CHAPITRE I
GÉOGRAPHIE POLITIQUE DE i/ EUROPE EN 1453. — ACCROISSEMENTS DBS PRINCIPAUX ÉTATS EUROPÉENS DANS LA SECONDE MOITIÉ DU QUINZIÈME SIÈCLE (1).
Ce qui caractérise les temps modernes, c'est le développement d'une politique plus générale qui, embrassant toutes les nations , mit leurs forces en balance, et finit par les réunir dans le système de l'équilibre européen.
Cet ordre nouveau qui va régir l'Europe avait eu dés le moyen Age sa préparation. Au milieu même de l'anarchie féodale, on .avait rêvé l'unité, et deux puissances avaient essayé d'y atteindre : l'Eglise et l'Empire. Mais le royaume de l'Eglise ne devait pas être de ce monde» et le saint-empire- romain- germanique n'avait de romain que le nom. Sous la pourpre impériale, c'était toujours In féodalité, tout aussi étrangère au secret de la centralisation romaine, tout aussi incapable d'établir l'ordre et l'union. Moins ambitieux dans ses prétentions , plus souple dans ses formes , le
(1) La suite du texte ordinaire de ce chapitre donnera la géographie politique de l'Europe en 1&53. De plus, à la description de chaque contrée nous ajouterons, en petit texte, les accroissements ou les modifications que reçurent, dans la seconde moitié 4u quinzième siècle, les divers États dont elle se composait
pouvoir royal sut réaliser dans un cercle plus ètroil une unité plus vraie. H arracha à l'hydre féodale les membres épars des nations, les réorganisa et les Ht renaître à une vie commune sous la sauvegarde de l'équilibre européen.
La seconde moitié du quinzième siècle appartient encore à l'âge de transition : l'organisation intérieure se continue et se complète. Mais ce travail est déjà moins isolé. En attendant que l'Europe entière se réunisse en un même système, plusieurs groupes s'y dessinent qui nous rapprochent de cette unité. Au premier plan, les contrées unies autrefois par la conquête romaine, et qui, même après les déchirements amenés par l'invasion barbare, en retinrent toujours un certain fond-commun : Y Angleterre , la France ,+Y Espagne , Y Italie, Y Allemagne. Puis au nord deux groupes encore distincts : les peuples Scandinaves ( Danemark, Norvège, Suède), et les peuples Slaves (Pologne, Lithuanie, Russie, etc.), enfin à TE., la Hongrie et ces provinces qui pour n'avoir point accepté sa domination , vont subir le joug des nouveaux maîtres de Constanlinople, des Turcs Ottomans.
Le caractère général de cette période est donc la tendance à l'union, h la conquête. Tandis que le pouvoir royal essaie de tirer Y Ecosse de la confusion féodale, et qu'en- Angleterre il sort plus absolu d'une crise où il semblait devoir périr, la France, Y Espagne, et en Allemagne la maison d'Autriche, rassemblent les forces qui vont les pousser au dehors, et la malheureuse Italie, dont les Etats n'ont point su former un corps de nation,
sera toujours la proie qu'elles vont se disputer. Au nord, le Danemark domine sur les Scandinaves et parmi les Slaves la Pologne . Au S.-E. , là Hongrie essaie en vain de rallier autour d'elle les avant-postes perdus de la chrétienté : ceux qui dominent sont déjà les Turcs. — Examinons séparément chacun de ces groupes , et suivons les accroissements des principaux Etats qui les composent.
Ecosse. l'Ecosse environnée à l'E., au N. et à l'O., par la Mer du Nord et Y Océan Atlantique, séparée de l'Angleterre pjr la Tweed et une ligne qui laisserait au S. Berwick et Carliste, comprenait, sous le nom de royaume, bien des éléments hétérogènes. Les îles de TO., les Hébrides ne reconnaissaient que le comte de Ross, le lord des îles ; les montagnes, leurs chefs de clans; et bien d'autres seigneurs, dans les marches et les basses terres, résistaient à la prérogative royale. Jacques I er (1406-1437), Jacques 11(1437-1460) les combattirent avec plus d'ardeur que de succès. L'Ecosse ne prétait point au pouvoir royal l'appui de ces grandes villes où pût grandir contre la féodalité une bourgeoisie puissante. De plus heureuses circonstances amenèrent la réunion des îles sous les règnes suivants : les îles Hébrides au N.-0 M avec le comté de Ross; les lies Orcades et Shetland, au N., par le mariage de Jacques III avec Marguerite de Norwége (1469). Un autre mariage, celui de Jacques IV avec Marguerite
d'Angleterre , préparait pour l'avenir la réunion des deux royaumes. La couronne d'Angleterre revint au roi d'Ecosse et l'Ecosse à l'Angleterre.
L'Angleterre qui forme une même lie avec l'Ecosse A «<*"«»« est bornée au N. par les limites qfue nous ^vons tracées, à TE. par h Mer du Nord, au S. par h Manche, à l'O. par YOcëan Atlantique , le canal Saint-Georges , la mer d'Irlande et le canal du Nord qui la séparent de r Irlande. Cette seconde île appartenait déjà aux rois anglais depuis 1172, et là, comme en Angleterre, les comtés ne représentaient aucun pouvoir indépendant de leur autorité souveraine. Mais ils avaient perdu leurs domaines de France : en 1449 la Normandie, en 1451 la Guyenne; et un soulèvement, comprimé en 1453 , semblait devoir leur ôter tout espoir de retour. De tant de conquêtes, ils n'avaient plus que la ville de Calais, avec quelques lieux du voisinage (Guines et Homes) et la guerre qu'ils avaient portée sur le continent repassait avec eux dans leur île pour la déchirer à son tour.
La France, a profité des troubles civils de sa rivale