CHAPITRE VII
EXPOSÉ SOMMAIRE DES PRINCIPALES RELATIONS DIPLO- MATIQUES QUI APPORTÈRENT AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE DES CHANGEMENTS A LA DOMINATION DES DIFFÉRENTS ÉTATS EUROPÉENS (1).
L'équilibre de l'Europe, défendu contre la maison d'Autriche au traité de Westphalie, était maintenu contre la France au traité d'Utrecht : il Tétait sans que rabaissement de Tune rendit à l'autre sa domination. Les trônes d' Autriche et d'EspAGNE étaient à jamais séparés; la France, contenue dans ses frontières du nord, Tétait aussi dans ses rivages par la 'uine de ses flottes et du port de Dwkerque ; et si, arrëtoes de ce côté, les deux rivales cherchaient à se rougir les voies de leurs anciens agrandissements vers l'Allemagne et Y Italie, elles y trouvaient deux puissants obstacles posés par le traité d'Utrecht: T Autriche, tons le royaume de Prusse qui prolégeait Y Allemagne contre ses empiétements^ la France, dans le royaume * Savoie, qui lui fermait Y Italie. Toutefois la balance de l'Europe, confiée à T Angleterre, n'était pas en to mains plus sûres : en conservant l'équilibre des
0) Voir les t. XXXVII et XXXVIII de Schœu., el son Hittoir* *• InrfMi de paix.
Ge'00. Pol. 13
puissances continentales, l' Angleterre a pris et gardé pour elle la domination des mers.
Mais d'abord elle ne songeait qu'an maintien des stipulations d'Utrecht. La maison de Hanovre, qui se sentait mal affermie sur le trône, trouvait, parmi les conditions de cette paix, l'adhésion de l'Europe à sort ^Triple avènement. La triple alliance signée à la Haye (4 jan< vier 1717) (1) par les représentants de la Grande-Brei tagne, des Provinces-Unies et de la France, la con-j firmait sur tous les points, et en donnait à l'Angleterre de nouvelles garanties : l'abbé Dubois avait promu que les Français n'auraient plus de marine ; et dd commissaires anglais purent s'établir sur le sol de I France, pour surveiller la démolition du port de Dunkerque.
Cefutl'EsPAGNEqui songea la première à sortir des entraves du traité, moins encore par un instinct héréditaire de domination dans l'âme du petit-fils de Louis XIV, que par l'ambition de la reine et de soij ministre Alberoni; le sentiment national, qui saoj doute ne fut guère consulté, favorisait d'ailleurs tonte protestation contre ce démembrement de la monarchie sanctionné à Utrecbt. On agit dans le même sens quoique par des motifs différents, et deux flottes enlevèrent la Sardaigne à l'Empereur (1717) , la Sidk
Quadruple au duc-roi de Savoie (1718), L'Angleterre et H
alliance J
France résolurent aussitôt d'intervenir, et I'Acthicp
adhérante leurs arrangements, elles signèrent le traité
(I ) DUMOHT, VIII, P. 4 , p. LU.
appelé quadruple alliance (1718» 2 août) (1) : car elles ne doutaient point que les Etats-Généraux n'y voulussent bien accéder. Mais ceux-ci, mécontents de cette façon toute familière de stipuler pour eux, y refusaient encore leur engagement, que déjà I'Espagne assaillie de toutes parts, en avait accepté les articles. Elle renonçait à la Sar daigne et à la Sicile, qui devaient être échangées entre le duc de Savoie et l'Empereur. Bon gré malgré, le nouveau roi de Sardaigne dut ratifier cet échange (2). Quant à ('Espagne, elle n'y trouvait d'autre compensation que l'expectative des duchés de Toscane et de Parme et Plaisance, assurée à don Carlos, fils de la reine Eléonore (3). Trois traités furent signés ensuite par I'Espagne et la France (27 mars 1721), par I'Espagne et la Grande-Bretagne, & par ces trois pays à la fois (13 juin) (4). Aux termes du second de ces traités (arU 5)» un congrès devait être réuni à Cambrai, pour résoudre les dernières difficultés ; mais ces difficultés grossirent et se multipliér ent lors de la réunion» Rien ne se faisant, I'Espagne ^Autriche, qu'il s'agissait d'accorder, s'accordèrent seules (5) et si bien, que les puissances médiatrices,
(«) DuMOKT,t , Wci.,p.531.
