GUYANE
La Guyane est un grand pays soleilloux, pluvieux cl très-focond, et une triste colonie où les [européens s'énervent par anémie tropicale. Aucune tentative de colonisation n'y a réussi. La France ferait sagement de l'abandonner, au lieu de disputer au Brésil le vaste territoire compris entre l'Oyapock et le bassin derAniazone. Sans les terrains contestés, la Guyane française prélève environ neuf millions d'hectares snr l'Amérique méridionale ; avec le pays désert réclamé au Brésil, elle s'étendrait sur àpeuprèsquinxe millions. La Fnj/ire E'jiiinoriilCy telle que la coniprenaient les premiers occupants, enfermait toute l'immense région que bornent la mer, l'Orénoque, le Bio-Ncgro et le fleuve dos Amazones.
I,a (iuyane française court le long de l'Atlantique, du 0° au
2« degré de latitude septentrionale. Son littoral presque droit, noyé de vases, bordé de palétuviers, n'ouvre aux vaisseaux qu'un seul port, Cayenne, et encore ce port refuse-t-il les navires de plus de 500 tonneaux. Les fleuves abondants qui viennent de l'intérieur expirent sur le sable et la boue des barres, et les gros bûliments ne Irouvcnt do refuge que dans la rade extra-conlinenlale formée par les îles du Salut.
Derrière le rivage commencent les Terres Mouillées, bande large d'une vingtaine de kilomètres, souvent plus, et qui fut de tout temps, depuis la prise de possession par la France ( 1635}, le siège des essais de colonisation. Immergées, les alluvions des Terres Mouillées produisent peu ou point; desséchées, elles empoisonnent par leurs miasmes. Quand on a franchi cette première zone, on voit se dérouler au loin les savanes et les pripris : les savanes sont des pâturages nus avec quelques massifs d'arbres, les pripris sont des marais sans profondeur qui donnent de l'herbe quand les eaux se retirent.
Après les savanes viennent les Terres Hautes qui se poursuivent au loin vers le sud, couvertes de forêts, jusqu'à des monts de granit inconnus. Dans ces forêts de tout bois tropical, le mora, bon pour les navires, porte sa léte à 45 mètres. Du sol fait de troncs pourris, que frôlent des boas constriclors de huit mètres de long, jusqu'aux derniers rameaux des plus hauts arbres, la nature y déploie une activité, une puissance, une fécondité merveilleuse. L'homme, lui, y est indolent, faible et presque stérile, par un contraste fréquent sous les Tropiques. Des Indiens, quelques fils d'anciens esclaves fugitifs errent, pauvres et insoucieux, dans cessplendides monts sylvestres et dans les savanes qui s'abaissent vers les terres inondées.
Le long du littoral, jusqu'à une très-petite distance vers l'intérieur, sur le bas des rivières Mana, Sinnamary, Kourou, Cayenne, Comté, Ai)prouague, Oyapock, se dispersent les vingt mille habitants de la colonie, qui sont presque tous des Noirs jadis esclaves. 11 n'y a pas en C.uyane hors de l'armée, de la marine, des fonctionnaires et des condamnés, 1,500 résidents de souche blanche, misérable reste du peuple de colons que leur mauvaise étoile amena sur ce ri>age. En 1763 et en 1764, quinze mille malheureux débarquèrent en Guyanaî
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c'étaient des Alsaciens, des Lorrains, dos Allemands, Un ministro français, monsieur de Clioiseul, voulait remplacer le Canada, la iNouvelle-France du Nord, que nous venions de perdre, par une Nouvelle-Krance du Sud. Les émigranls furent entassés à l'embouchure du Kourou, vis-à-vis des îles du Salut. On n'avait rien préparé pour les abriter, les nourrir, les garantir de la maladie, les guérir de la fièvre ; 13,000 périrent, !e reste fut rapatrié ou disparut sans descendance.
Les Nègres qui ne se vengent pas par le repos du travail arraché à leurs pères, et 2,500 engagés indous, africains et chinois, cultivent environ 7,000 hci'tares de roucou, de café, de canne à sucre, de girolh», de cacao, de plantes vivrières. Le roucou, spécial àla Guyane, donne une couleur rouge appréciée pour la teinture.
Il y a quelques années, on voulut faire de Cayenne une colonie pénilenliaire et les bagnes furent évacués sur la rive guyanaise. Le !«"' janvier It^OC, 7,000 galériens au moins se trouvaient installés aux îles du Salut et sur le Maroni, large fleuve qui sépare notre Guyane de la Guyane hollandaise. On espérait que les terres sablonneuses du Maroni épargneraient mieux que la zone mouillée le tempérament des Européens, que des colonies finiraient par s'y établir, et que si la première génération tenait mal, la seconde résislerail, la troisième prospérerait peut-être. Ce fut un rêve à prompt réveil. Le climat de la Guyane ne pardonne point aux Français, cl la mort a tellement frappé sur les galériens qu'aujourd'hui on ne transporte plus les condamnés blancs à Cayeime, on les dirige tous sur la Nouvelle-Calédonie : à la (iuyane sont réservés les Arabes et les Noirs, qui résistent mieux à ce terrible milieu.
Cayenne, la capitale, sur l'estuaire do la rivière du même nom, ronlVMino S/kio habitants, c'est-à-diro plus du quart de la population de la colonie. Le thermomètre y oscille entre 18 et 'M degrés.