PREFACE
Jusqu'à présent, l'étude de la géographie se terminait avec le moyen âge dans l'enseignement des collèges, et une chose en donne peut-être la raison : c'est qu'avec la chute de Constantinople Rétablissement en Europe de la puissance ottomane, le grand mouvement d'invasion qui a renouvelé l'ancien monde a trouvé son terme , et la position de tous les peuples européens a été définitivement fixée. Mais toute révolution n'a point cessé avec cette grande cause, et ce mouvement d'équilibre, qui balance et rasseoit les empires aux temps modernes, mérite bien d'être considéré en des tableaux d'ensemble.
Lt programme récemment adopté par lé conseil royal de l'instruction publique a reconnu l'importance de cette nouvelle étude; et peutêtre quand il redemande la géographie politique
Tin de l'Europe aux trois grandes époques des temps modernes, en 1453, en 1648, en 1789, a-t-il justifié'aussi le plan que nous nous étions tracé. Il nous a semblé que l'exposition de la géographie politique de l'Eiirope, ainsi reprise successivement, devait être marquée à chacune de ces époques d'un caractère particulier, et qu'il en fallait chercher les traits principaux dans l'histoiue de la politique extérieure; quelques variations da limites ne suffiraient point pour varier ces descriptions, générales. Selon nous > la gé<*gmphie politique des temps modernes, enseignée dans une classe de seconde, ne doit plus être tya simple récit ethnographique, mais un exposé de la situation géographique et politique en môme tempsr dm différents États j un tableau, où soit marquée en traite généraux la. place qu'ils occupent et sur le sol de l'Europe et dans U politique européenne* Nous avons donc envisagé l'Europe; aous la, point, de vue qui domine aux temps modernes ses relations de- peuple à peuple» k système d'équilibre». — L'équilibre européen, préparé dans la seconde moitié du qiûnziâore aiècle par la concentration des principaux Étatoy défendu par la France contre C&arfeft- Quint, affermi par elle lorsqu'elle abaisse les
ieui maisons héritières de sa puissance, est bientôt menacé par ses progrès quand , devenue, 3u titre de sa médiation, l'arbitre de l'Europe, elle prétend faire pencher de son côté la balance qui lui a été mise en main. L'Angleterre soutient .alors contre la France, comme partie principale, le système qu'elle avait jusque-là défendu secondairement avec elle contre la maison d'Autriche; et le traité d'Utrecht renouvelle le traité de Westphalie, sans que l'équilibre en soit mieux assuré pour l'avenir. Car,*tandis que l'Europe se remue, mal assise encore sur ces bases, la Russie se crée au nord la plus vaste puissance continentale, et l'Angleterre marche de traité en traité à la domination des mers.
Telles sont, on le sait, les grandes phases du système d'équilibre 1 . Nous avons essayé d'en suivre les mouvements pour nous arrêter et décrire, aux grandes époques de repos. Un exposé rapide des combinaisons diverses de la politique européenne, bous donnait le cadre où ces tableaux viendraient naturellement se placer. — Exposé sommaire des principales relations diplo-
1 Voyez l'introduction de M. Michelet à son Précis de l'Histoire moderne.
vatiques et description de leurs résultats ; tel est te doufole objet qua nous nous sommes proposé.
Biais noua ntavona point botté ces descriptrôna aux.année* t453, 164a et 1780.. H y a <» efètidans Viatefrvalledes traités remarquables par Iwripfloefioesurrétatda l'Europe : la paix 4e Gattroi^mbrésis (1559), lapais dlJhrecht (1713). Et d'ai Jtew?s ces moments splmnele qui partagent <m autant <àa gpandes périodes* l'histoiue générale, ne sont pas également décisifs, pour chacun des peuples en particulier : plusieuc* continuent la lutte ? il faut les suivre jusqu'à Leujc temps d'arrêt pour, achever de les décrire, Aiasr» tout eu présentant la géographie générale de l'Europe en 1648 , nous ayons donné spécialement la géographie du midi en 1659 et du nord en 1661 : si la paix de Westphaiie règle le» relations de l'Allemagne et avac.sas propres États et a^ec les États voisins, la? position des États du midi entre eu* ne se trouve; bien fixée que par la paix des Pyrénées , oçlle d#s royaumes 4u nocd que par. tes traités de Cogenhagpe*, d'Qliw et der Kurdis,
Notre petit livre forme donc un ensemble ceminu értr l'histoire s%mt? à la» •géographie en préparant ses descriptions. Ce pliatt qui nous
paraît répondre à k double nature -de la géographie historique, offre peut-être «usai quelques avantages m point de vue Au concours général. En multipliant les tableaux de l'Europe, en le* rattachant l'un à l'autre par la suite même des événements ftui dans Tmtervalle en wà amené ta Modifications , 11 permettra aux élètes de 4» ; préparer à toutes ces questions , qu'un ctotx fa* bile et éclairé sait prendre , nonnseutetnent dans ,1e texte du programme , mais dans le cœur nette
| Nous avons consulté quelques ouvrage*de seconde main : Y Art de vérifier les dates, l'Histoire des États européens de Schgeix, son Histoire des Traités de paix depuis la paix de Westphalie , et pour chaque pays , les histoires les plus détaillées (Sismondi, Hammer, Kabamsin, etc.).