\v H était déjà arrêté dans le traité de la^qtedrupte alliance P a r des articles spéciaux- JK& , p. 533.
( 3 ) Adhésionde Philippe V,leî6 janvier 4 720. Dubout, -VIII, P -2,p.17.
(v DuMOHTrnedoniie.que le* deui? dernier». IN&p. 33 et 34.
( 5 ) Traite.de W*nn$,M avril. ef 7 pôn 4725. Dvttovr; Md. Ml3et1*i;
dont le rôle se trouvait terminé par leur accord, en prirent ombrage et se liguèrent à leur tour. Le traité de Hanovre (3 septembre 1725), conclu par 1' Angleterre, la France et la Prusse, reçut l'adhésion de la Hollande (9 août 1726), de la Suède (27 mars 1727) et du Danemark (traité séparé du 16 avril 1727) (1).
Cependant le caractère pacifique des principaux ministres d'Angleterre et de France, Walpole et Fleury, la mort de Catherine qui, d'autre part, avaitaccôdéà l'alliance de Vienne (6 août 1726) (2), empêchèrent les hostilités de commencer. Des préliminaires de paix furent signés avant la guerre [Paris, 31 mars 1727)(3], et après quelques difficultés encore(4), le congrès qui devait avoir lieu à Àix-la-Chapèlle, puis à Cambrai, fut ouvert à Soissons (4 juin 1728). La France, qui, désintéressée en quelque sorte dans ces querelles, pouvait, à défaut de domination, ressaisir en Europe une influence non moins souveraine et plus respectée, ruinait sa médiation par de petites ruses et de petites intrigues. Elle gagne I'Espagne, signe furtivement de sévHle, avec eHe et avec ^gleterre la paix à Séville (9 no-
(1) Dumont, tWd., p. 427, 133, U1 et iU.
(2)DUMOHT,iKd.,p.l3l.
(3) Dumont, ibid., p. U6.
(&) L'Espagne comptait sur les obstacles qui pouvaient entraver la succession de Georges II au trône de son père, et TE»' FKREUR remuait contre lui le duc de Brunswick; mais le roi d 1 Angleterre désarma le duc de Brunswick par la pa« <" WeitmimUr (25 novembre 1727), le roi d'Espagne par ia p aIÏ du Pardô (6 mars 1 728). Dumovt, ibùL, p. U8 et 1 50.
vembre 1729), y fait accéder la Hollande x 2i novembre)^) et signifie, sans autre forme, à l'Autriche le traité tout conclu. Elle irrita l'Empereur et se prépara le même affront: ses alliés la quittèrent à son tour pour se rapprocher de l'Autriche. Le second traité de Vienne, signé par r Empereur, les États Généraux de vienne. et la Grande-Bretagne (16 mars 1731), reçut l'adhésion des états de I'Empire (14 juillet) jet même (22 juillet) (2) de rEsPAGNE qui, dès le 6 juin , en se séparant de la France, avait renoncé au traité de Séville. Don Carlos était mis en possession de Parme et de Plaisance (S), elle traité de Florence, testament des Médicis (25 juillet) (k), lui assurait leur prochaine succession, — C'était bien ce qu'avait aussi voulu la France; mais elle n'avait point lieu de s'en applaudir. Une grande question continentale avait été» résolue dans les conseils de l'Europe sans qu'il parût nécessaire de l'y appeler.
