LIVRE TRENTE-UNIÈME
Suite de la Théorie «le la Géographie — Premiers aperças de la Géographie physique.— Formes généralea et dIstrIbaUon des GoDilnenU et des Mers. — Coofiguration extérieure des MonUgnes, VaiMes. Plalnif etG6tai.
«Àpfèi avoir omâdérë la t«Te 8001 le rap<pwt de ees dimensions, nouaallonsen étudier la nature physique. Cette partie, la pins intéressante peut-être de notre ouvrage, ea sera nécessairement la plus imparfaite , car une boone géogra^ie physique ne peut être que l'ouvrage des siècles et des nations. Cette sei^ce, pour nattre et pour fleurir, a besoin d*observations continuelles, multipliées, fkites sur tous les points du globe, et combinées de manière à ne laisser aucun interstice ni aucun vide.
» D*un autre côté, il n'«i est pas de la géographie naturelle comme de la minéralogie , de la diimie , de la botanique. Les arrangements , les classifications, les méthodes subtiles et rigoureuses ne lui sont guère explicables, et ne feraient la plupart du temps que nuire à ses progrès, en Tenoombrant d'un appareil de no* tiims illusoires. Les montagnes, les vallées, les eaux, les climats, les régicms physiques, se préseiQtentaux yeux d'un sine^ ami de la vé* rite sous un aspect très compliqué, très irrégulier, et qu'il est plus facile de dépeindre que de déSnir, La grandeur et la majesté de la Nature échappent à la subtilité de nos oombinaiscms et à la petitesse de nos rè-* gles.
» Sans doute Tesprit de la géographie physique repousse un langage vague et incorrect; mais, d'un autre côté, peut*il admettre la précision des termes empruntés aux mathématiques ou à la diimie? Quelle différence des contours sinueux ou dentelés de nos montagnes, avec la régularité des figures géométriques I Quel abus n'a-t-on pas ftdt des termes pyra-mdâal, eomqu0 et autres I combien de fois le terme de eriitalU$aHon a-t-il été employé à couvrir la nullité d'une observation mal approfondie ! Ce fameux mot a servi, comme le glaive d'Alexandre, à trancher tous les nœuds qu'on ne savait pas délier. Dans lei cabine , presque
tout est cristal; dans la nature, presque tout est sans figure déterminée.
» Mène les choses qui frappât le plus las yeux, combien ne sont-elles pas difficiles à réduire à des termes généraux 1 On désigne communément toutes les élévations de terrain , pour peu qu'elles se prolongent, sous le nom général de chaînés. Mais il est certain que les montagnes forment plus souvent des groupée que des chaînes; même les chaînes les plus apparentes ne sont souvent que des séries de groupes. D'autres fois, le même massif de mon* tagnes qui, vu d'un côté, paraît former une chaîne, n'est réellement que ïescarpemmt d'un plateau ou plaine élevée. Les voyageurs don-* nent souvent pour des montagnes les falaises qui l)ordent les rivières. Que serait-ce si l'on voulait énumérer les erreurs introduites par ia manie de n^porter tout à un système I
» Les autres parties de la géographie natu^ relie sont Clément environnées de ténèbres. Qu'est-ce qu'une hydrologie presque dépourvue de nivellements et de sondages? Les observa* tioQs immédiates sur les climats sont un peu plus multipliées; mais d'abord il iHut avouer q\ie nos thermomètres n'indiquent pas la cha« leur latente dont l'influence est si grande et si universelle, et puis les meilleures observations sur le climat perdent souvent la moitié de leur méirite par le manque d*une description «acte du terrain. La géographie botanique, telle qu'on l'a écrite la plupart du temps, en copiant simplement les Flores de chaque pays, est aussi incomplète qu'inutile; il faut distinguer l'élévation du terrain , la qualité du sol et bien d'autres circonstances locales. S'il parait plus facile de déterminer les rapports géographiques des races animales actuellement répandues sur la terre, quel abîme ne se découvre pas à noa regards dès que nous apercevons ces restes fossiles des générations aiyourd'hul éteintes, et qui Jadif ont peuplé notre planète! Que d«
UVBE TRENT£-UN1ÉME.
