‹ Géographie politique des temps modernesChapitre 11 sur 26 · OT · texte numérisé non relu

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recouvrait la Martinique, la Guadeloupe, Marie~Ga~ Icvnte, la D est rade, au prix de Grenade et des Grenat dilles qu'elle abandonnait. Parmi les lies neutres, elle recouvrait Sainte-Lucie ; mais Saint-Vincent, la Dominique et Tàbago (1) restaient à rANGLBTERfiB{art 9). — En Afrique, même proportion : la France renonçait à la rivière du Sénégal (2), aux forts et comptoirs de Saint-Louis, de Podor et de Galam pour reprendre l'île de Gorëe (art. 10). — Dans les Indes-Orientales, les Anglais lui rendaient toutes les places qu'elle possédait avant 1749, Pondichëry, Karical, Chandernar gor, à la condition de renoncer à tout ce qu'elle avait acquis depuis cette époque sur les côtes de Coroman* dd et d'Qrixa (3) et dans l'île de Sumatra (4). — En

{4 ) Jlaèêgo £u* rendu à la France par le traité de Versailles, i783, et perdu pendant les guerres die la révolution.

(2) Le traité de VeremUlet rendait aussi le Sénégal à la France— Lç même traité abandonnait aux Anglais l'importante colonie hollandaise de Nfyapotam, sur la cote de CoromandeL

(3) ViU.àtSériugham, sur le fleuve Cav cri, vers la côte de Coromandel % Mm uiipcUan, vers les bouches de la Kistnah, et une portion considérable de territoire dans la province de Kari~ cal, toutes acquisitions deDupleix. Heeren, I, p. 325.

(£) Nommément Nattai et Tapamoly. De plus les Français devaient reconnaître pour souverains du Cantate et du Decanle s créatures des Anglais (art. 10). Wsnck, III, p. 339— Dès lors aucune puissance européenne ne balança la domination de la compagnie anglaise dans les Indes. En |76£, le grand mogol.Schah- Allum, chassé de sa capitale et rétabli par elle, lui abandonnait en pleine souveraineté le Bengale; plus tard, elle lui enlevait Bènarès pour le punir d'avoir cherché la protection des Mahrattes.

Europe, la Frange recouvrait Belle-Isle sur les c méridionales de la Bretagne; elle rendait encoreàl'i gletkr*e l'île de Minorque avec le fortSauti-PMlifi (art. 12), et sur le continent tous les pays qui app naient à Georges III, comme électeur de Htowmt à ses alliés (art. 14).

Un seul homme remit en question sa puissance, Hayder-Âl rajah de Maïaour^ qui, sorti des rangs inférieurs, s'était c une domination considérable au midi de la péninsule. Ennei des Anglais, .il avait détaché de leur alliance en 1767 le pria ou Niiam du Decan, et leur avait dicté la paix sous les murs 4 Madras (1 769). L'odieuse tyrannie de la compagnie anglai dans les Indes, même après qu'elle se fut soumise à l'inspectic»' générale du gouvernement (1773), promettait au chef indigène des alliés à l'intérieur, en même temps que la guerre de l'indépendance des États-Unis lui procurait par contre-coup l'alliance de la France et divisait les forces de l'Angleterre. Mais les victoires du Bailli de Suffren n'empêchèrent point les revers des Indous. Hayder mourut en 1 782, et quand le traité de 1783 eut rétabli la paix entre les puissances européennes, son fils Tippoo-Saeb dut lui-même signer la paix (1 1 mai 1 784). Il essaya de la rompre encore. En \ 788 ses ambassadeurs furent reçus à la cour de France ; mais la révolution de 1 789 ayant fait décider l'abandon de Pondichéry, il fut exposé à tout le ressentiment de l'Angleterre. Par la paix de Seringopatam (1 7 mars i 792)» » lui céda la moitié de ses Etats. Il reprit les armes à la nouvelle de l'expédition d'Egypte, et succomba sous les ruines de sa capitale (4 mai 1 799). — Dès ce moment, l'Angleterre ne gardî plus de ménagement ; dépouillant ennemis et alliés, elle est devenue maîtresse presque absolue des Indes; et aujourd'hui repoussée du Caboul, elle a du moins occupé les bouches de H"' dus (le 5s»d), en attendant l'occasion de prendre le fleuve tout