Ces avantages ne suffisaient point à I'Espagne, et sa po- d * Poî^ne. litique remuante, servie jusque-làjar les craintes de lia maison de Hanovre pour son trône d'Angleterre,parles inquiétudesde Charles VI pour la succession de ses couronnes, crut trouver une occasion favorable dans un événement qui troublait le Nord, Le trône de Pologne était vacant : la nation y appelait Stanislas Leczinski;
(4 ) Dumoht, Md. p. 1 58 et 1 62.
(2) Rousset, Supplément à Dumont, II, P. 2., p. 307.
(3) Traité de Séville, art. 9 et suiv.; traité de Vienne, art. 3- Rousset, ibid., p. 289.
(£) ROUSSBT, ibid.y p. 31 1.
mais la Russie et F Autriche Favorisaient la candidature de l'électeur de Saie, fils du dernier roi, et l'imposèrent de force. La France qui avait voulu protéger la liberté des élections leur déclara la guerre, et l'Espagre y adhéra. — Comme on le pense bien, le roi de Pologne l'intéressait fort peu, mais la reine convoitait pour ses fils des agrandissements nouveaux en Italie. Milan succomba ; don Carlos lui-même fut conduit]" usqu'à Naples, jusqu'à Palerme , et se fit couronner roi des Deux-Siciles, le 3 juillet 1735. À deux reprises différentes, 1' Angleterre et les Etats-Généraux essayèrent de suspendre les hostilités par leur médiation (1733 , 173k). Enfin les préliminaires de la paix furent signés à Vienne (3 octobre 1735)(1) et la paix définitive, conclae de Vienne, eïitre la FRÀNCEet VEmpire, le 18 novembre 1738. te 1738. ' roi de Sardaigne (3 février 1739) , les rois d'E spagse et des Deux-Sicilks (21 avril) y adhérèrent successivement^). — Conformément aux articles des préliminaires, que la paix définitive ne faisait que reproduire, le roi Stanislas devait renoncer à la couronne ; on lui conservait le titre de roi, et on lui donnait immédiatement le duché de Bar (art. 1), avec promesse de la Lorrains , quand le duc de Lorraine aurait en Italie la ' compensation qu'il en attendait (art. 2), c'est-à-dire le j grand duché de Toscane, dans lequel il était subs titaé aux expectatives de Don Carlos. Celui-ci obtenait avec | le titre de roi des Deux-Siciles les royaumes de Na-
(0 Wekck, Codex jurii gentium I, p. 1. (FWr à la suite les différents actes d'adhésion. j (2) Wenck, p. 88, U9, 157, 165.
pies et de Sicile, les places des rivages de Toscane [États des Présides) , et ce que le roi d'Espagne possédait alors dans l'île d'Elbe (art. 3). Le Milanais avait dû fournir à la satisfaction du roi de Sardaigne : on lui avait donné dans les préliminaires le choix de plusieurs districts, et il avait choisi les pays deTortone et de Novare, qui le rapprochaient de Milan, avec la supériorité territoriale des Langhes dont il avait été investi le 7 juillet 1736 (1) , I/Autriche eut pour toute compensation les duchés de Parme et de Plaisance que Don Carlos abandonnait pour la Sicile;. encore l'Empereur avait-il dû s'engager à ne point poursuivre les droits de cette principauté sur la restitution de Castro et de Bonciglione adjugés à l'Eglise, et à faire juslice aux prétentions de la maison de Guastalla sur le duché de Mantoue (art. 5). — Il n'en fit rien.
Ces acquisitions étaient loin de compenser les pertes eVta^uulia
de V Autriche. Ce qu'elle perdait en Italie, elle es- dans leurs ^ r rapports avec
péra le regagner sur les Turcs, et s'attira de nouveaux les Turcs.
revers. Entraînée par l'ambition de la Russie qui voulait reprendre Azow , elle se jeta dans cette guerre funeste qu'elle termina avec une précipitation non moins aveugle par le traité de Belgrade (18 septembre 1739) (2). Elle cédait Belgrade qu'elle pouvait bien fa- de Belgrade, cilemeut défendre (art 1), la forteresse de Sabacz sur
(1) Wbhck, I, p. 43. Tortone et tftnaire lui avaient été remis dès le 6 juin. Ibid., p. 38.
