un filet d'eau ,^ ses champs altérés.
Derrit^'re le Tell, les STEPPES, appelés aussi Landes ou Hant5-Platc;i!ix, s'étendent vers le Sud, do Tell à Sahara, sur di\ millions d'Iieclares (IG A 17 départements). Pans la province (le Courlunliiie, cette nature de terrain se confond à peu prt^s avec le Teil ; en dépit de son altitude considérable (800 à HOO met.), de ses lacs salés, de ses vastes pAtures, elle y est terre de pro, ludion comme le Tell. De Bûne, port de mer, aux bas-fonds sahariens communs à l'Algérie et à la runisie, on ne quitte pas la zone de grande culture. Plus à l'ouesl, sous h' méridien de Bongio, le vaste bassin qui entoure le lac salé du Ilodua, n'est pa^• non plus steppes, mais (erre mixte, Tell qiiand on l'arrose, Sahara quand on ne l'arrose pas ; il est capable des plus opulentes moissons, sous un soleil qui lui donne une végétation «anal^çuci celle de l'Egypte ou du Séiiégal ».
A l'ouest du Hodna, dans les provinces d'Alger et d'Oran, les steppes prennent leur vraie physionomie : monts au nord et monts au sur" ; grands lacs salés {chotls ou seblckas), chaudières d'évaporation avec plus de sel que d'eau; lits desséchés tirant sur ces lacs entre des berges d'argile, de sable, de schiste ou de calcaire ; ré(/îrs ou flaques d'eau persistant malgré le soleil dans les cuvettes à fond étanche; puits saumàlres; pâturages roussis ou verdoyants suivant la saison; champs couverts à perte de vue d'alfa, de chiehh et de diss, plantes textiles; des buissons; des groupes de jujubiers sauvages et de béloums ou térébinthes ; un climat que l'altitude et la latitude font terrible, de grands froids, des chaleurs atrucôs , peu de jours de pluie, des vents aigres et tenaces, une poussière qui rougit les yeux. L'altitude des Steppes varie presque constamment entre 1000 et 1100 mètres. La moyenne annuelle de la température y va de \'6 à IG degrés, l'oscillation thermométrique habituelle y est comprise entre ;i degrés au-dessous de zéro et 48 audessus.
Tels qu'ils se présentent, les Steppes répugnent, toutefois la colonisation y a de l'avenir. Leur climat, dur par ses extrêmes, est sain par la sécheresse de l'air et l'altitude des sites ; leurs pâturages aromatiques peuvent nourrir des millions et des dizaines de millions de moulons et de bœufs; de bons sols s'y rencontrent; le térébinthe, arbre superbe, et d'autres espèces y croissent à merveille, et de bouquets ne demandent qu'à devenir forêts. Enfin il y pleut assez pour qu'on irrigue quand on voudra le sol, à l'aide de puits allanî chercher la veine liquide à lîiO ou à 200 mètres do profondeur.
Au delà des monts qui bordent au midi les hauts plateaux des Steppes s'ouvre le SAHARA, large de 2000 kilomètres entre le pied de l'Atlas et le pays des Noirs. Arrêtée par les monl.ignes du Nord, la pluie y tombe raiement (2^0 millimètres pir au à Biskara), et le soleil, que ne tami.-e aucun nuage, y donne de toute sa Ibrcc ; aussi le Sahara algérien, bien que compris entre le 3o° et 30° degré, à dix de^ré.^ seulement de la zone tempérée, esl-il une des contrées k-s [ilus chaudes de l'univers. La moyenne cependant y oscille entre 21» 50 6123" seulement, parce qu'il y a dans l'année de nombreuses nuits
trC's- fraîches et môme froides. Les journe'es, elles, sont terri blés ; on a vu 06 degrés à l'ombre, température la plus forte observée jusqu'à ce jour, et cela dans une oasis où le mercure peut descendre à moins sept degrés. L'excès de chaleur et de réverbération amène avec lui son corlége habituel de maladies, avant tout les maladies d'yeux, mais en somme le climat, vu sa séclieresse, est sain, excepté sous le vent des canaux d'irrigation mal entretenus des oasis.