Quant à 1' Espagne, la Grande-Bretagne lai restituait l'île de Cu&a, avec la ville de la Havane (art. 19), mais elle se faisait céder la Floride (1) et tout ce que les Espagnols possédaient sur le continent d'Amérique, à J'E. et au S.-E. du Mississipi (art. 20), ce qui continuait les colonies anglaises du golfe Saint-Laurent au golfe du Mexique. — Par un article (23) qui ordonnait la restitution pure et simple de tous les lieux omis dans le traité, soit à titre de cession, soit à titre de restitution, PEspagne recouvrait Manille et les Philippines, aux Indes orientales; Mais par un autre article, d'après lequel les colonies portugaises devaient être remises sur le même pied qu'auparavant, elle était forcée de rendre au Portugal la colonie de Saint-Sacrement, fondée en 1678 sur la rive septentrionale de la Plata (2)»

Dans le cours des deux dernières guerres euro- Affaires pèennes, la Russie avait été recherchée par toutes les du nord parties belligérantes, et son intervention avait plusieurs fois changé la face des événements (3). Elle

entier avec ses affluents (le Penjab). (Voyes Dictionnaire géographique de Kilian et Pcqtjbt, art Hindoustan ; Heerbn, I, p..312, II, p. £2, et les nouvelles apportées tous les mois par U malle de rinde.

(4 ) La Floride, la région au S. du 31 o parallèle, que l'Espagne reprit en 1 781 et qu'elle se fit assurer au traité de Versailles (\ 783), fut occupée par le général américain Jakson en 181 U et 1818, et laissée pour de l'argent aux États-Unis en 1 81 9. Le traité ne fut ratifié qu'en 1 820 et 1 821 .

(S) Art. 21, Wbuck, III, p. 3U. Elle fut cédée en 1778 aux Espagnols, et leur resta jusqu'à la guerre de l'Indépendance.

(3) Elisabeth, blessée par le roi de Prusse, avait accédé au traité de Versailles entre la Fraxce et r Autriche par un acte si-

avait pris, ai effet, une prépondérance que l'alliance d'aucun peuple du nord n'était capable de neutraliser. Tous pliaient défaut elle, et l'anarchie, qui les troublait à l'intérieur, lui donnait l'occasion d'étendre son influence et d'agrandir son territoire. Par le traité A" Abu (27 juin 17 W), elle avait enlevé aux Suédois une province de Finlande, et engagé leurs suffrages en faveur du prince dont elle voulait faire leur roi (1). Elle déplaçait et replaçait, à son gré, les ducs de son choix, en Coublandb (2) ; elle imposa un roi aux Polo

gné à Saint-Pétersbourg, le 21 décembre 1756 (il est cité dans le traité qui resserra encore cette alliance le 21 mars 1 760) ; puis elle s'était unie plus étroitement à I'Autrichb par le traité secret dn 22 janvier 1757; eUe accéda également (5 novembre 1757) à la convention de Stoekolvi do 2 mars, par laquelle la FrAHCb armait la Suii» contre la Prusse; mais sa mort (5 janvier 1762 changea brusquement la politique de la Russie, et tira la Prusse du danger. — Pierre III, admirateur du grand Frédéric, conclut avec lui une trêve (16 mars 1762) suivie de la paix deux mois après (5 mai), et la révolution qui le renversa du trône (9 juillet) ne changea point le système d'alliance : Cathbrihe II confirma la pair (8 août), en s 1 abstenant d'agir activement; et cette retraite, en sautant Frédéric, amena la paix de Paris et à'Hw berttbourg.

(1) Adolphe-Frédéric, administrateur du Holitein et évêque (protestant) deLubeck. Il fut roi en 1 75t.

(2) Ernest^ Jean de Biren y fut étaMîpar l'influence de l'impératrice Ahwb-Iwawowwa (f 737), et renversé par la régente Aw» en 1740, qui lui fit donner pour successeur son beau-frère, Ernest de Brunswick (4741), dont Pélectidn ne fut pas ratifiée. Après bien des agitations, l'impératrice ÉntABera fif nommer en Courlande, Charhs de Saxt, fils d'Auguste III, roi de Pologne, et, après

nais, et, par le traité conclu l'année suivante avec la Prusse (11 avril 1764) (1), [elle jura de maintenir leur constitution, c'est-à-dire l'anarchie légale qui rainait leur indépendance. — C'étaient les préliminaires du partage de la Pologne.

La Russie, la Prusse et I'Autriche le réglèrent en Premier 1772 (5 août) au traité de Saint-Pétersbourg (2). Leurs *d?S? manifestes furent publiés en même temps qu'ils occu- Pol °8 ne * paient leurs parts. La Pologne se débattit vainement sous ces forces écrasantes ; en vain elle en appela à l'arbitrage des nations : ses représentants décimés signèrent les traités de Varsovie (28 septembre 1773).