(2) Les préliminaires sont du 1 « r septembre. Wekçk, I, p. 31 6,
la Save , et toute la portion de la Servie qui se rattachait à ces deux villes : le Danube et la Save redevenaient sur ces points les barrières des deux Empires (art. 2 et 3), Tout ce que le traité de Passarowitz avait donné à la Hongrie dans la Valachie, entre le Danube et l'Aluta , (l'île et la forteresse d'Orzova, et une petite plaine dépendante comprise entre la Czerna , le Danube et les premières hauteurs du bannat de Tenustcar), était rendu à la Porte ; seulement elle ne recouvrait pas le bannat (art. S).— Ainsi l'Autriche qui, par le traité de Passarowitz, avait pris position dans la Turquie, était repoussée dans ses propres frontières (1).
La Russie avait dû traiter aussi à Belgrade. Azw, la ville dont elle disputait la possession à la Porte, devait être démolie. Elle obtenait de construire une forteresse nouvelle au voisinage de File de Tcherkask, formée par le Don; mais celle de Taganrok était rasée, et on lui faisait prendre l'engagement de ne construire aucune flotte, ni sur la mer de Zabache ou d'Azote, nisur la mer Noire (art. 3). Les Cosaques , sujets de la Russie,
(1) WemCK, I, p. 331 et suiv. Des difficultés survenues sur plusieurs points furent aplanies par la convention du S mars 1%<> On arrêta que la Save, depuis Belgrade jusqu'au confluent de l'Unna, et VUnna jusqu'à Novi, serviraient de limites conformément au traité de Carlowitz; au delà de l'Unna, après Novi, on devait suivre les stipulations du traité de Passarowitz (art. i)> On y réglait aussi les limites de la plaine du vieux Orzova, aux confins de la Valachie et du Bannat (art. 3), et les droits de chaque empire sur les iles du Danube et de la Save (art &). WehCK, I, P« 5 ^ et suiv.
devaient respecter le territoire des Tartans Nogais, sujets de la Porte , qui occupaient les bords de la mer Noire (art. 5); les deux Kabardies (pays au nord du Caucase, sur le rivage de la mer Noire) devaient être libres et servir de marche aux deux empires (art. 6) (1). Gomme on le voit, le traité ne réglait que les limites orientales du côté d'Azow. Des conventions postérieures (Nissa, 3 octobre 1739) en déterminèrent la continuation , de telle sorte que les côtes septentrionales de la mer d'Azow et de la mer Noire demeurassent aussi à ia Porte (2) ; la forteresse de Choczim et tons les lieux occupés par les Russes en Moldavie , lui furent aussi restitués (Constantinople , 28 décembre) (3).
La guerre avait à peine cessé aux frontières de l'em- succession pire ottoman , qu'un événement plus grave la rendit dAutriche européenne. Avec Charles VI, la maison d'Autriche s'éteignait par les mâles; les femmes allaient être appelées à la succession, et Charles YI par sa pragmatique avait essayé de l'assurer à sa fille , Marie-Thérèse. Ce traité avait été, pour ainsi dire, la base de toutes les relations de son cabinet; pour qu'on reconnût sa pragmatique, il avait tout accepté, tout reconnu, le
(0 Wehck, I, p. 372.
(2) Sur le côté occidental âu[Dnieper, vers la Pologne, on s'en référait au traité de i 705 ; du côté oriental, on prenait pour limite une ligne qui, du Dnieper, joignait les sources du Saliva Konskie- Wadi et du Berda. Wehck, I, p. 388.
(3) Art. 4. Wehck, I, p. 393.
