LA MARTINIQUE
La Martinique, à 1 00 kilomètres au sud-est de la Guadeloupe^ s'étend sur 99,000 hectares, dont 66,000 en montagnes, le reste en coteaux, en plaines et en littoral. Malgré l'apparence, le nom de cette île n'a rien de français, il ne vient pas de Martin ou de Saint-Martin, mais de Martininia, terme inconnu de l'idiome des sauvages qui furent remplacés dans la Martinique par les Caraïbes.
Cette île remarquablement belle a des rives extrûmement frangées, entre le ii" et le io'^ degré. Elle doit son relief au travail de volcans morts, ou qui semblent l'être, et dont l'altitude n'atteint pas tout à fait celle des grands pitons de la Guadeloupe, la Montagne-Pelée ne sélévanl qu'à i,3o0 métrés et les Pitons du Carbet à 1207. Sur ces monts ondulent des forêts touffues et profondes où glisse la vipère fer-de-lance, serpent dangereux; à leurs pieds courrent des torrents qui aiment les courbes, les gorges sauvages, les rapides et les cascades, et qui, faibles dans la saison sèche, sont gonflés pendant les trois mois d'hivernage. Comme à la Guadeloupe il pleut ijeaucoup (217 centimètres en 213 jours, au minimum, en 238 au maximum). Comme à la Guadeloupe encore, les tremblements de terre y font craquer et chuter les villes, témoin la calastro[)he de 1838. Le climat, des plus chauds, a des maximum voisins de 3b degrés, des minimum oscillant autour de 20 et une moyenne de27 : cela sur le pourtour littoral et dans les terres basses, qui seraient vraiment torrides sans la brise de terre et la brise de mer. Dans l'intérieur, les versants des montagnes sont favorisés par une température de plus en plus fraîche et fortifiante à mesure qu'on s'élève jutqu'à la hauteur des vieux cratères. A partir de 200 mètres d'altitude, les champs de canne i\ sucre, de coton, de café, de cacao, de plantes vivrières, deviennent rares;
ils cèdent le pas aux terres vagues, aux savanes qui prennent le quart de l'île, aux forûts qui en font le cinquième. Le tiers seulement de l'île est en culture.
Sur 155,000 habitants (I8G0), 15,000 sont des Noirs, des Indous, des Chinois importés pour remplacer les Nègres émancipés. Les 140,000 autres se composent en majorité d'anciens esclaves, puis arrivent les créoles, enfin les Blancs originaires d'Europe, principalement du Bcarn et de la Gascogne. Les créoles proviennent des mêmes éléments que les vieilles familles françaises delà Guadeloupe. Le climat de la Martinique ne convient pas aux Européens ; les lièvres de marais, la lièvre jaune, les maladies communes aux pays chauds y enlèvent en foule nos soldats et nos planteur?. H n'y a plus que 10,000 Blancs datis l'île; au milieu du siècle dernier on en compta jusqu'à 15,000.
Fort-de-France (1 1,000 hab.), la capitale, a l'avantage d'une rade superbe et d'un port qui admet les plus gros bàlinicnls. Saint-Pierre est deux fois plus peuplé que Fortde-France.