bouleTerseiiieats, qœ de monts écroulés et de rochers décomposés , que de vallées remplies et de lacs desséchés , que d'invasions de la mer «ir les ocHitinents, que d'éruptions de feu volcanique, quels combats de tous les éléments, combats tour à tour lents ou rapides, imperceptibles ou épouvantables, destructi/s ou créateurs, ont dû précéder Fétat actuel de notre globe, état qui ne présente partout que les anciennes ruines d'un édiflce dont nous ignorons les proportions primitives ! La géographie physique nous fait sentir toute Timputosance de notre esprit. Nous avons déterminé la masse du soleil; nous connaissons les lois de la pesanteur à la surface de Jupiter; nous avons mesuré Télévation des montagnes de la lune , et même la comète vagabonde semble obéir aux calculs de nos géomètres : mais Tintérieur de cette terre sur laquelle nous marchons échappe à nos recherches ; nous n'y sommes pas descendus d'une dix-millième partie du diamètre du globe ('). Que dis-je? même la surface de la terre ne nous est pas connue dans sa totalité: nous ignorerons peut-être à Jamais les secrets qu'enferment les deux régions polaires. Tâchons d'exposer avec clarté, mais surtout avec fidélité, et sans le mélange d'un orgueilleux système, le petit nombre de faits que l'observation a rassemblés, et qui ont passé par le ci*euset de la saine critique.
n Lorsqu'on Jette un coup d'oeil sur nos mappemondes, on y voit la surfece du globe divisée en grandes masses de terre qu'on appelle continents j et en grands bassins couverts d eau, et qu'on nomme men. Conmie dans les parties cachées sous l'eau, nous observons de petites masses de terre qui s'élèvent au-dessus des flots environnants, et qu'on nomme Ue$, de même, en parcourant les continents, nous remarquons des espaces isolés couverts d'eau :
(0 II est facile de calcaler que rhorome n*a pas traTené la croule terrestre de plus de -r^^rr- Ainsi qae nous l'aYons dit ailleurs, les plus grandes profondeurs où rbomme est descendu n'excèdent pu aoo à 400 mètres au-dessous du niveau de rOcéao, et si l'on compare celle profondeur au demi-diamètre de l'équatecr» qui est de 143& lieues de 2280 toises, ou à la quantité de 6,643,800 mètres, on Terra que ce qu'il connaît de cette planète équivaut, sur un globe de 10 pieds de diamètre , à -^ de ligne au plus ou à répaisseur d'une simple feuille de papier. (Voyez notre article 6^o(o^,Bncfclopédie moderne» tom.XIII.) j. IL
ce sont des Um. Une lie ne diffère d'uncontinent que par les dimensions, et on ne donne au fond à certaines masses de terre le nom de continent, que parce qu'on est resté long^en^ incertain si un navire pouvait en foire le tour, et qu*en effet des circonstances physi^ies ont Jusqu'à présent empédié l'exécutkm d'me semblable navigation (>)•
» Plusieurs portions de terres et de mers s'étendent réciproquement les unes dans les antres. Si la mer pénètre dans l'intérieur des continents, elle y forme des mUditerriméu oa de petites mers, environnées de terre dans leur plus grande circonférence , et ne tenant à la grande mer que par d'étroites emboudnires ; si l'étendue est moindre et l'ouverture plus large, ce sont de»golfd$ ou des baie$, temei que les savants ont voulu distingaer ^, mais que ccmfond le plus souvent l'impérieux tyran des langues, l'usage. Les plus petites portkiDS d'eau environnées de terres, et qui offirent un abri aux navires, s'appellent port, omm, ou rade : le premier terme indique un asile très sûr; le second s'applique à des ports de p^te dimoision qu'on nomme havres lorsqu'ils sottt l'ouvrage de l'art; enfin, la