Géog. Pol. 13.
de la maison d'Autriche : celai de Francfort (22 mai 17W ) , qui comprenait r empereur Charles Y1I , le roi de Prusse, l'électeur Palatin et le roi de Suède, comme landgrave de Hesse-Cassel; et celui de Versailles (5 juin) qui leur joignait la France (1). A cette double ligue fut opposée une quadruple alliance, signée par la reine de Hongrie , le roi d' Angleterre, l'électeur de Saxe, roi de Pologne, et les Etats-Généraux {Varsovie, 8 janvier 1745) (2)- — La guerre recommença sur tous les points ; mais la reine de Hongrie sut encore mettre à couvert ses possessions d'Allemagne, en gagnant les principales puissances allemandes qui l'attaquaient : la Bavière , par le traité de Fuessen (22 avril) , qui rétablissait le fils du malheureux empereur Charles YII dans ses Etats héréditaires (3) , et la Prusse , par le traité de Dresde , qui lui confirmait les cessions de la paix de Berlin (23 décembre) (k).
L'Italie , les Pays-Bas étaient demeurés le théâtre de cette guerre et aussi les deux Indes; les revers essuyés en Italie étaient compensés par les victoires gagnées aux Pays-Bas; mais sur mer et, du moins, dans les parages de l'Amérique rien ne balançait l'avantage des flottes anglaises. Aussi I'Angleterre traînait-elle en longueur les propositions qu'avait amenées la vie- I
(1) Wenck, II, p.463. Le dernier n'a pas été imprimé. Schœu-i III, p. 353.
(2)Wekck,II,p.*71.
(3) Art %. Wehck, II, p. 1 82. *
(L) Art 8 et suiv. Wehck, II, p. 192.
toire des Français à Lawfeld. La paix far pourtant signée à Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748) (1).
Toutes les compensations se firent à des tiers. L'An- \ Paix gleterrk restituait à la France tontes ses conquêtes chapëue. en Amérique , la France restituait à Y Autriche toutes ses conquêtes dans les Pays-Bas (art. 9). En retour, une nouvelle principauté était formée en Italie en faveur d'un prince espagnol . Parme, Plaisance et le duché de Guastalla que Marie-Thérèse, à la mort du dernier rejeton de cette branche , avait réuni au duché de Mantoue , furent cédés à don Philippe , frère de don Carlos (art. 7). — Le duc de Modènb (art. 13), la république de Gênes (art. 14) alliés de la France, étaient rétablis dans leurs Etats (art. 6). — - Le roi de Sardaigne (art. 12) gardait encore le prix de sa trahison, le Vigëvanesque et une partie des comtés de Pacte et d'Anghiéra que' lui avait cédés le traité de Worms. Le lac Majeurret le Tessin , jusqu'à son embouchure dans le Pô, étaient par là devenus les limites de ses Etats avec le Milanais. On ne lui retirait que deux provinces , Plaisance et son territoire cédés à don Philippe , le marquisat de Final restitué à Gènes. — Le traité de Madrid signé deux ans plus tard (5 octobre 1750) termina la guerre maritime de I'Ak- GLBtERR* et de I'Espagne, guerre commencée dès 1739 à propos du droit de visite que l'Angleterre, dans l'intérêt de sa contrebande, repoussait alors comme une injure à son pavillon (2).
(4) Les préliminaires sont du 30 avril. WbkCK, II, p. 310. (î) Wehcx, H, p. 337 et £64.