Pareil aux Steppes, le Sahara vaut mieux que son premier aspect. Dés qu'on y dfspose de quelques gouttes d'eau, on y fait fleurir de?, oasis au milieu dos sables ou dans la pierre des rochers. L'étendue de terres qu'on y arrachera à la fournaise pour la donner à l'humidité et à la verdure, dépend de l'abondance de la nappe souterraine alimentée au nord par ce que l'Atlas engouffre de pluies, et lieureusement celte nappe paraît ollVir de Irés-grandes réserves. Les sources de 30, 50, 100, •200 litres et plus par seconde sont nombreuses, au moins dans le Sahara constantinien, à l'ouest et à l'est de I^iskara. Les puits artésiens forés en grand nombre par les Français ont fait monter au jour de vraies rivières^ et grAce à eux des oasis, qui produisentpeut-O.lre les meilleures dattes du monde, voient leurs palmiers tlélris reverdir et leurs merveilleux jardins étendre en tout sens leurs oliviers, leurs figuiers, leurs orangers, leurs jujubiers, leurs grenadiers, leurs vignes grimpantes, tons leurs arbres amis des soleils de flamme. Biskara (7,212 hab.), la plus belle oasis, comJ)le 13i\Ono palmiers dattiers et i),oO0 oliviers contemporains, dit-on, des Itomains. Au sud-est de Laghouat (3,000 hab. ;780 met. d'altitude), les Beni-Mzab, peuple berbère, cultivent au pied de roches pelées, i\ l'aide de puits et d'eaux de crue retenues par des barrages, en\iron «'00,000 palmiers aux dattes médiocres.
Au dernier recensement quinquennal de la France (1860), l'Algérie rcnferniail 2,921,246 Ames. A ce jour, malgré l'accroissement constant des Kuropéens, des Juifs, peut-être aussi des Kabyles, elle doit avoir 300,000 A ■iOO,('00 habitants de moins. La déperdition a porté en entier sur les Arabes; elle provient du choléra de Iso? et de la famine de 1868-1800. Eu admettant pour les indigènes musulmans le chiffre de
2,400,000 individus, on se trouve en face de neuf cent mille à un million de Kabyles et de cinq cent mille Arabes purs. Le reste est formé par les Kabyles arabisants (Kabyles ayant adopté l'idiome arabe) et par quelques (ribus d'Arabes kabylisants (c'est l'inverse).
Les Kabyles ou Berbères habitent les admirables massifs montagneux de la Grande-Kabylie {\ l'est d'Alger) et de la Petite Kabylie (au nord de Sélifj,, et l'Aurès dont les pics froids el les croupes dépouillées dominent le Sahara hiskarien. De nombreuses tribus de cette origine vivent aussi dans l'Atlas, entre le Chéliff et la Mélidja ; dans le Dahra, cnlrc le Chéliff et la mch" ; dans l'Ouaransenis, au sud d'Orléansville ; dans les monts de Tlemcen, et en général dans les chaînes les plus hautes et lesplus difficiles. — lien est ainsi au Maroc, dans la Tunisie et la Tripolilide. — Dans le Sahara, purs, arabisés ou mûlés de sang noir, ils forment la majorité, quelquefois toute la nation, comme chez les Héni-Mzab.
Les Kabyles sont les maîtres immémoriaux du sol, les anciens Numides, les compatriotes de Jugurlha, de Massinissa et de Syphax. Ils ont été probablement influencés par les Carthaginois, les Romains, les Vandales, sûrement par le sang arabe. Refoulés dans les monls par les divers conquérants de la vallée, ils ont subi l'islam, mais aussi presque partout ils on! maintenu leur langue et leurs lois intactes.
On ne saurait trop distinguer le Kabyle de l'Arabe. Le Kabyle est l'Auvergnat de l'Afrique, l'Arabe enest legenlilhommc et le sportsman. La mémo religion fait leur seul lien, et encore l'Arabe est-il religieux par besoin d'imagination, et par le penchant mOme de sa race qui a produit les trois grandes religions monothéistes. Le Kabylo se trouve mahomélan par naissance, par habitude, « parce qu'il faut avoir une religion )). L'Aïahe, aussi beau de figure et de démarche que souvent le Ka])yle est laid, n'a rien de commun avec le Rerbère qui pioche la montagne, lui, le cavalier, l'arislocrate de la plaine et du désert, le contempteur du travail des champs. « Où eulr.- la charrue entre la houle, » a dit .Mahomet. Sous /a tente, dans les gourbis misérables, l'Arabe aime à vivre en contemplateur oisif, pendant que sa femme et son
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bourricot versent leur sang en sueurs sous les cruels soleils. C'est l'ami de la poésie, rlicme conventionnelle, des fleurs de rhétorique, des images outrées, des contes bleus racontés par un élégant diseur entre la cigarette et la tasse de café noir, l'ami des chansons nasillardes célébrant les beaux coups de force, les belles chevauchées, les belles amour?, l'ami de la chasse, au besoin de la guerre, l'ami surtout du soleil et de l'ombre selon le temps, l'heure et la fantaisie. Il y a tel ksar (village) du Sahara où l'Arabe passe la matinée et la soirée du côté de la rue où darde le soleil et les heures étouffantes à l'ombre des murs, au vent du ruisseau d irrigation, à la poussière du jet d'eau de la fontaine. Noniiidos par g(jûl, ils le sont encore parce que la propriété est resiée indivise dans beaucoup de tribus: cette indivision les emiiéche de se fixer au sol et de donner un corps ti leurs ambitions, qui sortent peu du domaine des songes, quoique l'Arabe ait une grande passion pour l'or.
