COCHINCHINE
Dans ces dernières années, une guerre entreprise pour venger des missionnaires catholiques martyrisés, nous a valu la Basse Cochinchine, enlevée à l'I-^mpire d'Annam.
LaBasse-Gochinchine ajoute à nos possessions 5,600,000 hectares, avec un à deux millions d'hommes. Llle fait front siir la mer de Chine, qui la sépare de la lointaine Bornéo. Son point leplus septentrional se trouve entre le onzième et le douzième degré de latitude au nord de l'I^quateur, son point le plus méridional, le cap Cambodge, est entre le huitième et le neuvième : c'est donc essentiellement une contrée tropicale. A l'est, elle confronte àl'tlmpire annamite ; au midi et ili l'ouest, elle regarde la mer; derrière elle s'étend le Cnmbotlgo, pays protégé.
Dans des montagnes inconnues, entre la Chine et le Tihet, se constitue un des plus puissants fleuves du mondi^, le Cambodge ou Mé-Khong. (juand, après avoirdesccndu entre monts une superbe \allée appartenant d'abord à la Chine, puis aux Laotiens' siamois ou annamites, il arrive sur le territoire cambodgien, c'est une énorme rivière de dix ;\ trente mètres et plus de profondeur, de 1,:)00 à ;i,000 mètres de largeur. Au
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pied du mont ?o1i(airc de Phou-Fadang, il est vrai, il n'a giiôre que lOt) mùtrci d'une ri\e à l'aulro, mais a sonde n'y trouve pas le fond à 70 mùtres. En revanche, sur un parcours embarrassé d'îles, il a jusqu'à cinq lieues de largeur. Kn aval de cet épanouissemenl, des calaraclcs^ des rapides préct^^dent les chutes de Salaphe et de Papheng (15 miMres de haut ; 1,000 de long). Ces obstacles ne sont pas les seuls sur le cours du fleuve ; il y en a môme tant, et de tellement insurmontables par le peu de profondeur de l'eau et par la violence du courant — ;\ Préapatang, à Sombor, à Khon, et ailleurs — que les Français de la Cochinchine doivent renoncer à l'espoir de commercer avec le pays des Laotiens et avec la Chine par le moyen du M6-Khong.
Au-dessous de la réception de l'effluent du grand lac Touli- Sap, le fleuve pénètre par deux bras dans la Cochinchine et va tomber en mer par les branches d'un delta fertile. De ses nombreuses et larges rivières deltaïques, encombrées de bancs et d'une navigation peu commode, une seule, la rivière de Mitho, porte de grands bAliments.
Le riz, toutes les plantes amies du soleil, de l'himiidité et des allusions viennent i\ plaisir dans les terres basses de la Cochinchine, où les débordements périodiques du Mé-Khong et des autres fleuves réparent par le dépôt des crues ce que la production ?ans arrél enlève au sol de puissance créatrice. Les terres hautes, à l'est et au nord de Saigon, ont peu d'étendue ; on y trouve des forêts. La montagne proprement dite manque : nous ne possédons, sous forme de collines, que les di^rnières ramifications des monts de i'Annam.
L'immense majorité de la population est cochinchinoise. Elle descend de colons et de mendiants annamites, mêlés ;\ des Chinois fuyant la Chine que l'empereur d'Annam avait consignés dins le delta du Mé-Kliong. Les anciens maîtres du pays, les Canib;)(lgiens, ne sont pas nombreux. Les Cochinchinois parlent un dialecte annamite monosyllabique. Les Chinois se fixent en nombre grandissant dans le pays, comme négociants, industriels, ouvriers et agriculteurs; il faut compter sur eux plus que sur nous pour l'exploitation de cette contrée d'une prodigieuse richesse, car ils en supportent aisément le climat
qui esl ou coniraire très-pénible à l'Kuropéen, moins par la chaleur (17 à 3o degrés) que par l'humidité, il n'y a pas encore mille Européens dans les six provinces de la Colunie. •
Appuyé sur les ressources infinies des terres d'aliuvions, le commerce de la Cochinchine s'accroît très-rapidement et le budget de la Colonie fournit un excédant au piofit d'une métropole peu habituée à des présents semblables. La situation du paNs est superbe entre l'IndC; la Chine et l'Australie, à portée des îles les plus opulentes du globe, aux bouches d'un fleuve comme la France n'en possède pas d'autres. Mailieureusement, le climat tropical empêchera toujours les Européens d'y faire souche et la France, qui peut y dominer, y diriger, y trafiquer, n'y installera jamais une colonie de son sang. File y restera campée, comme les Anglais dans l'Inde ou les Hollandais à Java.