Guerre Lu guerre qu'avait soulevée en Europe la succession deSeptans d ' Autriche sétait n0lis i' avong dit, étendue au colonies des deux Indes.. L'Angleterre, avide de s'y accroître, avait refusé pour elles la neutralité par laquelle Ja France avait proposé de les couvrir. Et, en effet» sa marine lui avait assuré, en Amérique, des victoires et des conquêtes. Mais, aux Indes orientales, la France s'était mieux soutenue. La Bourdonnais avait pris Madraç, Dupleix défendu Poudichéry avec un égal éclat, et il fallut la funeste rivalité de ces deux hommes pour borner là les succès de leurs armes. Mais Dupleix était resté. Gouverneur-général au nom de la Compagnie des Iodes, il avait eu la pensée d'étendre sur le continent les bases de sa puissance. II y avait travaillé dès avant la guerre; il reprit ses projets à la paix, et déjà, intervenant habilement dans les querelles des indigènes, il plaçait son protégé sur le trône du Decan, augmentant par la l'influence et le territoire même de la France. Or, cela effrayait l'Angleterre. Cela effrayait aussi la Compagnie des Indes qui voyait passer ses dividendes en frais d'entreprises, et trouvait des dettes au lieu' de revenus. Le gouvernement anglais sut tirer parti de ces dispositions mercantiles, montrant Dupleix comme une cause prochaine 4e guerre ; pourtant la guerre n'était point seulement là, et ce n'était point l'éviter que de se priver d'un chef et de se lier les mains, comme on le fit par le rappel du hardi gouverneur et par la convention de neutralité de 1755k Dès ce moment la place fut libre à l'Angleterre; ellejn'atteodait que l'occasion d'agir; elle pouvait même,
si elle le voulait, la faire naître, et rien n'y prêtait davantage que les traités mêmes par lesquels oh avait voulu, tout récemment, rétablir la paix. Le vague des limites respectives des établissements de Tua et l'autre peuple avait été nécessairement conservé dans les articles qui les réglaient. Le traité d'Aix-la-Chapelle portait que, « Toutes choses y seraient remises sur le pied où ellesêtaient ou devaient être avant la présente guerre » (art/ 9). Mais qui avait déterminé les bornes de leurs accroissements? qui pouvait marquer les points où le» deux peuples devaient s'arrêter dans le progrés 4e leur colonisation à l'intérieur, le long des rives de l'Ohio? Sans une marine puissante, la solution de ces difficultés pour la France n'était point douteuse. Elle le comprit et se mit avec ardeur à reconstruire ses flottes. Mais l'Angleterre n'attendit point la fin de ses préparatifs, et, pour déclaration de guerre, elle coula à fond deux vaisseaux français, et lâcha ses corsaires.
La France répondit d'abord avec avantage. Le ma* rèchal de Richelieu débuta par la prise de Minorque; des succès furent obtenus au Canada. Mais dans une guerre maritime, la victoire ne s'enlève point par un coup de main et comme d'assaut. Il faut tenir la mer, et la France n'avait pas trop de toutes ses ressources et de toute son énergie pour la disputer à sa rivale. Elle n'en fit rien. On se figura qu'en enlevant le jEFanwré au roi d'Angleterre, on arracherait l'Amérique au peuple anglais ; et, dans cette guerre continentale, qui était une première faute, on bouleversa le système politique, dont les bases avaient soutenu la grandeur
de la France sous Henri IV, sous Richelieu, sou 8 Louis XIV, parce que Marie-Thérèse avait su plaire dans un billet flatteur à madame de Pompadour.
La France et I'àutriche signèrent une convention • de neutralité (Versailles, 1 er mai 1756); et le même jour un traité d'alliance (1). D'autre part, 1' Angleterre avait déjà remué, par ses subsides, la Hesse- Cassel (18 juin 1755), la Russie (30 septembre) et resserré ses liaisons avec le roi de Prusse (1756, 16 janvier) (2) , qui commençait à suspecter les relations des deux cours de Versailles et de Vienne. — La complication des rapports diplomatiques n'a d'égal que la confusion des combats dans le cours de cette guerre de Sept An$(S). La mort de Georges II (1760) ne ralen tit point les hostilités. Pitt (lord Ghatam) restait au ministère ; en dépit des négociations commencées, il voulait continuer une guerre maritime, où l'Angleterre trouvait tant d'avantages : car, dès 1758, la France avait perdu ses possessions $ Afrique; en 1760, Quebec et le Canada; en 1761 ce qui lui restait dans les Indes [h] ; ses îles d Amérique étaient envahies, et le
(I)Wbhoc, III, P . 139,141.
(S) Wehck, III, p. 67, 75, 84.
(3) Voyes Schœll, Hist. des traitée de paix, III, p. 5-206.