Le Kabyle aussi aime l'or et l'argent, et il travaille pour s'enrichir. Sa race remplit les villes, les ports, les champs algériens, de travailleurs économes, mettant ;\ part tout ce qui dépasse le strict besoin journalier pour revenir au village avec de petites renies. Ni religieux, ni rêveur, ni poiile, c'est un homme de labeur, d'indu^trie et d'aiVaires. La propriété est fortement constituée dans ses communes, administrées par des chefs élus au suffrage de tous. Les Kabyiies n'ollrent que peu déplace i\ la colonisation française; s'il y a encore beaucoup de terres inoccupées dans leurs vallées principales, il n'en est point de niOine dans leurs montagnes où pas un pouce de terrain ne se perd, et où souvent la population est aussi denae que dans la moyenne de nos départements. Heureusement, malgré les drames alTreux de la révolte qui vient i\ peine d'être domptée, les Kabyles, ;\ tout prendre, ne sont pas séparés des Français j)ar le même fanatisme religieux que les Arabes ; ils ne détestent qu'A demi une domination qui leur laisse économiser dans la cité sans menacer leurs champs au village; ils apprinnent volontiers le français que parlent tous leurs émigranls, à côté de Ifur vieil idiome témaclick. Les Kabyles semblent assimilables au même degré que nos Ihetons brelonuants ; il suKira peut-c'tre que notre langue prime leur lan-
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gue, pour qu'ils passent dans le camp des conquérants de la dernière heure, après avoir lutte pendant une vingtaine de siècles contre les Homains, les Arabes et les Turcs. Les Kabyles arabisants et les Arabes berbérisants nous viendront peutêtre également, car partout où le sang kabyle a pénétré dans des veines arabes, la tribu a perdu de son instinct nomade pour s'attacher sérieusement à la culture du sol. Cette influence du germe kabyle se fait sentir de la même manière dans tout le Nord de l'Afrique, de la dépression lybienne à l'Atlantique, de la Méditerranée bleue aux sables sahariens où les herbes naissent d'une nuit d'orage pour mourir d'un jour d'embrasement.
Voilà donc des Kabyles, montagnards laborieux tirant parti de tout leur sol, se maintenant ou s'augmentant, peu entamables par la colonisation , mais accessibles au commerce ; des Arabes diminuant très-vite, parce qu'ils se plient mal au travail, et dont les vastes plaines passent insensiblement dans les mains des Européens; des Kabyles mOlés d'Arabes; des Arabes môles de Kabyles. Les Nègres, venus du Soudan par le Désert en qualité d'esclaves, sont très-peu nombreux dans le Tell ; i!s s'y rencontrent dans les grandes villes et forment quelques tribus rurales appelées A6iV/. Dans les hauts-plateaux et plus encore dans le Sahara, ils se sont mêlés aux Arabes et aux Derbèies en proportions suffisante? pour modifier le type.
Les Juifs, au nombre de 34,000, séjournent dans les villes. Aussi intelligents, aussi habiles et actifs qu'ailleurs, ils remuent beaucoup d'argent en Algérie c"t brassent beaucoup d'atl'aires. Tous savent le français et l'arabe: par cet avantage considérable dans un pays bilingue, par leur esprit tourné aux idées pratiques, par leur entière soumission (on ne dit pas leur dévouement) à la France qui les a tirés, en IS.'M», d'une araère sujétion, ils peuvent être considérés, vis-à-vis des Indigènes, comme faisant partie de la nationalité française. On les a naturalisés Français en bloc.