Mais nous avons toujours recouru aux sources mêmes, : les recueils des traités de paix de Dumont (jusqu'en 1730), de Rousset, son continuateur (jusqu'en 1738), de Wenck (1735- 1172.)^ et de Martens (depuis 1761). Nous. y avons joint la comparaison des cartes de l'époque, du moment où elles peuvent servir à la géographie politique (celles de Sanson, de Dblisle, de Buache, etc.). — L'accueil dont
in notre ouvrage a été honoré, nous a imposé l'obligation de le revoir en mettant à profit le» résultat» d'une première expérience. Réunir dans ce» nomenclatures l'exactitude et la clarté, rendre la science plus facile en appelant l'intelligence à l'aide de la mémoire, tel est le but qu'il faut atteindre. Nous nous sommes efforcé d'en approcher par une méthode plus rigoureuse, une distribution plus simple des matières ; et nous serions heureux si notre nouveau travail paraissait justifier le suffrage de l'Université.
INTRODUCTIONgéogrâphie PHYSIQUE DE LfiUaOPE (1).
Avant de retracer les variations politiques de l'Europe aux temps modernes, nous rappellerons en peu de mots leé principaux trait» de sa géographe naturelle.
; Le continent de l'Europe, annexe de l'Asie dont il
est séparé parle Caucase, le fleuve et les monts Ou-
jais, est compris entre 36°-23' et 71°-10' de lat. N*;
1i D -50' de long. 0. et 60° environ de long. E.; mais
son domaine est prolongé au-delà de ses rivages, àl'0. t
parles îles Britanniques jusqu'au 12°-40' de long O.,
au S. par l'Ile de Candie jusqu'au 35° de lat. N.»
etau N. par la Nouvelle-Zemble jusqu'au 77°, ou même
' parle Spitzberg jusqu'au 80° de lat. N. Sa plus grande
f longueur est de 1250 lieues du cap Saint Vincent % à
1 (embouchure du fleuve /Tara dans la mer Glaciale; sa
(1) Nous renvoyons pour ces détails de géographie physique au Cahier spécial de notre collègue M. Duruy, qui forme Hn- Miction nécessaire de tous les autres.
Géog. PoL i
plus grande largeur» de 875 lieues, du cap Nord au cap Matapan. Malgré ces dimensions, l'Europe ne présente que 193,850 lieues carrées environ de superficie ; mais les golfes profonds et les bras de mer qui pénètrent dans le continent et diminuent sa surface en découpant ses rivages, sont précisément une des causes qui, en facilitant les relations commerciales , ont le plus contribué au développement de la civilisation.
L'Océan Atlantique qui baigne la côte occidentale, du détroitde Gibraltar au cap Nord, forme le golfe de Gascogne, entre l'Espagne et la France; le canal Saint-Georges, la mer d'Irlande et le canal du Nord, entre les deux grandes tles Britanniques, dont la plus considérable, l'Angleterre, fait avec la France, au S., la Manche et \e Pas-de-Calais, et à TE., la mer du Nord, avec le reste du continent. Mais le continent, vers le milieu de la mer du Nord, s'ouvre lui-même à une gfa nde mer intérieure, la mer Baltique. On y pénètre par un canal sinueux [Skager-Rack et Cattegat), compris entre la presqu'île du Danemark, la Norwége et la Suède, et dont les îles du Danemark resserrent encore les derniers passages (les deux Belt et le Sund) ; ellemême se prolongeant dans le même sens que le continent forme le petit golfe de Dantzick au S. les golfes de Livonie et de Finlande à TE. pour se terminer par le golfe de Bothnie au N.