Saïgon, la capitale, renferme 82,000 habitants, dont plus de 500 Européen?, de 5,000 Chinois, de 75,000 Annamites. Elle est en plaine, sur un des bras formant le Donnai, fleuve qui admet les grands navires, à une cinquantaine de kilomètres environ du rivage de la mer. La vallée inférieure du Donnai, comme le delta du Mé-Khong, est un dédale de terres noyées et d'anoyos. — On appelle arroyos, d'un mot espagnol signifiant ruisseau, des chenaux bordes généralement de palétuviers et fréquentés par des tigres formidables et des crocodiles.
A 80 kilomètres de l'embouchure du grand bras méridional du Mé-Khong, Poulo-Condore est l'île principale d'un archipel dont la France a pris possession en même temps que de la Cochinchine. Condore, d'un sol aride, a peu de valeur ; elle sert de {lénilencier. Il y a un pléonasme dans l'expression : île de Poulo-Condore, Poulo signifiant île en malais.
Au nord de la Cochinchine, le CAMBODGE, royaume de 8 millions et demi d'hectares, d'un million d'habitants, a accepté le protectorat de la France, malgré Siani qui depuis longtemps disputait à l'empire d'Annam la possession du cours moyen du Mé Khong.
Le Cambodge occupe les bords du lleuve, Irèâ-entrecuupé
de rapides, et les rives du grand lac de Touli-Sap, grouillant Ce jxjisson?. Le Touli-Sap sert de bassin régulateur au Mé-Khong, carie canal de 1,200 mètres de largeur par lequel il communique avec la grande arlère cambodgienne et cochincliinoise reçoit, lurs des pluies, l'excédant du Mé-Kbong, et, lors des sécheresses, il dégorge son trop-plein dans le fleuve.
11 y a quelques siùcles, le Cambodge appartenait aux Khraers, peuple qui a laissé des monumenl< prodigieux. La légende raconte que l'empereur des Khmers maintenait sous sa loi cent vingt rois par une armée de 5 millions de soldats. Les Portugais, qui firent tant de grandes choses de l'extrémité à l'autre d'un ehipire plus grand que celui d'Alexandre, parurent dans le pays vers le milieu du seizième siùcle, et leur type se montre encore sur quelques visages indigènes.
Les ressources du Sroc-Khmcr — ainsi se nomme le Cambodge dans la langue du pays — sont énormes. Le sol est excellent, il est irrigaljle, mais les Cambodgiens n'en savent point profiter; ils ont besoin du secours des Chinois. Malgré leur nombre restreint, ceux-ci font tout dans le Cambodge; loin de leur cercle d'action il n'y a plus ni labeur ni commerce.
Pnom-Penh (IH^OOO hab.), sur le Mé-Khong, vient de succéder comme capitale à Oudoug, ville aux maisons en bambou. A une quinzaine de kilonic'lres des rives plates du grand lac, Angcor fut le siège de l'empire des Khmers; elle avait alors 40 kilomùlres de lour, plus que Paris. Elle peut lutter avec les sites de ruines les plus célèbres de l'univers ; ses fortifications, ses p.ilais sculptés, ses terrasses, ses fossés immenses, ses lacs artificiels, ses avenues de géanis de pierre et de dragons fantastiques, tout cela aux prises avec une végélalion qui veuf toul ronger, disjcundre et ensevelir, remplit de stu[ieur par ses i)roportions et d'adiniralion pour les archilecles des Khmers. Le lemple efToudré d'Angcor est le Saint-l'ierre et la Noire-Dame du bouddhisme.
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COLONIES D'OCEANIE.