Les Européens croissent à la fois par le bénéfice dos naissances et celui de l'immigration. En 18^0, quand les Français commencèrent la conquête de l'Afrique du Nord, il n'y avait en Algérie que quelques Européens, des Italiens, dos Maltais,
dos Kspognol», des Marseillais s'occupant de commerce. Cn 18iO, il n'y en avail pas encore 30,000; en 1830, ils dépassaient i2o,000; cn ISr.O, ils étaient un peu plus de l-SOjOOO; aujourd'hui ils doivent dépasser 250,000 Ames. Au dernier recensement (186(i), ils élaient2i8,000 —220,000 en comptant ce qu'on nomme population en bloc (hôpitaux, lycées, prisons). — Sur les 218,000, on comptait 122,000 Français, 58 à 50,000 Espagnols, IG à 17,000 Italiens, 10 à 11,000 Maltais, 5 A 6,000 Allemands. Le reste se composait de Belges, de Suisses, de Polonais, etc. Les étrangers ne faisaient pas tout à fait 9(),000, contre plus de 122,000 Français : les Français ne sont donc point en minorité dans leur grande colonie, comme nous l'entendons répéter tous les jours. On dit aussi que les Européens ne peuvent s'acclim.iter en Algérie ; or les Franco-Africains, c'est-;\-dire les colons nés sur le sol, font déjà le tiers de la nation nouvelle, car ils étaient 72,500 en 18G6 [20,800 seulement en 1852, et 33,500 cn 1850]. Chaque année IVxcc'danl des naissances sur les morts ajoute quehjues milliers d'individus à la phalange de ceux qui conquièrent maintenant par le soc la terre Apre à soumettre où la France a combattu quarante ans.
Provenus de diverses origines, ces 7.?, 000 fils du sol parlent tous le français, qu'ils ont appris dans leurs familles s'ils procèdent de la France, dans les écoles et dans la vie commune s'ils viennent de l'étranger. Tous peuvent donc Cire considéiés comme Français, quoique un grand nombre soient ptjrlés comme étrangers sur les listes de rccensomenl. La majorité des colons nationaux s'en accroît d'autant, sans parler de l'influence qu'apportent au profit de la langue française les .0 à St^ooo soldats que nous leu'.ns dans les garnisons des trois provinces.
11 y a dix ans, les Européens ne faisaient pas les sept centièmes de la population totale de l'Algérie, il y a cinq ans ils approchaient de huit centièmes. Aujourd'hui, après la teriible saignée faite aux Arabes par le choléra, la famine et le typhus, ils doivent former les dix centièmes, cl le temps semMc venir où hnir croissance va prendre la rapidité qui dislingue les jeiines colonies. La race est implantée, elle gr.uulil de son
propre fonds; les Français des déparlcmGnls du Nord, qui ne s'acclimatent pas sans peine en Afrique, y assurent la solidité de leurs familles par de nombreux croisements avec les Ilufopéens nés sur le sol et avec les Espngn(jls et les Italiens, auxquels la transplantation en Algérie ne coûte ni morts, ni Joueurs, ni malaises ; les Français du Midi ne passent pas par les mômes épreuves d'acclimatement que ceux du Nord et de l'Est, et ils forment précisément la plus grande paille de l'émigration française vers le pays de l'Atlas. Les ports s'améliorent, les chemins de fer et les roules s'avancent vers l'intérieur, les terres s'ouvrent, la grande irrigation commence. Trop longtemps arrêtée par des décrets fous, l'immigration prend quelque activité ; les Espagnols de la côte méditerranéenne et des Baléares se portent en masse sur Oran et sur Alger ; les Italiens de la Corse, de la Sardaigne, de iNaples cl de la Sicile sur la pro\ince de Conslantinc; les Alsaciens, les Lorrains et les Français d'autres origines vont un peu partout, [)rincipalement dans celte dernière province, la plus vaste, la plus élevée, la plus saine, la mieux arrosée : i.\ elle seule, elle vaut les deux autres comme Tell et comme Sahara. Sous le nom de Numidie, elle fut l'un des territoires les plus fertiles et les plus peuplés de l'Empire romain. Si l'Algérie garde ses limites actuelles, celte province deviendra la lOte de la colonie ; elle luttera avec ce que le Maroc et Tunis ont de mieux, si l'Algérie s'étend sur toule la montagne de l'Afrique du Nord. Elle prend l'est du pays, la province d'Oran prend l'ouest, la province d'Alger occupe le centre. Cliaqie provi[ice renferme un déparlement, autrement dit un territoire civil qui gagne sur le territoire militaire à mesure qu(î la colonisation marche devant elle.