Les côtes occidentales de la Norwége, découpées en une infinité de petites îles par le grand courant équa-
tonal qui vient s'y briser, s'étendent, aa -delà du cercle polaire, parallèlement au golfe de £otftme, dans TOcbaic Glacial. C'est celte mer qui baigne le riyage septentrional de l'Europe, formant la mer Blanche et plusieurs grands golfes jusqu'à la Nouvelle-Zemble et au détroit de Waigatz où commence l'Asie.
Le rivage méridional de l'Europe offre des caractères plus remarquables encore.
Presque dès l'origine, au détroit de Gibraltar, commence la grande mer Intérieure ou Méditerranée, qui la sépare de L'Afrique et de l' Asie-Mineure. Le continent y projette trois péninsules, l'Espagne, l'Italie, la Grèce, de grandeur fort inégale, mais de configuration non moins diverse; de telle sorte, qu'avec des surfaces aussi disproportionnées en étendue, elles se rapprochent beaucoup quant au développement des rivages. Elles déterminent dans là Méditerranée trois principales régions :
1° Entre l'Espagne et l'Italie, un grand golfe ouvert qui présente un double sommet au golfe de Lion et au golfe de Gênes , séparés par les côtes arrondies de la Provence, à' la naissance des Alpes. Dans sa large ouverture , les îles de Minorque, de Majorque , etc. , font avec l'Espagne, à l'O., le canal des Baléares; les iles de Corse et de Sardaigne font avec l'Italie et la Sicile à l'E., la mer de Sicile.
2° Entre la Sicile et l'Italie, à l'O., elle continent oriental qui se termine par la Grèce, à l'E., le golfe ou
mer Adriatique, le canal cCOtranleel la mer Ionienne, qui forme, d'une part, en Italie, le golfe de Tarente, de l'autre, eu Grèce, le golfe de Lépante.
3° Entre la Grèce, la Turquie d'Europe, l'île de Candie et l' Asie-Mineure, la mer de Candie et V Archipel, — Nulle part les rivages ne sont plus découpés, ni plus nombreuses les îles qui doublent en quelque sorte les rivages et les prolongent jusqu'au continent opposé. — Celte mer communique par le détroit des Dardanelles avec la petite mer de Marmara qui elle-même, par le canal de Constanlinople ou Bosphore, ouvre la mer Noire. Celte dernière section de la Méditerranée entièrement isolée baigne les côles orientales de la Turquie, et la Russie méridionale où elle forme le golfe de Perekop et la mer à'Azof séparés par la presqu'île de Crimée.
Cette distribution des rivages de l'Europe tient en partie à la direction de ses chaînes de montagnes qui elles-mêmes donnent naissance aux fleuves et en déterminent le cours.
La 1 direction de ces chaînes de montagnes, quoique de nature et d'âge entièrement différents, est génément de l'O à l'E. et au N. E. Telle est celle de la chaîne pyrénéenne et de la chaîne alpiquc dont les ramiûcations descendent jusqu aux extrémités de l'Italie et de la Grèce et embrassent le bassin du Danube jusqu'à son embouchure dans la mer Noire ; telle est encore, alors que cessent les montagnes, la principale
direction du grand plateau de la Russie. — Les Alpes Scandinaves qui resserrent les côtes de la Norwége et les montagnes du pays de Galles et de l'Ecosse forment deux systèmes à part du S. au N et encore avec une tendance vers TE. — Mais sur le reste du continent la direction varie dans les chaînes secondaires et dans les ramifications des chaînes principales, et ce sont elles qui achèvent de constituer le système hydrographique des divers pays.
En Espagne , la Cordillière ibérique qui touche, près de Beynosa, à la chaîne septentrionale des Pyrénées (continuée), se prolonge au S.-E. jusqu'au cap.de Palos et au cap de Gâta, ou même, plus à l'0 M jusqu'à Gibraltar, partageant toute la péninsule en deux régions de grandeur inégale, et distribuant inégalement aussi les eaux qui s'y forment vers les deux mers. La plus étendue, àl'O., a aussi les plus grands fleuves : le Guadalquivir, la Guadiana, leTage, leDuero(joignez-yIe Jfin/to), fleuves dont plusieurs ramifications de la chaîne principale séparent les bassins. La région orientale n'a qu'un fleuve important: YEbre dont la source est au point le plus reculé à l'O. de la chaîne intérieure, vers l'endroit où elle se rattache à celle du N. Cependant, plusieurs autres fleuves descendent du plateau central à travers les montagnes qui resserrent le rivage de la Méditerranée : le Guadalaviar (Turia), \eJucar $ucro) la Scgura (Tader).