Par ces traités la Pologne abandonnait à I'impéràtriœ-heine , tout le territoire circonscrit par la rive droite de la Vistule jusqu'au delà de Sandomir et du confluent de la San, de là, par une ligne qui, laissant au N. Zamosz et Rubieszow , rejoignait le Bug audessous de Vladimir, redescendait vers Zbaraz, en suivant les frontières de la Yolhynie et de la Podolie , puis longeait le fleuve Podgorze et rejoignait le Dniester. Au sud-est les anciennes frontières de la Pocutie et de. la Moldavie étaient conservées (art. 2) (3). — A la Russie, elle cédait le reste de la Livonie polonaise

la mort d'Elisabeth, Catherine II exigea qu'Ernest- Jean de Biren fût rétabli. Il le fut après avoir signé toutes, les conditions de la ciarine (5 août 4 762). Màrteïts, Reçue* êe* traitée frfate, III, p. (t) Art. secret, W<E*cr, III, p. 486.

(2) Schcèll, BUt. de* traité* topa**, ï. XIV, p. L&i

(3) Mam*iw5 lV<AjppttflMiil)ji>. 146.

et la partie du palatinat de Polotzk qui est an delà de la Dvina avec le palatinat de Witepsk, de sorte que la Dvina devint la limite des deux Etats. En continuant la frontière , on laissait encore à la Russie le palatinat de MicislaxjD sur les deux rives du Dnieper, les deux extrémités du palatinat de Minsk , Kiow et son district (art. 2) (1). — Enfin la Prusse se faisait donner le district de la Grande Pologne en deçà de la Netze, de façon que cette rivière servit de limite entre la Prusse et la Pologne, jusqu'à la Vistule; tonte la Pomérélie (excepté Dantzick), et tout ce que la Pologne gardait encore de la Prusse , nommément le palatinat de Marienbourg y compris Elbing , l'évéché de War mie et le palatinat de Culm (Thorn excepté, art. 2) (2 De leur côté les trois puissances alliées assuraient I encore à la Pologne le maintien de son ancienne constitution , détruisant toutes les modifications qui y avaient été apportées (3). — Le premier partage préparait le second.

Cette grande iniquité fut commise à la face de l'Europe, sans que l'Europe fit rien pour l'empêcher. La * Turquie seule avait essayé de la prévenir dés qu'elle avait soupçonné les vues d'agrandissement de la Russie , à ses interventions dans les affaires intérieures de

(1) Makteks, IV, p^l37.

SMartbhs, I, p. 490. Une convention du 23 août régla la démarcation précise des limites. JWd., p. 497.

(3) Art. 7 du traité de PAutrih* et du traité de la Russie. Martens, IV, p. 120 et 139, et surtout Pacte séparé de 1775 (15 mars), conséquence de ces deux articles. Ibid,,\>. *44, 1*5-

la Pologne. Elle avait -commencé la guerre dès 1769; mais la France qui l'y avait excitée ne la soutint pas davantage, La Tcrqcir, envahie dans ses provinces limitrophes, menacée par les Hottes russes jusque dans la Morëe, bravée jusque dans les Dardanelles, se hâta de prévenir de plus grands mRtheurs en signant la paix à Kainardji (21 juillet 1774). — La Bessarabie, la ™* Moldavie et la Valachie lui étaient rendues ; c'était la Kainardji. condition qu'avait exigée l'Autriche, peu désireuse de se voir entourée de la domination russe. Mais elle cédait sa plus forte barrière à la Russie : les Tartares de la Crimée, du Boudjack, du Kouban, de YYedessan/etc., étaient déclarés indépendants de la Porte, et la Russie retenait au milieu d'eux les ports de Kertsch et d'Iénikalë, avec tout ce qu'elle avait conquisen Grimée (art. 3 et 19). Ajoutez le château deKinburn (art. 18), à l'embouchure du Dnieper, vis-à-vis d'Oczakow (qui restait à la Porte), et les bruyères comprises entre le Dnieper et le Bog (art 19) ; les deux Kabardies subordonnées au khan de Crimée (art. 21), et cette ville d'Azote (art. 20) depuis si longtemps disputée (1). — La Buchovine , province de la Moldavie, conquise, avec toute cette contrée , par les Russes, fut, du consentement de la Turquie, cédée à I' Autriche (7 mai 1775) (2) qui la garde encore.