rade ne présente qu'un mouillage temporaire, ou un abri contre certains vents. Si, d'un autre oAté, les continents forment des avances dans la mer qui ne tiquent à d'autres terres que sur une petite partie de leur circonférence, ce bosA des/Mistqu'Uesoxx pémnsuUs, dont la figure répond à celles des golfes et des méditerranées. Il paratl que lorsqu'une semblable masse de terre too* cbe au continent sur une ligne plus grande qu'un quart de sa circonférence, on ne saurait l'appeler péninsule. L'Arabie, par exemple, parait mériter ce nom, mais l'usage qui l'attribue également à la partie avancée de l'Inde, à l'ocddentdu Gange, peut choquer un cbU difficile; la nature se joue de nos classifications. Si la saillie des terres n'a que peu d'étendue, surtout en longueur, elle reçoit le nom de eap^ de promontoire ou de pointe. Enfin» uncanai resserré entre deux terres, par lequel une masse d'eau communique avec une autre, s'appelle un détroit f l'opposé d'un détroit est un isthme y langue de terre resserrée entre deux mers, par laquelle deux masses de terre sont
, (>) Kant, Géographie phys., t. II, part. I, p. S7. Edit. de VITollmer. — (•} FUttrieu, Introduction au Foyage de Marchand.
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE
féoKàeB. Beanooqp d'autres termes de ce gaire, n'étant que d'une application locale, seront dé* finis dans la suite, à mesure que nous les emploierons.
» Consldâ^ms maintenant la surCace du globe sous un pdnt de Tue général. Nous voyons que c'est pour ainsi dire une vaste mer dans laquelle se trouYC situé un grand nombre d^Uês, dont la grandeur varie depuis les dimensions les plus colossales Jusqu*à des étendues imperceptibles. Deux de ces Iles portent le nom de continents; celui qu'habitent les nations les plus anciennement civilisées s'appelle Yancien continent, et renferme trois parties du monde, savoir : l'Asie avec l'Europe et l'Afiique ; le nouveau continent est tout entier compris sous le nom d'Amérique, quoique la nature l'ait partagé en deux péninsules bien distinctes, dont une devrait être désignée par l'équitable hist(dre sous le nom de Colombie. Au milira du plus vaste bassin aquatique, s'élève la Nouvelle-HoUande, que plusieurs géographes appeilant le tronième continent, quoiqu'il paraisse plus exact de n'y voir que la plus grande des terres auxquelles restera le nom d'Ues; celles-ci prennent le nom d'arcAipel lorsqu'elles se trouvent groupées ensemble en nombre considérable. Le vaste archipel qui s'étend à l'est de l'ancien continent, et au centre duquel la Nouvelle-Hollande éclate comme une reine au milieu de son cortège, semble mériter d'être considéré comme une nouvelle partie du monde, que l'on désigne sous le nom d*Océanie.
9 lï n'y a sur notre globe, à proprement parler, qu'une seule mer, un seul fluide continu, r^^andu tout autour de la terre, et qui vraisemblablement s'étend d'un pôle à l'autre en couvrant à peu près les trois quarts de la surface du globe. Tous les golfes, toutes les méditerranées ne sont que des parties détachées mais non pas séparées de cette mer universelle qu'on nomme Y Océan. Ce n'est que pour plus de commodité dans l'usage journalier, que l'on distingue différentes sections de cet Océan sous la dénomination de meri. Cette division arbitraire et incomplète est en même temps sujette à des incertitudes, et varie chez les différents peuples delà terre. Nous adoptons la classification suivante, dont on peut, au moyen d'un gld)e artificiel, vérifier la justesse et la simplicité.
Grand bassin austrooriental,
occapant la plus grande