Des Alpes Suisses et du même groupe de monta -
gnes(St.-Gothard), sorten deux grauds fleuves presque symétriques dans leur direction , et présentant aussi des analogies remarquables dans plusieurs circonstances de leur cours comme dans leur embouchure : le Rhin, qui se jette dans la mer du Nord; lé Rhône , qui se jette dans la Méditerranée.
Deux chaînes de montagnes modifient les pentes de leurs vallées, savoir : le Juk a qui soustend le grand arc de cercle formé par ces deux fleuves autour de la Suisse, et la grande ligne qui, en se prolongeant du S. au N., les arrête h \'Q. , les Cévennes, rattachées par les montagnes du Vivants, la Côte iïOr, le plateau de Langres et les Monts-Faucille à la chaîne des Vosges. C'est elle aussi qui donne au sol de la France celte inclinaison générale au NO., et dirige vers l'Océan ses principaux cours d'eau, séparés par des ramifications en plusieurs grands bassins : celui de la Garonne qui sort des Pyrénées; celui delà Loire, celui de la Seine et celui de la Meuse. Rattachez-y plusieurs bassins secondaires : à la Garonne, YÂdour et la Charente ; à la Loire , la SèvreNiortaise et la Vilaine; à la Seine, l'Orne et la Somme ; à la Meuse, V Escaut. Nous ne parlerons pas de leurs affluents.
Au point où naissent les Alpes, naissent aussi les Apennins, V Épine dorsale de l'Italie, qui es dessinent la forme allongée, et partagent ses eaux Vers les deux mers : le Metauro, le Tronto, la Pe$cara( Aternus), le Fortore (Frônto), l'Ofanto, etc., vers l'Adriatique;
l'Arno, YOmbrone, le Tibre, le Garigliano (Liris), le Vollornot le Sele (Silarus), vers la mer de Sicile. Mais le seul bassin.considérabieest celai que forment dans l'Italie du nord les premières crêtes des Apenninset les sommets majestueux des Alpes. Le Pô, qui le traverse dans toute son étendue, reçoit de part et d'autre les eaux qui descendent de ces montagnes : de l'Apennin, le Tanaro, la Bormida, la Trebbia, le Taro, le Panaro et le Reno; des Alpes, les deux Doire et la Sesia-, le Tessin, YAdda, YOglio et le Mincio qui, nés aussi dans ces hautes vallées, s'épanchent err quatre grands lacs (Majeur, de Corne , d' Iseo et de Garde) , et reprennent la forme de rivières pour se jeter dans le Pô, D'autres fleuves de moins en moins considérables à mesure que la chaîne des Alpes se rapproche du rivage, se rendent directement à la mer et forment après les montagnes, autant de barrières à l'Italie: YAdige, hBrenta, kPiave, le Tagliamentoet Ylsonzo.
Les Alpes quilesenvironnentcommed'une vaste ceinture, font comme le nœud de toutes les montagnes qui se continuent au N. , mais surtoutau N.-E. , à l'E. etau S.-E. Vers les sourees de l'Lftnzô, la branche la plus méridionale longeant d'abord au S.-E. le rivage de l'Adriatique, s'en écarte de plus en plus (monts Nissava-Gora, Glubot un, etc.,) et prenant une direction orientale, arrivée la mer Noire sous le nom de Balkan. AuN. elle sert de limite méridionale au bassin du Danube ; au S. plusieurs branches s'en détachent : — l'une qui fait la
séparation des pays de Macédoine et d'Albanie, les ferme par deux principaux embranchements du côlé de la Grèce {monts Mertchica et Acrocërauniens àl'O., monts Volutza et Olympe à TE.), et se continuant sous le nom de Pinde , forme , par mille ramifications, les bassins et les vallées de cette contrée si riche en souvenirs.— Une seconde branche qui projette dans la mer l'ancienne presqu'île de Chaicidique et ses trois caps avancés, divise en deux principaux bassins la Macédoine : celui du Vardar (Axius), qui se jette dans le golfe Salonique h l'O. 4e la presqu'île, et celui de Karasou (1) ou Struma IStrymon) , qui se jette dans le golfe i'Orfano , à FE. — Enfin, d'autres ramifications dont la plus remarquable est le mont Rhodope ou Despoto Dagh, font de la Thrace un bassin presque circulaire, dont la Maritza (l'Hèbre) réunit toutes les eaux pour les porter au golfe û'Énos.