(1 ) Martens, I, p. 509-51 8.

(2) On cite encore deux autres conventions dont on ne connaît <l«e les dates, 12 mai 1 776 et 25 fe'vrier 1777. Schœll, Hi$t. de» tr *itit de paix, t. XIV, p. 457.

<*éog. Pol. H

La rupture du lien de dépendance qui unissait les Tarlares à la Porte, acheminait vers leur assujettissement à la Russie et vers cette pleine occupation des rivages de la mer Noire qui consommerait sa grandeur. La Porte ne l'ignorait pas, et tous ses efforts tendirent à atténuer les concessions déjà bien larges du traité de Kainardji. Or, à cette époque , Joseph II dont l'ambition avait été déçue dans la succession de Bavière,, et Catherine II toujours résolue à atteindre la mer Noire, s'entendaient pour saisir la première occasion de rompre. La Russie marcha droit an but. Elle déclara la Crimée, l'Ile de Taman et le Kouban , provinces de son empire. Une guerre n'aurait point coûté davantage à la Turquie; elle n'osa l'entreprendre et ferma officiellement les yeux sur cette hardie conquête. La convention de Constantinople dn 8 janvier 1784, en renouvelant plusieurs articles du traité de Kainardji , en supprimait quelques-uns, et nommément l'art. 3 qui consacrait l'indépendance de ces provinces (1). Ce fut la fin de la domination des Tarlares; ils vendirent chèrement la ruine de leur nationalité, et des flots de sang coulèrent pour inaugurer la nouvelle province , la Tauride.

La Porte comprit sa faute. Le fastueux voyage de Catherine II dans ses nouveaux domaines, son entrevue avec Joseph II, tout sembla lui présager quelques projets ultérieurs, et, dans sa précipitation préparer

(4) Art. 1. L'art. 3 adoptait pour frontière dans le Kouban la rivière de ce nom. Martehs, II, p. 506:.

le mal de sa propre fa ib fesse, 'elle se jeta dans le danger qu'elle 'roulait prévenir :elle commença une guerre dans laquelle TAutèiche ne (arda point à s'unir à la Russie. Eh 1789 te nouveau sultan, Sélim III, essayait en vain de les désarmer par la médiation de l'Angleterre et de la Prusse. LéopoldTI, qui, en Î790, snccèda à son frère , se montra mieux disposé. La paix après bien des négociations fut signée à Szistowe (près de Szistowe du Danube en Bulgarie) sur les bases des traités antérieurs (4* août 1791) : seulement le bourg et le terrain du vieux Orzowa jusqu'à la Czerna furent cédés à I'empereur, de telle façon que la Czerna servit de limite ; et I'empereur acquérait aussi un district de la Croatie turque sur la rive gauche de la Haute Unna (1). — La Russie continuait toujours la guerre , et des succès éclatants remportés par ses armes, la prise d7smaïl, etc. , faisaient désirer à la Porte la conclusion de la paix. Elle fut enfin signée à Yassy (Moldavie), d'Yassy. 9 janvier 1792. Les traités précédents, la paix de Kainardji la première, étaient confirmés, et le Dniester était établi comme limite perpétuelle des deux empires : te qui impliquait l'abandon d'Oczakow à la Russie (arl. 3) (2).

Tels furent les progrès de l'esprit envahissant des souverainetés du nord de l'Europe; le second et le troisième partage de la Pologne (1793, 1795) en furent •a dernière expression (3). Mais déjà en fafce de cette po-

(1) Induction de l'art 6. Martehs, V,p. 23.

(2) Martehs* V-, p. 61.

(3) Convention de Saint-Pétersbourg, %U octobre \ 795. Mar- TE »s, VI, p. 702.

litique de mauvaise foi qui trafiquait des peuples, s'a- ; gitait, en Occident , le mouvement des révolutions. L'indépendance des États-Unis, déclarée, maintenue et reconnue (1776-1783) (1), les insurrections de la i Hollande contre le stad thoudérat (1781-178 7), dia Belgique contre la maison d'Autriche (1786, 1789), appartenaient à ce nouvel ordre de faits : la révolution française allait en étendre le développement.

(4) Déclaration d indépendance des États Unis, U juillet i 776 Traité d'alliance avec la FraicCe, 6 février 1778. Traités définitifs de paix, 3 septembre 4 783 (Feriot'tfe*). Martens, I, p. 580, 70t. II, p. 462, LU et 497.

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