(4) La convention de 4754 (2 octobre) qui stipulait la neutralité des deux nations dans les différends des princes du pays, n'avait enchainé que la France; les Anglais, provoqués par une altaque de l'usurpateur du Bengale contre Calcutta, le renversèrent et rétablirent dans ce pays un prince qui leur fut dévoué. L'Angleterre avait donc déjà cette supériorité que
pacte de famille (5 août 1761) (1) en associant l'Espagne à la fortune de la France, ne faisait alors que l'entraîner dans sa ruine et fournir à l'avidité anglaise l'aliment qui allait lai manquer. En 1762, les Anglais lui enlevèrent Manille, et les Philippines dans les Indes-0 r. ; en Amérique, la Havane avec l'île de Cuba. Cette conquête décida la France et I'Espagnb à signer la paix. L'Angleterre, de son côté, était plus disposée à l'accepter depuis que Pitt avait quitté le ministère (2). Les préliminaires en furent arrêtés à Fontainebleau (3 nov.) entre la France, I'Espagnb et r Angleterre, et la paix générale conclue peu de*** 1 ^ temps après par 1' Angleterre , le Portugal , son <f HubertaBié, la France et I'Espagnb, à Parts (10 février 1763); 8bourg par la Prusse, Hmpératrice-Reine et le roi de Pologne à Hubertsbourg (15 février) (3). ,
Dans ce dernier traité, Marie-Thérèse promettait de faire restituer à Frédéric II le comté de Glatz, les forteresses de Wesel et de Gueldre (art. 4), et ratifiait (art. 18) la convention faite en 1741 par le roi de Prusse et l'électeur palatin (4) sur la succession de Ju-
Dupleix avait voulu donner à la France, quand la guerre du continent mît aux prises dans les Indes lord Clives et Lally.
(1) Wbhck, III, p. 278, et Martehs, L I, p. 1. 1 (2) Il Pavait déposé, parce qu'au premier bruit du pacte de famille la guerre n'avait pas été immédiatement déclarée à l'Es- Pagne.
(3) Wehoc, III, p. 31 3, 329 et 368.
(à) Frédéric II renonça formellement à toute prétention sur les duchés de Julien et de Berg en faveur de la maison de
lien. Les traités antérieurs étaient d'ailleurs confirmés; et c'était aussi la base que prenait le traité particulier de Frédéric II et du roi de Pologne (1).
Quant au traité de Paris, rénumération [des traités antérieurs dont il acceptait la base (art. 2), n'était rien quoique bien longue, auprès de la liste des cessions qui les modifiaient. La France abandonnait à l' Angleterre toutes ses possessions au N. des colonies anglaises, le Canada et toutes ses dépendances, YAcadie ou Nouvelle-Ecosse (2), Y Ile royale (cap Breton) et toutes les autres lies et côtes du golfe et du fleuve Saint-Laurent (art 4). De ces vastes domaines, les Français ne retenaient que le droit de pêcher sur une partie du banc de Terre-Neuve et les petites îles de Saint-Pierre et de Miquelon pour abriter leurs pêcheurs (art. 6). Au S., leMississipi devait servir délimite (3) entre les colonies des Anglais et des Français, qui retenaient sans partage ta ville et l'île de la Nouvelle-Orléans (art. 7) . — Dans les Antilles, la France
Sulzbach, dont le prince, Charles-Théodore, succéda en *742 à Télectorat. Schœll, t. XLII, p. 1 8.
(4) WiarCK, III, p. 380.
(2) Déjà cédée par la paîxd'Cftrectt.
(3) « Les confins seront irrévocablement fixés par une ligne tirée au milieu du fleuve Mistissipi, depuis sa naissance jusqu'à la rivière Alberville, et de là par une ligne tirée au milieu de cette rivière et des lacs Maurepae et Pontchartrain jusqu'à la mer (art. 7). » Wekck, III, p. 336. La Louitùme fut dès ceimoment promise à I Espagne en compensation de la Floride, qu'elle dut céder à l 1 Angleterre, et cette promesse fut accomplie en 1769.