La grande ligne , d'où se détachent vers le S. ces ^chaînes de montagnes, forme, avons- nous dit, vers 1eN., la limite méridionale du bassin du Danube, auquel elle envoie, à travers les vallées de la Bulgarie et de la Servie, la lantra, Ylsker, le Timok, teMorava.— Vautres chaînes alpiques séparent, vers leurs sources, plusieurs fleuves qui sont aussi affluents du Danube : la Save, qui reçoit la Culpa, YUnna, le Verbas, la Bosna
\i) ii^aiicoupde fleuves, et des fleuves voisins, portent le nom de kar*s<u % qui veut dire fleuve noir; il y en a trois en Macédoiuc.
el la Drinna, petites rivières, mais non sans importance dans la géognphie politique ; la Drave, qui reçoit la Mur et enferme, avec la Save, rEsc!avonie;le Raab et les fleuves de l'Autriche et de la Bavière, YEnns, T/nn, Ylsar et le Lech.
Une dernière chaîne, qui semble Ta continuation des Alpes helvétiques, renferme les sources. mêmes du Danube. Elle le sépare à l'O. des affluents du Rhin, sous le nomjde Forêt Noire et d'Alpes de Souabe , se lie, près du Fichtelgebirge , aux montagnes qui en-, vironnentla Bohême, et se prolonge à l'E..par les monts Sudètes etlesmonts Grapacks. — Cette partie septentrionale du bassin du Danube , resserrée par les Alpes de Souabe et le Bœhmerwald y et par conséquent arrosée de très-petits fleuves , reçoit plus de largeur quand àces montagnes succèdent, dans la direction du N.-E., les montagnes de Moravie, d'où descendent la rivière de March, le Vaag, la Neutra; elle se développe sur une bien plus grande étendue , quand la chaîne principale continuant à l'E., le fleuve tourne brusquement au S., laissant dans l'intervalle les vastes plaines de la Hongrie, dont la Theiss et \t> Maros réunis lui apportent toutes les eaux. Dans la suite de son cours, il reçoit encore YAluta, qui traverse les montagnes méridionales de la Transylvanie, plusieurs rivières qui en descendent, et de plus le Sereth et le Pruth, qui viennent du revers oriental des monts Grapacks. .
Les montagnes qui , des sources du Danube , se dirigent vers la Bohême , font la ligne de partage entre ce fleuve et le Rhin, auquel elles envoient le Necker et
Géog. PqL 1.
leMein. D'autres montagnes v qui au delà de Mayence> semblent continuer les Vosges (mants Taunus, Wester- Wald, Rotlûiaar, Egge), dirigent vers le Rhin de nouveaux affluents, la Lahn % la Sieg, et donnent naissance à deux autres fleuves qui se jettent parallèlement dans la mer du Nord , YEms et le Weser. — Une dernière chaîne, allant du Fichtelgebirgè jusqu'au- Harz, sépare les eaux du Weser des affluents de Y Elbe.
Ce fleuve qui , né dans la Bohème , reçoit toutes les eaux de ce pays, est aussi le dernier qui se jette dans la mer du Nord. Au delà régnent sans discontinuité ces vastes plaines qu'on retrouve déjà , mais moins étendues ou plus diversifiées, au N.-O. de l'Allemagne et de la France. L'Oder, la Vislule, les traversent, portant à la Baltique les eaux qui descendent du revers septentrional des monts Sudètes et d'une partie des Crapacks. Près de ces montagnes, vers les sources de la San et du lfu</ ,affluenls de la Vistule, et celles du Dniester, commence un nouveau partage des eaux ; le teirain s'élève peu à peu, et, sans se distinguer de la plaine, distribue vers le S. et le N. les plus grands fleuves de l'Europe : d'une part, le Niémen, la Dvina, se jettent dans la Baltique; le Mezen, YOnega^Dmna septentrionale, dans les trois golfes de la mer Blanche, qui portent leur nom, et la Petchora, sortie de l'Oural, dans l'Océan Glacial ; d'autre part, le Dniester, le Boug, le Dnieper, grossi du Pripet, etc., le Don et de nombreux affluents se déversent dans la mer Noire; le Volga, dont les sources sont voisines de celles de la Dvina occidentale, porte ses eaux avec celles de la Kama
el de la Viatka à la mer Caspienne, où se jelte aussi le fleuyç Oural.
Tels sont les principaux traits de la géographie physique de l'Europe : la forme de ses rivages , sa structure intérieure et la distribution naturelle de ses régions, selon les montagnes el les fleures qui les divisent. On a vu comment les divers États se les partagèrent durant le moyen âge : voyons quelle était leur situation respective à l'époque où les temps modernes ont commencé.