Dans la ^trovince d'Alger, la capitale de l'Algérie, Al^er (.■i!»,000 hab.), bien diluée à égale distance de Tunis et de l'empire du Maroc, s'élùvc en blanc an)philhéAtrc au bord de la mer, sur des collines roid'^s taisant partie du massif de la Houzaréa (102 met.). Elle tient pour le commerce le premier rang dans l'Algérie, mais Oran la serre de très-prés. Par son site, son climat, ses environs, Alger est une ville cnchanleresse.
A 48 kilomètres d'Alger, Blida « la voluptueuse » ren-«
ferme 11,000 habilanls. Elle est assise au pied de l'Atlas, au milieu de jardins d'orangers, sur lO.-el-Kébir, descendu du Beni-Salali. Hlida borde la Métidja, pUiincd'alluvionsde 2li,<i00 hcctfires, capable de nourrir plusieurs centaines de nailliers d'bomnaes.
Médéa (10,000 bab.) se trouve à 920 mètres d'allilude, sur les montagnes interposées erMre l'Atlas et la Môtidja.
Oran (33,000 bab.) commande à une province inférieure aux deux autres parce que la sécheresse y sévit plus longtemps et plus souvent, qu'il y a moins de ruisseaux courants et cjne les eaux potables y sont fréquemment chargées de substances chimiques nuisibles. Oran, mauvais port voisin d'un excellent mouillage (Mers-el-Kébir), est en relations tri-s-actives avec ri>.<pagne.
Tlemcen (22,000 hab.), un des beaux sites du monde, à 810 niùtres d'altitude, fut une capitale d'Empire; elle po5S(>de quelques-uns des plus curieux monuments de l'Islam.
La salubre Mascara (10,000 hab.), à o8o mùlres, commande la féconde plaine d'ICghris.
Sidi-bel-Abbès n'a pas encore 10,000 flmes, mais sa situation est bonne, au cœur de la province, à mi-voie de la Méditerranée aux Plateaux, à 490mùtres d'altitude.
Dans la province de Constanline, la ville de Constantine (3(i,000 hab.), bile des plus extraordinaires, couvre un plateau ailiphithéAtral, à 5o4-644 métrés au-dessus de la mer. Ce plateau reito>e sur un roc ;\ pic de 00 à 200 nirtres de hauteur que le Koumel contourne de trois côtés : ce torrent se perd quatre fois aux pieds de l'immense paroi sous des voûtes de travertin, et plonge en cascades dans des abîmes. « Partout, dit le vieux proverbe africain, les hommes craignent la fiente du corbeau; c\ Constantine ("est le contraire. » Constantine, Tantique Cirta, la roche imprenable, a bravé, dit-on, quatre-vingts sièges.
A 86 kilom. de Constantine, la moderne Philippeville (17,000 hnb.) serf de port ;\ la capitale de la province, ip
Au pied du bel lOdough (1000 met.), prés de l'embouchure do la Seybouse, Bône (10,000 hab.) est le port d'une région vaste et fertile. Dcriière cette ville le Tell a plus de largeur que dans le icsle de l'Algérie.
Sétif (iOjOOO hab.), dans une plaine froide, e?tà 1 ,08:1 mètres de haut, près du Magris (1,737 met.), sur le Bou-Sellam.
Batna, (aible encore, n'a que 4,000 Ames, mais elle se trouve sur la roule de la mer aux meilleures oasis, à peu près à égale distance entre Constanline et ni.»kara; son altitude est de 1021 mètres. A J2 kilomètres, au pied de l'Aurès, Lambessa rivalise pour le nombre et l'importance de ses monuments romains avec n'importe quelle cité du vieux monde, Rome exceptée. L'Afrique française, d'ailleurs, et principalement la province de Constanline, est pleine de débris du temps des Césars. Sur un sol qui renverse les édifices par ses tremblements de terre, mais sous un ciel qui les épargne et les dore, au milieu d'un peuple indolent qui dédaigne de bAtir, des villes qui furent célèbres, peuplées et riches, sont arrivi-es jusqu'à notre siècle presque intactes, ou du moins telles que les trouva le lendemain de leur destruction.